Défense de rupture ou référé du peuple ? Branco, Boulo et le procès en appel des gilets jaunes

Présentation / synthèse

Par la Rédaction du Politoscope

Deux avocats. Un seul client : le peuple.

Et un dossier que personne n’a jamais plaidé jusqu’au bout — celui des gilets jaunes, près de huit ans après les premiers ronds-points, au moment précis où de jeunes créateurs de TikTok, qui n’avaient pas l’âge de tenir un brasero en novembre 2018, annoncent leur retour pour le 17 octobre.

Le Monde Moderne a eu l’idée, excellente, de réunir pour la première fois face à face Juan Branco et François Boulo, que tout rapproche (le barreau, les ronds-points, la défiance envers la caste) et que tout sépare dès qu’on pose la seule question qui vaille : par quelle porte entre-t-on dans le pouvoir ? Le premier a choisi l’urne présidentielle, ses vingt parrainages et sa banque introuvable. Le second a choisi de ne présenter personne et de faire voter des consensus. Entre les deux, Alexis Poulin, hôte et partie — nous y reviendrons.

Nous avons regardé ces quatre-vingt-trois minutes avec la grille qui est la nôtre, celle du Pari de l’Intelligence Collective : un système capturé plutôt que défaillant, un peuple anesthésié plutôt que bête, un remède collectif et jamais providentiel. Cette grille oblige à deux gestes. Reconnaître sans barguigner ce que ces voix disent de juste — et c’est beaucoup. Signaler sans trembler les lignes jaunes qu’elles franchissent — et il y en a.

Ce qui suit n’est donc ni un compte rendu, ni un procès. C’est une instruction à charge et à décharge.

Trois voix, une transcription muette

La transcription automatique de YouTube ne nomme personne, écorche les noms (« Ran Branco », « François Boulot ») et fond les répliques dans un même flux. L’attribution retenue ici repose sur des indices de contenu sans ambiguïté — les Ruches, Praxis, le barreau de Rouen, le livre Transformer la colère — et, pour quelques échanges vifs, sur la logique de l’enchaînement (les rares attributions incertaines sont présentées avec la prudence qui s’impose).

Alexis Poulin, cofondateur du Monde Moderne et auteur de Transformer la colère, anime — et intervient. Il relance sur Mistral, sur la justice, sur la guerre, convoque Lénine, invite Arthur Mensch « à cette table » et livre au passage la contre-vérité constitutionnelle la plus spectaculaire de la soirée (voir l’onglet « Antithèses »). Un modérateur qui jette de l’huile, puis tend le seau.

Juan Branco, avocat, essayiste, fondateur des Ruches françaises et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 : la voix la plus brillante, la mieux renseignée sur les réseaux de pouvoir — et la plus imprudente.

François Boulo, ancien avocat au barreau de Rouen (serment prêté en 2012, robe raccrochée fin 2024), figure normande des gilets jaunes, cofondateur de Praxis : la voix la plus constante, la plus modeste — et la plus proche de nos propres convictions, ce qui nous oblige à la plus grande sévérité sur ses angles morts.

Deux avocats, donc, et deux manières de plaider que Jacques Vergès aurait reconnues. Dans De la stratégie judiciaire (1968), il opposait la défense de connivence, qui accepte le cadre du tribunal pour y négocier l’indulgence, à la défense de rupture, qui récuse la légitimité même du juge. Juan Branco plaide la rupture : l’urne lui sert de tribune pour récuser la cour. François Boulo plaide en référé : il ne conteste pas le juge, il lui présente l’évidence et le somme de trancher. Le PIC, lui, voudrait réécrire le code de procédure — mais n’anticipons pas.

Le 17 octobre, ou la convocation impossible

Sur le retour annoncé des gilets jaunes, l’accord est immédiat. Juan Branco convoque Deleuze et sa pensée « rhizomatique » : en 2018, personne n’a donné le signal ; des réseaux se sont connectés sans maître d’œuvre, des citoyens se filmaient dans leur camion pour leurs proches, sans la moindre intention de faire de l’audience. On ne décrète pas un soulèvement, encore moins depuis un compte d’influenceur. François Boulo ajoute la mémoire du prix payé — les yeux, les mains, les gardes à vue, les amendes, les divorces — et en tire une loi de comportement : ces « têtes dures » ressortiront, mais quand on pourra gagner, c’est-à-dire quand d’autres secteurs de la société se mettront en mouvement.

Les deux diagnostics sont justes. Nous les contresignons.

Mais ils s’arrêtent un étage trop tôt. Le drame de 2018 n’était pas l’absence de chef d’orchestre : c’était l’absence de partition commune et de mémoire. Un rhizome repousse partout, c’est sa force ; il ne se souvient de rien, c’est sa faiblesse. Les soixante mesures issues du « Vrai débat » (que Praxis dit avoir exploitées) ont dormi six ans dans un tiroir faute d’un organe pour les porter. Un mouvement sans mémoire ressemble à une maison qu’on rebâtit après chaque orage sans jamais couler de fondations : on s’épuise, et l’on n’habite jamais.

Toute la suite du débat est, au fond, une dispute sur la nature de ces fondations.

Deux portes pour un même mur

Juan Branco a choisi la porte de l’urne. Il y entre en « grand naïf » revendiqué, méthode qu’il illustre par une anecdote savoureuse (le courriel intitulé « 18 + 2 » adressé jadis à Xavier Niel, du nom de leurs notes respectives au baccalauréat de philosophie) : prendre les règles au pied de la lettre, faire « sérieusement, comme si c’était possible », et mesurer le réel au lieu de le fantasmer. Bilan d’étape : un mandataire financier enfin trouvé, une Banque de France qui doit statuer sur le droit au compte, vingt parrainages, trente mille inscrits revendiqués au lancement des Ruches françaises.

François Boulo a choisi l’autre porte, ou plutôt le refus de la première. Son argument tient en un précédent : François Asselineau a franchi tous les verrous en 2017, parrainages compris, pour finir sous la barre de 1 % (0,92 % exactement). Pour lui, le verrou décisif n’est ni bancaire ni administratif : ce sont les médias et les sondages, qui fabriquent les candidats « en capacité ». D’où Praxis : ne présenter personne, ne soutenir personne, faire émerger par le vote des consensus que l’élection rend invisibles — interdiction du pantouflage, renationalisation des autoroutes, référendum révocatoire, conditionnalité des aides publiques — avec, selon lui, quatre à sept mille votants par question.

Et c’est ici que François Boulo pose la phrase la plus importante de la soirée : l’élection est une compétition dans laquelle les partis ont un intérêt structurel à se distinguer, donc à exhiber leurs désaccords, si bien qu’« il y a aucun espace où on fait émerger et on rend visibles les consensus ». Tout le PIC tient dans cette intuition.

Acceptons donc le diagnostic, et descendons d’un étage — et de deux siècles. Le verrou n’est ni le plateau de 2027 ni la présidentialisation de 1962. Il a été posé le 7 septembre 1789, quand Sieyès a fixé la grammaire du régime représentatif : le peuple « ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants ». Deux cent trente-sept ans plus tard, on ne brise pas cette grammaire en élisant un meilleur intermédiaire (la porte Branco), ni en parlant plus fort aux intermédiaires (la porte Boulo). On la brise en confiant à l’intermédiaire un mandat unique : rendre la parole. C’est le sens du « hack » républicain que défend le PIC — des candidats constitutionnels, un Conseil des Sept plutôt qu’un homme, une année référendaire plutôt qu’un quinquennat.

Moralité : le PIC emprunte la porte de l’un pour y faire entrer le moteur de l’autre — et laisse le volant au vestiaire.

Mistral, ou la corruption qui respecte les règles

Le moment le plus médiatique du débat est aussi le plus instructif. Alexis Poulin lance Juan Branco sur Mistral AI, et celui-ci déroule le dossier qui lui a valu, de la part d’Arthur Mensch, le qualificatif de « petite frappe » : Cédric O, ancien secrétaire d’État au Numérique, a investi 176 euros dans la jeune pousse en 2023 ; la levée de septembre 2026 valorise sa participation autour de 90 millions d’euros. Plus de 510 000 fois la mise. « Warren Buffett peut aller s’enterrer. »

Le chiffre est exact. Il est même pire que scandaleux : il est légal. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a examiné l’opération et jugé les règles respectées.

Voilà le déplacement que nous proposons : le problème n’est pas Cédric O, c’est la règle qui l’a laissé passer, écrite et contrôlée par ceux qui peuvent un jour en bénéficier. Le scandale n’est pas ce qui est illégal ; le scandale, c’est ce qui est légal. Interdire le pantouflage — mesure plébiscitée sur Praxis — revient précisément à reprendre la plume des mains de ceux qui écrivent leurs propres sorties de secours.

Dommage que Juan Branco affaiblisse un dossier aussi solide par des approximations — des fondateurs « partis avec la caisse » de Meta, alors qu’Arthur Mensch venait de DeepMind ; un premier modèle qui aurait été « volé » à un modèle chinois, quand l’accusation, formulée en 2025 par un ancien salarié, visait un modèle ultérieur et une distillation présumée de DeepSeek, entreprise dont aucun modèle n’était public au lancement de Mistral 7B — et par un mépris de bulletin scolaire (Cédric O sortirait d’un « classement moyen » d’école de commerce ; il est diplômé d’HEC). Le dossier méritait mieux qu’un concours de livrets scolaires, surtout de la part de qui ouvrait la soirée en laissant deviner lequel, de lui ou de Xavier Niel, avait décroché 18 au bac.

Le prétoire en ruine

Puis vient le témoignage le plus fort, et le plus sobre : celui de François Boulo sur la justice. Douze ans de barreau, de 2012 à 2024, essentiellement aux côtés de salariés. Des erreurs manifestes qui, selon son estimation (« à la louche », précise-t-il honnêtement), seraient passées de moins de 5 % à près de 30 % des décisions. Et cette scène, devant la cour d’appel de Paris, dans un dossier à 200 000 euros : une présidente qui invite à ne pas plaider, puis montre l’horloge de la salle — « quand elle est sur le 5, c’est terminé ». Sept minutes. Pour un cadre licencié, dit-il, parce qu’il refusait de délocaliser sa filiale en Pologne.

Les chiffres froids lui donnent raison : selon la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), la France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants quand la médiane européenne est à 17,6, et 3 procureurs quand la médiane est à 11,2. Ce n’est pas une justice malade : c’est une justice affamée. La proposition de François Boulo — l’échevinage, un magistrat professionnel assisté de citoyens — rejoint d’ailleurs notre conviction que la justice rendue « au nom du peuple » gagnerait à compter quelques membres du peuple.

Juan Branco, lui, prescrit autre chose : « il faut mettre des procureurs en prison ». Il appuie le propos sur des affaires récentes et sur une pseudo-loi de l’histoire — toutes les révolutions naîtraient d’un problème fiscal ou judiciaire, et nous aurions les deux. Le diagnostic (l’irresponsabilité de magistrats que rien n’atteint) est sérieux ; le remède est une ligne jaune. L’avocat qui dénonce, à juste titre, les procédures-bâillons dirigées contre ses révélations réclame à son tour l’arme pénale, simplement tenue par l’autre main.

Un médecin décrit la maladie. Un autre propose l’amputation. Nous restons avec le premier.

De la révolution aux îles Kerguelen

C’est la pente glissante de la soirée, et il faut la décrire honnêtement, car elle est faite d’éclairs de lucidité autant que de sorties de route.

Lucidité, d’abord. Juan Branco critique avec une précision chirurgicale la stratégie de « nazification » du RN par la France insoumise — un ennemi imaginaire, un bouc émissaire, de l’angoisse convertie en adhésion, bref « de la part de marché ». Il appelle à renoncer au discours victimaire et à l’eschatologie. Il rapporte, pour s’en alarmer et non pour s’en réjouir, que des hommes viennent désormais le trouver à la fin de ses conférences pour lui dire qu’ils ont une carabine et attendent ses ordres. Il affirme que l’objectif d’un engagement sain est de « réduire au maximum la violence dans la société ». Il va jusqu’à se demander, à propos d’Emmanuel Macron, si le poursuivre une fois « désactivé » ne relèverait pas de la vengeance. Scrupule admirable.

Puis la pente. Alexis Poulin rappelle que la politique est « à la vie à la mort », regrette la disparition de la haute trahison en évoquant au passage la peine de mort, cite Lénine — « que faire ? » — et conclut que la prise du pouvoir « passe forcément par une case d’affrontement », à ses yeux du moins. Juan Branco annonce qu’il prépare « une avant-garde », qu’il faudra identifier « les têtes » qui étaient devant les CRS, qu’il faudra être « sans pitié avec les structures partisanes » et les « liquider » (« pas contre les individus », précise-t-il). Et soudain, entre deux rires : « un petit camp de rééducation pour nos milliardaires aux îles Kerguelen », aussitôt corrigé en « resort » doté d’un centre pénitentiaire, avant que l’orateur ne se demande pourquoi l’on ne pourrait pas ouvrir une « fenêtre d’Overton sur la révolution » — « les camps de travail, les rizières ».

Stop.

On peut tout dire en riant, sauf ce qui a déjà été fait pour de vrai. Les rizières de rééducation ont un nom, une date et des charniers : le Kampuchéa démocratique, de 1975 à 1979. La plaisanterie d’un essayiste est une plaisanterie ; celle d’un candidat qui dit se préparer « vraiment à gouverner » est un brouillon de programme que ses adversaires n’auront même pas à caricaturer. Celui qui fustigeait l’eschatologie quinze minutes plus tôt venait d’en réinventer la version tropicale.

Le PIC a un mot pour l’alternative : l’involution. Non pas renverser la table, spectacle qui régénère toujours le système qu’il prétend abattre, mais retourner le pouvoir vers l’intérieur et le reprendre par le socle. Les données lui donnent raison : sur 323 campagnes de résistance étudiées entre 1900 et 2006 par Erica Chenoweth et Maria Stephan, les campagnes non violentes ont réussi dans 53 % des cas, les campagnes violentes dans 26 %. Le nombre bat le fusil. Il le bat deux fois.

De Gaulle, Churchill… et le conseil que tout le monde oublie

Vers la fin, le débat s’offre une parenthèse gaullienne. François Boulo, qui vient d’une famille « d’inspiration gaulliste » et a lu les Mémoires dans la foulée des films de l’été, y voit la preuve qu’une révolution peut s’accomplir en deux ou trois ans : la légitimité est passée de Vichy à la France libre. Juan Branco répond, avec raison, qu’un de Gaulle sans Churchill et sans la BBC aurait disparu.

Tous deux parlent d’un homme. Aucun ne nomme le conseil.

Or ce qui a fondé la légitimité de la Libération — et précisément l’« élite » que François Boulo regrette, celle qui voulait des médias soustraits aux puissances d’argent et qui a créé la sécurité sociale — c’est un texte collectif rédigé dans la clandestinité : le programme du Conseil national de la Résistance, adopté le 15 mars 1944, qui exigeait la liberté de la presse et son indépendance « à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères », ainsi qu’« un plan complet de sécurité sociale ». Mot pour mot, la liste de François Boulo.

Le précédent qu’il fallait citer n’était pas un général à Londres. C’était un conseil, à Paris, et un programme.

La chaise vide

Reste le moment le plus précieux, presque à la fin, quand la caméra ne sait plus très bien qui filmer. François Boulo confie s’être retiré près de deux ans de toute exposition, parce que les « likes » et l’impuissance le consumaient (« personne n’est insensible », dit-il), et livre le seul critère qu’il ait trouvé pour savoir s’il agit pour la cause ou pour lui-même : « est-ce que je suis prêt à laisser la place ? ». Un second critère tombe dans la foulée, plus cruel : qui voudrait être à ma place ? S’il n’y a pas grand monde, c’est plutôt bon signe.

En face, Juan Branco déclare prendre l’élection « très au sérieux » : il se prépare à gouverner, évalue chaque personne rencontrée au rôle qu’elle pourrait jouer, réactualise ses propositions, réfléchit au calendrier. Le sérieux est une vertu, et son réquisitoire contre l’impréparation d’Emmanuel Macron — « le candidat sans programme » — porte juste. Mais composer un gouvernement autour de soi, rencontre après rencontre, c’est l’antichambre du providentialisme, même quand on s’en défend.

Le PIC a tranché cette question par l’architecture : un Conseil des Sept plutôt qu’un homme, des candidats constitutionnels dont le seul mandat est de rendre la parole, la collégialité comme garde-fou contre l’ego de chacun — à commencer par celui de son fondateur, qui plaide coupable d’en avoir un.

Un mouvement se juge à la chaise qu’il laisse vide.

Notre verdict

Sur le diagnostic, la convergence est presque totale : un système capturé, une élection qui fabrique du dissensus, une justice exsangue, des médias verrouillés mais déjà fissurés.

Sur la méthode, François Boulo est notre plus proche cousin et Juan Branco notre plus brillant contradicteur : il manque au premier un levier, il manque au second un frein.

Sur les lignes jaunes, aucune indulgence : on ne rit pas des camps, même aux Kerguelen.

Regardez l’intégralité de ce débat — il vaut mieux que ses pires minutes, et ses meilleures valent beaucoup. Puis venez en discuter avec nous dans les salons du PIC : nous y faisons le pari que le nombre, organisé, n’a besoin ni d’avant-garde ni de guillotine.

La colère ouvre. La raison démontre. L’espoir referme.

Points saillants

Convergences, contradictions, lignes jaunes

Un débat se juge moins à ses conclusions qu’à ses fulgurances et à ses dérapages. Celui-ci en contient beaucoup des deux, ce qui en fait un document rare : on y voit, en direct, deux esprits libres chercher la porte de sortie d’un système qu’ils connaissent de l’intérieur — et, parfois, se cogner aux murs qu’ils dénoncent. Nous avons trié ces moments en quatre familles : ce que le PIC contresigne, ce que l’orateur réfute lui-même, ce que les chiffres confirment ou démentent, et ce qui ne passe pas.

🏳️ Éloge inattendu 🏳️

« Aucun espace où on rend visibles les consensus » (François Boulo, vers 11:25)

La phrase la plus importante de la soirée, prononcée sans emphase. L’élection organise une compétition où chaque parti gagne à se distinguer ; les désaccords sont donc mis en vitrine, puis redescendent dans la population, qui finit par croire qu’elle est divisée sur tout. C’est l’exact diagnostic du PIC : la représentation ne reflète pas nos fractures, elle les fabrique. Bernard Manin l’avait théorisé sous le nom de « principe de distinction » ; François Boulo en fait un programme de travail.

Le guide des ruches, ou la questiologie qui s’ignore (Juan Branco, vers 33:40)

Trois questions posées aux nouveaux venus des Ruches : qu’auriez-vous aimé être ou faire dans une vie idéale ? Qu’aurait-il fallu changer dans la société pour que ce désir soit satisfait ? Votre désir et l’effort collectif qu’il exige s’ajustent-ils ? C’est de la politisation par la maïeutique — exactement ce que le PIC appelle la questiologie, l’art d’accoucher les esprits en posant les bonnes questions. La troisième question, celle qui confronte le désir individuel à son coût collectif, est d’une honnêteté que peu de mouvements s’imposent.

La nazification comme part de marché (Juan Branco, vers 39:45)

Démonter la stratégie de la France insoumise — faire du RN un péril nazi pour justifier sa propre existence — en la qualifiant de « tartuferie » et de « part de marché » : voilà une parole qu’on n’entend presque jamais à gauche. L’antifascisme de posture comme produit électoral, le bouc émissaire comme fabrique d’adhésion : c’est notre théâtrocratie, décrite par un homme qui en connaît les coulisses.

Ni victimaire, ni eschatologique (Juan Branco, vers 49:45)

Renoncer au discours larmoyant, qui effraie ceux qu’on voudrait rallier, et au discours apocalyptique, qui paralyse plus qu’il ne mobilise : la consigne est juste, et c’est la nôtre. Ni Bisounours, ni effondrement. Il restait à l’appliquer jusqu’au bout de la soirée (voir plus bas).

Sept minutes pour un dossier à 200 000 euros (François Boulo, vers 23:40)

Une présidente de chambre qui montre l’horloge : « quand elle est sur le 5, c’est terminé ». Aucune démonstration statistique ne remplacera cette image. Elle dit tout de la justice d’abattage, et elle le dit sans haine — ce qui la rend imparable.

L’aporie des quarante-quatre millions (Juan Branco, vers 62:40)

Rare candeur chez un candidat : avouer publiquement que l’électorat, massivement composé de retraités et de salariés, est structurellement réticent au changement, et qu’une proposition sincère se heurte à une « aporie ». Juan Branco formule mieux que quiconque le problème que le PIC prétend résoudre. Nous y répondons dans l’onglet « Antithèses ».

« Est-ce que je suis prêt à laisser la place ? » (François Boulo, vers 75:20)

Le critère anti-providentiel par excellence, formulé par un homme qui s’est retiré deux ans de la scène pour vérifier qu’il n’agissait pas pour son ego. Si le PIC devait graver une phrase de cette soirée au fronton de son Conseil des Sept, ce serait celle-là.

⚖️ Contradiction flagrante ⚖️

Du rhizome à l’avant-garde

À la deuxième minute, Juan Branco cite Deleuze : le mouvement est rhizomatique, sans maître d’œuvre, et c’est sa beauté. À la quarantième, il « prépare une avant-garde » ; à la soixante-huitième, l’animateur convoque Lénine sans être contredit. Entre le rhizome et le parti d’avant-garde, il faut choisir : le premier n’a pas de tête, le second n’est qu’une tête. On ne peut pas célébrer la spontanéité populaire en ouverture et organiser sa direction en clôture.

Contre l’eschatologie… puis les camions militaires

À peine a-t-il proscrit le discours apocalyptique que Juan Branco invite à se préparer à voir « des camions militaires » venir chercher les conscrits, tandis qu’on entend autour de la table que « les années de plomb » arrivent à grands pas. L’eschatologie chassée par la porte rentre par la fenêtre — en treillis.

Contre les oligarques des médias… « on purge d’abord les médias » (vers 13:50)

Le même Juan Branco qui dénonce la concentration de la presse entre les mains de milliardaires et s’alarme des intentions de l’ARCOM envers les médias indépendants propose, pour le référendum européen qu’il organiserait six mois après son élection, de commencer par « purger » les médias. Remplacer les propriétaires du micro n’est pas libérer la parole : c’est changer de propriétaire.

Contre les procédures-bâillons… la prison pour les procureurs

Il décrit avec justesse l’arme judiciaire retournée contre les lanceurs d’alerte — procédures en dénigrement devant le tribunal de commerce, montants capables de « tuer quelqu’un » — puis réclame que des procureurs aillent en prison. L’instrumentalisation pénale n’est pas un mal en soi, à l’entendre ; elle l’est seulement quand elle vise les siens.

Le bulletin de notes

Ouvrir la soirée sur le courriel « 18 + 2 » envoyé à Xavier Niel (en laissant deviner qui avait la meilleure note au bac), puis disqualifier Cédric O par son « classement moyen » d’école de commerce : c’est réduire un dossier de conflits d’intérêts à une remise des prix. L’argument d’autorité scolaire ne gagne rien à changer de lauréat.

Le verrou des médias… qui ne verrouille plus (François Boulo)

À la huitième minute, « le verrou le plus bloquant de tous, c’est les médias, les sondages ». À la cinquante-sixième, les médias traditionnels « sont en train de perdre totalement leur influence » et « la télé est en train de mourir ». Les deux propositions peuvent être vraies à des moments différents ; elles ne peuvent pas fonder, la même soirée, la même stratégie. Si le verrou cède, la décision de ne présenter personne perd sa principale justification.

« Je ne crois pas que par les urnes… » (François Boulo, vers 38:15)

Le changement, dit-il, ne passera pas par les urnes mais par le rapport de force. Or le rapport de force que construit Praxis s’exerce sur… des élus, issus des urnes, sommés de voter des mesures consensuelles. On exige du personnel électoral ce qu’on juge impossible par l’élection. La contradiction n’est pas fatale — c’est celle de toute pétition — mais elle mérite d’être assumée.

🧮 Le chiffre qui fâche 🧮

Vérification express des principaux chiffres avancés (détail et sources dans l’onglet « Antithèses ») :

  • Cédric O, 176 euros devenus environ 90 millions : exact, soit plus de 510 000 fois la mise — mais en trois ans et demi, pas en « cinq ans », et avec l’aval de la HATVP.
  • Les « 70 milliards de dividendes » et le rang de deuxième pays au monde derrière les États-Unis : exact pour le seul deuxième trimestre 2026 (70,4 milliards de dollars, derrière les États-Unis, selon Janus Henderson) ; c’est un effet de saison, les groupes français versant l’essentiel de leurs dividendes au printemps. Chiffre juste, lecture flatteuse.
  • François Asselineau sous 1 % en 2017 : exact (0,92 %).
  • L’AfD à 44 % : exact (43,8 % en Saxe-Anhalt, le 6 septembre 2026) ; l’idée d’une campagne menée « que sur TikTok » reste, elle, à démontrer.
  • Xavier Niel au conseil d’administration de la maison mère de TikTok : exact, depuis 2024.
  • « 85 % des citoyens » favorables aux gilets jaunes au début du mouvement : fourchette haute ; Elabe mesurait 75 % de soutien ou de sympathie fin novembre 2018.
  • Près de 30 % de décisions manifestement erronées : estimation personnelle de François Boulo, qu’il donne lui-même pour approximative ; les données de la CEPEJ, elles, sont mesurées — et accablantes.
  • « 17 millions de retraités et 27 millions de salariés » : ordres de grandeur corrects, mais ils ne forment pas « le corps électoral », qui compte près de 49 millions d’inscrits.

🥋 Le tacle retourné 🥋

« Toutes les révolutions naissent d’un problème fiscal ou judiciaire »

1789 coche les deux cases, c’est vrai. 1830 est née d’ordonnances contre la presse, 1848 d’une interdiction de banquets, 1917 d’une guerre. Une loi de l’histoire qui ne fonctionne qu’une fois sur quatre a la rigueur d’un horoscope — ce qui ne l’empêche pas d’être prononcée sur le ton du théorème.

« La haute trahison supprimée par Chirac pour que Sarkozy puisse trahir »

Alexis Poulin attribue à Jacques Chirac une manœuvre de confort au profit de son successeur. La réforme de 2007, issue des travaux de la commission Avril, a en réalité remplacé une notion jamais définie, jamais jugée, par une procédure de destitution qui a depuis été actionnée à plusieurs reprises. On peut la trouver inopérante (elle l’est, faute de majorité des deux tiers) ; on ne peut pas en faire un cadeau de passation.

« Le premier modèle de Mistral volé à un modèle chinois »

Mistral 7B est sorti en septembre 2023. L’accusation de distillation à partir de DeepSeek, portée par un ancien salarié, date d’août 2025 et visait un modèle ultérieur. Prêter à 2023 un soupçon de 2025, c’est offrir à Arthur Mensch la seule défense dont il avait besoin : l’erreur de l’accusateur.

« Un resort aux Kerguelen, avec centre pénitentiaire »

Le tourisme pénitentiaire austral n’est pas une politique : c’est un sketch qui a oublié qu’il était filmé. On attend la brochure — pension complète, rééducation incluse, vue sur les manchots.

« Très fier de mon zéro minute ARCOM »

Juan Branco revendique son absence totale de temps d’antenne comme une décoration. C’est de bonne guerre, et c’est en partie mérité. Mais la martyrocratie a ses limites : on ne gouverne pas avec des cicatrices, on gouverne avec des majorités.

Les lignes jaunes

Nous les énumérons sans adjectif, parce que les mots suffisent.

  • « Un petit camp de rééducation pour nos milliardaires aux îles Kerguelen » ; « les camps de travail, les rizières » ; « une fenêtre d’Overton sur la révolution » (Juan Branco, vers 65:50 à 66:40). Rires compris, correction comprise : on ne normalise pas, même par jeu, le vocabulaire des Khmers rouges.
  • « Il faut mettre des procureurs en prison » ; « j’ai une idée assez claire des gens [qu’il faut] envoyer en prison » (Juan Branco). La responsabilité des magistrats est une exigence démocratique ; la prison comme slogan est une promesse de vengeance — il le dit d’ailleurs lui-même quelques minutes plus tard.
  • « Il va falloir être sans pitié avec les structures partisanes […] les liquider » (Juan Branco, vers 70:20). La précision « pas contre les individus » honore l’orateur ; le verbe, lui, appartient à un autre siècle.
  • « On purge d’abord les médias » avant de consulter le peuple (Juan Branco, vers 13:50). Une consultation précédée d’une purge s’appelle un plébiscite.
  • La nostalgie de la haute trahison « jusqu’à la peine de mort éventuellement » (Alexis Poulin, vers 46:40). Une démocratie qui se respecte punit la trahison ; elle ne rêve pas d’échafaud.

Pour être juste, une précision s’impose : lorsque Juan Branco rapporte que des hommes viennent lui proposer leur carabine, il le fait pour s’en alarmer et appeler à « réduire au maximum la violence ». Cette phrase-là n’est pas une ligne jaune. C’est un signal d’alarme, et il faut l’entendre.

Concepts à retenir

Vingt et une notions structurent ce débat. Pour chacune : sa définition telle que l’intervenant la mobilise, deux citations (verbatim nettoyé de la transcription automatique, horodatage approximatif), puis notre lecture critique et le verdict du PIC.

1. La convocation impossible et le rhizome (Juan Branco)

Un soulèvement ne se décrète pas. En 2018, aucun maître d’œuvre n’a donné le signal : des réseaux se sont connectés horizontalement, à la manière du « rhizome » de Deleuze et Guattari, des citoyens se filmaient pour leurs proches et non pour l’audience. Les appels d’influenceurs pour le 17 octobre relèvent d’une autre logique, celle de la vue.

Citations :

« Je crois pas à la convocation un jour J. » (vers 01:30)

« Ce qui est certain, c’est que le système est en train de craquer. » (vers 01:35)

Pertinence critique : le constat est juste et élégamment formulé. Mais le rhizome a un défaut que Deleuze n’avait pas à gérer : il n’a pas de mémoire. Un mouvement rhizomatique repousse partout et se fait faucher au même endroit, faute d’organe pour capitaliser ce qu’il a appris. Juan Branco le sait d’ailleurs si bien qu’il finira la soirée en préparant une avant-garde, c’est-à-dire l’exact contraire d’un rhizome.

Verdict PIC : convergence sur le constat, réserve sur la conclusion.

2. Le prix payé et la stratégie du second cercle (François Boulo)

Les gilets jaunes ont payé cher — yeux, mains, gardes à vue, amendes, divorces. Ils ne sortiront pas les premiers : ils attendront que d’autres secteurs de la société se mettent en mouvement, pour sortir quand la victoire deviendra possible.

Citations :

« Ils le feront quand on pourra gagner. » (vers 02:20)

« C’est ce que les gens ont attendu désespérément […] que d’autres points de la société les rejoignent. » (vers 02:25)

Pertinence critique : c’est la logique de l’action collective décrite par Mancur Olson en 1965 — chacun attend que d’autres assument le coût du premier pas. L’analyse est réaliste et respectueuse. Elle désigne aussi, en creux, la tâche d’un mouvement sérieux : abaisser le coût du premier pas (voter de chez soi, débattre dans un salon vocal, signer sans risquer un œil) plutôt que réclamer de l’héroïsme.

Verdict PIC : convergence.

3. Tester les limites (Juan Branco)

Méthode revendiquée du « grand naïf » : prendre les règles au pied de la lettre, agir « sérieusement, comme si c’était possible » — parrainages, mandataire financier, Banque de France — pour mesurer le réel au lieu de le fantasmer et de s’enfermer d’avance dans la plainte.

Citations :

« Ce jeu avec le pouvoir en place, il est nécessaire. » (vers 05:20)

« On le fait vraiment sérieusement, comme si c’était possible. » (vers 05:45)

Pertinence critique : méthode expérimentale admirable, qui refuse le confort victimaire de l’impossibilité décrétée. C’est l’esprit même du « hack » républicain : éprouver le système par ses propres règles. Limite : la naïveté mise en scène est aussi une stratégie de communication, et chaque expérience a un coût d’opportunité que paient ceux qui y ont cru.

Verdict PIC : convergence méthodologique.

4. Le fétichisme de la norme contre la chair humaine (Juan Branco)

Beaucoup croient que la règle changera tout ; or le pouvoir est toujours exercé par des personnes. En 2018, au seuil d’un ministère forcé au transpalette, personne ne savait ce qu’il avait en commun avec son voisin — royalistes, anarchistes, gauche classique, non-encartés — et personne n’a donc pu franchir le pas. La confiance précède la règle.

Citations :

« Il y a beaucoup de gens qui ont un fétichisme de la norme. » (vers 07:40)

« Qu’est-ce qu’on a vraiment de commun ensemble, entre royalistes, anarchistes, gens de gauche classique ? » (vers 06:55)

Pertinence critique : l’intuition sur la confiance est profonde. Le PIC l’accepte et la déplace d’un étage : ce sont des règles qui sélectionnent les personnes qui exercent le pouvoir. Les institutions de 1958 et la présidentialisation de 1962 fabriquent mécaniquement le type d’homme qu’elles placent au sommet. Les gens ne valent jamais mieux que la règle qui les choisit — c’est la leçon de Hayek sur l’État de droit, et la raison d’être d’une constitution d’urgence.

Verdict PIC : divergence féconde.

5. Le verrou médiatico-sondagier (François Boulo)

Le verrou décisif n’est ni bancaire ni administratif : médias et sondages fabriquent les candidats « en capacité de gagner ». Preuve : François Asselineau a franchi tous les obstacles en 2017, pour finir sous 1 %. Le paysage se fige en trois blocs, dont un bloc central en « mort cérébrale » maintenu en vie par la peur des électeurs âgés.

Citations :

« Pour moi, le verrou le plus bloquant de tous, c’est les médias, les sondages. » (vers 08:30)

« Ce bloc central qui est en état de mort cérébrale. » (vers 09:15)

Pertinence critique : l’effet performatif des sondages (l’électeur vote pour qui « peut gagner ») est documenté. Mais l’argument est en partie réfuté dans le même débat, par l’exemple de l’AfD et la montée des plateformes. Et la pique sur les électeurs âgés mérite correction : leur peur de l’aventure n’est pas une bêtise, c’est un calcul rationnel sur leurs pensions. Le peuple est anesthésié, jamais stupide.

Verdict PIC : convergence, réserve sur le mépris générationnel.

6. La fabrique électorale du dissensus (François Boulo)

L’élection est une compétition dans laquelle les partis ont un intérêt structurel à se distinguer, donc à exhiber leurs désaccords. Ces désaccords redescendent dans la population, qui se croit divisée sur tout. Aucun lieu ne rend visibles les consensus pourtant massifs de la société.

Citations :

« Structurellement, ils ont intérêt à se distinguer les uns des autres. » (vers 10:50)

« Il y a aucun espace où on fait émerger et on rend visibles les consensus qui existent dans la société. » (vers 11:25)

Pertinence critique : le concept le plus fort de la soirée. Il rejoint Bernard Manin (le « principe de distinction » du gouvernement représentatif) et Simone Weil, qui écrivait en 1943 que « la première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance ». Un parti ne peut pas vouloir le consensus : il en mourrait. C’est le cœur battant du PIC.

Verdict PIC : convergence totale.

7. Les mesures de l’évidence (François Boulo)

Praxis retient des mesures qui satisfont quatre critères : ne rien coûter (voire rapporter), être essentielles, faire consensus et avoir déjà été appliquées ailleurs. Comme le juge des référés tranche l’évidence, la plateforme fait émerger les « mesures de l’évidence » : interdiction du pantouflage, renationalisation des autoroutes, référendum révocatoire, conditionnalité des aides publiques.

Citations :

« Le juge des référés, c’est le juge de l’évidence. » (vers 36:00)

« Des mesures qui coûtent pas d’argent, voire qui en rapportent. » (vers 35:55)

Pertinence critique : pédagogie brillante, et contrainte budgétaire bienvenue. Mais l’évidence est glissante : la renationalisation anticipée des autoroutes coûterait plusieurs dizaines de milliards selon Bercy, et ne devient quasi gratuite qu’à l’échéance des concessions. Surtout, en sanctuarisant l’évident, on exclut par construction les questions qui fâchent — l’euro, l’énergie, l’immigration — sur lesquelles le peuple a pourtant le droit de trancher.

Verdict PIC : convergence critique.

8. Le contre-pouvoir citoyen et le RIC Praxis (François Boulo)

Puisque les promesses n’engagent que ceux qui y croient et que le référendum d’initiative citoyenne ne sera jamais accordé de bon gré, il faut une vigilance permanente, un contre-pouvoir citoyen — et, à terme, un RIC interne à la plateforme, construit par itérations successives.

Citations :

« Créer un contre-pouvoir citoyen, une vigilance permanente. » (vers 36:45)

« On n’est pas encore en démocratie directe parfaite. » (vers 66:40)

Pertinence critique : l’honnêteté de l’aveu et la démarche itérative sont exemplaires. Mais l’aveu désigne le point aveugle : pour l’instant, c’est l’équipe qui choisit et rédige les questions. Or qui écrit la question écrit souvent la réponse. Et sans levier contraignant, une consultation reste une pétition — le référendum d’initiative partagée sur Aéroports de Paris en sait quelque chose.

Verdict PIC : convergence, sous condition de transférer l’agenda à la base.

9. La corruption légale : pantouflage et cas Mistral (Juan Branco, Alexis Poulin)

Alexis Poulin parle de corruption « à chat un chat » ; Juan Branco détaille le cas Cédric O, entré au capital de Mistral AI pour 176 euros et dont la participation est désormais valorisée autour de 90 millions, et accuse la jeune pousse d’avoir capté des milliards grâce à ses entrées dans l’appareil d’État. L’interdiction du pantouflage figure parmi les consensus de Praxis.

Citations :

« Il a fait 510 000 fois sa mise en cinq ans. […] Warren Buffett peut aller s’enterrer. » (Juan Branco, vers 14:35)

« Appelons ça de la corruption. » (Alexis Poulin, vers 13:00)

Pertinence critique : la HATVP a jugé les règles respectées. C’est précisément le scandale : la règle a été écrite et contrôlée par ceux qu’elle concerne. Le PIC ne parle pas de corruption au sens pénal — les allégations de Juan Branco n’engagent que lui — mais de capture : quand la loi elle-même organise la porosité, l’indignation doit viser la loi.

Verdict PIC : convergence sur le principe, réserve sur la rigueur factuelle.

10. La procédure-bâillon (Juan Branco)

Pour éteindre une critique, on attaque non seulement en diffamation, où le risque se chiffre en milliers d’euros, mais devant le tribunal de commerce pour dénigrement, où il se chiffre en dizaines de milliers : de quoi ruiner un lanceur d’alerte.

Citations :

« Devant le tribunal de commerce, on peut vous demander 40 000, 50 000 euros en dénigrement. » (vers 18:35)

« On peut tuer quelqu’un, quoi, en gros. » (vers 18:40)

Pertinence critique : le phénomène est réel et désormais reconnu par le droit. La directive européenne du 11 avril 2024 contre les « poursuites stratégiques altérant le débat public » a été transposée en France par un décret du 30 avril 2026, entré en vigueur le 7 mai : rejet rapide des demandes manifestement infondées, provision pour frais, sanction des procédures abusives, dans le champ défini par la directive. Les militants doivent connaître ces armes.

Verdict PIC : convergence.

11. La justice en lambeaux et l’échevinage (François Boulo)

Témoignage d’un avocat qui a raccroché la robe : erreurs manifestes en hausse, délais absurdes, audiences expédiées, conformisme et entre-soi. Remède proposé : l’échevinage, c’est-à-dire un magistrat professionnel assisté de citoyens, plutôt que le paritarisme pur des prud’hommes.

Citations :

« Vous voyez la grande aiguille ? […] Quand elle est sur le 5, c’est terminé. » (propos d’une présidente rapportés, vers 23:45)

« Je pense qu’il faudrait un échevinage. » (vers 25:15)

Pertinence critique : les données de la CEPEJ confirment le diagnostic (11,3 juges et 3 procureurs pour 100 000 habitants, contre des médianes européennes de 17,6 et 11,2). L’échevinage est une passerelle intéressante vers ce que défend le PIC : une justice rendue au nom du peuple avec quelques membres du peuple. Seule réserve : l’estimation de 30 % de décisions erronées reste une impression de praticien, non une mesure.

Verdict PIC : convergence.

12. La double crise, fiscale et judiciaire (Juan Branco)

Toutes les révolutions naîtraient d’un problème fiscal ou d’un problème de l’institution judiciaire ; la France cumulerait les deux. D’où l’urgence — et, à ses yeux, la nécessité de mettre certains magistrats en prison.

Citations :

« Toutes les révolutions naissent soit d’un problème fiscal, soit d’un problème de l’institution judiciaire. Là, on a les deux ensemble. » (vers 27:50)

« Il faut mettre des procureurs en prison. » (vers 26:00)

Pertinence critique : 1789 illustre la thèse (crise des finances royales et fronde des parlements), mais 1830, 1848 ou 1917 la démentent. Comme loi, c’est un horoscope ; comme alerte, c’est un signal utile. Le passage à la prison pour les procureurs transforme un diagnostic sérieux — l’irresponsabilité de magistrats — en promesse de vengeance.

Verdict PIC : réserve sur la thèse, ligne jaune sur le remède.

13. La nazification comme part de marché (Juan Branco)

La stratégie de la France insoumise consisterait à nazifier le RN pour justifier sa propre existence : désigner un ennemi imaginaire, en faire un bouc émissaire, convertir l’angoisse en adhésion. Rien d’autre que la logique de parts de marché propre à tous les partis.

Citations :

« Une forme de tartuferie et d’hypocrisie. » (vers 39:50)

« Désigner un ennemi imaginaire qui devient un bouc émissaire. » (vers 40:00)

Pertinence critique : c’est la théâtrocratie décrite de l’intérieur, et l’« os à ronger » dans sa version morale : un clivage-spectacle qui défoule et neutralise. Juan Branco a le courage de le dire à gauche. Il lui reste à ne pas reproduire la même mécanique avec d’autres boucs émissaires — les « élites compradores » et les « années de plomb » ne sont pas loin.

Verdict PIC : convergence.

14. Le peuple abstentionniste et l’avant-garde (Juan Branco)

Les Ruches s’adressent d’abord au peuple abstentionniste, majoritaire, qui ne se laisse plus prendre aux vieilles techniques électorales. À côté, on prépare une avant-garde formée intellectuellement et à l’action, pour être rapide quand surgira un nouveau mouvement de type gilets jaunes.

Citations :

« S’adresser principalement au peuple abstentionniste. » (vers 40:35)

« À côté, on prépare une avant-garde. » (vers 40:50)

Pertinence critique : la cible est la bonne, c’est aussi la nôtre. L’instrument, lui, a une histoire. Dès 1904, dans Nos tâches politiques, le jeune Trotsky décrivait l’engrenage du « substitutisme » : l’organisation se substitue au parti, le comité central à l’organisation, et un dictateur finit par se substituer au comité central. Une avant-garde ne sert pas le peuple : elle le remplace.

Verdict PIC : convergence sur la cible, divergence sur l’instrument.

15. La présomption de confiance par le risque (Juan Branco)

Au prochain soulèvement, la confiance ira à ceux qui étaient là « quand ça chauffait », qui risquaient un œil devant les CRS. Non pas un blanc-seing — des outils de contrôle populaire s’imposeront — mais une présomption.

Citations :

« On identifie les têtes qui étaient là au moment où il fallait pas être là. » (vers 41:40)

« Ce gars-là, j’étais devant les CRS quand ça chauffait. » (vers 41:55)

Pertinence critique : le courage est un signal coûteux, donc crédible. Mais la légitimité par la cicatrice — la martyrocratie — sélectionne les plus intrépides, pas les plus sages, et exclut d’office ceux qui ne pouvaient pas descendre dans la rue : les aînés, les parents seuls, les malades. Le PIC fonde la légitimité sur le mandat et la collégialité, non sur les blessures.

Verdict PIC : réserve.

16. La fin de l’ère d’après-guerre (François Boulo)

Nous vivons la fin de l’ère ouverte en 1945 : une élite qui savait la politique sérieuse, qui avait soustrait les médias aux puissances d’argent et créé la sécurité sociale, puis la dégradation à partir des années quatre-vingt, au rythme de l’approfondissement européen, jusqu’à l’échec de l’euro. Une zone de tempête s’annonce, mais aussi des occasions.

Citations :

« On vit la fin d’une ère […] ouverte après la Seconde Guerre mondiale. » (vers 43:40)

« On peut pas se résigner quand on est français. » (vers 45:55)

Pertinence critique : ce récit a un acte de naissance que François Boulo ne nomme pas : le programme du Conseil national de la Résistance, adopté le 15 mars 1944. L’élite qu’il regrette n’est pas tombée du ciel ; elle a été produite par un texte collectif, rédigé dans la clandestinité par des sensibilités qui ne s’aimaient pas. C’est notre meilleur précédent : un conseil et un programme, pas un homme.

Verdict PIC : convergence, à condition de nommer le Conseil.

17. Ni victimaire, ni eschatologique (Juan Branco)

Deux discours à abandonner. Le victimaire : plus les gilets jaunes racontent ce qu’ils ont subi, plus ils effraient ceux qui voudraient les rejoindre. L’eschatologique : l’annonce perpétuelle de la fin du monde, qui paralyse au lieu de préparer. Juan Branco les rattache tous deux à un héritage chrétien.

Citations :

« Le discours victimaire […] c’est une des plaies de la société aujourd’hui. » (vers 50:00)

« Le deuxième, c’est l’eschatologie. » (vers 50:35)

Pertinence critique : consigne exacte, et c’est la nôtre — ni Bisounours, ni effondrement. Mais l’eschatologie la plus tenace n’est pas chrétienne, elle est révolutionnaire : Karl Löwith a montré dès 1949 (Histoire et salut) combien les philosophies du Grand Soir sont des théologies sécularisées. Une avant-garde qui attend le prochain soulèvement pour prendre le pouvoir pratique exactement l’eschatologie qu’elle prétend abjurer.

Verdict PIC : convergence — à appliquer à soi-même.

18. L’aporie des quarante-quatre millions (Juan Branco)

Retraités et salariés forment l’essentiel de l’électorat ; ils redoutent le changement, notamment sur l’euro, par crainte d’une dévaluation. La France insoumise leur promet un soulagement immédiat ; une proposition sincère, elle, plafonnerait à quelques pour cent. D’où la question : comment faire la révolution dans un pays structurellement contraint ?

Citations :

« Quand on essaie de faire une proposition politique sincère, on est dans une aporie. » (vers 64:15)

« Comment on fait la révolution dans un pays qui est structurellement contraint par ces paramètres-là ? » (vers 64:50)

Pertinence critique : franchise remarquable. Le PIC déplace l’aporie : elle naît du lot. L’élection présidentielle oblige à acheter un paquet complet — la sortie de l’euro avec l’interdiction du pantouflage — à une personne. La votation par sujet défait le lot : on peut voter oui à l’un sans voter pour l’autre. Les Suisses ont adopté en 2001, par 84,7 % des voix, un frein à l’endettement qu’aucun parti n’aurait osé leur promettre.

Verdict PIC : convergence sur le constat, solution par la votation.

19. La fenêtre d’Overton révolutionnaire (Juan Branco)

Puisque le système vend la guerre par la propagande, pourquoi ne pas ouvrir une fenêtre d’Overton sur la révolution ? Et l’orateur d’y glisser, entre deux rires, camps de rééducation, camps de travail et rizières.

Citations :

« Un petit camp de rééducation pour nos milliardaires aux îles Kerguelen. » (vers 65:50)

« Je vois pas pourquoi on pourrait pas faire une fenêtre d’Overton sur la révolution. » (vers 66:35)

Pertinence critique : la fenêtre d’Overton, théorisée par Joseph Overton au Mackinac Center, désigne l’éventail des politiques jugées acceptables à un moment donné ; la déplacer est une stratégie connue. Mais ce qu’on y fait entrer compte. Les rizières de rééducation renvoient au Kampuchéa démocratique (1975-1979). Le rire ne neutralise rien : il habitue. La fenêtre que le PIC veut ouvrir s’appelle le référendum.

Verdict PIC : ligne jaune.

20. Le test de la chaise vide (François Boulo)

Un seul critère pour savoir si l’on agit pour la cause ou pour soi : être prêt à céder sa place à plus compétent, mieux placé ou plus aimé que soi. Critère complété dans la foulée par une autre question : qui voudrait être à ma place ? S’il n’y a pas grand monde, c’est qu’on n’accumule pas de privilèges.

Citations :

« Est-ce que je suis prêt à laisser la place ? » (vers 75:20)

« Je suis prêt à soutenir toutes les bonnes idées, toutes les bonnes initiatives. » (vers 75:45)

Pertinence critique : la phrase la plus « PIC » de la soirée. Elle fonde ce que nous appelons la collégialité : un Conseil des Sept où personne n’est irremplaçable, des candidats dont la réussite se mesure à la place qu’ils rendent. On pourrait en faire un serment.

Verdict PIC : convergence totale.

21. L’addiction à la reconnaissance (François Boulo, Juan Branco)

Les « likes » créent une dépendance qui consume ceux qui exercent une influence. Certains, dans le mouvement, sont devenus des « prostituées du clic », vendues au premier offrant. François Boulo raconte s’être lui-même retiré deux ans pour sevrer son ego.

Citations :

« Personne n’est insensible et n’échappe à ça. » (François Boulo, vers 79:40)

« Des prostituées du clic. » (Juan Branco, vers 78:05)

Pertinence critique : c’est l’économie de l’attention appliquée à la dissidence, et le diagnostic est lucide. La parade du PIC est collective : se valoriser mutuellement plutôt que de mendier la reconnaissance de l’algorithme, faire reposer l’estime sur le travail accompli ensemble plutôt que sur le compteur.

Verdict PIC : convergence.

Antithèses

Le sparring, ou l’hygiène de la dialectique

On ne publie que ce qui a survécu. Voici donc les objections les plus solides que l’on puisse opposer aux thèses de la soirée — y compris à celles que nous partageons, et à la nôtre. Chacune est sourcée ; chacune se termine par ce qui, selon nous, reste debout après le choc.

1. « Le verrou, ce sont les médias »

La thèse : François Boulo fonde le refus de présenter des candidats sur l’idée que médias et sondages fabriquent les vainqueurs ; l’échec de François Asselineau en 2017 (0,92 %) en serait la preuve.

L’objection : le même soir, un intervenant rappelle que l’AfD vient d’atteindre 43,8 % en Saxe-Anhalt, le 6 septembre 2026, avec une tête de liste qui a bâti sa notoriété sur les plateformes ; la vidéo du débat elle-même dépasse les 300 000 vues en moins de quatre jours, sans une seconde d’antenne hertzienne. Quant à l’échec de 2017, il peut s’expliquer autant par l’offre (une candidature centrée sur un seul thème, la sortie de l’Union) que par le verrou. Juan Branco touche d’ailleurs le vrai point : Xavier Niel siège au conseil d’administration de ByteDance, maison mère de TikTok, depuis 2024.

Ce qui survit : le verrou n’a pas sauté, il a déménagé — de l’accès à l’antenne vers l’amplification algorithmique. La stratégie de contournement est juste ; sa justification doit être actualisée.

2. « Tout le monde est d’accord »

La thèse : sur Praxis, des mesures comme l’interdiction du pantouflage ou le référendum révocatoire recueillent l’adhésion quasi unanime de quatre à sept mille votants : c’est la preuve d’un consensus national.

L’objection : quatre à sept mille abonnés volontaires ne sont pas un échantillon, mais une communauté. Et la formulation pèse : Amos Tversky et Daniel Kahneman ont montré en 1981 qu’une même alternative, présentée en termes de gains ou de pertes, inverse les préférences d’une majorité de répondants. François Boulo le reconnaît lui-même : c’est pour l’instant l’équipe qui propose les référendums. L’expérience française du tirage au sort n’est pas plus rassurante : la Convention citoyenne pour le climat devait voir ses propositions reprises « sans filtre » ; le filtre est arrivé.

Ce qui survit : le consensus existe sans doute, mais il doit être prouvé par la procédure — questions écrites par la base, contradictoire organisé, échantillons représentatifs ou délibération tirée au sort — et adossé à un levier contraignant.

3. « Des mesures qui ne coûtent rien »

La thèse : Praxis ne retient que des mesures gratuites ou rentables, parmi lesquelles la renationalisation des autoroutes.

L’objection : selon Bercy, cité par Public Sénat en 2021, un rachat anticipé des concessions coûterait entre 45 et 50 milliards d’euros. La commission d’enquête sénatoriale de 2020 avait par ailleurs pointé une rentabilité « hors normes » des concessions, de l’ordre de 40 milliards d’euros d’ici 2036. La mesure n’est gratuite qu’à condition d’attendre la fin des concessions, entre 2031 et 2036.

Ce qui survit : l’évidence a besoin d’un calendrier. Formulée comme « aucune prolongation, reprise en régie à l’échéance », la mesure redevient quasi gratuite — et toujours consensuelle.

4. « Il faut mettre des procureurs en prison »

La thèse : Juan Branco estime que l’irresponsabilité de certains magistrats appelle la sanction pénale.

L’objection : la responsabilité des magistrats existe et peut être renforcée sans transformer la justice en champ de représailles. Depuis la loi organique du 22 juillet 2010, tout justiciable peut saisir le Conseil supérieur de la magistrature d’une plainte disciplinaire ; la faute pénale relève déjà du droit commun. Faire de la prison un slogan politique contre une catégorie de magistrats, c’est adopter la logique de l’instrumentalisation qu’il reproche, à juste titre, à ses adversaires. Il en convient d’ailleurs lui-même lorsqu’il se demande, à propos d’Emmanuel Macron, si poursuivre un homme déjà « désactivé » ne relèverait pas de la vengeance.

Ce qui survit : l’exigence de responsabilité, oui ; le juge-épouvantail, non. La réforme utile passe par le contrôle citoyen (échevinage, jurys, saisine du CSM simplifiée), pas par l’écrou.

5. « On purge d’abord les médias, puis on consulte le peuple »

La thèse : avant le référendum sur l’Union européenne qu’il organiserait six mois après son élection, Juan Branco propose de « purger » les médias pour garantir un débat non instrumentalisé.

L’objection : le Code de bonne conduite en matière référendaire de la Commission de Venise (Conseil de l’Europe) pose l’égalité des chances entre partisans et adversaires, la neutralité des autorités et la liberté pour l’électeur de former son opinion. L’histoire de France connaît une consultation précédée d’une mise au pas de la presse : le coup d’État du 2 décembre 1851, ratifié par plébiscite trois semaines plus tard, puis le décret du 17 février 1852 sur la presse. On appelle cela un plébiscite, non un référendum.

Ce qui survit : la concentration des médias est un vrai problème démocratique, mais il se traite par des règles générales et préalables (plafonds de concentration, indépendance des rédactions, temps de parole équitable), jamais par l’épuration décidée par le vainqueur.

6. « Le premier modèle de Mistral était volé »

La thèse : Juan Branco affirme que les fondateurs de Mistral AI sont « partis avec la caisse » de Meta et que le modèle qui les a fait connaître n’était qu’un vol d’un modèle chinois.

L’objection : Mistral 7B a été publié le 27 septembre 2023, sous licence libre Apache 2.0. Arthur Mensch venait de DeepMind (Google), ses deux cofondateurs du laboratoire de Meta. L’accusation de distillation à partir de DeepSeek, formulée par un ancien salarié et recensée par l’OCDE, date d’août 2025 et visait un modèle ultérieur ; DeepSeek n’avait publié aucun modèle de langage lors du lancement de Mistral 7B. Quant à Cédric O, son investissement de 176 euros, valorisé environ 90 millions après la levée de septembre 2026, a été examiné par la HATVP, qui a jugé les règles respectées.

Ce qui survit : le vrai dossier — un ancien ministre enrichi de façon vertigineuse par une entreprise qu’il a contribué à promouvoir, en toute légalité — est assez grave pour se passer d’erreurs. Chaque approximation est un cadeau fait à la défense.

7. « Chirac a supprimé la haute trahison pour que Sarkozy puisse trahir »

La thèse : Alexis Poulin affirme que la haute trahison, autrefois passible selon lui de la peine de mort, a été supprimée par Jacques Chirac au profit de son successeur.

L’objection : la loi constitutionnelle n° 2007-238 du 23 février 2007, issue des travaux de la commission présidée par Pierre Avril (2002), a remplacé une notion jamais définie et jamais jugée sous la Ve République par une procédure de destitution pour « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ». La peine de mort, abolie par la loi du 9 octobre 1981, a été inscrite comme interdite dans la Constitution le même jour de février 2007. La procédure de l’article 68 a depuis été engagée à plusieurs reprises, sans jamais aboutir.

Ce qui survit : la critique juste est ailleurs. La destitution exige une majorité des deux tiers du Parlement réuni en Haute Cour — autant dire qu’elle n’aboutira jamais contre un président qui conserve un tiers de fidèles. C’est ce verrou-là qu’il faut dénoncer, et le référendum révocatoire défendu par Praxis y répond mieux que la nostalgie de l’échafaud.

8. « La révolution passera par des minorités actives »

La thèse : Juan Branco prépare une avant-garde capable de saisir le prochain soulèvement ; Alexis Poulin estime que la prise du pouvoir passe « forcément par une case d’affrontement » ; Gandhi et Mandela sont invoqués pour rappeler qu’un flanc radical a souvent précédé la figure pacifique.

L’objection : l’étude d’Erica Chenoweth et Maria Stephan portant sur 323 campagnes entre 1900 et 2006 établit que les campagnes non violentes ont réussi deux fois plus souvent que les campagnes violentes (53 % contre 26 %). Surtout, Erica Chenoweth et Kurt Schock ont montré en 2015 que la présence d’un flanc armé n’améliore pas, en moyenne, le succès d’un mouvement non violent, et tend même à le diminuer en réduisant la participation populaire. Le nombre est l’arme ; la violence le disperse.

Ce qui survit : l’idée qu’un mouvement doit se préparer avant le prochain soulèvement est juste. Ce qu’il faut préparer, ce n’est pas une avant-garde, c’est une infrastructure : des outils de délibération, de vote et de mémoire que la multitude pourra saisir le jour venu.

9. « La France, deuxième pays au monde pour les dividendes »

La thèse : Juan Branco affirme que 70 milliards de dividendes ont été versés en France « cette année », ce qui ferait d’elle le deuxième pays au monde derrière les États-Unis, et le premier de très loin rapporté au PIB par habitant.

L’objection : le chiffre correspond au seul deuxième trimestre 2026 (70,4 milliards de dollars, soit 61 milliards d’euros, selon Janus Henderson), dopé par un versement exceptionnel de Bolloré. Le classement trimestriel avantage mécaniquement la France, dont les groupes versent l’essentiel de leurs dividendes au printemps, quand les entreprises américaines paient chaque trimestre. Sur l’année 2024, le même observatoire chiffrait les dividendes français à 74,2 milliards de dollars, premier montant d’Europe continentale. Le classement « rapporté au PIB par habitant » n’est, à notre connaissance, documenté nulle part.

Ce qui survit : l’ordre de grandeur est juste et l’argument politique demeure — un pays qui rémunère si bien ses actionnaires tout en réclamant des efforts aux retraités doit s’en expliquer. Mais l’argument gagnerait à comparer dividendes et investissement productif plutôt qu’à forcer un classement.

10. « De Gaulle a fait la révolution en deux ou trois ans »

La thèse : François Boulo voit dans le transfert de légitimité de Vichy à la France libre la preuve qu’un changement de régime peut être fulgurant ; Juan Branco objecte qu’un de Gaulle sans Churchill et sans la BBC aurait disparu.

L’objection : les deux ont raison, et le débat oublie l’essentiel. La légitimité de la France libre a été disputée jusqu’en 1943 (coprésidence avec le général Giraud au sein du Comité français de libération nationale) ; elle s’est consolidée par l’unification de la Résistance intérieure dans le Conseil national de la Résistance, réuni pour la première fois le 27 mai 1943, et par son programme du 15 mars 1944. La Libération, enfin, a été rendue possible par des armées alliées : le précédent n’est transposable qu’en temps de guerre.

Ce qui survit : le modèle à retenir n’est pas l’homme de Londres, c’est le Conseil et son programme — une coalition de sensibilités hostiles, unies sur un texte. C’est exactement ce que le PIC appelle la collégialité.

11. Contre le PIC : le mandat impératif est nul

La thèse : le PIC promet des candidats constitutionnels liés par des engagements publics, voire notariés, à un mandat unique — rendre la parole au peuple.

L’objection : l’article 27 de la Constitution est sans appel : « Tout mandat impératif est nul. » Aucun engagement, notarié ou non, ne peut juridiquement contraindre un parlementaire à voter dans un sens, et rien ne lie davantage un président à ses promesses. Un juriste hostile aura beau jeu de qualifier ces engagements de communication.

Ce qui survit : l’objection tient en droit ; elle se déplace en politique. L’engagement public n’est pas un contrat, c’est un otage d’honneur, dont la violation serait documentée, datée et opposable devant l’opinion. Le PIC doit le dire nettement plutôt que de laisser croire à une contrainte juridique qu’il n’a pas.

12. Contre le PIC : l’année référendaire suppose… 1962

La thèse : le PIC propose qu’un président élu consacre son mandat à une année référendaire et à une refonte constitutionnelle par le peuple.

L’objection : l’article 89 réserve la révision de la Constitution à un texte voté en termes identiques par les deux assemblées avant d’être soumis au référendum ; l’article 11 limite le référendum législatif à des champs précis. Le seul précédent de révision par l’article 11 est celui du 28 octobre 1962 — l’élection du président au suffrage universel, procédure que le président du Sénat, Gaston Monnerville, qualifia alors de « forfaiture ». Autrement dit, pour défaire le verrou de 1962, il faudrait refaire 1962.

Ce qui survit : l’objection est sérieuse et nous la prenons. Elle oblige le PIC à publier un chemin juridique précis — majorité parlementaire nécessaire pour l’article 89, usage assumé et motivé de l’article 11, ou combinaison des deux — et à reconnaître qu’aucune architecture, si vertueuse soit-elle, ne dispense de construire une majorité. C’est aussi, au fond, la leçon de François Boulo : le nombre d’abord.

Sources

Le débat analysé

Les intervenants et leurs projets

Mistral AI et Cédric O

Chiffres économiques et électoraux

Justice et droit

Histoire et pensée politique

Frédéric Bascuñana
Frédéric Bascuñanahttps://politoscope.fr
Entrepreneur, citoyen engagé. J’observe avec tristesse mon pays perdre son honneur sous les exactions d’une caste cynique. Retrouvons notre dignité collective.

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