Par la Rédaction du Politoscope
Il est des entretiens qui se contentent de commenter l’actualité, de surfer sur l’écume des jours, et il y en a d’autres qui plongent en apnée dans les abysses du système pour en remonter la machinerie rouillée. La rencontre entre la journaliste dissidente Kate (Kate TV) et l’entrepreneur Frédéric Bascuñana (nortamment consultant en analyse stratégique), fondateur du mouvement PIC (le Pari de l’Intelligence Collective), appartient définitivement à la seconde catégorie.
Ce n’est pas une interview. C’est une autopsie. L’autopsie d’une démocratie moribonde, maintenue en vie artificiellement par des techniques de réanimation cognitive que nous n’aurions jamais dû accepter.
Mais c’est aussi et surtout la présentation d’un plan d’évasion.
Oubliez les programmes politiques classiques, les promesses de baisse d’impôts ou les incantations sur le pouvoir d’achat. Ce qui se joue ici est d’une toute autre nature : il s’agit de reprendre le contrôle de notre propre appareil psychique pour, in fine, reprendre le contrôle de la Cité.
Dans cet échange quelque peu dense Frédéric Bascuñana ne se pose pas en candidat, mais en « architecte dissident ». Il déploie une mécanique intellectuelle implacable qui part du constat d’une « apocalypse cognitive » (imminente) pour aboutir à une solution opérationnelle : le « hack » de l’élection présidentielle.
Plongée au cœur d’une stratégie qui pourrait bien être la dernière chance de la démocratie réelle avant le grand sommeil numérique.
I. Le diagnostic : bienvenue dans l’Apocalypse Cognitive
Tout commence par un constat qui glace le sang : nous ne sommes plus des citoyens, nous sommes devenus de la “biomasse” -) c’est l’irrutpion de la “biopolitique” prophétisée par Foucault.
Frédéric Bascuñana, fort de son passé dans le numérique et le data engineering aux États-Unis, sait de quoi il parle. Il a vu la bête de l’intérieur. Il a vu comment les outils de l’économie comportementale, initialement conçus pour des fins louables, ont été détournés pour fabriquer du consentement à l’échelle industrielle.
Le concept clé ici est le Nudge. Ce terme, popularisé par le prix Nobel Richard Thaler, désigne une incitation douce, une architecture de choix qui pousse l’individu vers la « bonne » décision sans le contraindre. C’est le « paternalisme libertarien ». Mais Bascuñana nous alerte : ce temps-là est révolu. Le Nudge est devenu une arme de guerre. Entre les mains des cabinets de conseil et des gouvernements, il s’est transformé en une ingénierie sociale agressive, exploitant nos biais cognitifs pour contourner notre raison.
L’invité mobilise ici la distinction fondamentale de Daniel Kahneman entre le Système 1 (le cerveau rapide, instinctif, émotionnel) et le Système 2 (le cerveau lent, analytique, rationnel). Le constat est sans appel : tout l’appareil médiatique et politique moderne pilonne notre Système 1. La peur, l’urgence, le clash, la sidération : tout est fait pour nous maintenir dans un état de réaction épidermique (ou sidération / catatonie émotive), nous empêchant d’accéder à la réflexion complexe. C’est ce que Bascuñana nomme l’« apocalypse cognitive ». Ce n’est pas une métaphore. C’est une destruction méthodique de nos facultés attentionnelles, orchestrée par ceux qu’il qualifie d’« ordures » et de « criminels » en col blanc.
L’enjeu n’est plus seulement de savoir pour qui voter, mais de savoir si nous sommes encore capables de penser librement.
Face à cette menace, qui pèse lourdement sur l’enfance et le développement neuronal des futures générations, la réponse politique traditionnelle est obsolète.
On ne combat pas une neuro-dictature avec des tracts, mais avec des contre-mesures cognitives.
II. La Pléonexie des élites : anatomie d’une trahison
Pourquoi en sommes-nous là ?
Qui pilote cette machine infernale ? L’analyse de Bascuñana évite l’écueil du complotisme de bas étage pour proposer une lecture psychopathologique du pouvoir. Il emprunte à la philosophie grecque le concept de pléonexie : le désir insatiable d’avoir toujours plus que sa part.
Nos élites ne sont pas seulement incompétentes ou déconnectées. Elles sont malades. Malades de pouvoir, malades d’argent, malades de contrôle. Elles ont confondu le pouvoir (la capacité de nuisance et de contrainte) avec le leadership (la capacité d’inspiration et d’entraînement). Le gouvernement actuel est décrit comme une « bande de clowns » dangereux et dépravés, une caste dysfonctionnelle qui fonctionne par cooptation mafieuse et qui a trahi sa mission de protection du peuple au profit d’intérêts mondialistes et financiers.
Cette analyse rejoint la « Loi d’airain de l’oligarchie » de Robert Michels : toute organisation tend mécaniquement vers la constitution d’une caste dirigeante qui ne cherche qu’à se reproduire.
Mais là où le fatalisme pourrait nous gagner, Bascuñana voit une opportunité. Cette caste est détestée. Elle ne tient que par la peur et l’ingénierie sociale. Si l’on brise le sortilège de la manipulation, le roi est nu.
Et le roi est seul.
C’est ici qu’intervient le « premier parti de France » : les abstentionnistes.
Pour l’invité du PIC, ces millions de Français qui boudent les urnes ne sont pas des je-m’en-foutistes, mais des résistants passifs. Ils ont compris, intuitivement, que le jeu était truqué. Le but du PIC est de transformer ce nihilisme lucide en une force de frappe constituante. De réveiller le géant endormi non pas pour qu’il retourne jouer avec les règles du système, mais pour qu’il renverse la table.
III. Le PIC : l’Intelligence Collective comme arme de riposte cognitive
Face à ce diagnostic sombre, la proposition du PIC (Pari de l’Intelligence Collective) apparaît comme une lumière crue, presque aveuglante de bon sens. L’idée centrale est simple mais révolutionnaire : le peuple n’est pas bête. Il est juste mal outillé.
Bascuñana s’appuie sur des décennies de recherche en sciences sociales et cognitives (et implicitement sur le théorème de la diversité de Scott Page) pour affirmer qu’un groupe de citoyens diversifiés, placés dans de bonnes conditions de débat, est toujours plus intelligent que l’expert isolé.
Le PIC n’est pas un parti politique vertical, c’est une méthode horizontale de production de la vérité politique.
Mais attention, ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas de chercher le consensus mou, cette soupe tiède que nous servent les centristes.
Le PIC fait l’éloge du dissensus.
C’est dans la friction des idées, dans l’agonisme, dans la dispute civilisée et argumentée que jaillit la solution robuste. Le mouvement propose de créer des agoras, physiques et numériques, où l’on apprend à s’engueuler intelligemment. Où l’on laisse nos ego au vestiaire pour se concentrer sur l’objet du débat.
C’est une vision exigeante de la citoyenneté. Elle demande de passer du statut de consommateur d’opinions (doxastique) à celui de producteur de savoir (épistémique). Elle refuse l’homme providentiel, ce « sauveur suprême » qui n’est qu’une drogue dure pour peuple immature. Le PIC nous dit : « Personne ne viendra vous sauver. Le messie, c’est vous, au pluriel. »
IV. Le « Hack » : Le Cheval de Troie Constitutionnel
C’est sans doute la partie la plus audacieuse et la plus controversée de l’entretien. Comment prendre le pouvoir sans violence, sans coup d’État, dans un système verrouillé par le Conseil Constitutionnel et les médias ? La réponse de Frédéric Bascuñana tient en un mot : le Hack.
Le plan est d’une simplicité biblique et d’une ruse machiavélique. Il s’agit d’utiliser l’élection présidentielle, clé de voûte de la Ve République, pour la faire imploser de l’intérieur. Le PIC propose de présenter un « candidat constitutionnel ».
Qui est-ce ? Personne. Ou plutôt, n’importe qui. Un citoyen tiré au sort parmi un collectif de « 70 dissidents » interchangeables. Ce candidat ne fera pas campagne sur son nom, son visage ou son charisme. Il sera une coquille vide, un véhicule pur. Son unique promesse, son unique mandat, sera de démissionner (ou d’abdiquer ses pouvoirs) immédiatement après son élection.
Imaginez la scène : le candidat du PIC gagne. Il monte à la tribune, et au lieu de savourer sa victoire, il déclare : « Je rends les clés. Je dissous la présidence monarchique. Je laisse la place à un Directoire de Transition chargé d’organiser la Constituante. » C’est un suicide politique par destination. C’est le sacrifice de l’ego pour la résurrection de la souveraineté.
Cette stratégie de l’Hydre (si vous coupez une tête, une autre repousse) permet de protéger le mouvement. On ne peut pas tuer, corrompre ou faire chanter un candidat qui n’a aucune ambition personnelle et qui est remplaçable à l’infini. C’est la fin de la personnification du pouvoir. C’est le retour aux sources de la République de Venise, qui avait compris il y a mille ans que le hasard et la collégialité étaient les seuls remparts contre la tyrannie.
V. Vers une Démocratie Épistémique et les Neuro-droits
Au-delà de la mécanique électorale, l’entretien dessine les contours d’une société nouvelle. Une société où la manipulation mentale serait criminalisée. Bascuñana plaide pour l’inscription des « neuro-droits » dans la Constitution.
Dans un monde où l’IA et les neurosciences permettent de hacker le cerveau humain, l’intégrité psychique doit devenir le premier des droits de l’homme.
Interdire le Nudge malveillant, réguler les algorithmes de l’attention, imposer le pluralisme contradictoire dans les médias (thèse/antithèse) : c’est tout un arsenal juridique de protection cognitive qui est proposé.
Ensuite, la gouvernance changerait de nature. Nous passerions d’une démocratie d’opinion (je vote pour celui qui me plaît) à une démocratie épistémique (je vote pour ce que je comprends). Le projet inclut des outils numériques sécurisés (blockchain) permettant aux citoyens de se former sur des sujets précis avant de voter. Le vote ne serait plus un chèque en blanc signé tous les cinq ans, mais un exercice continu de souveraineté éclairée.
Les partis politiques, dans cette vision, ne disparaissent pas mais se transforment. Ils ne sont plus des écuries présidentielles, mais deviennent des écoles de formation populaire, des Think Tanks concurrents financés sur leur capacité à éduquer les citoyens, et non à les endoctriner. C’est la fin de la politique-spectacle et le début de la politique-compétence.
VI. Conclusion : Le Courage de la Vérité
Ce que nous offre cet entretien entre Kate et Frédéric Bascuñana, ce n’est pas seulement une analyse, c’est un miroir.
Un miroir tendu à nos renoncements, à notre paresse intellectuelle, mais aussi à notre immense potentiel inexploité.
Les objections sont nombreuses, et elles sont légitimes. La foule est-elle toujours sage ? Le système se laissera-t-il faire ? Le candidat élu tiendra-t-il sa promesse de démissionner ? Ces questions, l’entretien ne les esquive pas, il les intègre comme des risques à gérer. Comme le dit Bascuñana en citant Gramsci, il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. Oui, le pari est risqué. Oui, la fenêtre de tir est étroite avant que le verrouillage technologique ne soit total.
Mais quelle est l’alternative ? Continuer à élire des « sauveurs » qui nous trahissent ? Continuer à scroller sur nos écrans en attendant l’effondrement ? Le PIC nous propose une troisième voie. Une voie exigeante, adulte, sans paillettes. La voie de la Parrêsia, le courage de la vérité.
Alors, chers lecteurs, le choix vous appartient. Vous pouvez retourner dormir dans le confort douillet du “Système 1” (cerveau réflexe), bercés par les promesses des démagogues.
Ou vous pouvez décider d’activer votre “Système 2” (cerveau analytique), de rejoindre le Pari de l’Intelligence Collective, et de tenter le braquage citoyen du siècle – en toute légalité. Non pas pour voler une caisse mais pour récupérer ce qu’on nous a volé de plus précieux : notre souveraineté.
Ne vous contentez pas de cet article. Allez voir. Allez écouter. Et surtout, allez penser. Car comme le disait Bernanos, un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté, à moins que des hommes libres ne décident de hacker la machine.anipulation des foules – interview de Frédéric Bascuñana par Louis Fouché.
Kate TV : Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel entretien sur Kate TV. Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de recevoir Frédéric Bascuñana. Bonjour Frédéric.
Frédéric Bascuñana : Merci de me recevoir, Kate. Je te remercie d’autant plus que j’ai pris le temps de prendre connaissance de ton travail ; je ne puis que me sentir honoré par cette invitation et profondément respectueux de l’œuvre que tu accomplis en tant que journaliste, que l’on peut sans hésitation qualifier de dissidente.
Kate TV : Merci beaucoup, Frédéric. Cela me fait très plaisir que tu aies accepté mon invitation. Je vais tout de même rappeler qui tu es en quelques mots, très rapidement. Tu es un entrepreneur français spécialisé dans le numérique, tu accompagnes des entreprises et tu enseignes dans le domaine du management. Tu as passé plus de dix ans aux États-Unis après la vente de ta première start-up. Enfin, tu es aussi un citoyen engagé, un militant, et c’est d’ailleurs en cette qualité que je t’ai invité aujourd’hui. Ensemble, nous allons parler du PIC, un acronyme qui rime avec RIC, mais qui en est assez différent, même si les deux partagent le souhait de se rejoindre in fine — nous en parlerons plus tard. Le sigle PIC signifie « Pari de l’Intelligence Collective ». Son slogan est sans équivoque : « Pirater le système : le plan radical d’un mouvement émergent pour rendre le pouvoir au peuple ». C’est une formule qui me parle beaucoup. Le manifeste vient d’être publié, je crois à la fin du mois d’octobre, et il est disponible dans son intégralité sur le site politoscope.fr.
Avant de te donner la parole, Frédéric, je voudrais m’adresser aux spectateurs pour leur demander de ne pas oublier de s’abonner à la chaîne si ce n’est pas encore fait, d’activer la petite cloche, de mettre des pouces et surtout de commenter cette vidéo ; c’est ce qui permettra de la propulser. Frédéric, avant d’aborder le PIC, j’aimerais que l’on rappelle rapidement ton engagement citoyen et politique, pour comprendre le cheminement qui t’a conduit à la création de cette association en 2024.
Frédéric Bascuñana : Je peux le faire extrêmement rapidement, avec une seule allusion à mon passé : le secteur du numérique m’a amené à travailler sur les ingénieries sociales. Lorsque j’ai compris que l’on pouvait manipuler l’opinion, j’ai commencé à faire partie de ceux qui travaillaient sur la riposte. C’est ainsi que, tout naturellement, on parvient à capter les grands ensembles, cette dynamique un peu tordue, toxique, travaillée au cordeau de façon de plus en plus sophistiquée par ce qu’on appelle des spin doctors, des ingénieurs sociaux ou des cybernéticiens.
J’ai commencé à comprendre le bénéfice que le pouvoir en tirait, et je dirais que mon éveil a coïncidé avec le moment où j’ai cessé de voir le monde par mes propres yeux pour tenter de le voir à travers les leurs. Quand j’ai saisi les avantages qu’ils retiraient de toutes les techniques de manipulation mentale, je les ai étudiées de fond en comble. C’est véritablement un sujet sur lequel je ne mens pas sur la marchandise : il existe une communauté avec laquelle nous sommes très actifs. Nous nous retrouvons pendant des heures, parfois lors de nuits blanches sur des forums audio, pour en discuter. Ils savent que je n’exagère pas ; je suis intarissable sur ces sujets.
Une seconde allusion, rapide, car elle a un lien avec mon activité dans le civil : je faisais partie des premiers professionnels véritablement curieux de ce qui se passait au moment où Richard Thaler et Cass Sunstein, aux États-Unis — nous sommes, je crois, en 2006, 2007 ou 2008 — ont publié un ouvrage sur les techniques de sollicitation douce, ce qu’on appelle en anglais le nudge. D’ailleurs, nous ne l’avons pas traduit ; c’est un terme que nous avons francisé, et je me demande s’il figure dans le dictionnaire français, bien que des agences comme BVA aient développé des unités de nudge et que les entreprises l’utilisent couramment.
Qu’est-ce que le nudge ? Sans vouloir lasser l’auditoire, c’est une technique utilisée dans le monde du management, du développement de l’attractivité, du marketing, de la promotion, mais aussi dans l’ergonomie de l’information pour, entre guillemets, amener les gens à faire un choix qui soit « bon pour eux ». C’est la raison pour laquelle le nudge a toujours été présenté comme une technique paternaliste, mais qui, en valorisant notre liberté, a créé cet oxymore amusant : le « paternalisme libertarien ». Cela signifie concrètement : je présente l’information de telle manière que tu aies accès à toutes les options possibles, mais je le fais dans le but de te protéger. Le premier grand exemple donné aux États-Unis suite à la sortie du livre Nudge de Thaler et Sunstein, c’était celui des Américains arrivant au seuil de la séniorité sans avoir mis d’argent de côté pour leur retraite. On sait qu’aux États-Unis, cela peut être fatal si l’on n’a pas accès à un régime de cotisation privé performant ; c’est un véritable problème sociétal. L’idée était qu’on ne pouvait pas pousser les gens à épargner sur la base d’une simple injonction ou d’un conseil amical ; il fallait les nudger, les solliciter en douceur.
Tout un courant de pensée a alors commencé à fabriquer de l’ergonomie de l’information. Ces ergonomes s’appellent eux-mêmes des choice architects, des architectes du choix. Cela s’applique aussi à l’architecture physique : la configuration des locaux d’un hôpital, par exemple, peut favoriser la coopération ou la fluidité entre les services. En fait, tout cela tape dans notre cerveau réflexe, ces automatismes motorisés par ce qu’on appelle les biais cognitifs. Ce n’est pas pour rien si la théorie du nudge a été construite sur la base des travaux de Daniel Kahneman, prix Nobel, auteur de l’ouvrage de synthèse Système 1 / Système 2. Le « Système 1 » et le « Système 2 » désignent les deux vitesses du cerveau humain. C’est grâce à ce personnage, qui a énormément apporté à l’économie comportementale — ce point d’entrée un peu « bisounours » —, que l’on parle constamment des biais cognitifs sur LinkedIn aujourd’hui, bien que beaucoup pensent à tort les avoir compris.
À partir du moment où ces travaux ont été reconnus par un prix Nobel, ma vie a basculé. C’est devenu essentiel dans les techniques de management, de conduite du changement et de réflexion stratégique. Mais il s’est produit une bascule inquiétante : les premiers apprentis sorciers du nudge ont commencé à en faire un usage outrancier dans des logiques manipulatoires. Ils ont véritablement détourné le concept. Je me suis même aperçu que le nudge lui-même était une approche « bon chic bon genre » de la manipulation. J’étais très naïf au départ, je l’abordais de façon déontologique, me disant que c’était fantastique de responsabiliser les gens.
Mon alerte maximale s’est déclenchée au tout début du Covid, quand un professeur d’HEC — Olivier Sibony, je crois, qui a d’ailleurs écrit le livre Noise avec Cass Sunstein — a commencé à faire des conférences en disant : « On va utiliser le nudge pour imposer aux gens les applications de géolocalisation, savoir s’ils sont vaccinés, etc. » Là, j’ai dit : ce n’est pas possible. J’ai diffusé une première vidéo de 40 minutes pour dénoncer cette folie, pour dire qu’ils étaient fous, que ce n’était absolument pas du nudge mais de la manipulation. Ils détournaient complètement le concept parce qu’il restait socialement acceptable dans leurs cercles mondains ; ça « fait bien », le type est prof à HEC… En réalité, c’était honteux. Ce n’était même plus du nudge, c’était une surexploitation de la connaissance neuroscientifique pour activer nos réflexes compulsifs, le fameux Système 1, le cerveau reptilien qui réagit émotionnellement. Ils ont évacué la dimension déontologique de la responsabilisation et de la transparence. Ces gens ont le culot d’appeler cela du nudge. Je pèse mes mots : ce sont des ordures, des crapules. Je ne retirerai jamais cela. Ils ont utilisé la respectabilité de l’économie comportementale et du prix Nobel pour faire totalement autre chose, ce qui leur a permis d’entrer dans les gouvernements via des officines type McKinsey. C’est ainsi que je suis entré en politique, ou même en « complotisme », comme dirait le cardinal de Richelieu : « Il faut être fou pour voir des complots partout, mais il faut l’être plus encore pour n’en voir nulle part. »
Kate TV : Est-ce que cela signifie qu’avant 2020, toi qui as vécu en plus aux États-Unis, tu ne t’étais pas aperçu que cette fabrique du consentement — nous y reviendrons car elle figure dans le manifeste — n’était pas active en France ? N’avais-tu pas conscience que ces techniques étaient servies à la masse des citoyens ? Te disais-tu simplement : « Oui, le nudge existe, mais ce n’est pas utilisé contre nous » ?
Frédéric Bascuñana : Je te remercie de poser cette question, car elle me permet de préciser la gravité du propos. J’ai toujours su qu’il y avait de la manipulation. J’ai moi-même été sollicité aux États-Unis, quand j’étais basé à Boston, pour travailler sur des logiques de data engineering et j’ai échangé de l’information avec des intellectuels de l’influence qui préparaient, par exemple, la candidature d’Obama. J’aurais pas mal d’anecdotes à partager là-dessus. Mais comment te dire ? Pour moi, c’était du storytelling, de l’influence. Il y avait certes des dark patterns, des choses pas très nettes, mais tu sais quoi ? Je vais peut-être choquer, mais je me disais : « C’est de bonne guerre. Moi aussi, je vais leur rentrer dedans, organiser mes ripostes. »
Cependant, aujourd’hui, nous sommes selon moi face à un risque d’apocalypse cognitive. J’en ai peur. Je suis allé suivre un cursus à l’université Paris Descartes, en théorie cognitive fondamentale appliquée. C’était compliqué d’y entrer, j’ai dû supplier qu’on m’ouvre la porte car c’était normalement réservé au domaine médical et scientifique. J’ai dit : « Je travaille dans le management, la stratégie, acceptez-moi en candidat libre ». J’ai eu cette chance et j’ai écouté pendant une année entière. Ce qui était fascinant — et je ne dis pas ça pour crâner —, c’est que lorsque l’on rentre dans ce domaine des neurosciences, on comprend une chose : l’intensité des découvertes est vertigineuse. Chaque semaine, tu mesures ton ignorance. Ce grand territoire inconnu qu’est le cerveau humain fait l’objet de toutes les investigations et de tous les investissements.
Je lisais récemment Philippe Guillemant, qui travaille au croisement des neurosciences et de la physique quantique et qui a conçu des algorithmes d’IA. Il montre bien que cette économie hyper-mondialisée et matérialiste va avoir tendance à abuser des manipulations mentales. Quand tu entres dans cet univers, tu t’aperçois qu’il y a une intensification telle que, par exemple, je fais partie de ceux qui affirment que l’intelligence artificielle n’est pas vraiment une innovation en soi. C’est davantage une nouvelle modalité d’expression d’un pouvoir. Nous sommes dans l’intensification de la manipulation, et la première d’entre elles est de nous faire croire que les IA actuelles reposent sur des innovations profondes. Oui, il y a des innovations d’usage, mais les algorithmes sont anciens. Ce qui a évolué, c’est le modèle économique et, en conjonction avec la capacité de stockage, la possibilité de profiler les utilisateurs avec une précision diabolique pour les nudger.
Ce qu’ils préparent, c’est la concentration du pouvoir entre les mains de très peu de gens, notamment les Hyperscalers — les GAFAM. Même une boîte comme Mistral est obligée de dépendre des réseaux d’Amazon et de Google. Ces Hyperscalers concentrent un pouvoir d’un nouveau genre qui sert de façon drastique, diabolique et machiavélique le projet mondialiste. Car il y a bien un projet mondialiste. C’est pourquoi, lorsque quelqu’un intervient dans une conversation citoyenne avec les meilleures intentions du monde pour dire : « On a quand même de bonnes raisons d’être optimiste, les choses vont peut-être se résorber, regardez, ils s’écroulent… », je réponds toujours : « C’est bien que tu sois optimiste pour ta sérénité, je comprends cette autodéfense, mais il y a le feu au lac. » Quiconque prend la parole en public ne doit pas dire « rassure-toi, ça va bien se passer ». C’est le moment de dire : « Attention ! Jamais l’enfance n’a été aussi menacée, aussi totalement, j’ai envie de dire totalitairement. » Gramsci disait qu’il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté. C’est une jolie phrase, mais il ne faut pas s’y enliser. C’est le moment de se pincer mutuellement et de dire : « Réveille-toi ! »
Kate TV : Ne pas être dans le déni…
Frédéric Bascuñana : Exactement. Le déni est entretenu dans cette matrice imprégnée de narratifs pour nous occuper, nous sidérer, nous épuiser, nous rincer, nous assécher dans nos élans, tuer nos aspirations et nous pousser à une forme de nihilisme démocratique. C’est pour cela que les gens comme moi peuvent paraître crispés face à ceux qui veulent rassurer. Ce n’est plus le moment. Si tu roules à 275 km/h sur une autoroute bosselée et que ta voiture risque de valdinguer, tu ne dis pas « ça va bien se passer », tu dis « Freine ! Ouvre les yeux ! ». Il faut vraiment changer de posture. Il faut comprendre collectivement que ce n’est pas le moment de se rassurer, mais de redevenir farouche, lucide et de se mettre en action. Si tant est que l’on ait un peu de sens des responsabilités vis-à-vis des enfants de la génération qui arrive.
Kate TV : Si tu me permets, Frédéric, concernant ton discours sur l’IA, je renvoie les spectateurs à une vidéo que je viens d’enregistrer avec Emmanuel Darles et Xavier Azalbert sur ce thème, qui rejoint parfaitement ton propos sur les dangers de l’IA. Pour continuer sur ce cri du cœur, cet appel à retrouver notre plein pouvoir : est-ce que pour toi, le PIC est une solution à cette ingénierie sociale, à cette fabrique du consentement ? Et concrètement, qu’est-ce que le PIC ?
Frédéric Bascuñana : Nous allons nous risquer sur le terrain des solutions, ce qui est toujours extrêmement prétentieux et complexe. Qu’on me pardonne si je heurte des sensibilités ou si je semble maladroit.
Kate TV : Je pense que dans ce genre de cas, ça ne sert à rien de s’excuser. Tu parles avec ton cœur et les gens qui me suivent ont l’habitude. Ici, on fait sans langue de bois.
Frédéric Bascuñana : Clairement. C’est un sujet si grave que je fais attention à ce que je dis, car je sais que je peux bloquer des gens qui penseraient que je suis une espèce de Cassandre. Mais on les laissera juger. Tout commence par un constat, il y a seize ans, lors de ma rencontre avec un type qui s’appelle Étienne Chouard…
Kate TV : Que tu as reçu, que je connais bien et que j’ai reçu plusieurs fois.
Frédéric Bascuñana : Il est radicalement lucide et d’une candeur radicale. Je conseille d’ailleurs à tout le monde de lire le livre Radical Candor. La candeur radicale est une technique de survie sociale, à condition de prévenir les gens que l’on va parler sans filtre. C’est pour cela que je me fais appeler le « parrésiaste » sur X. Non pas que je me prenne pour Socrate, mais j’aspire humblement à ce modèle. Le parrésiaste est celui qui parle vrai, sans filtre. Il finit souvent mal — sur une croix, condamné à la ciguë ou socialement assassiné — mais il a le mérite d’avoir dit des vérités. J’estime qu’on devrait tous être des élèves parrésiastes. Étienne Chouard est un parrésiaste. Il nous reste très peu d’espaces « parrésiastiques », c’est-à-dire des agoras où l’on peut aller au bout d’un propos sans interruption toxique, sans publicité. De là a émergé le PIC.
Le « Pari de l’Intelligence Collective » est évidemment un pari au sens pascalien, pas au sens du joueur de casino. Cela suppose d’avoir un minimum de foi dans l’intelligence collective. Et nous avons une série de preuves scientifiques accumulées depuis des générations prouvant que, certes, mettre des gens dans une pièce ne les rend pas automatiquement intelligents, mais si l’on crée les conditions de la catalyse — bonnes questions, transparence, écoute —, alors le QI collectif est très largement supérieur à la moyenne des QI individuels. On fabrique de la lucidité. Le PIC, c’est ce que l’on aimerait que le peuple puisse faire. Mais l’intelligence collective est ce qui disparaît, car on fait tout pour la tuer. Les psychosociologues vous expliqueront que pour détruire la cohésion, il suffit de « cornaquer » les gens dans leur émotivité, de les sidérer, de semer le trouble, la dissonance cognitive et le chaos.
Qui a intérêt à ce que nous ne soyons pas capables de nous entendre ? Si vous êtes de gauche, vous rêvez que la gauche soit cohérente. Si vous êtes de droite, vous rêvez de l’union des droites. Si vous êtes anti-mondialiste, vous voulez verticaliser le combat. Mais on n’y arrive pas, on est fragmenté. Pourquoi ? Parce que le travail des ingénieurs sociaux consiste à nous persécuter cognitivement. On sait de source sûre que l’on peut fabriquer de la bêtise humaine ; c’est plus que la fabrique du consentement, c’est de l’abrutissement. J’ai un ami sur X, Débilocratie, qui montre bien qu’on est au-delà de l’Idiocracy. On veut abaisser notre esprit critique, or celui-ci n’existe que dans l’osmose collaborative.
Le pari du PIC, c’est de pousser les gens à discuter ensemble en cultivant le dissensus. Non pas faire la chasse au désaccord, mais le valoriser. Un groupe peut se dire : « Nous sommes tous différents, nous nous détestons peut-être idéologiquement, nous avons des débats rugueux jusqu’à 2 heures du matin, mais une chose nous unit : nous voulons continuer à débattre. » Nous voulons nous crêper le chignon sur l’avenir de la France, mais dans un contexte assaini, sans instrumentalisation, sans que les médias ne déforment nos propos. Nous voulons sortir de ce paradigme de la République d’opérette qui nous parle de valeurs floues et nous oblige à suivre les intrigues de palais : avec qui un tel a pris un café, qui a appelé le Président… Cette excessive personnalisation nous détourne des vrais sujets. Le PIC est le mouvement qui dit : il faut mettre de côté le débat autour des hommes. Ces chefs de partis ne font qu’hystériser le débat. Nous subissons le récit romanesque de leur conquête du pouvoir, cette « pipolisation », tandis que nous ne parlons pas des sujets qui intéressent les Français. On attend l’élection pour choisir des candidats qu’on n’a pas vraiment choisis, et qui nous dépossèdent ensuite de notre pouvoir.
Je me suis intéressé à une expérience à Rome dont je parlerai bientôt en vidéo. Pendant plusieurs années, on a permis à un échantillon représentatif de citoyens tirés au sort de débattre de l’affectation de plusieurs dizaines de millions d’euros. Sans prisme idéologique, ces gens se crêpaient le chignon de manière indescriptible, mais ils sortaient toujours heureux. Ils ont fini par trouver des compromis en laissant opérer un darwinisme des idées. Il n’y avait pas de débat sur les personnes, pas de partis, pas de « votez pour moi ». Ils décidaient de l’argent. Et cela a très bien marché. La leçon, c’est que lorsqu’on crée les conditions de l’intelligence collective, les citoyens s’emparent des sujets et mettent de côté les egos. Ils deviennent des adultes constituants.
Le PIC, c’est donc : se débarrasser des castes politiques pour devenir des citoyens constituants capables de travailler sujet par sujet. Nous voulons passer aux votations citoyennes sur tous les sujets régaliens et sociétaux. Nous revendiquons de ne pas avoir de programme, ou plutôt, notre programme consiste à poser des questions aux gens pour qu’ils tranchent. Il faut sortir de cette chape de plomb où l’on met des personnes en tête de gondole. On sensationnalise tout ce qu’ils disent. On sait qu’il y a 827 points de programme à la noix et qu’on devra croiser les doigts pour ne pas être trahis. Non. Il faut casser ça, arrêter d’élire les personnes et passer au vote pour les idées.
Kate TV : Nous allons revenir sur les piliers du PIC, mais j’ai une question sur ce pari de réunir les gens. Dans leur narratif mental, ils ont abdiqué leur pouvoir aux hommes politiques. Comment recréer cet intérêt ? Comment leur dire : « Il n’y a pas de droite, pas de gauche, on a besoin de vous vierges de tout parti » ?
Frédéric Bascuñana : C’est en effet une feuille blanche, un déconditionnement à opérer. Les gens n’arrivent pas totalement dénués de prismes idéologiques, mais ils les laissent au vestiaire. Nous ne travaillons pas ensemble en dépit de nos différences, mais parce que nous sommes différents. Nous sommes en constant et complet dissensus. C’est extraordinaire, et quand les gens comprendront cela, ils verront à quel point c’est révolutionnaire par rapport à un parti politique qui exige la cohésion derrière le chef. Ce qui compte, c’est le débat et sa technique. Nous en sommes dépossédés. Comment faire comprendre aux gens qu’ils peuvent redevenir des citoyens adultes ? Il suffit qu’ils le testent. Quand ils vivent des ateliers constituants, ils redécouvrent le plaisir jubilatoire de vivre dans la cité. Ils réalisent que l’impossibilisme qu’on leur a inculqué était faux. Ils comprennent qu’ils sont capables, et que les experts fabriquaient des lois pour protéger leur propre écosystème. Les citoyens réalisent aussi qu’ils n’ont pas besoin de capitaliser sur un homme providentiel, mais sur le croisement des expertises. L’idée qu’un homme ou une femme, fort de son parcours individuel, incarne la démocratie face au peuple est la plus redoutable des impostures. C’est une ingénierie sociale ancienne. Nous sommes enfermés dans une matrice avec deux jumeaux ennemis, la droite et la gauche, qui défendent en réalité les mêmes choses.
Kate TV : Je partage complètement ton opinion, tu prêches une convaincue.
Frédéric Bascuñana : En ce moment, nous vivons une période très à part. La fabrique du consentement est gérée par des apprentis sorciers qui ne voient pas que l’espace numérique leur échappe. S’ils ne flippaient pas, Macron et les européistes ne chercheraient pas à censurer les réseaux avec autant de véhémence. L’information circule à la vitesse de la lumière. Dans des interstices comme les forums audio sur X, sans coupure publicitaire, je vois des gens réapprendre à discuter après s’être haïs. Les élites pensaient que le web serait le « tout-à-l’égout de la démocratie », un bruit de fond toxique qui justifierait le retour vers les médias officiels, seuls garants de la « raison ». Ils avaient partiellement raison sur le chaos et l’infobésité, mais ils n’avaient pas prévu l’usure du conflit. Les gens se lassent de la jalousie de proximité. Ils se remettent à parler. Nous sommes en train de retrouver la force de nous coaliser.
Est-ce que cela prendra deux ans ou cent ans ? Je l’ignore. Mais le processus est amorcé. Le camp d’en face, aveuglé par son hubris, pense pouvoir compter sur ses larbins obéissants et sur le nihilisme des abstentionnistes. Mais il y a un frémissement sérieux. Regarde Étienne Chouard : malgré le désespoir par moments, son travail de vingt ans porte ses fruits. Le Covid nous a rendu un service : les masques de leur crapulerie sont tombés. La fabrique du consentement bat de l’aile, c’est pourquoi ils veulent la guerre ou la censure totale. Nous avons donc une fenêtre de tir. De deux choses l’une : soit c’est le soulèvement populaire, les larmes et le sang ; soit on trouve un hack, une manière de subvertir le système avec finesse.
Nous proposons quelque chose de nouveau, jamais tenté, sauf peut-être par Coluche : créer des candidats qui s’infiltrent dans le système pour témoigner de son absurdité et le subvertir de l’intérieur. Pour la présidentielle, il nous faut un « candidat constitutionnel ». Une personne qui se fait élire au nom d’un collectif pour proposer, au lendemain de son élection, de rebâtir le système à zéro avec l’aide du peuple. Le risque, c’est de pactiser avec le système. Mais je pense que c’est possible car le premier parti de France est celui des abstentionnistes. Ce sont des gens lucides qui trouvent le système grotesque. Coluche a échoué car il était seul, sans logistique, et est devenu une cible. Nous, nous disons : nous allons faire semblant de participer à l’élection, mais nous aurons déterminé de façon aléatoire celui qui se présentera. Il dira partout : « Je ne compte pas, je démissionne aussitôt élu, et je laisse place à un directoire de transition pour refondre le logiciel démocratique. » Au premier rang des dispositifs : le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) et la reprise en main des médias.
Kate TV : Tu anticipes sur mes questions, notamment sur le leadership. Coluche était une blague qui a failli tourner au drame. Comment, au XXIe siècle, éviter l’accident ou le « suicide » du candidat ? Comment le soutenir, notamment financièrement ?
Frédéric Bascuñana : C’est la question centrale. La réponse est qu’il n’y a pas un candidat, mais une hydre, un cerveau collectif où chacun est interchangeable. Mon prisme ou celui d’Étienne n’a aucune importance.
Kate TV : Mais vis-à-vis de la Constitution, tu es obligé de mettre un nom.
Frédéric Bascuñana : Il y aura un nom, une personne, certes. Mais quand tu expliques aux gens que ce nom n’a aucune importance, qu’il a été tiré au sort dans un groupe qui veut mettre fin au régime hyper-présidentiel pour laisser place à un directoire de transition, alors ils peuvent en abattre un ou deux, mais pas plusieurs dizaines. C’est impossible. C’est un collectif qui se présente. L’hubris qui gagne un individu — ce petit psychopathe qui voudrait appuyer sur le bouton nucléaire par faille narcissique — peut difficilement gagner un collectif qui se contrôle mutuellement. Concernant le financement, nous recevons déjà des dons importants alors que nous sortons à peine de l’ombre. Les gens comprennent que là où il y a un collectif promouvant le dissensus pour rendre le pouvoir, il n’y a pas de risque de confiscation.
Nous ne ferons pas l’erreur des Islandais. Entre 2009 et 2012, l’Islande a écrit une constitution citoyenne, une première historique. Mais ils ont subordonné sa validation au Parlement en place. Les politiciens les ont sabotés, laissant le projet mourir par le légalisme. Le référendum n’était que consultatif. Nous, nous acceptons un leadership, mais un leadership collectif. Nous ne sommes pas dans l’égalitarisme toxique de gauche qui a tué les Gilets Jaunes. Nous sommes ni de gauche ni de droite, mais tout cela en même temps. Nous voulons des discussions sur les sujets, comme les Suisses. Les gens sont capables de faire la synthèse. On prétend que le peuple est bête, mais c’est faux. Quand on sollicite leur Système 2 (la raison), quand les sujets les concernent — comme le prix de l’électricité ou les éoliennes —, des pépites d’intelligence émergent.
Kate TV : Tu précises qu’il n’y a pas de mépris de classe, c’est important.
Frédéric Bascuñana : Absolument. Ni mépris de classe, ni mépris de classe inversé — cette haine de celui qui réussit, typique du gauchisme pathologique. Le discrédit jeté sur les élites vient du fait qu’elles trahissent et n’ont aucun leadership. Je distingue le pouvoir du leadership. Actuellement, nos dirigeants ont le pouvoir mais aucun leadership. Je vais le dire en termes simples : ils ont le charisme d’une nouille et le QI d’une asperge en quête de béchamel. Ils sont dysfonctionnels, dépravés, mais ils ont un pouvoir de nuisance. J’ai vécu dix ans aux États-Unis. Je n’admire pas cette culture, mais j’y ai apprécié deux choses : on félicite le travail bien fait, et il n’y a pas de suspicion agressive envers le talent. En France, quand un talent émerge, c’est le jeu de massacre, on lui casse les tibias. Mais on ne peut pas en vouloir aux gens : on nous a imposé des élites qui fonctionnent par cooptation mafieuse, des larbins de marionnettistes cachés. Le gouvernement actuel est une bande de clowns. Les gens se disent donc que quiconque veut le pouvoir est suspect.
C’est pourquoi seul un processus de transition permettant aux gens de devenir législateurs est viable. Imaginez un extra-terrestre regardant notre système : « Vous élisez quelqu’un sur sa bonne mine, il coopte ses copains, et vous passez cinq ans à chroniquer ses trahisons ? Vous êtes débiles ! » Il faut des mandats impératifs. Si je suis entrepreneur et que je ne tiens pas mes objectifs, je dégage. De quel droit un Bruno Le Maire ou une Élisabeth Born peuvent-ils déraper de plusieurs milliards en disant « c’est une virgule » ? Ils doivent rendre des comptes.
Voici notre proposition concrète : fermez les yeux et imaginez un monde où l’on arrête de vous prendre pour des cons. Au moment de la décision politique, ce n’est plus une élection de personne, c’est un vote d’idées. Imaginez un fascicule de 20 pages — ou une application sécurisée via blockchain. Vous tournez les pages : Justice, Éducation, Défense… Il y a des QCM. Vous testez vos choix en amont sur l’appli, vous voyez l’impact budgétaire. Si vous voulez revaloriser les enseignants, ça coûte tant. On ne va pas vous faire des slogans à la Bardella. Il va falloir miser sur votre intelligence. Une heure ou deux par mois pour décider de votre avenir. Sur l’application, vous débattrez avec vos voisins, et à l’échéance, vous voterez pour des idées, pas pour un petit séducteur en cravate. Nous allons miser sur la puissance de l’idée.
Parmi les premières questions, il y aura : Voulez-vous quitter l’Europe ? Voulez-vous frapper monnaie ? Mais pour cela, il faut deux conditions. La première, un point clé du PIC, est de criminaliser les manipulations mentales et les ingénieries sociales. Le Chili l’a fait en 2021 en inscrivant les « neuro-droits » dans sa constitution, avant que les lobbies ne détricotent tout. La France doit être le phare de l’humanité et inscrire cela dans la Charte des droits de l’homme. Nous ne savions pas que les neurosciences pourraient nous déposséder de notre âme. Il existe des brevets de manipulation par écran, par hypnose. Un exemple historique : avant l’élection de Mitterrand, des images subliminales ont été insérées dans le journal d’Antenne 2. Une plainte avait été déposée car une loi interdisait les images de moins de 50 millisecondes. Celles de Mitterrand faisaient 60 millisecondes (ou l’inverse, cela se jouait à 10 millisecondes). Le procès n’a pas abouti sur un point technique, mais la manipulation était réelle. Si l’on criminalise ces techniques, on change tout, y compris les médias. On leur imposera un pluralisme radical, une consubstantialité de la thèse et de l’antithèse, si bien que les milliardaires n’auront plus envie de les posséder.
Kate TV : Est-ce que cela signifie supprimer les subventions à la presse ?
Frédéric Bascuñana : Nous n’avons pas de programme, nous posons la question. Dans le cadre de ce « Processus Constituant Populaire Permanent », le directoire de transition, une fois élu par ce « hack », proposera chaque mois une demi-douzaine de questions lourdes. Le candidat élu — un parmi nous, peu importe qui, protégé par notre nombre de 70 dissidents — abdiquera immédiatement son pouvoir pour lancer ce processus. Il ne pourra pas être une cible car nous sommes interchangeables et nous aurons signé notre engagement devant notaire, filmé, engageant tous nos biens personnels. Si l’un de nous change d’avis, il perd tout. Mais surtout, le mandat impératif sera la règle : tu ne tiens pas tes objectifs, tu dégages. Tu piques dans la caisse, tu dégages.
Le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) sera mis en place dans les six mois, un vrai RIC contraignant. On me demandera : qui a l’initiative des sujets ? Une fois les médias libérés et pluralistes, les controverses seront mises en scène équitablement. Et les partis politiques ? Nous allons les réformer. Un parti ne sera plus une machine à slogans financée par des dons, mais un Think Tank qui devra se financer en produisant de l’éducation populaire et des formations homologuées. Si un parti veut promouvoir ses idées, il devra créer un parcours pédagogique. L’accès à la formation sera massivement subventionné pour les citoyens (remboursé à 98% par exemple). Ainsi, l’influence ne passera plus par la séduction mais par la transmission de connaissances vérifiables et notées par les citoyens. C’est ce que j’appelle une démocratie épistémique. On se débarrasse de l’hystérie partisane. On ne vote plus pour Jordan, Marine ou Marion, on vote pour des idées mises en concurrence pédagogique.
Si nous réussissons cela en France, nous changeons la civilisation. C’est une « involution » : une révolution sans douleur. Je ne veux pas envoyer les gens sur les barricades, je veux tenter ce hack légaliste avant la guerre civile. Les gens vont comprendre que c’est la seule issue. Ils retrouveront tous les dissidents qu’ils écoutent depuis cinq ans au sein du PIC. Nous sommes le peuple astucieux, capable de subvertir le système. Nous avons une fenêtre de tir avant que l’IA et l’astroturfing ne verrouillent tout. C’est le moment de dire : « Donnez-nous cette démocratie référendaire contraignante ». Nous allons écrire le business plan de la France et recruter ceux qui l’exécuteront sous mandat impératif. C’est juste du bon sens.
Kate TV : C’est une porte de sortie que vous nous offrez. Je renvoie les spectateurs vers le manifeste sur politoscope.fr. Merci Frédéric pour cet échange respectueux, sans coupures, comme je m’y engage désormais.
Frédéric Bascuñana : Merci à toi. On ne peut plus continuer ainsi. La guerre cognitive est déclarée par ceux qui nous voient comme une biomasse à contrôler. Ils veulent préserver leurs empires pour leurs enfants. Mais nous pouvons gagner en étant malins. Nous allons offrir la première constitution digne de ce nom, écrite par le peuple pour le peuple. C’est le père de famille qui parle : il faut se réveiller pour nos enfants. Le manifeste est imparfait, évolutif, fruit de nos dissensus, mais il est notre base. Nous allons réussir à nous désaliéner de cette caste atteinte de pléonexie — ce désir insatiable de pouvoir et de richesse qui les rend fous. Ils nous mènent vers le crédit social, les monnaies numériques et le biopouvoir. C’est dantesque. Mais nous allons reprendre notre destinée en main. Nous avons préparé ce dispositif, il est à vous.
Kate TV : Merci Frédéric. À très bientôt.
- Le « candidat suicide » et l’hydre constitutionnelle L’idée la plus subversive de cet entretien réside dans la redéfinition totale de l’ambition présidentielle. Bascuñana ne cherche pas à placer un « bon roi » à la place du « mauvais roi », mais à introduire un cheval de Troie dans le système électoral. Le concept d’un candidat interchangeable, tiré au sort parmi un collectif de dissidents, qui s’engage juridiquement à s’autodétruire politiquement (démission/abdication) une fois élu, est une fulgurance stratégique. C’est un « hack » institutionnel qui retourne la force du système (le légalisme, l’élection) contre sa finalité (la conservation du pouvoir). C’est la théorisation du « sabotage constructif » de la Ve République.
- La criminalisation du « Nudge » et les neuro-droits Là où la critique habituelle du système se focalise sur la corruption financière ou morale, Bascuñana déplace le champ de bataille vers la biologie et la cognition. Qualifier les experts en nudge d’« ordures » et de « criminels » n’est pas une simple insulte, c’est une requalification juridique implicite. Il propose d’inscrire l’intégrité mentale dans la Constitution, créant ainsi un nouveau droit fondamental : le droit à la non-manipulation neuro-cognitive. C’est une vision d’avant-garde qui anticipe les guerres de demain : non plus pour des territoires, mais pour l’occupation des cerveaux.
- La « pléonexie » : le diagnostic psychiatrique du pouvoir L’emprunt à la philosophie grecque du concept de pléonexie (le désir insatiable d’avoir plus que sa part) pour qualifier les élites est un coup d’éclat rhétorique. Il ne traite pas les dirigeants comme des adversaires politiques, mais comme des cas pathologiques, des malades mentaux dangereux pour le corps social. Cette médicalisation de la critique politique est redoutable car elle inverse la charge de la rationalité : ce n’est pas le peuple qui est « populiste » ou « émotif », c’est l’élite qui est « névrosée » et « addictive ».
- L’apocalypse cognitive et la fin de la « bêtise naturelle » L’affirmation selon laquelle la bêtise actuelle n’est pas naturelle mais « fabriquée » industriellement est une thèse puissante. En parlant d’« apocalypse cognitive », l’invité élève le niveau d’alerte au rang de catastrophe civilisationnelle. Ce n’est plus une question d’opinion, mais de survie de l’espèce homo sapiens douée de raison. Cette dramatisation scientifique (basée sur le Système 1 vs Système 2) permet de justifier des mesures radicales sans passer pour un extrémiste, mais pour un secouriste.
- L’abstention comme « armée de réserve » Le renversement de la culpabilité concernant l’abstention est total. Au lieu de blâmer les abstentionnistes pour leur passivité, il les sacre comme l’avant-garde lucide de la nation. C’est une fulgurance marketing politique : il transforme le silence en cri de guerre potentiel. En validant leur dégoût, il tente de transformer le nihilisme en énergie constituante. C’est le pari de réveiller le géant endormi non pas en le secouant, mais en lui disant qu’il avait raison de dormir.
20 thèmes abordés dans cet entretien
1. Le détournement du Nudge (Frédéric Bascuñana)
Ce thème est central pour comprendre la genèse de l’engagement de l’invité. Il décrit comment une théorie économique initialement conçue pour aider les individus à faire des choix bénéfiques pour eux-mêmes (le « paternalisme libertarien » de Thaler et Sunstein) a été pervertie. De simple architecture de choix bienveillante (inciter à l’épargne, améliorer l’ergonomie), le nudge est devenu, aux mains de cabinets de conseil et de gouvernements, une arme de manipulation de masse. Bascuñana dénonce la transformation de cette « douceur » en une contrainte psychologique violente, notamment durant la crise sanitaire, exploitant les biais cognitifs pour contourner le consentement éclairé.
- « Le nudge a toujours été présenté comme une technique paternaliste, mais qui, en valorisant notre liberté, a créé cet oxymore amusant : le « paternalisme libertarien ». »
- « Ces gens ont le culot d’appeler cela du nudge. Je pèse mes mots : ce sont des ordures, des crapules. […] Ils ont utilisé la respectabilité de l’économie comportementale et du prix Nobel pour faire totalement autre chose. »
Pertinence et critique : C’est une entrée en matière percutante qui pose la légitimité technique de l’intervenant. Cela permet de dépolitiser le constat initial (ce n’est pas une opinion, c’est une dérive technique) pour mieux repolitiser la conclusion (il faut combattre cette dérive). Critique possible : le glissement du nudge bienveillant au nudge malveillant est parfois plus flou qu’indiqué, la frontière éthique étant par nature subjective.
2. L’Ingénierie Sociale et la Fabrique du Consentement (Frédéric Bascuñana)
Au-delà du simple nudge, ce thème englobe l’ensemble des techniques utilisées par les structures de pouvoir (spin doctors, cybernéticiens) pour façonner l’opinion publique. L’invité insiste sur le caractère industriel et sophistiqué de ces manœuvres. Il ne s’agit plus de simple propagande, mais d’une gestion cybernétique de la population, vue comme une biomasse à administrer. L’ingénierie sociale est présentée comme l’outil principal de maintien de l’ordre oligarchique, rendant la démocratie inopérante puisque le consentement est fabriqué artificiellement avant même le vote.
- « J’ai cessé de voir le monde par mes propres yeux pour tenter de le voir à travers les leurs. Quand j’ai saisi les avantages qu’ils retiraient de toutes les techniques de manipulation mentale, je les ai étudiées de fond en comble. »
- « On sait de source sûre que l’on peut fabriquer de la bêtise humaine ; c’est plus que la fabrique du consentement, c’est de l’abrutissement. »
Pertinence et critique : Ce thème valide la posture de « résistant cognitif ». Il est crucial car il justifie la radicalité des solutions proposées. Si le diagnostic est juste, alors les moyens conventionnels de lutte politique sont obsolètes.
3. Système 1 vs Système 2 : La bataille du cerveau (Frédéric Bascuñana)
S’appuyant sur les travaux de Daniel Kahneman, l’invité vulgarise la dualité du fonctionnement cérébral. Le Système 1 est rapide, instinctif, émotionnel et biaisé ; le Système 2 est lent, analytique et rationnel. La thèse défendue est que le système politique et médiatique actuel bombarde le Système 1 pour empêcher l’activation du Système 2. Le but du PIC est précisément de créer des environnements (agoras, ateliers) qui forcent le retour au Système 2, seul capable de produire de la décision politique saine.
- « En fait, tout cela tape dans notre cerveau réflexe, ces automatismes motorisés par ce qu’on appelle les biais cognitifs. »
- « Quand on sollicite leur Système 2 (la raison), quand les sujets les concernent […], des pépites d’intelligence émergent. »
Pertinence et critique : Cette grille de lecture neuroscientifique déculpabilise le peuple (ce n’est pas qu’il est bête, c’est qu’il est hacké) et offre une méthode claire : ralentir le temps politique pour retrouver la raison. C’est un pilier fondamental de la doctrine du PIC.
4. L’Apocalypse Cognitive (Frédéric Bascuñana)
L’invité utilise ce terme fort pour décrire l’état d’urgence actuel. Il ne s’agit plus seulement de manipulation politique, mais d’une menace existentielle sur les capacités mentales de l’humanité, et spécifiquement de la jeunesse. La saturation d’information, l’économie de l’attention et les écrans créent un environnement toxique qui détruit la capacité de concentration et de réflexion critique nécessaire à la liberté.
- « Aujourd’hui, nous sommes selon moi face à un risque d’apocalypse cognitive. J’en ai peur. »
- « Jamais l’enfance n’a été aussi menacée, aussi totalement, j’ai envie de dire totalitairement. »
Pertinence et critique : Ce thème dramatise l’enjeu pour mobiliser. Il transforme le combat politique en combat civilisationnel et biologique. C’est un puissant levier émotionnel, mais qui risque, s’il est trop poussé, de tétaniser l’auditoire (ce que l’invité cherche justement à éviter par l’action).
5. L’IA comme outil de concentration du pouvoir (Frédéric Bascuñana)
Loin de l’enthousiasme technophile béat ou de la peur de la science-fiction, Bascuñana analyse l’IA sous l’angle du pouvoir. Pour lui, l’innovation réside moins dans l’algorithme que dans la capacité de calcul et de stockage (Hyperscalers/GAFAM) qui permet un profilage et un ciblage comportemental d’une précision diabolique. L’IA est l’outil ultime du projet mondialiste pour verrouiller le contrôle social.
- « L’intelligence artificielle n’est pas vraiment une innovation en soi. C’est davantage une nouvelle modalité d’expression d’un pouvoir. »
- « Ces Hyperscalers concentrent un pouvoir d’un nouveau genre qui sert de façon drastique, diabolique et machiavélique le projet mondialiste. »
Pertinence et critique : Une analyse matérialiste et politique de la technologie très pertinente. Elle permet de relier la lutte numérique à la lutte politique souverainiste.
6. La Parrêsia et la Candeur Radicale (Frédéric Bascuñana)
Inspiré par Foucault et Chouard, l’invité érige le « dire-vrai » (parrêsia) en vertu cardinale du combattant politique moderne. La « candeur radicale » n’est pas de la naïveté, mais une stratégie de rupture avec le langage codé et hypocrite de la classe politique. C’est une hygiène mentale et sociale nécessaire pour recréer de la confiance.
- « Le parrésiaste est celui qui parle vrai, sans filtre. Il finit souvent mal […] mais il a le mérite d’avoir dit des vérités. »
- « Je conseille d’ailleurs à tout le monde de lire le livre Radical Candor. La candeur radicale est une technique de survie sociale. »
Pertinence et critique : Ce thème définit le style du leadership proposé : sacrificiel et transparent. Il contraste fortement avec la communication politique traditionnelle.
7. Le PIC (Pari de l’Intelligence Collective) (Kate TV / Frédéric Bascuñana)
C’est le cœur du propos. Le PIC est défini comme une méthode, un processus, plutôt qu’un parti. Il repose sur le postulat que le groupe, placé dans de bonnes conditions (transparence, écoute, méthode), est toujours plus intelligent que l’expert isolé. C’est la réponse opérationnelle à l’ingénierie sociale : contre la bêtise artificielle, l’intelligence collective naturelle.
- « Le sigle PIC signifie « Pari de l’Intelligence Collective ». Son slogan est sans équivoque : « Pirater le système : le plan radical d’un mouvement émergent pour rendre le pouvoir au peuple ». »
- « Le PIC, c’est ce que l’on aimerait que le peuple puisse faire. Mais l’intelligence collective est ce qui disparaît, car on fait tout pour la tuer. »
Pertinence et critique : C’est la « proposition de valeur » unique du mouvement. Elle est séduisante mais reste abstraite pour le grand public sans les exemples concrets (comme Rome) fournis par la suite.
8. L’éloge du Dissensus (Frédéric Bascuñana)
Contre-intuitivement, l’invité ne prône pas l’union sacrée ou le consensus mou, mais la valorisation du désaccord. Le dissensus est vu comme le moteur de la recherche de la vérité et de la meilleure solution. Le but n’est pas d’être d’accord sur tout, mais d’être d’accord sur la méthode pour gérer nos désaccords sans violence.
- « Le pari du PIC, c’est de pousser les gens à discuter ensemble en cultivant le dissensus. Non pas faire la chasse au désaccord, mais le valoriser. »
- « Nous ne travaillons pas ensemble en dépit de nos différences, mais parce que nous sommes différents. »
Pertinence et critique : C’est philosophiquement très fort (démocratie agonistique). Cela permet de dépasser les clivages partisans insolubles en les intégrant au processus. Cependant, faire accepter le conflit permanent comme mode de gestion peut effrayer ceux qui cherchent l’ordre et l’apaisement.
9. La critique de la personnalisation politique (Frédéric Bascuñana)
Bascuñana attaque frontalement le « star-system » politique. Il considère que l’incarnation excessive du pouvoir par des individus (l’homme providentiel) est une faille de sécurité majeure (corruption, ego, chantage) et une distraction médiatique (« pipolisation »). Il faut dépersonnaliser le pouvoir pour le rendre aux idées.
- « L’idée qu’un homme ou une femme, fort de son parcours individuel, incarne la démocratie face au peuple est la plus redoutable des impostures. »
- « Ils ont le charisme d’une nouille et le QI d’une asperge en quête de béchamel. »
Pertinence et critique : Une critique populiste (au sens noble) et jubilatoire. Elle prépare le terrain pour la proposition du « candidat sans visage ». C’est un point de rupture avec le système de la Ve République.
10. Le « Hack » électoral : Le Candidat Constitutionnel (Frédéric Bascuñana)
C’est la stratégie maîtresse. Utiliser l’élection présidentielle non pour exercer le pouvoir présidentiel, mais pour le détruire. Un candidat (ou une hydre de candidats) tiré au sort, interchangeable, qui s’engage juridiquement et publiquement à démissionner/abdiquer dès son élection pour lancer un processus constituant.
- « Nous allons faire semblant de participer à l’élection, mais nous aurons déterminé de façon aléatoire celui qui se présentera. »
- « Il dira partout : « Je ne compte pas, je démissionne aussitôt élu, et je laisse place à un directoire de transition… » »
Pertinence et critique : C’est l’idée la plus audacieuse et subversive. Elle transforme l’élection en référendum sur le système lui-même. La faisabilité (recueillir les 500 signatures, accès aux médias) est le point critique non abordé en détail ici, mais l’idée est puissante narrativement.
11. Le Directoire de Transition (Frédéric Bascuñana)
L’alternative au Président-Monarque. Une fois le pouvoir conquis par le « hack », il est remis à un collectif (directoire) chargé de gérer les affaires courantes et d’organiser la refonte des institutions. Cela permet d’éviter le vide du pouvoir tout en neutralisant l’hubris personnel.
- « Je laisse place à un directoire de transition pour refondre le logiciel démocratique. »
- « Nous acceptons un leadership, mais un leadership collectif. »
Pertinence et critique : Rassurant pour ceux qui craignent l’anarchie post-révolutionnaire. C’est une forme de gouvernance collégiale inspirée du modèle suisse ou du Directoire historique, mais actualisée.
12. Le Mandat Impératif et la Révocabilité (Frédéric Bascuñana)
L’invité insiste sur la responsabilité des élus. Contrairement au mandat représentatif actuel (chèque en blanc), le mandat impératif oblige l’élu à respecter ses engagements sous peine de révocation immédiate. C’est l’application de la logique entrepreneuriale (objectifs/résultats) à la politique.
- « Il faut des mandats impératifs. Si je suis entrepreneur et que je ne tiens pas mes objectifs, je dégage. »
- « Tu ne tiens pas tes objectifs, tu dégages. Tu piques dans la caisse, tu dégages. »
Pertinence et critique : Très populaire auprès de l’électorat déçu. Cela rétablit la notion de reddition de comptes. Juridiquement complexe à mettre en œuvre dans la constitution actuelle (qui l’interdit), d’où la nécessité d’une nouvelle constitution.
13. La Démocratie Épistémique (Voter pour des idées) (Frédéric Bascuñana)
Bascuñana propose de remplacer le vote pour des personnes par un vote pour des idées et des projets, via des outils numériques (blockchain, applications). Il imagine un processus où le citoyen se prononce sur des questions concrètes après s’être formé, transformant la démocratie d’opinion en démocratie de la connaissance (épistémique).
- « Au moment de la décision politique, ce n’est plus une élection de personne, c’est un vote d’idées. »
- « On ne vote plus pour Jordan, Marine ou Marion, on vote pour des idées mises en concurrence pédagogique. »
Pertinence et critique : Visionnaire. Cela déplace le curseur de la séduction vers la compétence collective. Critique : suppose un investissement temps/énergie des citoyens que certains jugeront utopique (bien que l’invité conteste ce point via l’exemple de Rome).
14. Les Neuro-droits (Frédéric Bascuñana)
Face aux avancées des neurosciences et de l’ingénierie sociale, l’invité propose d’inscrire la protection de l’intégrité mentale dans la Constitution (ou la Charte des droits de l’homme). Il s’agit de criminaliser la manipulation mentale industrielle.
- « La France doit être le phare de l’humanité et inscrire cela dans la Charte des droits de l’homme. Nous ne savions pas que les neurosciences pourraient nous déposséder de notre âme. »
- « Si l’on criminalise ces techniques, on change tout, y compris les médias. »
Pertinence et critique : C’est une innovation juridique majeure et très moderne. Elle offre un angle d’attaque juridique contre les GAFAM et les médias de masse.
15. La corruption et l’incompétence des Élites (Frédéric Bascuñana)
Un réquisitoire sévère contre la caste dirigeante actuelle, décrite non seulement comme corrompue (« cooptation mafieuse ») mais surtout comme intrinsèquement médiocre et traîtresse. La distinction est faite entre avoir le pouvoir (ce qu’ils ont) et avoir du leadership (ce qu’ils n’ont pas).
- « Le gouvernement actuel est une bande de clowns. »
- « Cette caste atteinte de pléonexie — ce désir insatiable de pouvoir et de richesse qui les rend fous. »
Pertinence et critique : Ce discours anti-élite nourrit la colère légitime de l’audience. L’utilisation du terme « pléonexie » (concept philosophique grec) élève le niveau de la critique : ce n’est pas juste de la cupidité, c’est une pathologie de l’âme.
16. La souveraineté et le rejet du Mondialisme (Frédéric Bascuñana / Kate TV)
Bien que le PIC se concentre sur la méthode démocratique, le fond idéologique est clairement souverainiste. Le mondialisme est désigné comme l’ennemi (« globalo-fascisme »), et des questions comme le Frexit ou la monnaie sont évoquées comme des sujets prioritaires à soumettre au peuple.
- « Ces Hyperscalers […] servent le projet mondialiste. Car il y a bien un projet mondialiste. »
- « Parmi les premières questions, il y aura : Voulez-vous quitter l’Europe ? Voulez-vous frapper monnaie ? »
Pertinence et critique : Ancre le mouvement dans le camp souverainiste/identitaire, tout en laissant la décision finale au processus référendaire, ce qui est une habile manière de ne pas braquer les indécis tout en satisfaisant la base militante.
17. Le rôle des Abstentionnistes (Frédéric Bascuñana)
L’invité recadre l’abstention non comme du désintérêt, mais comme de la lucidité politique. Les abstentionnistes sont le « premier parti de France », des citoyens qui ont compris la supercherie. Le PIC vise à réactiver cette masse critique.
- « Le premier parti de France est celui des abstentionnistes. Ce sont des gens lucides qui trouvent le système grotesque. »
- « Le camp d’en face […] pense pouvoir compter sur […] le nihilisme des abstentionnistes. Mais il y a un frémissement sérieux. »
Pertinence et critique : Stratégiquement essentiel. C’est le réservoir de voix le plus important. Transformer le nihilisme en action constituante est le défi majeur du PIC.
18. La réforme des Médias et le Pluralisme Radical (Frédéric Bascuñana)
La libération des médias est présentée comme un préalable ou une conséquence immédiate de la prise de pouvoir. Bascuñana ne veut pas censurer, mais imposer un pluralisme contradictoire (thèse/antithèse) qui rendrait la propagande impossible et le rachat par des milliardaires inutile.
- « Une fois les médias libérés et pluralistes, les controverses seront mises en scène équitablement. »
- « On leur imposera un pluralisme radical, une consubstantialité de la thèse et de l’antithèse. »
Pertinence et critique : Attaque le système à sa racine (l’information). L’idée de « consubstantialité thèse/antithèse » est une proposition de régulation médiatique très intéressante qui mériterait d’être creusée techniquement.
19. La fin du clivage Gauche-Droite (Frédéric Bascuñana / Kate TV)
Le clivage gauche-droite est dénoncé comme une matrice artificielle destinée à diviser le peuple (« jumeaux ennemis »). Le PIC se veut transversal, ou plutôt vertical (le bas contre le haut), unissant des gens de tous horizons autour de la méthode démocratique.
- « Nous sommes enfermés dans une matrice avec deux jumeaux ennemis, la droite et la gauche, qui défendent en réalité les mêmes choses. »
- « Nous sommes ni de gauche ni de droite, mais tout cela en même temps. »
Pertinence et critique : Classique du discours populiste/souverainiste, mais renforcé ici par l’argument de l’ingénierie sociale (diviser pour régner). C’est la condition sine qua non de l’intelligence collective : sortir des postures tribales.
20. L’Espoir lucide vs l’Optimisme béat (Frédéric Bascuñana)
En conclusion, l’invité oppose l’optimisme passif (« ça va aller ») à l’espoir actif (« on peut s’en sortir si on se bouge »). Il appelle à regarder la réalité en face (le « pessimisme de la raison ») pour mieux mobiliser la volonté. C’est un appel à la maturité émotionnelle.
- « C’est bien que tu sois optimiste pour ta sérénité […] mais il y a le feu au lac. »
- « De deux choses l’une : soit c’est le soulèvement populaire, les larmes et le sang ; soit on trouve un hack. »
Pertinence et critique : Une conclusion mobilisatrice qui place la responsabilité sur les épaules du spectateur. Ce n’est pas une promesse de lendemain qui chante, mais une invitation au travail.