Qui s’y frotte s’y #PIC

La lumière attire l’obscurité : de l’ennemi intérieur des combats vertueux

Billet d’humeur · par Frédéric Bascuñana, fondateur du #PIC · d’après la chronique adressée le 14 octobre 2026 aux militants de la Forge

Le 14 octobre, le fondateur du #PIC a écrit d’un jet, à ses militants, ce que les mouvements vertueux taisent d’ordinaire : leur première cause de mortalité ne vient pas de leurs adversaires déclarés, mais de ceux qui leur ressemblent. Il a repris cette chronique pour Politoscope ; les coups de gueule y sont restés. Les particuliers mis en cause et les militants ne sont pas nommés ; deux personnalités publiques sont désignées par leurs initiales.

I. Un danger dont je ne vous ai pas encore parlé

Chers amis,

Il est un danger dont je ne vous ai pas encore parlé, et je m’en veux un peu de l’avoir tu si longtemps, car il est très précisément la vraie raison pour laquelle les Gilets jaunes n’ont pas fonctionné : la vraie, celle qu’on ne lit dans aucune rétrospective et qu’aucun plateau de télévision n’a jamais pris la peine d’inviter.

Le combat pour la démocratie directe est un combat vertueux. On croirait un compliment ; c’est d’abord une vulnérabilité. Car tout combat vertueux ouvre, au milieu du désert moral de l’époque, un espace de réflexion désirable, une manière d’oasis où quiconque rêve de passer pour un héros de la pensée positive peut venir s’abreuver de sa propre image, et se faire glorifier par la mise en scène, soigneusement éclairée, de son statut de personnalité angélique au service du peuple. Le peuple, dans cette affaire, sert surtout de décor.

Nous en avons vu les dégâts. Nous les avons vus avec EC, qui s’est finalement révélé un gros antisémite bien bourrin, doublé d’un Robespierre de pacotille ; nous les avons vus avec AJ, manipulateur et menteur narcissique pathologique.

Eh bien, je vais résumer ma pensée d’une manière qui choquera, et je l’assume : notre combat aura cette particularité d’attirer les pervers aussi sûrement que les colonies de vacances attirent les pédophiles.

Je mesure ce que la comparaison a d’insupportable. C’est pour cela que je la choisis. Une vérité qu’on énonce avec des gants finit toujours par passer inaperçue, et celle-ci, je voudrais que vous ne puissiez plus l’oublier : partout où l’on promet de faire le bien accourent ceux qui ont besoin d’en avoir l’air ; et ils accourent les premiers.


Ce sont des gens qui, sur le papier, veulent aider, et qui très vite laissent tomber le masque : sous le sourire de l’allié apparaît alors la grimace de leurs ressentiments. Ils nous reprocheront notre méthode, notre Constitution, notre ton ; ce ne sont que des prétextes. Ce qu’ils ne supportent pas, c’est que nous existions.

II. Le darwinisme des idées

Pas plus tard qu’hier soir, et jusqu’à 3 heures du matin, nous avons eu une longue discussion avec un certain Chris, que j’apprécie beaucoup intellectuellement ; je le précise, parce que la suite montrera qu’on peut tenir en haute estime ceux qui nous contredisent, et que c’est même à cela qu’on reconnaît un interlocuteur. Chris estime notre Constitution trop précise. Il m’a opposé que nous devrions plutôt lancer une Constitution en 10 points, qui ne soit pas clivante, et qui donnerait lieu ensuite à des assemblées constituantes. L’argument se défend ; il a même pour lui la séduction des choses simples.

Je lui ai certes expliqué que notre précision relevait d’un choix stratégique, destiné à nous faire gagner du temps : le jour où notre combat aboutira, le temps sera la denrée la plus rare, et les peuples qui arrivent au rendez-vous de l’Histoire les mains vides le paient toujours très cher, ordinairement au profit de ceux qui, eux, avaient préparé leurs textes. Mais là n’est pas le véritable sujet. Le véritable sujet, c’est que je l’ai félicité pour son retour critique, et que je l’ai encouragé à favoriser ce que j’appelle le darwinisme des idées. Concrètement, je lui ai proposé mes conseils pour qu’il puisse lancer lui-même sa propre association, son propre mouvement. Et c’est cela qui l’a laissé pantois.

Il s’attendait à ce que le débat fût rugueux, et je crois qu’il s’y était préparé. Je n’ai fait que lui dire bravo pour la contradiction, et lui offrir mon soutien, et même mon argent, à investir en qualité de simple adhérent, le jour où il lancera sa propre dynamique. Il est des désarmements plus efficaces que toutes les victoires. Et j’étais évidemment sincère.


Le fond de l’affaire est le suivant.

Il faut favoriser un processus épistémique qui, comme dans les sciences, avance par la multiplication des expériences : des laboratoires nombreux plutôt qu’un dogme unique, des tentatives dont beaucoup échoueront, et dont l’échec même enseignera quelque chose. C’est ainsi que nous obtiendrons ce qu’on pourrait appeler un retour d’expérience viable en provenance du monde citoyen ; une connaissance que nul cabinet, nul parti, nulle commission d’experts ne saurait produire à notre place, parce qu’elle ne s’acquiert qu’en essayant.

Dans ce contexte, le #PIC n’est peut-être pas la meilleure idée. Je l’écris sans coquetterie ni fausse modestie, et je le pense. Nous serions très fiers que d’autres réussissent à notre place ; et si quelqu’un, demain, accomplissait cette mission mieux que nous, il aurait toute notre gratitude et, pour ce qui me concerne, ma cotisation d’emblée.

Nous faisons donc une série de choix. C’est, en quelque sorte, notre doctrine philosophique et technique ; appelez-la comme vous voudrez, je ne tiens pas aux étiquettes. Et d’autres feront d’autres choix, et c’est très bien. Je suis d’ailleurs persuadé qu’à l’arrivée les vrais combattants sauront converger, quand les idées se seront départagées à l’épreuve du réel, qui reste le seul jury dont on ne puisse ni acheter les membres ni contester le verdict.


Vous commencez peut-être à comprendre l’idée ?

Nous sommes le mouvement qui encourage l’effervescence créative de son propre écosystème. Nous n’avons pas de concurrents ; nous n’avons que des alliés.

Retenez bien cette phrase. Elle va prendre, dans quelques instants, un relief inattendu ; car c’est précisément parce que nous ne voulons voir autour de nous que des alliés que certains d’entre eux pourront, sans être vus, devenir nos pires ennemis.

III. Comme toujours, la lumière attire l’obscurité

Ceci étant dit, je reviens à ma provocation initiale.

Notre ouverture, vous pouvez le constater chaque jour, s’incarne d’abord dans un fait très simple : toutes nos réponses sont, au départ, extrêmement courtoises. Toutes. Hier encore, au détour d’une conversation sur X, un de nos militants faisait observer que la meilleure preuve de notre intégrité tenait à ceci : 50 % de ses propres commentaires sur la Constitution avaient été pris en compte, et pris en compte positivement. La moitié. Je connais peu d’assemblées, élues ou nommées, qui puissent en dire autant des amendements de leurs propres membres.

Existe-t-il meilleure preuve de la dimension collaborative de notre démarche ?

Il ne s’agit pas de démagogie, bien entendu. Nous ne faisons pas semblant ; nous ne distribuons pas les compliments comme on distribue des tracts à la sortie du métro. Nous valorisons le travail de ceux qui font quelque chose, et cinq de nos militants au moins, parmi d’autres, pourraient vous dire ce qu’ils ont apporté et ce que nous en avons fait. On n’a rien sans rien : c’est vrai de la reconnaissance comme du reste.


En dépit de cette ouverture, nous subissons donc les premières attaques. Je les reconnais au premier coup d’œil : je les ai très bien connues pendant les Gilets jaunes, et un ami qui nous lit, qui les a vues à l’œuvre (en sa qualité d’activiste très investi à l’époque, et désormais engagé dans le #PIC), pourra vous confirmer à quel point elles ont été néfastes au combat. Elles ont le même parfum, le même vocabulaire, la même façon de s’avancer en souriant ; seuls les visages changent, et encore.

J’insiste, au risque de vous choquer une seconde fois. Ce combat vertueux, comme les églises, comme le catéchisme, comme les colonies de vacances qui attirent les pédophiles, va attirer dans notre domaine des gens d’une extrême perversité. Je n’y vois aucune malédiction ; plutôt une loi d’optique, aussi vieille que le monde : comme toujours, la lumière attire l’obscurité. Plus la lampe est vive, plus nombreux sont les papillons de nuit qui viennent s’y cogner ; et certains, qui n’ont rien de papillons, viennent pour l’éteindre.


Je voudrais donc partager avec vous deux exemples. Deux spécimens, devrais-je dire, tant ils me paraissent dignes de figurer, épinglés sous verre, dans la vitrine d’un entomologiste.

IV. Premier exemple : cette espèce de fausse courtoisie

Le premier spécimen répond au nom de monsieur X. Il m’a approché, de manière très perverse, avec cette espèce de fausse courtoisie que je connais bien, celle des petits enculés (navré, le terme s’impose : l’enculé ne mérite ni litote ni atténuation littéraire) : une politesse qu’on enfile comme des gants avant de commettre son forfait, pour ne pas laisser d’empreintes.

Il s’est insinué dans ma messagerie, et il y a développé un discours qui ne tenait pas la route. En gros, au lieu de saluer la qualité du travail accompli sur notre site, comme le font la quasi-totalité de ceux qui le visitent, on le sentait contrarié ; et l’on comprenait vite qu’il ne cherchait qu’à déstabiliser la démarche.

Je ne vais pas tout vous livrer. Je vous donne simplement son tout dernier message, pour que vous puissiez comprendre comment, et pourquoi, je lui ai répondu de manière extrêmement brutale. Je ne veux pas vous mentir sur la marchandise : je vous ai toujours prévenus que ma devise était la suivante, « qui s’y frotte s’y #PIC ». Franchise radicale oblige : car nous rejetons les postures de séduction.

Le message reçu

« Merci pour votre réponse, mais je vais rester sur ma première impression en venant sur votre site : “Trop d’informations tuent l’information !” je pense que la population, et les citoyens lambdas comme moi, ont besoin de simplicité !

J’ai échangé quelques lignes avec [un membre du #PIC] et je vois que vous avez votre propre langage : est-ce vraiment pour être précis dans la formulation ou pour créer un nouvelle caste intellectuelle qui se détachera petit à petit de la population …en prenant à sa place les rennes du pouvoir ? C’est le risque … il y a des antécédents (cf. 1789…)

Je ne vois pas l’intérêt de participer à améliorer ou compléter certains articles dans la mesure où la base (gouvernance collégiale, cercles de 7 à 7777 délégués) ne me convient pas .

Je vais donc continuer mon bonhomme de chemin en améliorant petit à petit mon projet à mesure des remarques qui me semblent pertinentes : s’il sert un jour comme un des outils de travail d’une future Assemblée Constituante , j’en serais très heureux, sinon tant pis, ce n’est jamais du temps de perdu de susciter la réflexion …

Bien à vous également »

Vous ne serez peut-être pas tout à fait en phase avec moi si je vous dis que ce message est, en l’occurrence, un chef-d’œuvre de mesquinerie. Lu à froid, détaché de ce qui l’a précédé, il a même les apparences de la civilité : on y remercie, on y doute, on y prend congé « bien à vous également ». Mais la mesquinerie devient beaucoup plus évidente quand on a déjà subi un laborieux ping-pong avec le personnage ; quand on a déjà essayé, avec une patience dont je ne me croyais pas capable, de composer avec sa capacité pathologique à ergoter, à déprécier, à reprendre d’une main ce qu’il semblait concéder de l’autre ; bref, pour le dire en bon français, à chercher la merde.

Regardez tout de même la mécanique, car elle vous servira. Un remerciement d’entrée, qui ne sert qu’à mieux poser la réserve. Une maxime de comptoir, « trop d’informations tuent l’information », en guise d’analyse. Une accusation grave (nous voudrions confisquer le pouvoir) déguisée en question, ce qui permet de la porter sans avoir à la soutenir. Une référence historique lancée entre parenthèses, avec des points de suspension pour tout argument. Enfin, la sortie sur la pointe des pieds, ce « bonhomme de chemin » qui transforme le refus de contribuer en modestie. Tout y est. C’est de la dentelle ; de la dentelle de mauvaise foi, mais de la dentelle.

Je ne vous demande donc pas de me faire totalement confiance. Ma réponse vous donnera au moins un aperçu de mon état d’esprit au moment de me dépêtrer de cette sinistre dynamique ; et, à tout le moins, de mon habituelle franchise radicale. La voici, telle que je l’ai envoyée, sans en retrancher un mot ni, je vous préviens, un juron :

Ma réponse

« Vous voyez, vous m’offrez sur un plateau d’argent au travers de votre message fantastique CQFD. Vous ne réalisez pas à quel point vous insultez cette démarche par la bêtise mesquine de vos remarques : déjà pour commencer, j’accepte évidemment la critique sur le site et si vous aviez raison je serais le premier à le reconnaître, mais la majorité écrasante des gens qui viennent sur ce site jusqu’ici n’ont fait que louer sa clarté. Sa limpidité. Sa richesse. Les outils proposés. Vous êtes même le seul à jouer les esprits chagrins. LE SEUL. C’est dingue.

Alors bien sûr : si il y en avait d’autres, j’estimerais que ce serait un cadeau en ce que, bien entendu, cela nous permettrait de progresser.

Mais dans l’immédiat le contraste est plutôt saisissant et souligne votre mauvaise foi.

Par ailleurs, vous insultez cette démarche en osant suggérer par écrit, à mon attention, sous mon nez et à ma face bon sang, que nous serions somme toute élitistes, vous allez même jusqu’à suggérer une forme de complot, putain de merde, comme si nous allions reproduire l’arnaque de 1789 (sic, quelle argutie de plouc, sérieusement) alors que nous faisons un travail qui démontre justement sa dimension participative.

Et finalement au lieu de chercher la convergence vous nous parlez de quoi ? De votre « petit bonhomme de chemin » parce que vous êtes justement enfermé dans la certitude d’être intellectuellement supérieur et tellement plus malin que nous. Probablement plus “pur”, je suppose.

Ce sont les gens comme vous, convaincus d’être des parangons de vertu, qui passent leur temps à tuer les démarches comme celle des Gilets jaunes : parce que vous débarquez tout de suite en donnant des leçons, c’est insupportable.

En fin de compte vous accusez très vite les autres d’élitisme (ce qui est un comble de connerie absolument dingue face à un mouvement qui est pro-démocratie directe, il fallait oser) simplement parce que VOUS regrettez de n’être pas au centre de toutes les attentions et que ce ne soit pas vos idées retenues comme étant les meilleures : alors que pourtant il vous suffirait d’essayer.

Il y a déjà des centaines de messages qui ont impacté cette rédaction (DES CENTAINES ! Et d’une rare profondeur) et qui représentent un succès que vous n’êtes même pas foutu de célébrer alors que c’est supposé être votre objectif partagé avec le nôtre.

Voilà le résultat de votre narcissisme pathologique. Vous êtes un être de ressentiment.

J’insiste :

La quasi-totalité des articles de la constitution sont le fruit de délibérations entre citoyens et ont apporté la preuve que la concertation était possible, et certainement pas confisquée par des pseudo-sachants voltairiens : ce que vous êtes finalement, avec une sidérante perversité.

Je tenais à vous dire le fond de ma pensée parce qu’en dépit du fait que nous vous ayons ouvert la porte bien volontiers et que notre site soit très facile d’accès (je précise même que beaucoup de commentaires ont été déposés par des seniors qui n’ont eu de cesse de louer la structure limpide du site), vous n’avez fait que faire chier et vous êtes ce que j’appelle un saboteur par mauvaise foi, un jaloux, un imbécile.

Et vous savez quoi ?

Je prie le ciel que votre géniale Constitution emporte toute l’adhésion dont vous puissiez rêver, si elle est si parfaite.

Parce que contrairement à vous, pour moi, et pour tous les gens du PIC ce qui compte c’est que ce soit la démocratie directe qui s’impose. Nous ne tirons pas la couverture. Notre Constitution n’est peut-être pas la meilleure : c’est l’appropriation de l’exercice qui compte. Dans cet exercice on peut constater de manière flagrante votre statut de petit pervers castrateur. Bravo pour votre ridicule. Oser me parler de 1789 ! Espèce d’ignare !

Mais bref, ne comptez plus sur moi pour répondre à un sale con qui abuse de mon temps et ose me parler d’élitisme et de complot à visée confiscatoire.

Enfin : si pour terminer la discussion à l’aune de vos lumineuses remarques, et au lieu de construire un raisonnement, vous considérez que notre proposition d’agora citoyenne tirée au sort « ne vous convient pas », et que votre raisonnement d’une parfaite imbécillité va jusqu’à comparer notre démarche avec 1789 alors qu’on parle de tirage au sort pour établir des RIC sans seuil pétitionnaire : c’est que non seulement vous n’êtes pas un démocrate mais qu’il ne me reste qu’à vous recommander de passer du temps sur M6 Boutique, ça vous fera beaucoup plus de bien que de vous intéresser à ces sujets.

Et c’est bien dommage parce que vous étiez le bienvenu. »


Ah, bien sûr : si vous n’avez pas été exaspérés comme je l’ai été par la longueur de l’échange qui a précédé tout cela, vous me trouverez peut-être un peu dur. Je vous l’accorde volontiers, à une nuance près : cette dureté est l’aboutissement d’une patience, et non son absence. On ne claque la porte qu’à ceux à qui on l’a longtemps tenue ouverte.

Certains amis m’ont reconnu une sorte de compétence, la seule peut-être dont je puisse tirer quelque vanité sans rougir : chaque fois que je croise un pervers, je lui oppose un mur, parce que je le démasque très vite. Je n’y vois aucun don ; un métier, plutôt, appris à mes dépens, et qui m’a coûté assez cher pour que j’aie le droit de vous en transmettre l’usage.

V. Second exemple : un cuistre s’empresse de tout faire pour m’humilier à coups d’arguments d’autorité, mais cite un auteur qui me donne parfaitement raison

Mais j’ai encore pire à partager avec vous.

Vous êtes nombreux à avoir vu mon tweet d’hier, en réponse à Pierre Gentillet. Ce que personne ne sait, en revanche, c’est que je l’avais fait relire au préalable par un spécialiste du droit constitutionnel : scrupule de profane, peut-être, mais scrupule tout de même, dont certains docteurs feraient bien de s’inspirer. Vous avez d’ailleurs pu constater qu’il était extrêmement bien sourcé et construit ; un peu complexe, forcément, puisque nous touchons là à un sujet complexe par définition : la manière subtile dont le pouvoir constituant dérivé supplante le pouvoir constituant dit « originel » (ou « originaire », comme disent les manuels ; je laisse bien volontiers aux puristes la querelle du suffixe).

Je vous rappelle la publication en question. Je vous la recommandais en ces termes, et je n’en retire rien : « Lire notre réponse argumentée car elle est ESSENTIELLE pour comprendre VRAIMENT la puissance intrinsèque du PIC ».

https://x.com/parrhesiaste_fr/status/2110002269089337553


Et donc, pour illustrer encore le problème de fond sur lequel je veux attirer votre attention, voici le second spécimen. Un gars que je ne connais absolument pas ; qui n’a même pas 150 followers, mais qui se prend pour une lumière dans un domaine où il n’est jamais parvenu à passionner personne, en dépit de cette conviction qui l’habite (inébranlable, comme toutes les convictions qui n’ont jamais rencontré la moindre épreuve) d’être l’alpha et l’oméga de l’expertise dans le domaine qui nous occupe. Ce monsieur, donc, sans m’avoir jamais adressé la parole, me dépose ce message ; je vous laisse mesurer la profondeur de la bêtise insultante qui est la sienne :

Message reçu sur X, identité masquée, citant un mémo de droit public sur le pouvoir constituant originaire et dérivé
Le message reçu sur X (identité masquée).

Pour ceux qui le liraient mal sur un petit écran, je vous le recopie, fautes comprises : « Je n’es pas lu tant vous ne maitrisez rien. Il s’agit de pouvoir constituant originaire face à celui délégué. Crétin ». Trois phrases : un aveu, une leçon, une injure (en sus d’une pathétique faute de français). Dans cet ordre, qui est celui de la cuistrerie quand elle se croit seule dans la pièce.

Bien sûr, je suis tenté de vous livrer le fond de ma pensée. Ce mec est la parfaite définition du malotru méphitique : un homme en proie à des troubles qui l’incitent à chercher, dans l’obsession des pratiques vexatoires, un exutoire à ses souffrances. On en croise quelques-uns en ligne, toujours très courageux derrière un clavier, l’écran leur tenant lieu de bouclier. Je croyais avoir développé, à force de pratiquer les réseaux sociaux, une certaine expertise en la matière ; il bat tous les records. Un petit être méchant et mauvais.

Mais en sa qualité de concept, il est fascinant, et surtout instructif. Je vais vous dire pourquoi.


Relevez d’abord ce qui, dans son message, se révèle absolument magnifique : il me cite un auteur qui me donne parfaitement raison. Il est tellement abruti par sa propre rage de détruire et son besoin compulsif de vexer, qu’il croyait ainsi m’humilier ; mais, dans son empressement, il n’avait pas pris le temps de lire ma publication, ce dont il se vante d’ailleurs dès les premiers mots (il faut le faire). Or le mémo qu’il brandit distingue le pouvoir constituant originaire, qui « crée une nouvelle constitution », du pouvoir dérivé, celui des « organes de l’Etat qui ont été constitutionnellement habilités à réviser la constitution » ; et la légende qui l’accompagne en tire, noir sur blanc, la conclusion suivante : « le peuple, seul détenteur direct du pouvoir constituant originaire, peut décider et s’organiser pour instaurer une nouvelle constitution ». Or le cœur du #PIC consiste justement à renouer avec ce pouvoir constituant originel. Il est venu m’assommer avec ma propre thèse. Je ne lui en demandais pas tant.

Ce niveau de débile léger ne serait pas inquiétant s’il ne s’agissait d’un profil universitaire, d’un homme qui se présente lui-même comme juriste, et dont plusieurs personnes qui le connaissent m’ont d’ailleurs confirmé les diplômes.

C’est là que l’anecdote cesse d’être drôle. L’ignorance, je la pardonne volontiers : elle est notre condition commune, et le #PIC n’existe que pour qu’on la surmonte ensemble. Ce que je ne pardonne pas, c’est le savoir qui se dispense de lire.


Mon commentaire sur le sombre personnage n’a, au fond, aucune importance. Non, bien sûr. Ce qui le rend important, et même très important, c’est qu’il est parfaitement représentatif de la cuistrerie abrutissante des sachants de l’écosystème citoyenniste, qui font échouer le combat depuis très longtemps ; peut-être même depuis toujours.


Mais pourquoi en est-il ainsi, me direz-vous ?

La question relève d’une réflexion philosophique profonde sur la nature humaine, et je n’aurai pas l’outrecuidance de la trancher en quelques lignes. En attendant, je ne peux qu’attirer votre attention sur le vrai problème de fond. En dehors même de son attitude insupportable, ce personnage est incapable de se réjouir de ce qu’un petit citoyen comme moi tente de s’emparer du sujet constitutionnel, et de provoquer du changement avec une stratégie différente de la sienne ; alors qu’il devrait, s’il était seulement cohérent avec ce qu’il prétend défendre, être le premier à s’en réjouir.


C’est un comble de malveillance contre-productive. Mais il illustre surtout, avec une ironie dont il n’a pas la moindre conscience, les dangers de la caste élitiste. Car ce monsieur se présente lui-même comme un résistant ; et il réagit exactement sur le modèle de ladite caste. Il en a les réflexes et la morgue. Il en partage la fâcheuse tendance à s’autoproclamer, sans la moindre réflexion préliminaire, l’intelligent de service, le diplômé légitime à l’exclusion de tous les autres, et à se mettre en devoir de confisquer, non seulement la réflexion démocratique, mais jusqu’à l’exercice de l’esprit critique, à tous ceux dont il a décidé d’emblée qu’ils ne sont que de misérables gueux. Il prétend combattre la caste ; il en est le portrait en miniature, et je soupçonne que la ressemblance ne lui déplairait pas.

Oui, si vous m’avez lu jusqu’ici, vous avez bien compris le paradoxe. Il y a dans la résistance, et jusque dans l’écosystème des citoyens qui défendent la démocratie directe, des gens qui n’y sont probablement actifs que parce qu’ils n’occupent pas le poste, ou la fonction, dont ils auraient rêvé au sein de la caste dominante qui nous méprise. Ce sont des courtisans sans cour. Faute d’avoir été reçus au château, ils viennent régenter la chaumière. Voilà pourquoi leur comportement ressemble si fort à une dissonance cognitive, que l’on pourrait résumer d’une formule : je suis avec vous, mais contre vous.


Et voilà pourquoi ce que ce genre de personnage fantasme comme sa propre crédibilité ne lui sert qu’à démolir, ou du moins à essayer de démolir dans l’œuf, toute initiative qui ne commence pas par valoriser sa revendication d’aristocrate du savoir. D’où cette posture absurde, et de prime abord parfaitement incompréhensible, qui consiste, au lieu de commencer par poser une question (ce que ferait n’importe quel esprit curieux, et à plus forte raison un esprit savant), à être assez stupide pour avouer qu’il ne m’a pas lu, puis à m’informer que « vous ne maitrisez rien », et à conclure d’un seul mot : « Crétin ». Il ne m’a pas lu, mais il sait. C’est la définition même du préjugé ; c’est aussi, je le crains, celle de la caste.


J’attire maintenant de nouveau votre regard sur la manière dont je réagis, moi, au quotidien, dans le cadre de ce que nous essayons d’accomplir. Quiconque vient commenter notre Constitution d’urgence reçoit systématiquement, en retour, des commentaires très bienveillants ; et vous savez que ce n’est pas une formule, puisque vous êtes nombreux à en avoir reçu. Nous encourageons les gens à se regrouper, même quand ils proviennent de mouvements citoyens différents du nôtre.

Il est non moins vrai que je ne renonce pas à mon propre leadership. Cela fait des années que je travaille là-dessus, comme initiateur du projet, sous une forme qui correspond à ma culture organisationnelle et à mon parcours ; et j’estime que l’on doit créer une organisation résiliente, ce qui ne se fait pas, j’en suis convaincu, sans quelqu’un de motivé aux manettes. On peut discuter ce choix ; je suis prêt à le défendre. Mais au moins, je n’établis jamais le contact par l’insulte, comme le fait ce petit trou du cul endimanché.


Et donc, ce que nous dit finalement ce sombre personnage, c’est exactement ce que je tente de vous faire voir, et qui explique tous les échecs des Gilets jaunes, et de quelques autres :

La caste n’a peut-être pas besoin de nous infiltrer.

Il lui suffit de laisser s’exprimer le ressentiment des petits professeurs atteints de cuistrerie pathologique, frustrés de n’avoir jamais dépassé le stade d’une carrière universitaire de seconde zone ; ou encore la rage épidermique de ces fameux « citoyens professionnels » qui ne supportent pas que d’autres travaillent sur le même sujet qu’eux, comme si la démocratie était un fief et la Constitution une chasse gardée. La caste n’a plus qu’à s’asseoir et à regarder. Elle n’a même pas à payer sa place : nous lui offrons le spectacle, et elle s’en amuse, car rien ne la rassure davantage que de nous voir incapables de débattre sereinement entre nous de ce qui devrait nous rassembler. Nos divisions sont la rente de nos adversaires ; nous la leur versons nous-mêmes, à échéance régulière, sans qu’ils aient à lever le petit doigt.

Ce qui est, quand on y pense, dans le cadre de ce combat et de cet écosystème citoyen, un comble d’ironie tragique. Car nous sommes bel et bien supposés coaliser.

Voilà donc notre principal défi. L’adversaire, nous le connaissons ; il ne nous surprendra plus. Il nous reste à survivre à nos alliés.

VI. Le principal ennemi est intérieur

Si je vous parle de tout cela, c’est que je suis moi-même dans le combat depuis des années maintenant, et que je sais ce qui risque parfois de vous atteindre, surtout les plus nouveaux d’entre vous. Ce ne sera pas l’adversaire déclaré, que l’on voit venir de loin. Ce sera cela.

Je vais vous faire un aveu. Même aujourd’hui, c’est la principale raison rationnelle pour laquelle je me dis, au moins deux fois par semaine, qu’il faudrait que j’arrête le #PIC et que je passe à autre chose. J’ai, pour être heureux, bien d’autres moyens ; je ne le dis pas pour me vanter, c’est une réalité profonde de ma vie, et je la tiens pour une chance plutôt que pour un mérite. Il m’arrive d’être lassé de toutes ces attaques gratuites, au point de penser, les soirs où je suis un petit peu fatigué, que le jeu n’en vaut plus la chandelle.

Or je tiens bon. Je tiens bon parce que je flippe, disons-le avec les mots de tous les jours, pour l’avenir de mes enfants ; parce que je mesure la gravité de ce qui nous arrive, globalement, et que je devine vers quoi nous allons être emportés. La peur n’est pas une vertu ; mais c’est un excellent réveil.

J’assume aussi le leadership, et je ne m’en cache pas, parce que j’ai été dans l’ombre de beaucoup de gens, à commencer par EC ; et regardez aussi ce que cela a donné avec des gens comme AJ. Quand certaines formes d’hubris finissent par les prendre aux tripes, on les perd. Ils trahissent ; ils négligent leurs devoirs humains les plus élémentaires ; ils accusent un déficit de cohérence qui inquiète, puis désoriente les troupes. J’ai vu des gens de bonne volonté se disperser pour moins que cela.

C’est d’ailleurs à cette capacité de cohérence dans la durée que l’on reconnaît, selon moi, le véritable leadership. Un discours brillant, n’importe quel tribun en est capable un soir de chance ; la cohérence, elle, se juge sur des années, à la fidélité que l’on garde à ce qu’on avait promis le premier jour.

Au bout d’un moment, il faut donc prendre les choses en main, si l’on pense être à peu près fiable ; et surtout si l’on est bien entouré, comme je le suis grâce à vous.


Alors voici la morale de cette histoire, et de ces anecdotes :

Le principal ennemi est intérieur.

Et c’est cela le plus dingue.

Vous allez y être confrontés, et de manière flippante.


Vous allez, comme deux de nos militants ces derniers jours (l’un avec monsieur X., l’autre avec le petit professeur trou du cul susmentionné), perdre beaucoup de temps à essayer de rabibocher des gens ; et cela alors même que ces gens ont établi le tout premier contact en commençant par l’insulte ou la manipulation mentale, ce qui confère aux démarches de nos deux camarades une dimension d’autant plus noble et courageuse. Je les salue ici : ils ont tendu la main à des gens qui venaient de cracher dedans.

Cela risque aussi, au passage, d’entamer votre motivation. C’est l’effet que peuvent produire les gens incapables de sortir de leurs obsessions, incapables d’empathie, ou ne serait-ce que d’écoute. Et vous enragerez d’autant plus à leur contact qu’ils sont censés, sur le papier, partager nos combats. Le sentiment d’absurdité qui en résulte peut engendrer une certaine lassitude : une lassitude sournoise, qui ne crie pas, qui ne claque pas la porte, mais qui vous fait un soir laisser un message sans réponse, puis deux, puis tous. C’est ainsi que meurent les mouvements : rarement d’une défaite, presque toujours d’une fatigue.


C’est le plus triste constat de ce combat. Ce sera la principale raison pour laquelle vous serez tentés d’abandonner ; et je ne vous en voudrai évidemment pas.


Je ne peux même pas prétendre avoir la moindre solution viable, car ce problème va exploser à mesure que nous avancerons : il croîtra avec notre audience, au même rythme et pour les mêmes raisons. Nous avons peut-être l’un des plus beaux sites de notre domaine, l’un des plus limpides et des mieux outillés ; et c’est justement pour cela que vous allez vous heurter à la méchanceté gratuite de petits trous du cul malheureux, qui recevront comme une claque, en plein narcissisme, le simple fait que nous travaillions bien. Ils feront tout pour vous le faire payer. Leur arme favorite ne sera pas l’argument, mais le doute, qu’ils essaieront de vous instiller goutte à goutte.

Comprenez-moi bien : la critique est nécessaire. Elle est même vitale, et vous savez que nous la recherchons. Mais elle sert souvent de prétexte pour faire passer des messages d’une rare perversité ; et c’est justement au nom de l’importance de la critique, parée de toutes les vertus, que les petits pervers s’en donnent à cœur joie. Notre époque a sanctifié la contradiction au point d’en faire un sauf-conduit : il suffit de se dire critique pour se croire tout permis, et de traiter l’autre de crétin pour se prendre pour Voltaire.


Mais voilà : ces gens-là ne viennent pas pour construire.

Et le pire, c’est que leur mauvaise foi les pousse à suggérer que nous serions élitistes. Ils savent que c’est l’insulte la plus blessante pour des gens qui vivent dans l’abnégation, et qui sont en train de tout donner pour essayer de faire exister la démocratie directe. Dans leur esprit, c’est une condamnation sans appel. Dans les faits, c’est le parfait alibi : il leur permettra de nous casser dès que nous aurons le dos tourné, et de rester enfermés, bien au chaud, dans la certitude que ce qu’ils ont produit eux-mêmes est forcément ce qui se fait de mieux.

Élitistes ! Nous qui écrivons une Constitution avec tous ceux qui veulent bien s’en donner la peine, et qui proposons de tirer au sort ceux qui la feront vivre. Il fallait oser. Ils osent.

VII. Nos pires ennemis sont souvent ceux qui ressemblent à des alliés

Je peux simplement vous dire deux choses.

La première, c’est que nos ennemis ne sont pas un problème, puisqu’ils sont évidents. L’oligarchie se déguise mal : elle a ses tribunes, ses chaînes, ses éditorialistes et ses lobbies ; on sait où la trouver, et l’on sait ce qu’elle veut. Nos pires ennemis sont souvent ceux qui, de prime abord, ressemblent à des alliés. C’est tragique. C’est triste. Mais il va falloir le prendre en compte.

La seconde, c’est que le fait de le comprendre aide beaucoup. Un mal nommé est déjà à moitié désarmé : ce qui vous blessait comme une injustice devient, une fois compris, un phénomène que l’on observe, presque avec curiosité, comme on regarde un orage derrière une fenêtre bien close.

Je vous conseille donc de lire le livre de Robert Sutton que voici :

Objectif Zéro-sale-con. Petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail

Couverture du livre de Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con, Vuibert, édition augmentée
Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con, Vuibert, édition augmentée.

Ce n’est vraiment pas une blague. Bob est l’un des meilleurs profs du monde1, et il a eu le mérite rare de prendre au sérieux un sujet que les écoles de management préféraient abandonner aux conversations de machine à café.


Il a formalisé ce concept de « sale con » pour permettre à ses élèves de ne pas se faire bouffer dans les organisations ; ce qui fonctionne, vous l’avez compris, tout aussi bien dans un écosystème comme le nôtre, où les organigrammes sont plus flous et les egos d’autant plus libres de leurs mouvements.


Je vais vous la faire brève. En gros, le sale con est un frustré qui estime que la reconnaissance due à son expertise passe par sa capacité à bloquer la vôtre. Il ne s’élève pas ; il vous abaisse, et il appelle cela de l’exigence.


C’est ce qu’on voit très bien, dans des styles différents, avec EC, qui le fait avec une immense douceur et une habileté absolument hors du commun, mais qui finit toujours par confisquer. C’est ce que vous avez vu, en mode bourrin, avec le petit professeur trou du cul qui m’insulte dès le premier contact. Et c’est ce que vous avez vu avec ce monsieur X., qui s’insinue depuis des semaines dans ma messagerie pour essayer de nous dire que ce que nous faisons n’est pas aussi bien que ce qu’il fait lui-même, et qui cherche le moyen le plus castrateur possible de rester le gardien des clés, en nous expliquant que nous serions des élites sur le point de reproduire, en matière d’arnaque, le coup de 1789. Trois styles : le velours, le gourdin, le goutte-à-goutte. Une seule fonction : garder la porte.

Je trouve d’ailleurs que Robert Sutton est trop gentil. Moi, je ne les aurais pas appelés des sales cons, mais des gros enculés.

Je peux choquer. Vous allez peut-être vous dire que cela affectera mon leadership. Je vous demande de me croire sur parole sur un point très précis, que je ne tire pas d’une intuition mais de l’expérience : pour avoir passé des milliers d’heures en direct, je puis vous dire que, statistiquement parlant, plus je suis direct, plus je suis vrai, plus je dis les choses comme les dirait un Français moyen et authentique, et plus les gens comprennent que je ne suis pas un politicien. La langue de bois est la langue maternelle de la caste ; nous n’avons aucune raison de la parler.


Je voudrais être tout à fait clair sur ce point, parce qu’on le confond trop souvent. Nous ne gagnerons jamais en restant de petits Bisounours imprégnés de discours victimaire, qui tendent l’autre joue en espérant que l’agresseur finira par avoir honte. Il n’aura pas honte. Mais il ne faut pas non plus confondre deux choses que tout oppose : la violence initiale de l’attaque, qui est un abus, et la force de la riposte, qui est une réponse. Celui qui insulte le premier a choisi l’arme ; il ne peut pas se plaindre ensuite qu’on la lui retourne avec plus d’adresse.

Avec ceux qui débattent, nous sommes prodigues : nous écoutons, nous remercions, nous intégrons, et les révisions successives de notre Constitution en portent la trace, article après article. Le débat peut être rugueux ; il peut durer aussi longtemps qu’il le faut. La seule condition, mais elle est sine qua non, c’est le respect de l’interlocuteur. À la première insulte, la réponse est cinglante. C’est cela, la candeur radicale : tout dire, à tous, en face ; et rendre à chacun selon ce qu’il apporte, la gratitude pour la critique, le décuple pour l’insulte.


Voilà pourquoi la version, évidemment élégante, de tout cela réside dans notre fameux Manuel d’autodéfense : il faut bien sûr prévoir des ripostes argumentées contre les rhétoriques abusives, et nous les y consignons une à une. C’est la riposte à froid, celle qui démonte sans jamais insulter.

Mais pour le reste, quand vous rencontrez un bon gros enculé (ce que Robert appelle, avec sa courtoisie californienne, un sale con), ne lui offrez pas l’élégance et le politiquement correct qui lui permettraient de vous bouffer lentement la rate. Si vous reniflez le pervers, évacuez-le. Très vite.

VIII. Moralité

« Qui s’y frotte s’y #PIC »

C’est extrêmement paradoxal, mais c’est là que commence notre complète désaliénation. La caste sera évacuée ; elle sera très vite le cadet de nos soucis, parce qu’on cesse de craindre ce qu’on a compris, et que nous l’avons comprise. Le problème, ce sont les vertueux Robespierre d’opérette, qui vont jalouser l’excellence de notre démarche et tout faire pour la tuer dans l’œuf, par simple ressentiment.

Ils procéderont de deux manières. Les uns à coups d’insultes grossières : ceux-là ont au moins la bonté de se signaler eux-mêmes, et nous permettent de les repérer rapidement. Les autres par petits coups de canif successifs, portés sur un ton sirupeux, ou victimaire et dolent, celui des gens qui veulent « seulement poser des questions » ; ce sont les plus dangereux, parce qu’ils ne cherchent pas à vous abattre, mais à vous castrer chimiquement, à doses homéopathiques, et si possible avec votre consentement.

Fred Nietzsche (j’ai toujours eu, pour des raisons que vous devinerez, une certaine tendresse pour son prénom) avait totalement raison. La maladie du siècle, c’est ce mal qu’il a lui-même diagnostiqué : les nihilistes2, ces êtres pervers, pétris de ressentiment, qui utilisent la rhétorique des vertus ostentatoires pour étouffer tout ce qu’ils jalousent. Ils ne créent rien ; ils notent. Ils ne bâtissent rien ; ils inspectent. Et lorsque, par malheur, quelque chose de vivant pousse à côté d’eux, ils l’arrosent de bons sentiments jusqu’à ce qu’il pourrisse.

Je ne vous dis pas tout cela pour vous décourager, mais pour que vous ne soyez jamais pris au dépourvu. Un militant prévenu en vaut deux. Les saboteurs passeront, comme ils passent toujours, usés par leur propre aigreur ; nous resterons, parce que nous construisons, et que le ressentiment n’a jamais rien construit.

Post-scriptum

Pour terminer ma réflexion (et je vous prie de m’excuser de sa longueur), j’ajoute que c’est la raison pour laquelle on a si mal compris cette citation :

« Périssent les faibles et les ratés ! Et qu’on les aide encore à disparaître ! »3

tirée de son essai L’Antéchrist (1895)

On l’a lue comme un éloge de la cruauté. Elle pointe du doigt ces êtres de ressentiment qui ne supportent pas votre vitalité, et qui surexploitent la moraline4 pour vous affaiblir, vous culpabiliser, vous castrer…

Le philosophe en avait fait, à sa manière, son « qui s’y frotte s’y #PIC » à lui 😂

Pour aller plus loin

« La version, évidemment élégante, de tout cela réside dans notre fameux Manuel d’autodéfense » : les ripostes du #PIC aux rhétoriques abusives sont en ligne, en accès libre, sur le site du Pari de l’Intelligence Collective.

Le livre cité : Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con. Petit guide de survie face aux connards, despotes, enflures, harceleurs, trous du cul et autres personnes nuisibles qui sévissent au travail, Vuibert.

Notes

  1. Robert I. Sutton enseigne le management à l’université Stanford ; son livre a paru en 2007 sous le titre The No Asshole Rule. Son test tient en deux questions : après l’échange, la personne visée se sent-elle rabaissée, humiliée, vidée de son énergie ? Et l’agresseur s’en prend-il plutôt à moins puissant qu’à plus puissant que lui ? Je vous laisse faire passer l’examen à nos deux spécimens. ↩
  2. Le mot n’est pas de Nietzsche : on le trouve chez Jacobi dès 1799, et Tourgueniev l’a popularisé en 1862 (Pères et fils). Nietzsche en a fait le diagnostic central de son œuvre ; le concept qu’il a vraiment imposé, et qui porte la thèse de cette chronique, c’est le ressentiment (La Généalogie de la morale, 1887). ↩
  3. Version abrégée, déjà citée ainsi par Alfred Fouillée (Nietzsche et l’immoralisme, 1902). Le texte complet, dans la traduction d’Henri Albert, dit : « Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu’on les aide encore à disparaître ! » (L’Antéchrist, § 2). ↩
  4. Le mot est de Nietzsche lui-même (Moralin), forgé à la façon d’un nom de produit pharmaceutique. Il l’emploie dans ce même paragraphe 2 de L’Antéchrist, quelques lignes avant la citation, pour louer une vertu « sans moraline » : la virtù de la Renaissance. ↩
Frédéric Bascuñana
Frédéric Bascuñanahttps://politoscope.fr
Entrepreneur, citoyen engagé. J’observe avec tristesse mon pays perdre son honneur sous les exactions d’une caste cynique. Retrouvons notre dignité collective.

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