Budgets participatifs de Rome, état d’exception et mythe du chef fort : dissertation au prisme du #PIC à partir du troisième direct du Pari de l’Intelligence Collective, avec dix questions aux militants
⚜️ « Le PIC répond » ⚜️
Troisième direct du #PIC, animé par Frédéric Bascuñana avec Alain Gonzales sur la chaîne Politoscope TV (agora tenue en avril 2026, vidéo mise en ligne le 7 mai 2026). Vidéo intégrale et originale : https://www.youtube.com/watch?v=tGba7fyJUSk.
« Malheureux le pays qui a besoin de héros. » Bertolt Brecht, La Vie de Galilée, scène 13 (1939)
Fiche technique
Objet commenté : « [DIRECT-#PIC-003] - Quand les citoyens décident, le système tremble », Politoscope TV, mis en ligne le 7 mai 2026, 5 h 49 min 35 s ; 554 vues relevées le 28 octobre 2026. L’agora s’est tenue en direct un jeudi soir d’avril 2026, et l’on peut la dater à une semaine près : Frédéric y commente comme une nouveauté le régime que « le gouvernement Lecornu vient de créer », dont le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres le 8 avril, et il annonce pour « le 22 avril » l’entretien avec le physicien Philippe Guillemant (qui se tiendra finalement le 13 mai). Le direct a duré jusqu’à plus de trois heures du matin.
Animateur : Frédéric Bascuñana, fondateur du #PIC et rédacteur en chef de Politoscope.fr, avec Alain Gonzales à la régie du salon vocal et à la coanimation.
Intervenants : Benoît, qui relayait le direct sur sa chaîne « Chien surpris » ; Caillonwin, intervenant issu du secteur médico-social, que Frédéric présente comme proche de La France insoumise ; Ben ; Coralie ; une participante arrivée en cours de soirée ; et les questions venues de LinkedIn, de Telegram et du fil de discussion (Patricia, Émilie, Kilina, entre autres).
Dans la série : le premier épisode, « Architectes ou administrés ? », opposait la démocratie délibérative à la démocratie procédurale et posait le système fractal du 7×7 ; le deuxième, « La démocratie sans les politiciens ! », décrivait le logiciel républicain vérolé et l’architecture des sept vice-présidents. Le troisième change de méthode : il part d’une expérience réelle, la raconte jusqu’à sa mort, et cherche dans le cadavre la cause du décès.
Méthode : écoute intégrale des six heures ; transcription automatique de la plateforme, dont les citations ont été corrigées des seules coquilles de la reconnaissance vocale et des hésitations orales, et horodatées à la minute ; faits vérifiés au 28 octobre 2026 auprès des textes officiels, de la presse parlementaire et de la littérature savante. Les chiffres et affirmations avancés au micro sont donnés comme tels ; ceux que les sources démentent ou nuancent sont signalés dans le corps du texte et discutés en annexe C. Les passages qui touchent à la vie privée des participants, ou qui relèvent de l’invective de fin de nuit, ont été laissés de côté.
Prologue : deux textes, deux matières
Il est des soirées où le hasard compose mieux qu’un rédacteur en chef.

Un jeudi d’avril 2026, devant quelques centaines de spectateurs dispersés entre YouTube, X et un salon vocal, Frédéric Bascuñana consacre près d’une heure à une histoire que personne, ou presque, ne raconte en France : celle d’un arrondissement ouvrier de Rome, le Municipio XI, qui confia au début des années 2000 à ses habitants une part réelle de son budget d’investissement, et qui en fit, de l’aveu des chercheurs qui l’ont étudié, une école de citoyenneté. Puis, vers deux heures du matin, il change de registre et commente ce que le gouvernement vient de présenter en Conseil des ministres : un « état d’alerte de sécurité nationale », régime d’exception nouveau, que l’exécutif pourra déclencher sur tout ou partie du territoire par décret.
Deux textes, donc.
Le premier donnait au peuple d’un faubourg le droit de décider de ses écoles, de ses pistes cyclables et de ses bâtiments publics ; il tenait dans une loi régionale, et il a suffi d’un changement de majorité municipale, en 2008, pour qu’il disparaisse sans débat. Le second donne à l’exécutif d’un pays le droit de déroger à ses propres règles quand il estime la sécurité nationale menacée ; il tient aujourd’hui dans une loi de la République, la loi n° 2026-791 du 16 août 2026, et aucune alternance ne l’effacera d’une nuit.
La différence entre les deux n’est pas de contenu : elle est de matière.
Les pouvoirs du peuple sont faits de carton ; ceux de l’exception sont faits d’acier. Le premier se déchire à la première averse électorale, le second traverse les décennies et s’empile, régime après régime, sur ceux qui l’ont précédé. Frédéric l’a dit d’une formule, au terme de son récit romain : « Rome a essayé de se protéger avec un bouclier en carton, parce que c’était une loi seulement régionale, face à un bulldozer politicien. Ça n’a pas tenu. Ne commettons pas la même erreur. Notre bouclier doit être en titane constitutionnel. » (01:03:04)
Tout ce texte est le commentaire de cette phrase.

Nous suivrons le direct dans son ordre, parce que son ordre est un argument. D’abord la Rome des faubourgs, telle que Frédéric l’a racontée, avec ses trouvailles et ses pièges. Puis l’autre Rome, celle de Cincinnatus, qui savait déjà rendre l’exception à la charrue. Puis l’exception française, et ce que Carl Schmitt et Giorgio Agamben permettent d’y lire. Puis la longue séquence des interventions du public, où l’on vit, en direct, ce que coûte la délibération quand on la prend au sérieux. Puis la tribune finale contre le mythe du chef fort, qui est l’autre nom de notre impuissance. Nous dirons ensuite, comme toujours, où nous tenons Frédéric à sa propre règle : la rigueur qu’il exige des autres au micro, nous l’exigeons de lui sur le papier. Et nous finirons par ce que la Constitution d’urgence du PIC propose pour que le bouclier, cette fois, ne soit plus en carton.
I. Le faubourg qui gouvernait
1. Une faille dans l’organigramme
Frédéric avait prévenu : ce serait « un petit peu flux descendant, un peu professoral » (00:07:08), et il s’en est excusé trois fois. Il avait raison de ne pas s’en excuser davantage. Car ce qu’il racontait ce soir-là n’était pas une anecdote exotique, mais ce qu’il appelle « la preuve absolue que notre impuissance est organisée, qu’elle est planifiée, qu’elle est voulue » (00:22:22).
Le décor d’abord. « Nous sommes à Rome, mais pas la Rome touristique du Colisée. Nous sommes dans le Municipio XI, territoire populaire, ouvrier » (00:23:23). Le moment ensuite : le lendemain des forums sociaux mondiaux, « une époque où on croyait encore qu’un autre monde était possible ». L’homme enfin : Massimiliano Smeriglio, président de cet arrondissement, « un type qui avait compris que le pouvoir ne se demande pas, mais qu’il se prend » (00:24:24).
La méthode est celle que le PIC appelle, depuis le premier jour, le hack républicain : non pas la violence, mais l’usage d’une faille. Rome avait entamé une décentralisation qui donnait à ses arrondissements une autonomie réelle et un exécutif élu. La plupart des élus s’en servaient pour reproduire le clientélisme ordinaire ; au Municipio XI, « ils ont décidé que le budget participatif ne serait pas une concession du prince, une petite aumône pour calmer la plèbe, mais un outil de construction du territoire par et pour les citoyens » (00:24:24). Ils créent ce qu’ils nomment eux-mêmes « une sphère publique non étatique », et un réseau, le Nouveau Municipe, pour relier les autorités locales, les chercheurs et les habitants en contournant les appareils partisans. L’objectif, dit Frédéric, était de prouver que « le boulanger, l’infirmière, le chômeur, l’étudiant aussi bien que le grand professeur », réunis dans le bon cadre, sont « parfaitement capables de gérer la cité » (00:25:26).
La première leçon tombe aussitôt : « Il faut d’abord casser le cadre institutionnel qui nous infantilise. »
2. Le verbale, ou la plainte devenue dossier
Le génie romain, selon Frédéric, n’est pas d’avoir ouvert les portes : c’est d’avoir imposé un rythme. « Le piège dans lequel l’oligarchie veut nous enfermer, c’est l’immédiateté » (00:26:29) ; la réponse fut un cycle annuel en trois phases, « d’une rigueur militaire », diagnostic, évaluation, priorisation. On ne commence pas par demander aux gens ce qu’ils veulent, « parce que ça, c’est la porte ouverte à n’importe quoi ». On découpe le territoire en zones homogènes, on y réunit des assemblées de quartier pour identifier des carences précises, et « le citoyen redevient expert de son propre quotidien. Il est le capteur sensoriel du territoire » (00:27:30).
Puis vient l’outil que Frédéric demande à son auditoire de retenir : le verbale (« procès-verbal »), une fiche standardisée, support obligatoire de toute proposition, qui exige la localisation précise du problème, la nature de l’intervention souhaitée, son utilité sociale et son coût estimé. « Ça a forcé les citoyens à adopter en quelque sorte le langage de l’adversaire, l’administration, pour mieux le soumettre, en se réappropriant ce qu’on lui avait confisqué » (00:31:35). Les Romains appelaient cela la démocratie technique.
Frédéric en tire une maxime que nous voudrions voir affichée dans chaque collectif citoyen de France : « C’est ça, la puissance de l’ingénierie délibérative : on ne demande pas, on notifie une décision techniquement viable » (00:33:36). Et la question qui la suit, adressée à tous ceux qui ont signé une pétition dans leur vie : « Combien de fois nos pétitions ont-elles fini à la poubelle ? Parce qu’elles n’étaient que des suppliques, au lieu d’être des dossiers techniques irréfutables » (00:34:38).
Il ne cache pas l’objection. Il cite le sociologue Julien Talpin, qui a parlé de « compétence civique » à propos de ces dispositifs, et le politiste Loïc Blondiaux, qui a souligné la barrière qu’ils dressent devant ceux qui n’ont pas le capital culturel : « ceux qui ne savent pas écrire, ceux qui ne savent pas parler le langage bureaucratique. C’est vrai. On ne va pas se voiler la face » (00:33:36). Mais au lieu de niveler par le bas, Rome a tiré vers le haut, avec l’aide des associations, au point de « professionnaliser la participation citoyenne », formule paradoxale qu’il assume.
3. Le chéquier ne suffit pas
Le nerf de la guerre, ensuite. « Ce n’est pas comme les fameux conseils de quartier où on vous laisse décider de la couleur des géraniums » (00:35:39). Selon les chiffres que cite Frédéric, environ 20 % du budget d’investissement de l’arrondissement furent soumis à la décision directe des habitants, de l’ordre de cinq millions d’euros par an : « ce n’est pas une enveloppe pour acheter des ballons de foot ou organiser la fête des voisins ». Et l’argent change les gens : « Quand il y a autant d’argent en jeu, croyez-moi, tout le monde devient sérieux » (00:36:39). On a financé des pistes cyclables, la rénovation lourde d’écoles, la réaffectation de bâtiments publics entiers, « la preuve que la démocratie directe peut bâtir des ponts et des routes, littéralement ».
Mais la bête administrative veillait. La mairie centrale a multiplié les retards dans l’exécution des travaux votés, et Frédéric en tire la deuxième leçon, la plus sous-estimée de toutes : « Avoir le chéquier, ça ne suffit pas si l’appareil exécutif, c’est-à-dire les services techniques centraux, restent aux mains de la caste ou de fonctionnaires qui sabotent la volonté populaire par l’inertie. Il ne suffit pas de voter le budget. Il faut après avoir le pouvoir de contraindre l’administration à l’exécuter dans les temps » (00:37:40). Le contrôle de l’exécution, ajoute-t-il, est « aussi important que la décision elle-même ».
Retenez cette phrase : elle reviendra quand nous parlerons de l’état d’exception, où l’on verra que l’exécutif, lui, ne se laisse jamais retarder.
4. L’algorithme de Robin des Bois
L’innovation qui l’a le plus enthousiasmé, dit Frédéric, est aussi la plus audacieuse : les coefficients correcteurs. Le risque de tout budget participatif est connu : « que les quartiers les mieux organisés, ceux où vivent les profs, les cadres sup, raflent toute la mise, parce qu’ils auraient réussi à mieux parler, mieux se mobiliser, être plus éloquents. C’est un piège classique de la démocratie libérale : un homme, une voix, mais à la fin c’est le bourgeois qui gagne » (00:39:41).
Les Romains ont donc pondéré les votes et les budgets en fonction d’indicateurs objectifs de mal-être urbain : niveau de service existant, absence d’éclairage, de bus, composition sociale. Le projet d’un quartier délaissé recevait un bonus dans le calcul final des priorités. « C’est de la redistribution territoriale par l’algorithme. Pour une fois que l’algorithme ne se fout pas de notre gueule » (00:40:43). Et ce n’est ni la charité ni le gauchisme qui l’ont imposé, insiste-t-il, mais « une règle du jeu institutionnelle », délibérée entre les citoyens eux-mêmes (00:41:45). D’où cette phrase, qui fera grincer quelques dents de part et d’autre : « C’est peut-être ça, la vraie gauche […] ou alors la vraie droite sociale. Appelez ça comme vous voulez : on s’en fiche, de toute façon, peu importe l’étiquette ».
Il ne pouvait manquer de penser à la France, et au livre que Jean-François Gravier publia en 1947, Paris et le désert français : « On n’en est toujours pas sortis » (00:42:46). La question qu’il pose ensuite est l’une des plus fortes du direct : « Pourquoi est-ce que nous accepterions encore un système fiscal qui pompe la richesse des périphéries pour engraisser en permanence les métropoles, alors que des algorithmes de justice sociale peuvent être créés par nous ? » (00:43:47).
5. Soixante-huit virgule cinq
Troisième trouvaille, la rotation. « On nous dit qu’il faut des élus expérimentés, experts, brillants, tous des Mozart de la finance […] et que la stabilité, c’est la clé de la réussite » (00:44:49). Or au Municipio XI, « en 2004, 68,5 % des participants au budget participatif étaient des nouveaux venus » (00:45:50), chiffre que Frédéric emprunte aux chercheurs qu’il a lus. Pour un technocrate, c’est le chaos ; pour le PIC, « une vertu démocratique absolue », puisque le dispositif devient, par sa rotation même, incapturable.
L’image qui suit appartient à la meilleure veine de Frédéric : « Le pouvoir ne doit jamais stagner. L’eau qui stagne, vous le savez bien, devient croupissante. Le pouvoir qui stagne devient lui-même, de la même manière, corrompu » (00:46:52). En changeant les visages, on empêche les réseaux d’influence de se former ; on empêche « les lobbies du BTP d’identifier les personnes à suivre » et les services urbains de copiner avec les décideurs, « parce que les décideurs de demain, ce ne sont pas ceux d’aujourd’hui. C’est l’antidote absolu au clientélisme » (00:47:52).
Mais il ajoute aussitôt le revers, et c’est ce qui donne au récit sa valeur : la rotation a empêché la formation d’une mémoire collective ; les nouveaux venus devaient réapprendre les règles, les projets d’une année manquaient de suivi l’année suivante, et l’administration, elle, ne tournait pas. « Les fonctionnaires, eux, restaient » (00:48:52). D’où la nécessité de « mécanismes de tuilage » : « Il ne suffit pas de remplacer les hommes, il faut assurer la continuité de la volonté générale. »
6. La démocratie des déjà-organisés
Le passage suivant, Frédéric l’annonce comme susceptible de « choquer certains militants associatifs ». « L’expérience romaine a mis en lumière une vérité assez dérangeante sur la participation : elle profite souvent à ceux qui sont déjà organisés » (00:50:53). Selon le chiffre qu’il cite, 63 % des participants étaient déjà membres d’un parti, d’un syndicat ou d’une association. Le budget participatif a donc fonctionné « non pas comme un outil de réinsertion pour les exclus de la politique, mais comme une arène supplémentaire pour une société civile déjà structurée » (00:51:54).
Les corps intermédiaires sont indispensables, concède-t-il, mais ils filtrent : « ils vont transformer une révolte brute en un projet associatif subventionné ». Et Frédéric pose les questions que tout organisateur de réunion publique devrait se poser en rangeant les chaises : « Où étaient les mères célibataires, par exemple, non syndiquées, qui n’ont pas le temps de faire de l’associatif ? Où étaient les entrepreneurs non syndiqués, qui n’ont pas le temps, aussi, de s’investir ? Où étaient les jeunes des cités, qui ne fréquentent pas les maisons de quartier ? » (00:51:54).
La doctrine qu’il en tire mérite d’être citée en entier : « Le vrai défi, c’est d’aller chercher celui qui ne demande rien, celui qui ne croit plus en rien. […] Est-ce qu’il faut rejeter les associations ? Bien sûr que non. Mais il faut les remettre à leur place. Ce sont des outils, ce ne sont pas des décideurs. La souveraineté appartient au peuple, pas aux ONG, aussi vertueuses soient-elles sur le papier » (00:52:55). Faute de quoi, « on va évidemment ne faire que remplacer une aristocratie d’élus par une aristocratie de militants » (00:53:57). Le modèle romain, dit-il, a failli basculer dans « une démocratie d’activistes plutôt qu’une démocratie de citoyens ».
L’antidote, il le nomme sans le développer : le tirage au sort, que les Romains n’ont utilisé « qu’avec une excessive parcimonie » (00:57:58).
7. Les silos
Dernier piège, le plus subtil : la fragmentation thématique. Pour gérer le flux des demandes, on créa des groupes de travail (mobilité, espaces verts, écoles, culture). Ils furent « de formidables écoles de citoyenneté », mais chacun se mit à prêcher pour sa paroisse : ceux des espaces verts voulaient des arbres, ceux de la mobilité des routes, ceux du social des crèches. Les projets transversaux, qui exigent de penser un quartier entier, devinrent impossibles, et l’administration reprit la main en expliquant que le peuple ne voit que « le petit bout de la lorgnette » (00:56:58).
La leçon est d’une portée générale, et l’on pourrait l’appliquer à bien des mouvements citoyens : « Si on accepte de n’être expert que de notre trottoir, on perd la bataille de la cité » (00:56:58). Et encore : « Le découpage thématique, c’est la ruse du système pour fragmenter notre puissance intellectuelle collective » (00:57:58). Ce qu’il faut, ce sont des mécanismes de fusion, des « états généraux permanents où les différentes logiques se confrontent et s’harmonisent ».
8. 2008 : la purge
Les promoteurs n’étaient pas naïfs. Ils savaient que le vent pouvait tourner et tentèrent de transformer « une espèce de faveur du prince » en « un droit définitivement opposable » (01:00:00) : la région du Latium se dota d’un cadre légal pour financer et encourager ces procédures. « C’était une tentative de créer un cliquet irréversible. » La réalité fut cruelle : une loi régionale, soumise aux budgets et aux paramétrages des exécutifs successifs, sans force constitutionnelle.
Frédéric en tire la leçon qu’il adresse à ses amis localistes, et elle est d’autant plus forte qu’il leur donne d’abord raison : « Quand tant d’amis me disent : “Fred, il faut commencer par le local.” Ben ouais, c’est la preuve, ça marche. […] Mais quand tu n’as pas la force constitutionnelle, tu n’as pas la sacralité nécessaire pour empêcher un nouveau maire, en arrivant, de tout mettre au placard » (01:01:01). « On ne change pas le système avec quelques règlements, avec des chartes de bonne conduite, même si c’est un bon début : le système s’assoit dessus dès que ça l’arrange. »
En avril 2008, la coalition de droite menée par Gianni Alemanno remporte la mairie de Rome. « Et que fait la nouvelle administration ? Elle ne cherche pas à améliorer le budget participatif. Elle ne cherche pas à le réformer. Elle le tue purement et simplement » (01:04:05). Les procédures, les assemblées, les documents, tout est jeté aux oubliettes, au terme de ce que Frédéric appelle « une purge administrative », justifiée par une étiquette : le budget participatif aurait été un projet de la gauche radicale. Frédéric, qui se dit lui-même « plutôt classé très à droite », en démonte le ressort : « La nouvelle majorité a considéré qu’il ne fallait pas donner le pouvoir au peuple, tout simplement parce que ça revenait à donner le pouvoir à l’ennemi. C’était un aveu » (01:06:06).
Le passage le plus beau de l’exposé vient alors, à propos de ceux qui, dans ces débats rugueux, n’avaient pas obtenu gain de cause et s’en déclaraient pourtant satisfaits : « Tout ce que je demande, c’est de disposer d’un ring démocratique loyal, qui ne soit pas manipulateur » (01:05:06). Le perdant d’un débat loyal accepte sa défaite ; le perdant d’un débat truqué prépare la suivante. Toute la théorie démocratique tient dans cette asymétrie, et Frédéric la formule mieux que bien des traités.
La conclusion de l’exposé est à la hauteur : « Rome est tombée, mais Rome nous a laissé les plans de la citadelle future que nous pourrions construire ensemble. À nous de la reconstruire, mais cette fois-ci, à nous de la rendre imprenable. Le rêve romain a duré cinq ans avant d’être écrasé » (01:08:10).
II. Rome, deux fois
1. L’autre Rome savait borner l’exception
Il est une ironie que Frédéric n’a pas relevée, et qui éclaire tout le reste de la nuit. La ville dont il racontait la démocratie défaite est aussi celle qui inventa, vingt-cinq siècles plus tôt, la seule forme d’exception que l’histoire politique ait jamais su tenir en laisse.
La République romaine connaissait la dictature. Elle la connaissait comme une magistrature, et non comme un coup de force : nommé pour une tâche, le dictateur l’était pour six mois au plus, et devait abdiquer sa charge une fois la tâche accomplie. Tite-Live raconte, au troisième livre de son Histoire romaine, que les envoyés du Sénat trouvèrent Lucius Quinctius Cincinnatus labourant son champ de quatre arpents au-delà du Tibre, qu’ils le prièrent de revêtir la toge pour entendre les ordres du Sénat, qu’il sauva l’armée encerclée, triompha, et déposa la dictature au seizième jour, alors qu’on la lui avait confiée pour six mois. Puis il retourna à sa charrue.
C’est précisément cette figure qu’Alain Gonzales a convoquée en fin de nuit, et Frédéric a salué la trouvaille : « C’était pas un homme fort, c’était un homme adapté à la situation par sa sagesse, mais créé par les autres. […] C’est pas lui qui est venu chercher le pouvoir » (05:34:19).
Carl Schmitt lui-même, dont nous allons parler, avait tiré de cette institution la distinction qui fonde sa pensée. Dans La Dictature (1921), il oppose la dictature commissariale, qui suspend l’ordre juridique pour le restaurer, à la dictature souveraine, qui le suspend pour en fonder un autre. La première est bornée par sa mission et par son terme ; la seconde ne l’est par rien. Toute l’histoire des régimes d’exception modernes, nous le verrons, est celle d’un lent glissement de la première vers la seconde : l’exception cesse d’avoir un terme, et c’est alors qu’elle devient souveraine.
2. Le loisir que le tyran confisque
Un deuxième fil relie l’Antiquité au direct. Vers deux heures du matin, pour expliquer pourquoi les gens « ne bougent pas », Frédéric a cité Aristote : le tyran doit s’assurer que son peuple « n’a pas la possibilité de prospérer économiquement. Pourquoi ? Parce que s’il est préoccupé par sa survie économique, il n’a pas le temps du loisir au sens grec vertueux, c’est-à-dire le temps libre pour rejoindre d’autres citoyens et s’intéresser aux problèmes de la cité » (02:44:47).
La référence est exacte. Au cinquième livre de la Politique, Aristote range parmi les procédés de la tyrannie le fait d’appauvrir les sujets, afin qu’occupés à leur subsistance quotidienne ils n’aient pas le loisir de comploter, et il cite les pyramides d’Égypte comme exemple de ces grands travaux qui tiennent un peuple occupé. Le grec dit scholè, d’où vient notre école : le temps libre est le temps de la pensée, et c’est pourquoi le tyran le confisque.
Frédéric en tire une conclusion qui est le contraire du fatalisme ambiant : la crétinisation, dit-il, « ce n’est pas dans notre nature, c’est un état dans lequel nous sommes temporairement maintenus, un peu comme si on maintenait des gens la tête sous l’eau » (02:44:47). Un état, et non une nature : on peut donc en sortir.
Le Municipio XI l’avait compris à sa manière. Ses assemblées ne demandaient que quelques réunions par an ; elles rendaient du loisir civique à ceux qui n’en avaient pas. « Ça ne veut pas dire que vous allez devenir une sorte de citoyen professionnel qui va faire ça toute sa vie : vous allez participer à quelques réunions dans l’année, ce n’est pas la mer à boire » (00:38:40).
3. Le citoyen inutile
Un troisième fil, enfin, mène d’Athènes au salon vocal. Dans l’oraison funèbre que Thucydide prête à Périclès, l’orateur dit des Athéniens qu’ils sont « les seuls à penser qu’un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ». C’est exactement la figure que Frédéric désigne quand il veut « aller chercher celui qui ne demande rien », et c’est le paradoxe de toute démocratie participative : elle a besoin de ceux qui ne viennent pas, et ne sait pas les faire venir.
Athènes avait une réponse, que Frédéric rappelle en répondant à une question du public : la boulè, le Conseil tiré au sort qui préparait l’ordre du jour de l’assemblée. « Ce qui a extrêmement bien marché à l’époque de la boulè athénienne, c’était le fait que 1 % de la population était tirée au sort pour déterminer les sujets qu’il fallait après porter dans le débat » (01:10:15). Le chiffre est un ordre de grandeur (cinq cents conseillers pour quelques dizaines de milliers de citoyens), mais le principe est juste. Le sort ne va pas chercher les volontaires : il va chercher tout le monde. C’est la seule technique connue qui fasse entrer dans la salle celui qui ne demandait rien.
4. La loi qui tua les corps
La France a sa propre version de l’histoire romaine, et Frédéric l’évoque en passant, quand Caillonwin parle de la participation dans le secteur médico-social : les corps intermédiaires, dit-il, « c’est quelque chose qui a été supprimé par la République, et c’étaient des lieux d’expression démocratique » (01:28:34). Le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier interdisait les corporations et toute association de citoyens d’un même état ou profession, au nom d’un principe que son rapporteur formulait sans ambages : il n’y aurait plus, entre l’individu et l’intérêt général, aucun intérêt intermédiaire.
On voit la tenaille. La Révolution a supprimé les corps au nom de la Nation ; la démocratie participative contemporaine les a ressuscités, mais comme filtres, et Rome a montré qu’ils pouvaient confisquer la parole qu’ils prétendaient porter. Entre la suppression et la confiscation, la voie est étroite. La Constitution d’urgence la cherche, nous le verrons, en faisant des corps un tissu de la délibération locale, et non son guichet.
III. L’exception, elle, est faite d’acier
1. Une description, non une recommandation
Il était plus de deux heures du matin quand Frédéric a abordé le sujet qu’il tenait pour « le plus lourd » de la soirée, et il l’a fait en citant un juriste qu’il présente avec les précautions d’usage : « Carl Schmitt, juriste allemand, a écrit un bouquin titré Théologie politique en 1922. Il était membre du parti nazi à partir de 1933. Figure à la fois indispensable et maudite de la pensée du XXe siècle » (04:11:34). La phrase est connue de tous les étudiants en droit : « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. »
Frédéric la lit comme il faut la lire. « Cette proposition n’est pas une recommandation, il faut bien comprendre : c’est une description » (04:11:34). Schmitt dit seulement ceci : « Si vous voulez savoir qui détient réellement le pouvoir dans un système politique, quelle que soit la constitution formelle, quels que soient les droits proclamés, quelle que soit la séparation des pouvoirs affichée, regardez qui peut suspendre l’ordre juridique ordinaire » (04:12:35).
Appliquée à la France de 2026, la grille donne un résultat que Frédéric énonce sans fard : « Celui qui peut décréter que les règles normales ne s’appliquent plus, c’est le souverain réel. » Et le peuple, dans cette chaîne, est « tout en bas ».
2. L’empilement
Giorgio Agamben, que Frédéric dit avoir découvert grâce à l’entretien qu’il avait réalisé avec Vincent Pavan, a prolongé Schmitt dans État d’exception (2003), en montrant que les démocraties libérales avaient fait de l’exception leur ordinaire. Il écrit, dès les premières pages, que « l’état d’exception tend toujours plus à se présenter comme le paradigme de gouvernement dominant dans la politique contemporaine ». Frédéric en donne une paraphrase qui vaut mieux que bien des commentaires : « Les démocraties contemporaines ne s’effondrent pas frontalement. Elles se transforment progressivement en état d’exception permanent, en empilant des régimes dérogatoires que personne n’a jamais votés collectivement » (04:08:31).
La chronologie française lui donne raison sur le mécanisme. L’état d’urgence déclaré en novembre 2015, après les attentats, fut prorogé six fois avant que la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (dite SILT) en fasse passer plusieurs instruments dans le droit commun. L’état d’urgence sanitaire, créé par la loi du 23 mars 2020, inventa un régime nouveau dont plusieurs mécanismes ont survécu à la pandémie. Et voici, dit Frédéric, « un troisième régime dérogatoire qui s’empile sur les précédents, élargissant encore la zone de décision exécutive » (04:14:36).
Le passage qui suit est l’un des plus achevés de la nuit, et il mérite d’être cité dans son mouvement : « La normalisation de l’état d’exception ne se produit jamais d’un seul coup. […] Elle se produit par étapes successives. Chacune légitimée par une urgence réelle ou construite. Chacune présentée comme temporaire, proportionnée, raisonnable. Chacune laissant une trace permanente dans le droit ordinaire, qui prépare l’étape suivante » (04:16:38).
Trois « chacune », et le piège est décrit.
3. Ce que dit le texte, et ce qu’on lui fait dire
Encore faut-il savoir de quoi l’on parle, et c’est ici que la rigueur doit reprendre ses droits sur l’alarme. Frédéric commentait, ce soir-là, un projet de loi à peine présenté, à travers le long message qu’y avait consacré Florian Philippot ; six mois plus tard, le texte est une loi, et l’on peut le lire.
Le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 a été présenté en Conseil des ministres le 8 avril 2026. Son article 21 créait l’état d’alerte de sécurité nationale, présenté par La Chaîne parlementaire comme un « nouveau régime de défense et de sécurité nationale » destiné aux situations de « guerre hybride » que les régimes existants ne couvrent pas. Le texte a été définitivement adopté le 1er juillet, soumis au Conseil constitutionnel (décision n° 2026-907 DC du 6 août 2026) et promulgué le 16 août : c’est la loi n° 2026-791.
Selon la présentation officielle qu’en fait Vie publique, ce régime est « activable par décret en Conseil des ministres sur tout ou partie du territoire en cas de menace grave et actuelle pesant sur la sécurité nationale », notamment pour la continuité des activités essentielles à la vie de la Nation, la protection de la population, la mise en œuvre des engagements internationaux de défense, ou « toute menace justifiant le déploiement opérationnel à bref délai des forces armées et formations rattachées, françaises ou alliées, sur le sol français ». Les administrations pourront alors « déroger “de manière proportionnée” à un champ circonscrit de normes réglementaires », en particulier en matière d’urbanisme, d’environnement et d’archéologie, pour accélérer les projets de défense.
Deux affirmations du direct doivent donc être nuancées. La première concerne les « réquisitions de l’ensemble de la chaîne logistique civile et sanitaire » (04:09:32) : c’est la lecture de Florian Philippot, que Frédéric reprend en le citant ; la présentation officielle insiste, elle, sur les dérogations normatives et sur les stocks stratégiques que l’État pourra imposer aux opérateurs d’importance vitale. La seconde concerne le Parlement : au printemps, la gauche réclamait par amendement un vote pour le déclenchement, et La France insoumise proposait de le confier au Parlement lui-même ; le déclenchement est resté gouvernemental, mais, toujours selon Vie publique, « le contrôle parlementaire sur l’état d’alerte de sécurité nationale a été renforcé lors de l’examen du texte, afin que le Parlement soit associé dès le déclenchement », le modèle retenu étant celui de l’état d’urgence sanitaire, dont la prorogation au-delà d’un mois exige une loi.
Faut-il en conclure que Frédéric criait au loup ?
Non. Car l’essentiel de sa démonstration ne portait pas sur le détail des mesures, mais sur la structure : un régime d’exception de plus, déclenché par l’exécutif seul, sans contrôle préalable du juge constitutionnel (aucun décret n’en connaît), et dont le motif, une « menace grave et actuelle », est apprécié par celui-là même qui en tirera les pouvoirs. C’est très exactement la définition schmittienne. Et ce régime n’est pas né d’un débat public : il est arrivé à l’article 21 d’une loi de programmation de plus de quatre cents milliards d’euros, que personne, hors des commissions de la Défense, n’a lue.
4. Le choc, et qui en profite
Pour comprendre ce qui se joue, Frédéric convoque Naomi Klein et La Stratégie du choc (2007), et il en retient la leçon la plus utile, qui n’est pas complotiste : « Le choc peut être naturel. […] Peut-être qu’ils n’ont rien planifié. En tout cas, ils sont toujours opportunistes. […] La question n’est pas de savoir si le choc est réel, mais qui en profite pour imposer quoi » (04:18:41).
Il ne nie pas la menace : « La menace est-elle réelle ? Bon, ben partiellement oui. Après tout, je ne suis pas qualifié » (04:19:42). Il pose la seule question qui vaille en démocratie : « Il y en a qui vont dire : “Attends, Fred, c’est raisonnable, c’est ça la guerre.” Non, mais donnez-moi deux secondes pour savoir si nous, le peuple, on a été consultés. Je veux bien que peut-être on arrive à la même conclusion, mais là, ça nous est quand même imposé » (04:20:42).
C’est la phrase la plus démocratique de la nuit, et la plus simple. On peut accepter une contrainte ; on ne peut pas accepter de ne pas avoir été consulté sur elle.
Il rappelle aussi qu’un général, « l’année dernière », avait dit sur les grandes ondes que le pays devait accepter de perdre ses enfants : c’était le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, devant le congrès des maires, en novembre 2025. Frédéric y voit un ballon d’essai, et il a au moins raison sur un point : « un général, ça fait de la stratégie, et la stratégie, ça commence avec le choix des mots » (04:21:43).
5. Ce que la Constitution d’urgence a écrit
Le PIC ne se contente pas de dénoncer l’empilement ; il a écrit ce que serait une exception bornée, et c’est l’endroit où la Constitution d’urgence est sans doute la plus aboutie. Les trois articles qui la règlent, au Titre II, retrouvent, sans le dire, la sagesse de la dictature romaine : une exception qui a un terme, et qui ne l’oublie pas.
Constitution d’urgence, Titre II, articles 10 à 12 (extraits)
« L’état de crise n’est jamais déclaré par une seule personne. Il est déclaré par le Conseil des Sept à la majorité de cinq voix, et ne prend effet qu’après ratification par le Collège du Contrôle démocratique des Soixante-dix-sept, à la majorité de ses membres. » (article 10)
Les mesures de crise ne peuvent en aucun cas « dissoudre, suspendre ou entraver les cercles de la souveraineté, ni interrompre le droit de référendum », et le juge saisi « statue en référé dans les quarante-huit heures sur [leur] nécessité et [leur] proportionnalité ». (article 11)
« L’état de crise est déclaré pour trente jours au plus. Il s’éteint de plein droit à ce terme. » Il ne peut être maintenu au-delà du soixantième jour « que s’il a été approuvé par le peuple en votation extraordinaire ». Et : « Le silence vaut extinction : à défaut de prolongation expresse, les pouvoirs de crise cessent. » (article 12)
Comparez avec le régime de 2026. L’un est déclaré par un décret d’un seul organe ; l’autre exige cinq voix sur sept et la ratification d’un collège extérieur. L’un est apprécié par celui qui en tire les pouvoirs ; l’autre est soumis à un juge en quarante-huit heures. L’un peut durer ce que le Parlement acceptera de proroger ; l’autre s’éteint seul au trentième jour, et ne passe le soixantième qu’avec l’accord du peuple. Surtout, l’un n’interdit rien au gouvernement de crise en matière de souveraineté populaire, quand l’autre lui interdit précisément de toucher au référendum.
« Le silence vaut extinction » : c’est le seizième jour de Cincinnatus, écrit en droit constitutionnel. Voilà ce qu’est un bouclier en titane.
On trouvera les trois articles sur le site du PIC : Titre II, article 10, de l’état de crise et de sa déclaration ; article 11, des pouvoirs de crise et de leurs bornes ; article 12, de la durée, du contrôle continu et de l’extinction automatique.
6. La riposte de droit : le référé-liberté
Vers deux heures et demie, Coralie, qui se dit noctambule et a rédigé des mémoires sans être juriste de métier, a proposé une piste que Frédéric a saluée d’un « Génial » : « Je me dis de plus en plus que ce serait opportun de préparer, par exemple, des référés-libertés, ce genre de choses. Et les déposer massivement, c’est-à-dire pas une personne : des centaines, si possible » (04:38:59). Et, pour l’état d’alerte, « il y a peut-être un axe à faire là-dessus » (04:40:00).
L’idée est bonne, et elle mérite d’être prise au sérieux, c’est-à-dire précisée. Le référé-liberté de l’article L. 521-2 du code de justice administrative permet au juge des référés d’ordonner, dans les quarante-huit heures, les mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle l’administration porte une atteinte grave et manifestement illégale. Contre un décret, c’est le Conseil d’État qui est compétent. Mais Coralie avance que l’on peut « passer au Conseil d’État sans avocat » : c’est vrai dans certains cas et faux dans d’autres. La direction des affaires juridiques de l’AP-HP rappelle par exemple que l’appel d’une ordonnance de référé-liberté devant le Conseil d’État exige le ministère d’un avocat aux Conseils, à peine d’irrecevabilité.
La leçon pratique est donc double. D’abord, une riposte juridique de masse se prépare à froid, avec des modèles relus par des praticiens, et non dans la panique du jour où le décret paraît. Ensuite, des centaines de requêtes identiques ne pèsent pas plus qu’une seule si elles sont mal fondées ; elles pèsent davantage si elles émanent de requérants dont la liberté est concrètement atteinte, et qui le démontrent. Le nombre n’est pas l’argument ; il est la preuve que l’argument concerne du monde.
IV. Le parloir n’est pas l’agora
1. Ce que le médico-social savait déjà
Le direct aurait pu rester un cours magistral. Il est devenu autre chose quand Caillonwin, que Frédéric présente comme quelqu’un « avec qui on peut souvent débattre de façon très cordiale » bien qu’il ne soit pas de son bord, a pris la parole pour apporter ce que les participants du direct n’avaient pas : l’expérience d’un secteur où la participation est obligatoire depuis vingt-cinq ans.
Sa définition d’abord, d’une précision que bien des théoriciens envieraient : « D’un point de vue du médico-social, la participation est définie comme l’espace que prennent les personnes concernées quant aux décisions qui les impactent » (01:27:32). Son but : « le pouvoir d’agir des personnes concernées » (01:28:34). Son cadre : la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, qui impose des instances de participation, dont les conseils de la vie sociale. Sa méthode, enfin, en une phrase qui pourrait servir de cahier des charges à toute démocratie : « Pour que la participation soit bonne, et pour que ça ne soit pas de la fausse participation, parce que les exemples de fausse participation existent, il faut que la parole soit écoutée, entendue, prise en compte, retranscrite, mise en œuvre et évaluée » (01:32:36).
Six verbes. Le Municipio XI en avait tenu quatre ; il a manqué la mise en œuvre (sabotée par la mairie centrale) et l’évaluation (rendue impossible par la purge).
Il a ensuite distingué deux savoirs, « le savoir académique et le savoir expérientiel » (01:40:44), et décrit la pair-aidance, ces travailleurs pairs qui n’ont « pas de savoir académique mais des savoirs expérientiels », et dont la force tient en une phrase que tout le monde a prononcée un jour : « Ah ben, toi, tu me comprends » (01:43:47).
Puis il a raconté une histoire, et c’est le meilleur témoignage de la nuit. Un dispositif expérimental, « Logement d’abord jeunes », accompagnait pendant deux ans des jeunes en errance. À l’heure de décider de sa prolongation, on disposait de tous les indicateurs (retour à l’emploi, glissement de bail), mais on a aussi réuni les jeunes. « Ils nous ont dit : ça a été bien pour eux, sauf sur un aspect, et nous, on n’aurait pas prêté attention à cet aspect. Ils nous ont dit : on a souffert du turnover dans les équipes […] parce que la difficulté, c’est quoi ? C’est de devoir raconter sa vie à chaque fois à quelqu’un de nouveau, et souvent une vie de violence » (02:36:37). « Il vaut mieux une personne sur un accompagnement de deux ans que quatre personnes, et devoir affronter sa vie à quatre personnes différentes » (02:37:38). Et la conclusion, qui répond d’avance à tous ceux qui craignent que la parole des premiers concernés ne tourne à la plainte : « Ils n’ont pas été dans la surplainte ni dans la surreprésentation. »
Aucun tableur ne l’aurait trouvé. Voilà ce qu’est l’intelligence collective, avant toute théorie : l’information que seul détient celui qui vit la chose, et que l’institution n’obtient qu’en la lui demandant.
2. Le mauvais esprit, ou l’art de penser contre soi
Frédéric a fait alors ce qu’il fait de mieux : il a cherché le piège dans la bonne idée. « Plus le sujet est puissant, et plus je déclenche mon mauvais esprit, parce que j’essaie de réfléchir selon le prisme de ceux qui nous manipulent. Réfléchir contre soi-même […] en se mettant à la place de la récupération oligarchique de ces choses-là » (01:45:49).
Il s’appuie sur le livre que Loïc Blondiaux a codirigé avec Christophe Traïni, La Démocratie des émotions (Presses de Sciences Po, 2018), et sur un exemple saisissant : dans certaines villes chinoises, des réunions organisées permettent aux administrés de hurler leurs griefs contre un fonctionnaire qui accepte de servir de bouc émissaire. « On a purgé en quelque sorte les passions tristes, et Loïc Blondiaux explique qu’il n’y a rien de plus manipulatoire que ça » (01:49:52). Le rituel assèche l’énergie de la révolte, et il renseigne le pouvoir : on libère la parole « pour prendre la température et savoir si ça va chauffer ».
La distinction qui en sort est capitale, et c’est Caillonwin qui l’a posée, Frédéric qui l’a nommée. Un groupe de parole n’est pas un espace de participation : « Un groupe de parole, il n’y a pas de conclusion à ça. On parle, et puis on s’en va » (02:32:33). Frédéric précise : « Le mot que tu veux employer, c’est délibération, parce que la délibération, justement, c’est le terme technique qui dit qu’on veut arriver à un résultat. »
Le parloir soulage ; l’agora décide. Toute démocratie participative qui confond les deux devient, au mieux, une thérapie collective, et au pire, une soupape.
3. Le désaccord entre Caillonwin et Ben
Il fallait un contradicteur, et Ben l’a été. Caillonwin avait défendu les réunions en non-mixité (entre femmes pour parler des violences subies, entre personnes handicapées pour dire leurs difficultés). Ben, « pas pour faire une polémique », s’en inquiète : « Je ne crois pas qu’on résolve des problèmes quelconques en se regroupant entre soi » (02:02:07). Et il convoque un souvenir que beaucoup partagent : « Les Telegram ou les groupes WhatsApp à l’époque des Gilets jaunes […] quand tu ne discutes qu’avec des gens qui sont de ton groupe, de ton histoire, de ce que tu penses, tu ne peux pas évoluer, parce que tu n’as aucune contradiction face à toi » (02:03:09).
Frédéric n’a pas tranché, et il a eu raison. « Vous avez tous les deux raison. Donc en fait, vous avez posé le problème » (02:05:09). Le recueil de la matière brute peut exiger l’entre-soi ; la délibération exige son contraire. La réponse n’est pas morale, elle est d’architecture : on peut recueillir la parole dans des cercles protégés et la délibérer dans des cercles mêlés, à condition que le second ne soit jamais remplacé par le premier.
Puis il a dit ce qui, dans la bouche d’un fondateur de mouvement, est assez rare pour être relevé : « C’est peut-être pas le PIC, c’est peut-être quelqu’un qui est en train de nous écouter, qui va dire : “Ils ne sont pas cons, ces gens-là, mais j’ai une meilleure idée.” […] Ce qui est important, ce n’est pas que moi, ma gueule ou le petit groupe qui est là, on passe à la postérité » (02:07:11). Et : « Ce qui est important, c’est que nous nous remettions à discuter comme des citoyens responsables, qui voulons préserver une forme d’entente élégante entre nous, quand bien même nos idées seraient très éloignées les unes des autres » (02:07:11).
L’entente élégante : retenez l’expression. C’est la meilleure traduction française de ce que Chantal Mouffe, que Frédéric cite dès l’ouverture, appelle l’agonisme, où « on combat les idées de l’adversaire avec vigueur […] mais on respecte absolument son droit à les défendre » (00:04:04).
4. La question d’Émilie
Une question est venue de LinkedIn, et Frédéric l’a lue deux fois : « Que signifie concrètement démocratie fondée sur l’intelligence collective, et en quoi est-ce différent de la démocratie représentative actuelle ? » (02:09:12).
La réponse commence par une brutalité assumée : « La démocratie représentative actuelle n’est pas une démocratie, c’est une oligarchie élective. Elle repose sur un postulat aristocratique, selon lequel nous devrions désigner des êtres prétendument plus compétents que nous » (02:10:13). C’est « un système de délégation de souveraineté […] qui organise notre impuissance et qui, in fine, se fait capturer par les puissances d’argent et la technostructure » (02:11:14).
Puis vient le mot savant, et la manière dont Frédéric le justifie est la plus belle définition de la vulgarisation que nous ayons entendue : « C’est un système qu’on appelle épistémique. Je fais exprès d’utiliser un mot de jargon, mais moi, ce n’est pas pour vous le confisquer, c’est pour vous le rendre » (02:12:15). Un système épistémique, c’est « un système basé sur la connaissance », qui ne cherche pas à élire le meilleur individu mais « à concevoir une architecture institutionnelle capable d’extraire, d’agréger, de synthétiser cette connaissance, sous forme d’une sagesse dispersée dans la multitude, pour qu’aucun ne puisse confisquer ça ». L’expression de démocratie épistémique, il la rapporte à Hélène Landemore, professeure de science politique à Yale, dont il recommande le dernier livre, Politics Without Politicians (« la politique sans les politiciens »), paru en 2026.
Il ajoute deux affirmations qui demandent nuance. La première : « le QI collectif est très largement supérieur à la moyenne des QI individuels » (01:23:29). La seconde : « la diversité cognitive d’un groupe de citoyens ordinaires produit, mathématiquement et de façon scientifiquement prouvée, de meilleures décisions que l’homogénéité d’un groupe d’experts clonés » (02:14:16). La seconde renvoie au théorème de Lu Hong et Scott Page (2004), sur lequel Landemore a bâti son œuvre ; il est réel, mais il repose sur des hypothèses précises (des problèmes difficiles, des agents raisonnablement compétents, une vraie diversité de méthodes), et ses conditions sont discutées. La première est plus fragile : l’étude la plus citée sur le sujet, celle d’Anita Woolley et de ses collègues dans Science (2010), a bien mis en évidence un facteur d’intelligence collective, mais elle a montré qu’il dépendait peu de l’intelligence moyenne des membres et beaucoup de leur sensibilité sociale et de l’égalité de leurs tours de parole.
Ce qui, notons-le, donne raison à Frédéric plus encore qu’il ne le croit : l’intelligence d’un groupe tient moins à ce que chacun sait qu’à la manière dont on se passe la parole. C’est l’iségorie des Grecs, que Frédéric invoque à 01:35:38, devenue variable de laboratoire.
5. Un marteau, non une morale
Une autre question de LinkedIn a donné lieu à la mise au point la plus utile de la nuit : l’intelligence collective est-elle « un principe moral, un outil ou un mode opératoire ? » (02:38:39). Réponse sans ambiguïté : « L’intelligence collective, ça n’a rigoureusement rien à voir avec la morale. […] On ne cherche pas à être gentil, ostensiblement inclusif ou bienveillant pour le simple plaisir de l’harmonie sociale » (02:38:39). C’est « une arme cybernétique », et la cybernétique est « un outil froid, […] comme un marteau : tu peux l’utiliser pour tuer quelqu’un ou pour planter un clou » (02:39:40).
D’où la définition qu’il en donne, et qu’il répète pour être sûr d’être compris : « l’outil d’ingénierie politique et le mode opératoire, qu’on espère aussi rigoureux que possible, conçu pour résoudre des problèmes complexes qu’un cerveau centralisé est structurellement incapable de traiter » (02:39:40). Et l’image qui suit : passer à l’intelligence collective, c’est « installer un système d’exploitation », « totalement agnostique de ce que tu vas décider de mettre comme application après dedans » (02:41:42), un système distribué, capable de capter les signaux faibles, et, dit-il en citant Nassim Nicholas Taleb, antifragile.
Il y a là une position doctrinale forte, et nous la croyons juste : le PIC ne vend pas une vertu, il propose un procédé. Ceux qui lui reprochent son « horizontalisme » n’ont pas écouté ; ceux qui le soupçonnent de moralisme non plus.
6. Le Bataclan, ou la confusion des mots
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’échange le plus tendu de la soirée. Une participante, arrivée tard, a voulu témoigner de ce qu’était pour elle l’intelligence collective : le soir du Bataclan, quand chacun, dans l’urgence, sauvait, portait, aidait. Frédéric l’a reprise, longuement : « Ce que tu décris pourrait être une forme d’expérience d’osmose collective, et c’est magnifique […] Mais ce n’est pas ce dont on parle. Nous, ce dont on parle, c’est d’un dispositif implacable, rationnel, qui est de l’intelligence distribuée par le dispositif pensé en amont pour résoudre collectivement des problèmes précis qu’une intelligence verticale et centralisée ne pourrait pas résoudre » (02:56:55).
Il a fait de même quand elle a parlé de délibération dans les médias : « Tu viens de faire une confusion entre le débat et la délibération » (02:59:59). Les médias organisent, au mieux, des débats, et le plus souvent des simulacres de débats où l’on laisse deux personnes qui se détestent se friter pendant deux heures « parce que ça va faire de l’audimat ». Il cite Guy Debord : ces débats-spectacles « servent à nous enfermer dans le présent, pour que nous ne puissions plus nous projeter dans l’avenir » (03:02:01), ce qui est une lecture fidèle des Commentaires sur la société du spectacle (1988) et de leur « présent perpétuel ». La délibération, elle, « c’est tu prends des gens et tu leur donnes pour mission de délibérer ».
Sur le fond, Frédéric a raison, et il l’appuie sur Chantal Mouffe : « On ne peut pas débattre si on ne s’est pas mis d’accord sur le sens des mots » (02:58:58). Nous reviendrons sur la forme.
7. Les mots chargés
Plus tard, Caillonwin a demandé si « la créolisation des esprits » n’était pas une forme d’intelligence collective. Frédéric a proposé aussitôt un autre mot : « Moi, j’appelle ça la diversité cognitive » (03:40:06). Caillonwin a insisté pour défendre le sien ; Frédéric a coupé court, et il a tiré de l’incident une leçon de méthode que nous trouvons excellente : « Je t’ai proposé un compromis, qui était pluralisme cognitif. Problème résolu, avançons. Caillonwin, à ce moment-là, n’est plus insoumis, et moi, je ne suis plus un méchant identitaire. Là, nous sommes deux démocrates, et donc on choisit ensemble le mot sur lequel on ne va pas se friter et qui nous met tous les deux d’accord » (03:45:10). Et cette sentence : « Il n’y a qu’un mot qui est rédhibitoire, c’est le mot rédhibitoire. »
La délibération commence par un traité de paix lexical. Les mots-drapeaux servent à reconnaître les siens ; les mots-outils servent à travailler avec les autres. On ne gagne rien à conquérir un drapeau quand on pouvait partager un outil.
La même logique explique l’éloge que Frédéric fait de la Concorde citoyenne, le mouvement que Fabrice Grimal avait fait naître des Gilets jaunes, et qui, selon lui, a été détruit de l’intérieur par des militants qui disaient : « Je ne ferai pas démocratie avec toi, parce que tu n’es pas comme moi » (03:07:05). Or « faire démocratie entre copains qui pensent la même chose, c’est le non-sens absolu » (03:08:08) : la démocratie, dit-il, consiste à « faire fonctionner l’expression des désaccords pour tenter, par le compromis, de résoudre des problèmes ». Et il ajoute, avec une confiance que nous partageons : « Tu prends n’importe qui, étudiant, boulanger, ajusteur, fraiseur, professeur […] Je pense qu’on aura beaucoup plus de problèmes avec les gens surdiplômés » (03:09:08).
À propos du sens des mots, Frédéric attribue à Goebbels l’idée qu’il faut « réduire le champ lexical du peuple » pour l’empêcher de penser (03:10:09). L’idée est juste, l’attribution l’est moins : c’est George Orwell qui l’a formulée, dans 1984 (1949), où le lexicographe Syme explique que tout le but de la novlangue est de rétrécir le champ de la pensée ; et c’est le philologue Victor Klemperer qui a montré, dans LTI, la langue du IIIe Reich (1947), comment le régime l’avait pratiquée, en appauvrissant et en saturant la langue plutôt qu’en le proclamant.
8. Le consentement éclairé
Le dernier échange substantiel avec Caillonwin porte sur ce qu’il tient pour le préalable de tout référendum : le consentement éclairé. Frédéric le relie à Rousseau : « La volonté générale n’est pas une addition de volontés singulières. La volonté générale n’est pas la volonté de tous. […] L’expression d’un consentement éclairé, procédant lui-même de la délibération, et donc de la confrontation de tous les points de vue » (03:38:03). C’est la distinction du Contrat social (livre II, chapitre 3) : « Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières. »
Caillonwin propose une définition « bancale », dit-il, et pourtant très juste : il y a consentement éclairé « lorsqu’il y a toute la pluralité qui te permet de penser contre toi-même le moment venu », et « si c’est 95 % d’un côté, 5 % de l’autre, ça ne participe pas au consentement éclairé » (03:38:03). Alain rappelle 2005 : des médias massivement favorables au oui, des Français qui achètent le traité pour le lire, et un non à près de 55 % (03:55:18).
Les solutions proposées divergent, et c’est instructif. La participante suggère de réserver le débat d’un référendum à une seule chaîne publique, en interdisant aux autres d’en parler ; Ben objecte aussitôt : « En fait, c’est quoi ? On remet l’ORTF ? » (03:59:24). Caillonwin propose de réserver l’appellation de chaîne d’information à celles qui traitent les préoccupations réelles des Français, les autres devant s’appeler autrement (04:02:26). Frédéric, lui, imagine que des citoyens tirés au sort siègent au cœur de l’ARCOM, « qu’on ne puisse pas influencer parce qu’on ne peut pas prévoir qu’il sera là » (03:34:58), en ajoutant : « Je ne dis pas que j’ai la solution. »
La Constitution d’urgence a tranché dans un autre sens encore, plus fin que ces trois propositions. Elle ne restreint pas la parole, elle y oblige la contradiction : « Le pluralisme de l’information est garanti non par la multiplicité des sources, mais par la présence de la contradiction au sein de chacune » (Titre V, article 5, du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique). Ni monopole, ni label : un droit de réponse argumentée, à parité de visibilité, dans les quarante-huit heures. C’est la proposition de Caillonwin sans le risque de la censure, et celle de la participante sans le retour de l’ORTF.
V. Le chef fort, ou l’aveu d’impuissance
1. Le piège cognitif
Il était près de trois heures du matin quand Frédéric a tenu à enregistrer « un dernier petit délire », comme il dit avec une modestie de façade, sur un sujet qui l’obsède depuis des semaines : « J’étais encore hier soir dans des salons vocaux dans lesquels on me disait : les gens ont besoin d’un chef, et il y aura un chef, il y aura la bonne personne. […] C’est le grand piège cognitif, dont il faut vraiment qu’on se libère d’urgence » (04:37:59). Il annonce cinq points pour démontrer « pourquoi l’attente d’un chef fort, c’est la forme la plus naïve et la plus dangereuse de la pensée politique, et pourquoi le PIC ne renonce pas au leadership pour autant » (04:42:02).
Il cite Brecht, de mémoire, et se trompe de formule ; la vraie, que nous avons mise en exergue, est plus forte encore que la sienne. Dans La Vie de Galilée, quand le savant a abjuré, son disciple Andrea s’écrie : « Malheureux le pays qui n’a pas de héros ! » ; et Galilée répond : « Non. Malheureux le pays qui a besoin de héros. » C’est exactement la thèse de Frédéric : « Le besoin d’un chef fort est toujours le symptôme d’une collectivité qui n’a pas encore appris à se gouverner elle-même » (04:43:05), « le diagnostic d’une immaturité que les systèmes de domination ont tout intérêt à entretenir ».
Et la formule qui suit est de celles qui restent : le chef fort de la démocratie représentative contemporaine « n’est pas un chef […]. C’est une customisation médiatique. C’est une illusion de chef, un produit de marketing politique fabriqué par des agences de communication, par des sondeurs, par des spin doctors et par des algorithmes de ciblage émotionnel. Ce n’est pas Richelieu. C’est un personnage de fiction en costume de Richelieu, joué par un acteur qui a appris ses répliques » (04:43:05 à 04:44:05).
2. Ce que savent les militaires
Le deuxième point est le plus inattendu, et le plus convaincant : la critique du chef fort, dit Frédéric, ne vient pas des philosophes progressistes, mais de « l’institution la plus exigeante en matière de leadership qui existe : l’armée américaine » (05:05:31). Il évoque les travaux de l’institut de recherche de l’armée de terre américaine en sciences du comportement, et en tire une conclusion qui renverse le mythe : « L’efficacité d’une unité ne dépend pas principalement de la qualité de son commandant ; elle dépend de la qualité de la relation entre le commandant et son unité » (05:05:31). « Un commandant exceptionnel à la tête d’une unité démoralisée, incohérente et peu engagée produit des résultats médiocres. […] Un commandant ordinaire à la tête d’une unité engagée, compétente et cohérente produit des résultats excellents. Le leader n’est pas la cause, il est l’émergence » (05:06:31).
D’où le concept que Frédéric dit avoir découvert grâce à des praticiens, et qu’il a fait entrer dans la doctrine du PIC : « Il n’y a pas de leadership sans le pendant dont on ne parle jamais, qui s’appelle le followership » (04:45:06), c’est-à-dire l’art de suivre. Les références sont solides. Robert Kelley, dans un article de la Harvard Business Review intitulé « In Praise of Followers » (1988) puis dans The Power of Followership (1992), a soutenu que les suiveurs font l’essentiel du succès d’une organisation, et distingué cinq styles, du mouton passif aux « suiveurs exemplaires », ceux qui « pensent de manière indépendante et s’engagent activement » (05:07:31). Barbara Kellerman, à Harvard, a étendu l’analyse à la politique dans Followership (2008) : selon le résumé qu’en donne Frédéric, « les leaders politiques ne font pas l’histoire, ils incarnent les potentialités de l’époque que le corps social a développées » (05:08:33). Lincoln n’a pas inventé l’abolitionnisme, il l’a rendu praticable ; Mandela n’a pas créé l’opposition à l’apartheid, il en a incarné la maturité (05:09:34).
Le général Stanley McChrystal, enfin, qui commanda les forces spéciales américaines en Irak, a raconté dans Team of Teams (2015) comment il avait transformé une hiérarchie de commandement en réseau de petites équipes autonomes, parce que, dans les environnements volatils, incertains, complexes et ambigus, « le leadership centralisé est structurellement inférieur au leadership distribué » (05:10:35). Frédéric fait ici un aveu de méthode précieux pour qui veut comprendre le PIC : « C’est de ça que je me suis inspiré quand j’ai créé la logique en fractale autour du chiffre 7 pour le PIC, c’est-à-dire qu’on a une multitude de petites équipes de sept personnes » (05:11:36). Et il en donne la raison stratégique : une organisation qui repose sur un homme tombe avec lui, « demain, vous lui mettez des casseroles au cul, c’est fini » (05:12:36).
3. Les fabricants de chefs
Le troisième point démonte la prétendue nature humaine qui réclamerait un maître. Frédéric y voit « une idiosyncrasie culturelle entretenue et non une vérité anthropologique » (04:49:12). Il rappelle d’où vient le discours sur la foule qui a besoin d’un meneur : Gustave Le Bon, « un aristocrate conservateur qui cherchait à théoriser la dangerosité des masses pour mieux justifier leur encadrement par des élites » (04:51:14), puis Freud, dont Psychologie des masses et analyse du moi (1921) décrit justement l’identification au chef, mais commet « l’erreur de la présenter comme inévitable plutôt que conditionnelle » (04:53:16). C’est Erich Fromm, dans La Peur de la liberté (1941), qui offre selon lui « la réfutation la plus lucide » : le besoin du chef est « une fuite de la liberté » face à l’angoisse de devoir se gouverner soi-même, surtout dans l’isolement et l’insécurité (04:54:17). Les régimes autoritaires, écrivait Fromm en observant le nazisme, produisent les conditions de cette régression pour mieux la satisfaire.
Puis Frédéric remonte la chaîne de fabrication. Walter Lippmann, dans Public Opinion (1922), a montré que le citoyen d’une société de masse ne connaît le monde politique qu’à travers un « pseudo-environnement » de représentations, et que « celui qui contrôle le pseudo-environnement contrôle effectivement la démocratie, indépendamment des procédures électorales formelles » (04:59:23). Noam Chomsky et Edward Herman ont décrit, dans La Fabrication du consentement (1988), les cinq filtres par lesquels les médias de masse produisent une propagande douce, « non pas en censurant frontalement, mais en sélectionnant, en cadrant et en hiérarchisant l’information » (05:01:25). Cambridge Analytica, enfin, en a donné la version algorithmique, avec les données de quelque 87 millions de comptes Facebook et des messages ciblés selon le profil psychologique de chaque électeur (05:02:26).
La conclusion est cinglante : « Les chefs forts d’aujourd’hui gouvernent depuis la réalité qui est la communication sur le pouvoir » (05:04:27). Attendre le prochain, c’est attendre « une réalité que l’industrie du marketing politique vous a livrée sous la forme d’un produit, peut-être mieux emballé, certainement mieux ciblé » (05:03:27).
4. Le paradoxe du partisan
Le quatrième point est une démonstration par l’absurde, et Frédéric s’y accorde, dit-il, « un petit moment de délectation intellectuelle ». L’interlocuteur qui réclame un chef fort ajoute presque toujours, « parfois dans la phrase suivante », que le peuple a prouvé son incapacité en élisant Emmanuel Macron (05:13:38). « Prenons un instant pour apprécier la beauté logique de cette construction » : si le peuple est incapable de choisir un bon chef, les options sont deux. « Soit un coup d’État, soit une autre élection du même peuple dont il se méfie » (04:47:09). C’est, dit Frédéric, « la position du gars qui condamne la serrure, qui condamne la clé, et qui attend néanmoins que la porte s’ouvre » (05:15:44).
Et il pousse jusqu’au bout l’option du coup de force : « Qui impose le chef fort dans ce scénario ? L’armée. Laquelle ? Commandée par qui ? Nommée par qui ? » Partout où des armées ont imposé des chefs forts, de Pinochet à la junte grecque, « le résultat a invariablement été un chef fort qui servait les intérêts de ceux qui l’avaient imposé, pas de ceux qui l’avaient réclamé » (05:15:44).
5. Autorité et pouvoir
Le cinquième point convoque deux auteurs. James MacGregor Burns, d’abord, dont Leadership (1978) distingue le leadership transactionnel, qui échange des avantages contre de l’obéissance, du leadership transformationnel, qui élève ceux qui le suivent vers ce qu’ils n’auraient pas atteint seuls (05:16:44). Frédéric range sans hésiter le président actuel dans la première catégorie, celle du « clientélisme classique », et assigne au PIC la seconde.
Hannah Arendt, ensuite, et son essai « Qu’est-ce que l’autorité ? », qui distingue l’autorité, « la légitimité reconnue par ceux qui lui obéissent librement », du pouvoir de contraindre (05:19:47). Les régimes autoritaires confondent délibérément les deux ; les démocraties dégradées, dit Frédéric, « transforment le pouvoir médiatique de persuasion en une pseudo-autorité que personne n’a vraiment conférée » (05:20:49). Arendt va plus loin encore, et dans son sens : l’autorité, écrit-elle, exclut aussi bien la contrainte par la force que la persuasion par arguments. Un chef qui doit vous convaincre chaque soir au journal télévisé n’a déjà plus d’autorité ; il n’a que de la communication.
6. Sept plutôt qu’un
Reste la doctrine, que Frédéric résume en refusant deux impasses à la fois : « le mythe du chef fort imposé par la démocratie représentative médiatique », et « le gauchisme horizontaliste toxique, qui refuse toute tête qui dépasse, et qui a tué le mouvement des Gilets jaunes » (05:18:46). Entre les deux, un « leadership émergent », « encadré par des mandats impératifs, révocables, distribué entre sept candidats complémentaires, qui sont sept vice-présidents pour une gouvernance partagée ».
« Le PIC va présenter sept candidats plutôt qu’un, non pas parce qu’il renonce au leadership, mais parce qu’il veut le renforcer » (05:20:49). « Nous n’avons pas un leader parce que le monde est trop complexe pour être gouverné par un cerveau, aussi brillant soit-il » (05:22:52). Et la garantie de continuité : « S’il y en a un qui déconne, il en reste encore six derrière » (05:25:57).
L’argument du consultant, que Frédéric emprunte à son métier, est d’une simplicité qui désarme : « Une entreprise […] a besoin de recruter une ressource, elle me prend, je travaille mal, elle me dégage. Et avant de me prendre, je dois lui faire un devis, une lettre de mission, je m’engage. J’ai un mandat impératif, moi, et je suis immédiatement révocable si je fais de la merde. Vous vous rendez compte que pour diriger un pays, il suffit d’avoir fait quelques promesses en l’air ? » (05:22:52). D’où la sentence : « Les mandats impératifs et la révocabilité, c’est le leadership sans la tyrannie. »
La Constitution d’urgence l’a écrit. Là où l’article 27 de la Constitution de 1958 dispose que « tout mandat impératif est nul », le Titre III, article 5, du mandat impératif et de la révocabilité renverse la règle : « Le mandat des délégués élus est impératif, et aucune norme ne peut en prononcer la nullité : le programme sur lequel un délégué a été élu lui est juridiquement opposable », et « tout titulaire d’un mandat électif ou d’une charge politique, à quelque échelon que ce soit, est révocable par référendum révocatoire ». Quant au collège des sept, le Titre II, article premier, du Conseil des Sept dispose que « le pouvoir exécutif est exercé collégialement par un Conseil de sept membres, appelés vice-présidents de la Démocratie française. Aucune hiérarchie n’existe entre eux. » Le précédent est connu, et Frédéric le cite à plusieurs reprises : la Suisse est gouvernée depuis 1848 par un Conseil fédéral de sept membres.

La dernière phrase de la tribune pourrait servir de devise : « Ce n’est pas “aucune tête ne dépasse”, bien au contraire : les têtes qui dépassent méritent de dépasser. Et nous construisons les conditions dans lesquelles on peut enfin savoir lesquelles doivent dépasser » (05:29:00).
VI. Là où nous tenons Frédéric à sa propre règle
Le PIC se flatte de ne publier que ce qui a survécu au contradicteur. Frédéric a passé une partie de la nuit à exiger de ses interlocuteurs qu’ils travaillent le sens des mots avant de parler ; c’est lui rendre hommage que de lui appliquer la même exigence. Six heures de direct, achevées à trois heures du matin, ne se passent pas sans approximations, et ce n’est pas un reproche : c’est une raison de plus pour les corriger à froid.
1. Les citations et les faits
Plusieurs affirmations du direct ne résistent pas à la vérification, et nous les reprenons une à une en annexe C. Brecht n’a pas écrit que les peuples qui ont besoin de héros méritent d’en avoir, mais que le pays qui en a besoin est malheureux. La réduction du champ lexical n’est pas une recette de Goebbels, mais une invention d’Orwell, dont Klemperer a montré la réalité. Hélène Landemore enseigne à Yale, et non à Stanford. Loïc Blondiaux est professeur à Paris 1, et son livre sur les émotions a paru aux Presses de Sciences Po. Les citoyens de l’Oregon qui examinent les initiatives référendaires sont des volontaires, et non des conscrits. L’élection de 1988 n’aurait pas pu être annulée pour une image glissée dans un générique, et le Chili n’a pas retiré de sa Constitution la protection de l’activité cérébrale. Le mensonge n’est pas, en règle générale, un délit aux États-Unis. Et il n’est pas « scientifiquement démontré » que l’intelligence collective ne peut émerger dans la peur, même s’il est plausible que la peur la rende plus difficile.
Rien de cela n’invalide la démonstration. Mais un mouvement qui fait de la rigueur un critère d’admission à la parole ne peut se permettre que ses adversaires trouvent, dans ses propres directs, de quoi le disqualifier. La recommandation est simple, et elle est au cœur de la doctrine : que chaque direct soit suivi d’une vérification ouverte, à laquelle les militants contribuent. La première application de l’intelligence collective du PIC devrait être la relecture du PIC.
2. La forme du recadrage
Sur le fond, Frédéric avait raison de distinguer l’osmose d’un soir de drame et le dispositif d’intelligence collective, le débat médiatique et la délibération. Sur la forme, le long recadrage de la participante venue parler du Bataclan, poursuivi pendant plusieurs minutes, devant tout l’auditoire, contredit ce que le direct avait établi deux heures plus tôt : l’égalité des tours de parole, l’iségorie, l’entente élégante. Il contredit surtout la leçon des Formulateurs de la Constitution d’urgence, qui « auditionnent des experts contradictoires » avant de délibérer : l’expertise s’offre avant le débat, elle ne s’impose pas pendant.
Frédéric en avait d’ailleurs trouvé lui-même la bonne réponse, au milieu de l’échange : « Je te fais une proposition solennelle. La semaine prochaine, […] tu viens, et tu vas discuter avec moi en privé, et tu vas préparer une petite tribune » (03:11:10). Voilà la méthode : non pas couper, mais préparer. On ne forme pas des citoyens en leur retirant la parole ; on les forme en leur donnant le temps de la travailler.
3. Le salon et l’Agora
Frédéric revendique de « choisir l’audience » plutôt que de se laisser choisir par elle, et de pratiquer « un filtre sans pitié contre les toxiques » (02:33:35). Il précise aussi que ses directs ne sont « pas exactement un espace démocratique », mais un espace de création de contenu pédagogique (02:50:52). C’est son droit d’éditeur, et la précision est honnête.
Il faut seulement tenir la distinction jusqu’au bout. Le salon du PIC est une école, et une école choisit ses règles ; l’Agora que propose la Constitution d’urgence est un échantillon tiré au sort, et un échantillon ne se choisit pas. Le jour où le PIC confondrait les deux, il recréerait exactement ce que Frédéric a dénoncé à Rome : une démocratie des déjà-convaincus, une aristocratie de militants.
4. Le soupçon
À deux reprises, Frédéric affirme que les salons vocaux sont « monitorés par des gens qui sont là pour nous démobiliser, pour nous dresser les uns contre les autres » (02:06:10), et dit avoir identifié « deux, voire trois personnes » (02:23:24). L’hypothèse n’a rien d’absurde : la déstabilisation des conversations adverses est une technique documentée, et Frédéric renvoie à juste titre à l’ouvrage collectif de l’École de guerre économique sur la guerre cognitive. Mais il cite lui-même, dans la foulée, l’avertissement qui en limite l’usage : Hannah Arendt a montré que le totalitarisme abîme une société en y généralisant la suspicion, et l’on se souvient de la manière dont, pendant la guerre d’Algérie, la rumeur d’infiltration a dévasté une organisation entière (02:28:30).
La seule protection durable n’est pas la vigilance, qui use et divise ; c’est l’architecture. Un corps tiré au sort pour une seule votation, dont « nul ne peut siéger pour deux votations consécutives » et dont l’identité est secrète (Titre II, article 7), est un corps qu’aucun infiltré ne peut cibler. Le Municipio XI l’avait découvert par la rotation ; la Constitution d’urgence l’a écrit.
5. Le plafond, des deux côtés
La leçon romaine contre le localisme est juste, mais elle coupe dans les deux sens. Une loi régionale n’a pas suffi ; une constitution écrite par les citoyens ne suffit pas davantage si le référendum qui l’approuve n’oblige personne. C’est l’expérience islandaise, que Frédéric annonce pour un prochain direct : une constitution rédigée par un conseil citoyen, approuvée par les deux tiers des votants en octobre 2012, puis laissée en sommeil par le Parlement, parce que le référendum était « consultatif et non pas contraignant » (01:50:54). Le titane n’est pas seulement le rang constitutionnel ; c’est l’automaticité. Un droit qui dépend encore de la bonne volonté de ceux qu’il contraint n’est qu’un carton plus épais.
À l’inverse, il serait dangereux de conclure qu’il faut tout attendre du national. Les municipales ont eu lieu en mars 2026 ; les prochaines se tiendront en 2032, l’année même où Frédéric situe, par une « pure intuition », le moment décisif (04:32:55). D’ici là, chaque commune peut redevenir ce que la Constitution d’urgence appelle « le lieu naturel de la gymnastique démocratique du citoyen ». Le local n’est pas le but, c’est le gymnase.
6. Le mensonge et la loi
Frédéric veut « criminaliser le mensonge » dans la parole publique (03:32:57), et il présente les États-Unis comme un exemple. L’exemple ne vaut pas : la Cour suprême américaine a jugé en 2012, dans l’arrêt United States v. Alvarez, qu’un mensonge sur ses propres décorations militaires restait protégé par la liberté d’expression ; seuls certains mensonges qualifiés (devant un agent fédéral, sous serment) y sont punis, comme le faux témoignage l’est en France.
La Constitution d’urgence, rédigée depuis, est bien plus prudente que le direct, et c’est heureux. Son Titre V, article premier, de l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique ne vise que « celui qui affirme publiquement un fait précis et vérifiable en connaissant sa fausseté, lorsque cette fausseté est manifeste et porte sur un point substantiel », et exclut expressément « les opinions, les jugements de valeur et les interprétations ; les prévisions, les programmes, les engagements et les promesses, même non tenus ; l’hyperbole, l’ironie et la parodie ; l’erreur commise de bonne foi ». Les promesses non tenues relèvent de la révocation, non du juge pénal. Le texte a corrigé l’élan du micro : c’est exactement ainsi que l’intelligence collective doit fonctionner.
7. Le chiffre 7
Frédéric assure que le choix du chiffre 7 repose sur « tout un tas d’explications […] qui sont d’ailleurs scientifiques, pas seulement liées à la numérologie » (01:19:22), sans les donner, et le dit ailleurs « moyen mnémotechnique » (01:11:16). Soyons nets : le 7 est une convention, défendable par le précédent suisse et par l’expérience des petites équipes, non une loi de la nature. Le présenter comme tel est plus solide que de lui chercher une caution qu’il n’a pas besoin d’avoir.
Une dernière remarque, de doctrine : en avril, Frédéric décrivait un second cercle de soixante-dix-sept citoyens tirés au sort chargés de vérifier la loyauté des questions. La Constitution d’urgence, dans son état d’octobre, confie cette vérification aux sept cent soixante-dix-sept Formulateurs tirés au sort, et fait des Soixante-dix-sept un collège de contrôle désigné par nomination citoyenne, qui ne procède ni de la candidature ni du tirage au sort. Le direct date ; le texte fait foi.
VII. Du faubourg à la Constitution
1. Les leçons de Rome, article par article
Reprenons les sept leçons du Municipio XI, et voyons où la Constitution d’urgence les a gravées.
Le verbale. La plainte doit devenir dossier. Les Formulateurs du Titre II, article 7 « traduisent en questions les sujets que leur transmet l’Agora citoyenne, vérifient la loyauté et la clarté des questions soumises au référendum, auditionnent des experts contradictoires, et rédigent les notes citoyennes exposant, pour chaque question, les arguments opposés ». C’est le verbale romain, à l’échelle d’un pays.
Celui qui ne demande rien. On ne peut l’attendre, il faut le tirer au sort. L’Agora citoyenne du Titre II, article 8 réunit « sept mille sept cent soixante-dix-sept citoyens tirés au sort, constituant un échantillon représentatif du peuple français », et « c’est pourquoi aucun seuil de signatures n’y est exigé ». Les règles communes du tirage figurent au Titre I, article 11.
La rotation. Les Formulateurs sont tirés au sort « pour une seule votation », et « nul ne peut siéger pour deux votations consécutives ». Le taux de renouvellement de Rome devient une règle, et non plus un accident.
Le contrôle de l’exécution. Voter ne suffit pas, il faut contraindre. Le Collège du Contrôle démocratique du Titre II, article 6 « surveille le Conseil des Sept » et peut saisir le peuple d’un référendum révocatoire ; le mandat impératif rend le programme opposable.
Les corps à leur place. Le Titre XIV, article 2 dispose que « les corps intermédiaires concourent, à l’échelon local, à l’exercice de la démocratie directe » : ils concourent, ils ne décident pas. C’est la formule de Frédéric, « des outils, pas des décideurs », passée en droit.
La commune. Le Titre VII, article 2, de la libération des communes fait de la commune « l’échelon premier de la Démocratie française et le lieu naturel de la gymnastique démocratique du citoyen », et interdit qu’aucune intercommunalité lui soit imposée sans le consentement de ses électeurs ; l’article 3 lui garantit une ressource propre. Un budget participatif sans budget n’est qu’un conseil de quartier.
Le bouclier. C’est la Constitution elle-même. Ce qui était à Rome une loi régionale devient ici une norme suprême, que nulle majorité de passage ne peut mettre au placard.
Et la protection de l’esprit, que Frédéric réclamait en évoquant le Chili : le Titre V nomme expressément, parmi les atteintes à l’intégrité psychique, « les procédés subliminaux et infraliminaires » et « toute ingénierie sociale déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre », et son article 7 protège la vie privée mentale et les données neurales.
2. Ce que chacun peut faire dès maintenant
La Constitution d’urgence est un horizon ; Rome a prouvé qu’on pouvait commencer avant elle. Voici, pour l’audience citoyenne, ce que nous tirons du direct.
Demandez à votre commune un budget participatif digne de ce nom : une part réelle de l’investissement, et non une enveloppe à géraniums ; une fiche de proposition à la romaine, qui oblige à chiffrer ; des coefficients correcteurs pour les quartiers délaissés ; un tirage au sort d’une partie des participants, pour aller chercher ceux qui ne viennent pas.
Exigez le tableau de bord. Frédéric l’a dit d’une image : « reconnecter le tableau de bord au réel », comme dans un cockpit (03:52:14). Tout projet voté doit avoir son calendrier d’exécution public, et son retard doit être justifié. Le sabotage romain est passé par l’inertie ; l’inertie ne survit pas à la lumière.
Faites inscrire le dispositif dans un texte, et faites-le voter par les habitants. Une délibération municipale se défait par une autre ; une règle approuvée par référendum local se défait plus difficilement. C’est encore du carton, mais du carton qu’on peut plastifier.
Préparez à froid, avec des praticiens du droit, les modèles de recours que Coralie appelait de ses vœux, pour le jour où un régime d’exception serait déclenché.
Pratiquez, dans vos propres collectifs, les six verbes de Caillonwin (écouter, entendre, prendre en compte, retranscrire, mettre en œuvre, évaluer), et le traité de paix lexical de Frédéric : on commence par se mettre d’accord sur les mots.
Et rejoignez ceux qui travaillent : pari-intelligence-collective.org/rejoindre.
Conclusion : le titane et le carton
Il y a, dans le direct, une phrase que Frédéric a dite presque en passant, au milieu de la nuit, et qui en est peut-être la clef : « On ne s’engage pas dans le combat en dépit de l’immobilisme des autres. On s’engage dans le combat parce qu’on sait que les autres ne le feront pas » (04:29:51). Et cette autre, qui l’accompagne : « Ce sont toujours de minuscules minorités de gens qui font tout basculer. »
Le Municipio XI en était une. Quelques élus, quelques chercheurs, quelques milliers d’habitants ont prouvé, cinq ans durant, que des citoyens ordinaires pouvaient gérer l’argent public avec plus de rigueur que ceux qui prétendent le faire à leur place. Ils avaient tout prévu, sauf la matière de leur bouclier. Une seule nuit électorale a suffi.
L’exception, elle, ne connaît pas de nuit électorale. Elle s’écrit dans des lois de programmation, elle se déclenche par décret, elle s’empile, et chaque alternance l’hérite au lieu de l’abolir. C’est l’asymétrie fondamentale de nos institutions : ce qui donne du pouvoir au peuple est réversible, ce qui en donne à l’exécutif ne l’est pas.
Le PIC propose de l’inverser. Que l’exception, désormais, soit de carton (trente jours, puis le silence qui l’éteint), et que la souveraineté populaire soit de titane, inscrite au sommet de la hiérarchie des normes, hors d’atteinte des majorités de passage. Cincinnatus rendait la dictature au seizième jour ; une constitution digne de ce nom doit la rendre d’elle-même.
Frédéric a conclu son exposé romain par une image d’architecte, et c’est elle que nous retiendrons : Rome est tombée, mais elle nous a laissé les plans de la citadelle.
Les plans, nous les avons.
Reste à choisir la matière.
Dix questions aux militants
Les questions qui suivent sont ouvertes : elles ne demandent pas d’être approuvées, mais travaillées. Chacune peut faire l’objet d’un amendement sur les pages de la Constitution d’urgence.
Le Municipio XI a confié environ un cinquième de son budget d’investissement à ses habitants. Quelle part de l’investissement communal faudrait-il soumettre à la décision directe pour qu’un budget participatif cesse d’être une enveloppe symbolique sans devenir une charge que personne n’assume ?
Les coefficients correcteurs romains favorisaient les quartiers délaissés. Qui doit fixer ces coefficients, sur quels indicateurs, et comment éviter qu’ils deviennent à leur tour l’instrument d’un clientélisme territorial ?
La rotation protège de la capture mais efface la mémoire. Quel mécanisme de tuilage (passage de relais, archives publiques, mentors tirés au sort parmi les anciens) proposeriez-vous pour concilier les deux ?
Faut-il inscrire dans la Constitution d’urgence une obligation, pour chaque commune, de soumettre une part de son budget à la décision directe, ou cela contredirait-il la liberté des communes que garantit le Titre VII ?
L’état de crise de la Constitution d’urgence s’éteint au trentième jour. Ce délai est-il réaliste face à une guerre longue, et, sinon, faut-il préférer un délai plus long ou une votation populaire plus précoce ?
Qui, demain, devrait pouvoir saisir en urgence le juge d’une mesure d’exception : tout électeur, un nombre minimal de citoyens, l’Agora citoyenne elle-même ? Et comment éviter que la masse des recours n’engorge le juge au moment où il doit statuer vite ?
Les réunions en non-mixité permettent de recueillir une parole qui ne se dirait pas ailleurs ; elles risquent l’entre-soi. À quelle étape d’un processus délibératif les admettriez-vous, et à quelle étape les interdiriez-vous ?
Un salon militant peut choisir son audience ; une Agora tirée au sort ne le peut pas. Quelles règles de parole (temps égal, préparation préalable, recadrage différé) le PIC devrait-il adopter dans ses propres espaces pour être fidèle à l’iségorie qu’il défend ?
La Constitution d’urgence distingue la véracité des faits, exigible, et la promesse non tenue, sanctionnée par la révocation. Cette frontière vous paraît-elle juste, et où placeriez-vous la promesse faite en sachant qu’on ne la tiendra pas ?
Sept vice-présidents plutôt qu’un : comment le collège doit-il parler d’une seule voix en temps de crise sans redevenir, dans les faits, un président et six figurants ?
Pour en débattre, la Constitution d’urgence est ouverte article par article sur pari-intelligence-collective.org/constitution, et la règle est celle de l’amendement : une critique s’accompagne d’une proposition.

#PIC #PourNosEnfants
Annexe A : points saillants du direct
Une agora, pas un bar. Frédéric pose d’entrée les règles : zéro attaque personnelle, critique autorisée, agonisme à la Chantal Mouffe, et l’ambition de bâtir « un véritable pôle de résistance démocratique » par cooptation amicale, et non « un bar PMU numérique » (00:06:05).
L’intelligence collective n’est pas automatique. « Mettre 40 personnes dans une pièce […] ça ne produit pas automatiquement de l’intelligence » (00:02:01) : elle se prépare, se catalyse, s’organise ; c’est un pari, au sens de Pascal, et non une certitude.
Le Municipio XI de Rome. Au début des années 2000, un arrondissement ouvrier de Rome soumet environ un cinquième de son budget d’investissement à la décision directe de ses habitants, selon un cycle annuel en trois phases (diagnostic, évaluation, priorisation).
Le verbale. Une fiche standardisée oblige chaque proposition à préciser lieu, nature, utilité sociale et coût : la plainte devient dossier, et le dossier contraint l’administration. « On ne demande pas, on notifie une décision techniquement viable » (00:33:36).
Le contrôle de l’exécution. Le budget voté a été freiné par la mairie centrale ; « avoir le chéquier, ça ne suffit pas » (00:37:40) si l’appareil exécutif reste hors de portée.
Les coefficients correcteurs. Les projets des quartiers délaissés reçoivent un bonus calculé sur des indicateurs objectifs : une redistribution territoriale décidée par les citoyens eux-mêmes.
La rotation et ses limites. Selon les chiffres cités, 68,5 % des participants de 2004 étaient des nouveaux venus : antidote au clientélisme, mais perte de mémoire, que l’administration, permanente, a exploitée.
La capture associative. 63 % des participants appartenaient déjà à un parti, un syndicat ou une association : le risque d’une « aristocratie de militants » (00:53:57) remplaçant celle des élus.
Les silos thématiques. La division en groupes de travail a empêché les projets transversaux et rendu la main à l’administration : « Si on accepte de n’être expert que de notre trottoir, on perd la bataille de la cité » (00:56:58).
Le bouclier en carton. Le cadre légal régional n’a pas survécu à l’alternance de 2008 : la nouvelle majorité a supprimé le dispositif. D’où l’exigence d’un « bouclier en titane constitutionnel » (01:03:04).
La participation dans le médico-social. Caillonwin décrit une participation obligatoire depuis la loi de 2002, ses six exigences (parole écoutée, entendue, prise en compte, retranscrite, mise en œuvre, évaluée) et le danger de la fausse participation.
Le témoignage des jeunes. Dans un dispositif d’accompagnement, les jeunes ont révélé ce qu’aucun indicateur ne montrait : la violence de devoir raconter sa vie à chaque nouveau travailleur social.
Groupe de parole contre délibération. Le premier soulage, la seconde décide ; les rituels cathartiques décrits par Loïc Blondiaux montrent comment le pouvoir peut utiliser le premier pour éviter la seconde.
La démocratie épistémique. Réponse à une question de LinkedIn : la démocratie représentative est une oligarchie élective ; un système fondé sur l’intelligence collective vise à « extraire, agréger, synthétiser » une connaissance dispersée dans la multitude (02:12:15).
Un outil, non une morale. L’intelligence collective est « une arme cybernétique », un procédé conçu pour résoudre des problèmes qu’un cerveau centralisé ne peut traiter (02:39:40).
Les mots d’abord. Débat n’est pas délibération ; osmose n’est pas dispositif ; et quand un mot divise, on en choisit un autre : la « diversité cognitive » plutôt que la créolisation (03:40:06).
L’état d’alerte de sécurité nationale. Un nouveau régime d’exception, déclenché par décret en Conseil des ministres, lu à travers Carl Schmitt et Giorgio Agamben : l’exception qui s’empile et devient méthode de gouvernement.
Le référé-liberté de masse. Coralie propose de préparer des recours en nombre contre les mesures d’exception.
Le mythe du chef fort. Cinq arguments : le chef fort est un produit de marketing ; le leadership est une émergence (followership) ; le besoin du chef est une fuite devant la liberté ; ses partisans se contredisent ; seule l’autorité reconnue, et non le pouvoir de contraindre, fonde un leadership légitime.
Sept plutôt qu’un. Le PIC présentera sept candidats complémentaires, futurs vice-présidents, sous mandat impératif et révocable : « le leadership sans la tyrannie » (05:22:52).
Annexe B : concepts à retenir
Budget participatif. Procédure par laquelle les habitants décident directement de l’affectation d’une part du budget d’une collectivité, le plus souvent de son budget d’investissement. Né à Porto Alegre à la fin des années 1980, diffusé en Europe dans les années 2000.
Verbale. Au Municipio XI, fiche standardisée servant de support obligatoire à toute proposition citoyenne (localisation, nature, utilité sociale, coût). Elle transforme une demande en dossier opposable.
Démocratie technique. Expression des promoteurs romains pour désigner une participation qui adopte les outils de l’administration afin de la contraindre.
Ingénierie délibérative. Conception des règles, des étapes et des supports qui permettent à un groupe de citoyens de produire une décision argumentée et exécutable.
Coefficient correcteur. Pondération des votes ou des budgets en fonction d’indicateurs objectifs de besoin, pour compenser l’avantage des quartiers les mieux organisés.
Tuilage. Chevauchement organisé entre participants sortants et entrants, qui permet la rotation sans perte de mémoire.
Fausse participation. Dispositif de consultation où tout est décidé d’avance et où la parole recueillie n’est ni prise en compte ni suivie d’effet ; elle produit le découragement et, à terme, l’abstention.
Savoir expérientiel. Connaissance tirée de l’expérience vécue d’une situation, distincte du savoir académique et complémentaire de lui ; elle fonde la pair-aidance.
Délibération. Échange d’arguments organisé en vue d’une décision, entre personnes à qui l’on a confié cette mission. À distinguer du débat, qui oppose des thèses devant un public, et du groupe de parole, qui n’a pas de conclusion.
Iségorie. Chez les Grecs, l’égal droit de parole des citoyens à l’assemblée. Les recherches contemporaines sur l’intelligence des groupes montrent que l’égalité des tours de parole en est l’un des meilleurs prédicteurs.
Démocratie épistémique. Conception de la démocratie, défendue notamment par Hélène Landemore, selon laquelle ses procédures se justifient aussi par leur capacité à produire de bonnes décisions, en agrégeant une connaissance dispersée.
Diversité cognitive. Variété des manières de se représenter un problème et d’en chercher la solution au sein d’un groupe ; selon les travaux de Lu Hong et Scott Page, elle peut, sous conditions, l’emporter sur la compétence individuelle moyenne.
Agonisme. Chez Chantal Mouffe, conception du conflit démocratique qui transforme l’ennemi en adversaire : on combat ses idées, on respecte son droit de les défendre.
État d’exception. Suspension partielle de l’ordre juridique ordinaire au nom d’une nécessité. Chez Carl Schmitt, il révèle le souverain ; chez Giorgio Agamben, il tend à devenir le mode normal de gouvernement.
Dictature commissariale. Chez Schmitt, et sur le modèle romain, exception bornée par une mission et un terme, qui suspend l’ordre pour le restaurer ; elle s’oppose à la dictature souveraine, qui le suspend pour en fonder un autre.
État d’alerte de sécurité nationale. Régime d’exception créé par la loi n° 2026-791 du 16 août 2026, activable par décret en Conseil des ministres en cas de menace grave et actuelle pesant sur la sécurité nationale.
Stratégie du choc. Thèse de Naomi Klein selon laquelle les transformations les plus impopulaires sont imposées à la faveur d’un choc collectif, réel ou exploité.
Followership (« l’art de suivre »). Notion développée par Robert Kelley et Barbara Kellerman : la qualité d’une organisation dépend au moins autant de ceux qui suivent que de celui qui mène.
Leadership transactionnel et transformationnel. Distinction de James MacGregor Burns entre le chef qui échange des avantages contre l’obéissance et le leader qui élève ceux qui le suivent.
Autorité. Chez Hannah Arendt, obéissance librement consentie à une légitimité reconnue, qui exclut à la fois la contrainte et la persuasion.
Mandat impératif. Mandat qui lie l’élu au programme sur lequel il a été élu ; interdit par l’article 27 de la Constitution de 1958, il est rétabli, avec la révocabilité, par le Titre III de la Constitution d’urgence.
Annexe C : antithèses
Les objections les plus fortes, avec leur source, et ce que nous leur répondons. On ne publie que ce qui a survécu.
1. « Le Municipio XI est un cas isolé, idéalisé par ceux qui l’ont promu. » Les chiffres cités au micro (20 % du budget, 68,5 % de nouveaux venus, 63 % de membres d’organisations) proviennent des études consacrées à l’expérience ; ils décrivent un arrondissement de plus de cent mille habitants, sur cinq ans, et ne se transposent pas mécaniquement. La littérature comparée (Yves Sintomer, Carsten Herzberg et Anja Röcke, Les Budgets participatifs en Europe, 2008 ; Julien Talpin, Schools of Democracy, 2011) souligne que les effets de ces dispositifs varient fortement selon leur conception. Réponse : c’est précisément ce que Frédéric a montré, en exposant les pièges autant que les réussites. Rome n’est pas un modèle à copier, c’est une expérience à démonter.
2. « La loi régionale n’a pas été la cause de l’échec ; c’est l’alternance politique. » La purge de 2008 tient à un choix politique de la nouvelle majorité, et rien ne prouve qu’un texte constitutionnel l’aurait empêchée dans un pays où les arrondissements n’ont pas de garantie constitutionnelle propre. Réponse : c’est exactement l’argument. Un droit que la majorité suivante peut supprimer n’est pas un droit, c’est une tolérance ; le rang de la norme est ce qui transforme l’un en l’autre.
3. « L’état d’alerte de sécurité nationale est contrôlé par le Parlement. » La présentation officielle indique que le contrôle parlementaire a été renforcé pendant l’examen du texte, sur le modèle de l’état d’urgence sanitaire, et le texte a été soumis au Conseil constitutionnel (décision n° 2026-907 DC du 6 août 2026). Les réquisitions de « l’ensemble de la chaîne logistique civile et sanitaire » évoquées au micro reprennent une lecture de Florian Philippot que la présentation officielle ne formule pas en ces termes. Réponse : nous en prenons acte, et nous l’avons écrit. Mais le déclenchement reste un décret, son motif est apprécié par l’exécutif seul, et le régime s’ajoute à ceux de 2015 et de 2020 au lieu de les remplacer. Le contrôle a posteriori d’une assemblée majoritairement acquise au gouvernement n’est pas le contrôle préalable d’un collège indépendant.
4. « Citer Carl Schmitt, c’est se compromettre. » Schmitt fut membre du parti nazi et juriste du régime. Réponse : Frédéric l’a dit d’emblée. On cite Schmitt comme on cite Machiavel, pour la lucidité du diagnostic et non pour l’adhésion au remède ; et c’est précisément contre l’usage schmittien de l’exception que la Constitution d’urgence borne l’état de crise.
5. « L’expérience de l’Oregon montre au contraire que les citoyens tirés au sort sont des volontaires. » Frédéric affirme que les panélistes de l’Oregon « n’ont pas d’autre choix que de venir » (01:12:17). Or la Citizens’ Initiative Review (« l’examen citoyen des initiatives »), instituée à titre pilote en 2010 puis pérennisée, réunit une vingtaine d’électeurs tirés au sort parmi ceux qui ont accepté l’invitation, rémunérés, qui examinent une initiative pendant plusieurs jours et rédigent une déclaration publiée dans la brochure électorale. Réponse : la correction renforce le propos. Le dispositif fonctionne sans contrainte, et la Constitution d’urgence va plus loin en confiant la vérification des questions à un corps tiré au sort parmi tous les électeurs.
6. « L’élection de Mitterrand aurait pu être annulée pour une image subliminale. » En mai 1988, la presse révèle que le générique du journal d’Antenne 2, diffusé près de trois mille fois depuis septembre 1987, comportait parmi une cinquantaine d’images défilant en huit secondes un portrait de François Mitterrand. La Commission nationale de la communication et des libertés estime alors qu’il ne lui appartient pas de juger de l’influence de ces images, demande à la chaîne de cesser d’utiliser des images non identifiées, et souhaite que les images véritablement subliminales soient rendues impossibles ; une proposition de loi sénatoriale suit, en juin 1988. Réponse : l’élection n’a jamais été menacée d’annulation, et la règle des millisecondes évoquée au micro n’a pas de fondement que nous ayons trouvé. Mais l’affaire prouve ce que Frédéric voulait prouver : la manipulation subliminale était tenue pour réelle par le régulateur lui-même.
7. « Le Chili a retiré les neurodroits de sa Constitution. » C’est inexact. La réforme constitutionnelle publiée en octobre 2021 (loi n° 21.383) a modifié l’article 19 de la Constitution chilienne pour protéger l’activité cérébrale et l’information qui en provient ; elle est en vigueur, et la Cour suprême l’a appliquée dans un litige sur les données neurales. Ce sont les deux projets de constitution nouvelle, rejetés par référendum en 2022 et 2023, qui ont échoué. Réponse : la correction est une bonne nouvelle, et un argument : un petit pays a inscrit l’intégrité mentale dans sa constitution, et le ciel ne lui est pas tombé sur la tête.
8. « Aux États-Unis, le mensonge est criminalisé dans la parole publique. » Inexact. Dans United States v. Alvarez (2012), la Cour suprême a jugé contraire au premier amendement une loi punissant le simple mensonge sur des décorations militaires ; seuls des mensonges qualifiés (sous serment, devant un agent fédéral) sont réprimés. Réponse : la Constitution d’urgence a choisi une voie étroite et défendable, le devoir de véracité sur les faits précis, vérifiables et sciemment faux, en excluant opinions, promesses et erreurs de bonne foi.
9. « Le QI collectif est très supérieur à la moyenne des QI individuels. » La recherche la plus citée (Anita Woolley et al., Science, 2010) a identifié un facteur d’intelligence collective, mais faiblement lié à l’intelligence moyenne ou maximale des membres, et fortement lié à leur sensibilité sociale et à l’égalité des tours de parole ; ses réplications ont donné des résultats contrastés. Réponse : l’essentiel tient. Ce n’est pas la somme des intelligences qui fait l’intelligence du groupe, c’est la qualité du dispositif, ce que le PIC soutient depuis l’origine.
10. « On ne peut pas criminaliser l’ingénierie sociale : la notion est trop floue. » L’objection, que Frédéric anticipe lui-même (« ça va être difficile à identifier », 03:30:55), est sérieuse : tout discours politique cherche à influencer. Réponse : le texte de la Constitution d’urgence circonscrit l’interdit aux techniques « échappant à sa conscience et à son consentement », et à l’ingénierie sociale « déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre ». Il ne vise pas la persuasion, mais la manipulation clandestine par le pouvoir de ceux qu’il gouverne.
11. « Sept vice-présidents, c’est la paralysie. » Les exécutifs collégiaux sont réputés lents, et le Conseil fédéral suisse lui-même est souvent critiqué pour sa prudence. Réponse : la Suisse a traversé depuis 1848 deux guerres mondiales sans coup d’État ni crise de régime, et la Constitution d’urgence prévoit des majorités qualifiées pour les décisions graves et une majorité simple de quatre voix pour le reste. La lenteur d’un collège est un coût ; l’hubris d’un seul est un risque. Nous préférons payer le coût.
12. « Les citations du direct sont approximatives : Brecht, Goebbels, Orwell, Cioran. » Brecht a écrit « Malheureux le pays qui a besoin de héros » ; la réduction du vocabulaire comme arme politique vient d’Orwell et de la novlangue, non de Goebbels ; la phrase prêtée à Orwell en fin de nuit sur le salaire qui ne suffit qu’à manger et dormir ne figure, à notre connaissance, dans aucun de ses écrits ; et Frédéric reconnaît lui-même n’avoir pas retrouvé la phrase de Cioran qu’il cite « en substance ». Réponse : nous les corrigeons ici, sans rien retirer aux idées qu’elles servaient. Les idées étaient justes ; leurs parrains étaient mal identifiés.

13. « Passer au Conseil d’État sans avocat est possible. » C’est vrai pour certains recours et faux pour d’autres : l’appel d’une ordonnance de référé-liberté devant le Conseil d’État exige le ministère d’un avocat aux Conseils. Réponse : la piste de Coralie reste bonne, à condition de la préparer avec des praticiens.
Sources
Toutes les adresses ci-dessous ont été consultées ou relevées le 28 octobre 2026.
Le direct et la série
- Politoscope TV, « [DIRECT-#PIC-003] - Quand les citoyens décident, le système tremble », mis en ligne le 7 mai 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=tGba7fyJUSk
- Politoscope TV, « [DIRECT #PIC 002] - La démocratie SANS les politiciens ! », 12 mars 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=SJ3oRRfFqNo
- Politoscope.fr, « [DIRECT PIC 001] – Architectes ou administrés ? – Rejoignez l’ingénierie de la riposte collective » : https://politoscope.fr/direct-pic-et-pec-001-architectes-ou-administres-rejoignez-lingenierie-de-la-riposte-collective
- Politoscope.fr, « [DIRECT #PIC 002] – La démocratie SANS les politiciens ! » : https://politoscope.fr/direct-pic-episode-002-la-democratie-sans-les-politiciens
- Politoscope TV, « [DIRECT] Philippe Guillemant : quand la physique pulvérise le matérialisme », 13 mai 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=LxitGmvJQ0c
L’état d’alerte de sécurité nationale
- Vie publique, « Loi du 16 août 2026 actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense » (loi n° 2026-791 ; décision du Conseil constitutionnel n° 2026-907 DC du 6 août 2026) : https://www.vie-publique.fr/loi/302742-actualisation-lpm-2024-2030-etat-dalerte-de-securite-nationale-loi-2026
- LCP, « “État d’alerte de sécurité nationale” : ce qui pourrait changer en cas de crise », 22 avril 2026 : https://lcp.fr/actualites/etat-d-alerte-de-securite-nationale-ce-qui-pourrait-changer-en-cas-de-crise-435497
- Banque des Territoires, « Que prévoit le nouvel “état d’alerte de sécurité nationale” ? » : https://www.banquedesterritoires.fr/que-prevoit-le-nouvel-etat-dalerte-de-securite-nationale
- CMS Francis Lefebvre, « État d’alerte de sécurité nationale : quand le droit innove pour se mettre en ordre de bataille » : https://cms.law/fr/fra/legal-updates/etat-d-alerte-de-securite-nationale-quand-le-droit-innove-pour-se-mettre-en-ordre-de-bataille
- Direction des affaires juridiques de l’AP-HP, « L’appel devant le Conseil d’État dans le cadre d’un référé-liberté » : https://affairesjuridiques.aphp.fr/textes/lappel-devant-le-conseil-detat-dans-le-cadre-dun-refere-liberte/telecharger/635778
Rome et les budgets participatifs
- Ernesto d’Albergo et Giulio Moini, « Political consequences of participative practices in an urban context: two case studies in Rome », Métropoles, n° 2, 2007 : https://doaj.org/article/1081334e7114497c8a179d9c113ee122
- Yves Sintomer, Carsten Herzberg et Anja Röcke, « Participatory Budgeting in Europe: Potentials and Challenges », International Journal of Urban and Regional Research, 2008 : https://typeset.io/pdf/participatory-budgeting-in-europe-potentials-and-challenges-3w2dqg87j4.pdf
- Yves Sintomer, Carsten Herzberg et Anja Röcke, Les Budgets participatifs en Europe. Des services publics au service du public, La Découverte, 2008.
- Julien Talpin, Schools of Democracy. How Ordinary Citizens (Sometimes) Become More Competent in Participatory Budgeting Institutions, ECPR Press, 2011.
- « 2008 Rome municipal election », notice : https://en.wikipedia.org/wiki/2008_Rome_municipal_election
- « Municipio VIII » (numérotation actuelle de l’arrondissement), notice : https://en.wikipedia.org/wiki/Municipio_VIII
- Jean-François Gravier, Paris et le désert français, Le Portulan, 1947.
Délibération et intelligence collective
- Département de science politique de Yale, « Hélène Landemore : How to Have Politics Without Politicians » : https://politicalscience.yale.edu/node/18239
- The Nation, recension de Politics Without Politicians d’Hélène Landemore, 8 septembre 2026 : https://thenation.com/article/society/helene-landemore-democracy-popular-government
- Kirkus Reviews, « Politics Without Politicians » : https://www.kirkusreviews.com/book-reviews/helene-landemore/politics-without-politicians/print
- Participedia, « Citizens’ Initiative Review » : https://participedia.net/method/5097
- Ballotpedia, « Oregon citizens panel prepares to review ballot measures for November election » : https://ballotpedia.org/Oregon_citizens_panel_prepares_to_review_ballot_measures_for_November_election
- newDemocracy Foundation, « Oregon Citizen Initiative Review: enhancing voter information » : https://www.newdemocracy.com.au/2013/03/30/oregon-citizen-initiative-review-enhancing-voter-information-united-states/
- Lu Hong et Scott E. Page, « Groups of diverse problem solvers can outperform groups of high-ability problem solvers », PNAS, vol. 101, 2004.
- Anita Williams Woolley et al., « Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups », Science, vol. 330, 2010.
- Loïc Blondiaux et Christophe Traïni (dir.), La Démocratie des émotions. Dans les replis du politique, Presses de Sciences Po, 2018.
- Chantal Mouffe, L’Illusion du consensus, Albin Michel, 2016.
- Mehdi Moussaïd, Fouloscopie. Ce que la foule dit de nous, HumenSciences, 2019.
- Loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale.
Manipulation, véracité, intégrité mentale
- Sénat, proposition de loi n° 289 (1987-1988) relative à la publicité subliminale, présentée par José Balarello le 23 juin 1988 (avec les communiqués de la CNCL des 13 et 16 mai 1988) : https://conferenceconsensuslogement.senat.fr/leg/1987-1988/i1987_1988_0289.pdf
- Carey, « Ley n° 21.383 : publican reforma constitucional para establecer el desarrollo científico y tecnológico al servicio de las personas » (Chili, 2021) : https://www.carey.cl/ley-n-21-383-publican-reforma-constitucional-para-establecer-el-desarrollo-cientifico-y-tecnologico-al-servicio-de-las-personas
- Revista de Bioderecho, « Tratamiento de los neurodatos en Chile : análisis de jurisprudencia de la Corte Suprema de Chile » : https://revistas.um.es/bioderecho/article/view/621281/version/826981
- Cour suprême des États-Unis, United States v. Alvarez, 567 U.S. 709 (2012).
- Christian Harbulot et Didier Lucas (dir.), La Guerre cognitive. L’arme de la connaissance, Lavauzelle, 2002.
- George Orwell, 1984, 1949 ; Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, 1947.
Exception, pouvoir, leadership
- Tite-Live, Histoire romaine, livre III (Cincinnatus).
- Aristote, Politique, livre V.
- Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, livre II, 40 (oraison funèbre de Périclès).
- Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, livre II, chapitre 3, 1762.
- Carl Schmitt, La Dictature, 1921 ; Théologie politique, 1922.
- Giorgio Agamben, État d’exception. Homo sacer, II, 1, Seuil, 2003.
- Naomi Klein, La Stratégie du choc, Actes Sud, 2008 (2007 pour l’édition originale).
- Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1988.
- Bertolt Brecht, La Vie de Galilée, 1939.
- Gustave Le Bon, Psychologie des foules, 1895 ; Sigmund Freud, Psychologie des masses et analyse du moi, 1921 ; Erich Fromm, La Peur de la liberté, 1941.
- Walter Lippmann, Public Opinion, 1922 ; Edward S. Herman et Noam Chomsky, Manufacturing Consent, 1988.
- Hannah Arendt, « Qu’est-ce que l’autorité ? », dans La Crise de la culture, Gallimard, 1972.
- James MacGregor Burns, Leadership, Harper & Row, 1978.
- Robert E. Kelley, « In Praise of Followers », Harvard Business Review, 1988 ; The Power of Followership, Doubleday, 1992.
- Barbara Kellerman, Followership, Harvard Business Press, 2008.
- Stanley McChrystal et al., Team of Teams, Portfolio, 2015.
- Nassim Nicholas Taleb, Antifragile, 2012.
- Constitution du 4 octobre 1958, article 27.
Le PIC
- La Constitution d’urgence, page d’accueil : https://pari-intelligence-collective.org/constitution
- Titre I, article 11, des règles communes de décompte, de délai et de tirage au sort : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-11-regles-communes-decompte-delai-tirage-sort/
- Titre II, article premier, du Conseil des Sept : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-1-conseil-sept/
- Titre II, article 6, du Collège du Contrôle démocratique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-6-college-controle-democratique-soixante-dix/
- Titre II, article 7, des Formulateurs : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-7-formulateurs-sept-cent-soixante-dix/
- Titre II, article 8, de l’Agora citoyenne : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-8-agora-citoyenne-sept-mille-cent/
- Titre II, article 10, de l’état de crise et de sa déclaration : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-10-etat-crise-declaration/
- Titre II, article 11, des pouvoirs de crise et de leurs bornes : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-11-pouvoirs-crise-bornes/
- Titre II, article 12, de la durée, du contrôle continu et de l’extinction automatique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-12-duree-controle-continu-extinction-automatique/
- Titre III, article 5, du mandat impératif et de la révocabilité : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-iii-pouvoir-legislatif-assemblee/titre-iii-art-5-abrogation-mandat-non-imperatif-revocabilite/
- Titre V, article premier, de l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-1-integrite-psychique/
- Titre V, article 5, du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-5-pluralisme-opposable-contrainte-dialectique/
- Titre V, article 7, de la vie privée mentale et des données neurales : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-7-vie-privee-mentale-donnees-neurales/
- Titre VII, article 2, de la libération des communes : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-vii-collectivites-subsidiarite/titre-vii-art-2-liberation-communes/
- Titre VII, article 3, de la fin de la superposition fiscale locale et de la ressource propre des communes : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-vii-collectivites-subsidiarite/titre-vii-art-3-fin-superposition-fiscale-locale/
- Titre XIV, article 2, de la démocratie directe locale par les corps : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xiv-corps-intermediaires-corporations/titre-xiv-art-2-democratie-directe-locale-corps/
- Rejoindre le PIC : https://pari-intelligence-collective.org/rejoindre/
Pour aller plus loin sur Politoscope.fr

- « Qui tient l’antenne tient le référendum » : https://politoscope.fr/qui-tient-lantenne-tient-le-referendum



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