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Par Frédéric Bascuñana (Le Parrhésiaste sur X @ parrhesiaste_fr)
Paris, le 6 janvier 2026
Il est des silences qui hurlent. Depuis soixante-douze heures, un silence gêné, presque coupable, a envahi les couloirs feutrés de la diplomatie européenne et les salles de rédaction parisiennes. Ce silence ne porte pas sur les faits eux-mêmes — le monde entier a vu les images stupéfiantes des Black Hawks américains se posant sur les toits du palais de Miraflores pour en extraire Nicolás Maduro et sa clique — mais sur le sens profond de l’événement. Car ce qui s’est joué à l’aube du 3 janvier 2026 n’est pas un simple changement de régime, ni une convulsion impérialiste de plus dans l’histoire tourmentée de l’Amérique latine. C’est infiniment plus grave, et plus prometteur. C’est la mort clinique de la fiction westphalienne et la naissance brutale d’une nouvelle ère : celle de la Responsabilité Absolue.
Alors que les pleureuses professionnelles de la gauche radicale crient au « coup d’État » et que les technocrates de Bruxelles balbutient des condamnations de principe, il est urgent de briser la vitrine du consensus mou. Il faut oser dire ce que personne n’ose dire : la chute de l’État-Narco vénézuélien est une mesure de salubrité publique mondiale. Et plus encore, elle constitue un précédent juridique et moral qui nous offre, à nous Français, la clé pour comprendre et neutraliser les menaces existentielles qui pèsent sur notre propre nation.
Pour saisir la portée tectonique de ce moment, nous devons accepter de plonger dans les eaux glacées du réalisme, disséquer l’anatomie monstrueuse du « Cartel des Soleils », conceptualiser cette arme nouvelle qu’est l’agression par négligence volontaire, et enfin, regarder en face notre propre reflet dans le miroir algérien. Accrochez-vous : ce que vous allez lire est l’antidote au poison de l’impuissance apprise.
I. La Fin de l’Immunité : La Doctrine Donroe comme Révolution Copernicienne
L’Occident post-moderne s’est construit sur un mensonge confortable : l’idée que la souveraineté d’un État serait un droit divin, inaliénable et absolu, quelles que soient les atrocités commises à l’intérieur de ses frontières ou les menaces projetées à l’extérieur. C’est ce dogme qui a permis à des tyrannies de prospérer sous le parapluie de l’ONU, transformant le Conseil de Sécurité en syndicat de protection pour dictateurs.
L’administration américaine vient de faire voler ce dogme en éclats. En invoquant ce que les stratèges du Pentagone appellent désormais la Doctrine Donroe (une mise à jour musclée de la vieille doctrine Monroe), Washington ne fait pas que réaffirmer sa prééminence hémisphérique. Elle acte une révolution juridique théorisée dès les années 1990 par le diplomate soudanais Francis Deng dans son ouvrage séminal Sovereignty as Responsibility : la souveraineté n’est pas un privilège, c’est une charge.
L’équation posée est d’une simplicité biblique : un État tire sa légitimité de sa capacité à protéger sa population et à contrôler son territoire. Lorsqu’un gouvernement affame délibérément son peuple (82% de pauvreté au Venezuela !), torture ses opposants dans les caves du SEBIN et transforme ses ministères en succursales du crime organisé, il rompt le contrat social. Il devient un État « incapable ou non-consentant » (Unwilling or Unable). Dès lors, il perd ses attributs régaliens et redevient ce qu’il est réellement : une zone de non-droit, une res nullius géopolitique ouverte à toutes les prédations.
L’intervention du 3 janvier n’est donc pas une violation du droit international, mais sa mise à jour forcée face à la réalité des « Nouvelles Guerres » décrites par le politologue allemand Herfried Münkler. Dans ces conflits asymétriques, l’ennemi ne porte pas toujours l’uniforme, et l’État n’est souvent qu’un masque pour des réseaux mafieux. En neutralisant Maduro, les États-Unis ont affirmé qu’on ne peut pas se prévaloir de l’immunité diplomatique quand on dirige une entreprise terroriste. C’est une leçon de réalisme offensif que l’Europe, noyée dans son juridisme procédural et sa lâcheté munichoise, ferait bien de méditer.
II. Anatomie d’un Monstre : L’État-Cartel et la Fusion Criminelle
Car il faut nommer les choses. Ce qui a été démantelé à Caracas n’était pas un « gouvernement de gauche », comme le prétendent les idiots utiles du progressisme, mais le Cartel de los Soles (Cartel des Soleils). Ce terme n’est pas une métaphore. Il désigne la fusion organique entre le haut commandement militaire vénézuélien et le narcotrafic global.
Merci au lanczeur d’alerte Antoine Bachelin Sena, dont la publication du 3 décembre 2025 avait préparé les esprits à cette révélation. La lettre confession du général Hugo « El Pollo » Carvajal, ancien maître-espion du régime, est un document historique. Elle détaille, avec la froideur d’un rapport comptable, comment l’État vénézuélien a mis ses infrastructures souveraines – radars, ports, avions présidentiels, valises diplomatiques – au service exclusif de l’exportation de la cocaïne.
Imaginez un instant : le Ministère de la Défense transformé en plateforme logistique pour les cartels mexicains. La compagnie pétrolière nationale PDVSA convertie en lessiveuse géante pour blanchir les milliards du crime. Nous sommes face à un phénomène inédit : le Narcoterrorisme d’État.
Comme l’a documenté l’enquêteur Douglas Farah dans Blood from Stones, cette structure a permis une alliance contre-nature entre le marxisme tropical et l’islamisme radical. Le Venezuela est devenu le sanctuaire où se croisaient les guérilleros des FARC et les agents du Hezbollah libanais. Tareck El Aissami, ancien vice-président et homme-clé du dispositif, a personnellement supervisé la distribution de passeports vénézuéliens authentiques à des terroristes du Moyen-Orient, leur ouvrant grand les portes de l’Occident.
Ceux qui pleurent aujourd’hui sur la « souveraineté » du Venezuela pleurent en réalité sur la destruction de la base arrière logistique du terrorisme mondial. Ils défendent, consciemment ou non, le droit d’un cartel à disposer d’un siège à l’ONU. C’est une obscénité morale.
III. L’Agression par Négligence Volontaire : L’Arme Absolue du XXIe Siècle
Mais le génie maléfique du chavisme ne s’est pas arrêté à la drogue. Il a inventé une forme de guerre hybride redoutable car invisible aux radars traditionnels : l’agression par négligence volontaire.
Comment détruire un ennemi puissant sans tirer une seule balle ? En s’effondrant sur lui. En laissant pourrir la situation intérieure jusqu’à ce que la gangrène infecte le voisin. C’est la stratégie du « laisser-faire » agressif.
Le régime de Maduro a transformé son propre peuple en munition. En détruisant l’économie, il a jeté sur les routes de l’exil 7,7 millions de Vénézuéliens, soit un quart de la population. Comme l’a théorisé Kelly M. Greenhill dans son ouvrage magistral Weapons of Mass Migration, ces flux migratoires coercitifs sont des armes de destruction massive sociale. Ils déstabilisent les pays d’accueil (Colombie, Brésil, USA), saturent leurs services publics, importent la criminalité (via des gangs comme le Tren de Aragua) et créent des tensions politiques insolubles.
C’est un chantage cynique : « Payez-nous, levez les sanctions, ou nous vous inondons de misère ». L’État failli devient un État maître-chanteur. Il utilise l’humanisme des démocraties occidentales comme une faille de sécurité. Il sait que nous ne tirerons pas sur des réfugiés affamés, alors il fabrique des réfugiés affamés pour nous faire plier.
La Doctrine Donroe apporte enfin une réponse juridique à cette agression asymétrique. Elle pose le principe que l’État d’origine est responsable des externalités négatives qu’il projette. Si vous êtes incapables de retenir votre population et d’empêcher vos criminels de nuire, vous perdez votre droit à la non-ingérence. C’est une révolution mentale capitale pour nous, Européens, qui subissons exactement le même chantage sur notre flanc sud sans oser le nommer.
IV. Le Naufrage de la Gauche : Théorème de Kasparov et Cécité Volontaire
Face à ces faits accablants, le spectacle offert par la gauche européenne est celui d’un suicide intellectuel. De Jean-Luc Mélenchon à Jeremy Corbyn, les « insoumis » de salon hurlent au complot impérialiste. Ils n’ont pas eu un mot, pas une larme, pour les victimes de la torture à El Helicoide ou pour les enfants mourant de faim dans les hôpitaux de Caracas. Leur compassion est hémiplégique, réservée aux seuls ennemis de l’Amérique.
Cette attitude révèle une pathologie profonde, diagnostiquée par Garry Kasparov dans ce que nous appellerons le « Théorème de Kasparov » : « Le Venezuela n’est pas un pays où le socialisme a échoué, c’est un pays où le socialisme a parfaitement réussi ».
Ces idéologues refusent d’admettre que la pauvreté n’est pas un accident du chavisme, mais son but. En ruinant la classe moyenne et en rendant le peuple dépendant des aides d’État pour sa survie biologique, le régime s’assure un contrôle total. La misère est le ciment du système. En soutenant Maduro, la gauche européenne ne soutient pas les pauvres, elle soutient la machine à fabriquer des pauvres.
Pourquoi cet aveuglement ? Par ce « tourisme idéologique » fustigé par Carlos Rangel dans Du bon sauvage au bon révolutionnaire. Pour ces bourgeois occidentaux en mal de frisson, le Tiers-Monde est un théâtre où projeter leurs fantasmes révolutionnaires sans en payer le prix. Ils aiment la dictature du prolétariat, mais seulement sous les tropiques, et de préférence vue depuis la terrasse du Café de Flore.
Il y a aussi, sans doute, une dimension plus sordide. N’oublions pas les valises de billets. Les archives des FARC ont prouvé que le narco-socialisme a financé des campagnes électorales dans tout le continent. On peut légitimement se demander si la véhémence de certains défenseurs européens de Maduro ne s’explique pas par la peur de voir certains livres de comptes rendus publics par les Américains…
V. Le Miroir Algérien : L’Urgence de Notre Propre Doctrine Donroe
Si nous disséquons le cadavre du chavisme avec tant de précision, c’est parce qu’il nous tend un miroir terrifiant. La France n’est pas à l’abri. Elle a, à 800 kilomètres de Marseille, son propre Venezuela : l’Algérie.
Les similitudes sont si frappantes qu’elles en donnent le vertige. Même économie de rente pétro-gazière captée par une gérontocratie militaire opaque et corrompue. Même effondrement des infrastructures vitales (pénuries d’eau, d’électricité, de lait). Même jeunesse désespérée, prête à tout pour fuir. Et surtout, même instrumentalisation de la haine de l’ancien colonisateur pour légitimer l’échec interne.
Le régime d’Alger pratique contre la France une agression par négligence volontaire d’une efficacité redoutable. En refusant systématiquement de délivrer les laissez-passer consulaires pour reprendre ses ressortissants clandestins et délinquants (les fameux OQTF), en laissant les réseaux de passeurs opérer au grand jour sur ses côtes, Alger mène une guerre hybride. C’est une invasion par le chaos. Le régime exporte sa cocotte-minute sociale vers nos banlieues, affaiblissant notre cohésion nationale tout en se débarrassant de sa jeunesse turbulente.
La France se trouve aujourd’hui dans la position des États-Unis avant 2026 : paralysée par une fausse culpabilité coloniale, elle paie une « jizya » diplomatique à un État-voyou qui la méprise. Nous accordons des visas par milliers aux dignitaires du régime qui viennent se faire soigner au Val-de-Grâce tout en nous insultant dans leurs discours. C’est du masochisme d’État.
L’exemple américain nous montre qu’une autre voie est possible. La Doctrine Donroe est transposable. Nous avons le droit, et le devoir, de considérer le chaos algérien comme une menace directe pour notre sécurité nationale. Cela implique de cesser de soutenir la junte à bout de souffle et de tendre la main aux forces démocratiques réelles, notamment au mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, qui subit une colonisation intérieure féroce. La souveraineté de l’Algérie s’arrête là où commence la sécurité de la France.
VI. L’Empire contre les Empires : Sortir du Piège Européiste
Mais ne soyons pas naïfs. Si la France est aujourd’hui incapable de cette fermeté, ce n’est pas seulement par manque de volonté politique à Paris. C’est parce qu’elle est prisonnière d’un autre Empire, plus froid, plus insidieux, plus paralysant que n’importe quelle armée : l’Empire Européiste.
Nous vivons sous le joug de cette « classe managériale » prophétisée par James Burnham dans L’Ère des organisateurs. Les technocrates de Bruxelles, non élus et irresponsables, ont construit un système normatif qui interdit la puissance. C’est l’Union Européenne qui nous empêche de contrôler nos frontières. C’est la CEDH qui bloque les expulsions. C’est la Commission qui détruit notre souveraineté alimentaire au nom du libre-échange mondialisé.
Ce « globalo-fascisme » en col blanc est le véritable ennemi de l’intérieur. Il organise notre impuissance. Il préfère gérer le déclin avec des tableurs Excel et des directives sur la courbure des concombres plutôt que d’affronter le tragique de l’histoire. Les « anti-impérialistes » de gauche se trompent de combat : ils brûlent des drapeaux américains, mais ils adulent l’Union Européenne qui est le véritable agent de leur dissolution.
Comme l’a analysé Christopher Lasch dans La Révolte des élites, nos dirigeants ont fait sécession. Ils ne vivent plus dans le même monde que nous. Ils sont des citoyens de « l’archipel métropolitain global », déconnectés du sol et du peuple. Ils ne ressentent pas l’insécurité culturelle et physique que subit le peuple, car ils vivent dans des quartiers protégés. Pour eux, le Venezuela ou l’Algérie sont des abstractions, pas des menaces.
VII. Conclusion : Le Pari de l’Intelligence Collective ou la Mort
Le tableau est sombre. Un monde de prédateurs, des États faillis agressifs, une Europe qui nous désarme, des élites qui nous trahissent. Faut-il désespérer ? Non. Car la chute de Maduro nous enseigne une chose capitale : aucun système de mensonge, aussi verrouillé soit-il, ne résiste indéfiniment au réel.
Mais nous ne pouvons pas attendre que les Américains viennent nous sauver. Un Empire ne sauve pas ses vassaux, il les utilise. Nous devons nous sauver nous-mêmes. Et pour cela, il n’y a qu’une seule solution, radicale et définitive : rendre le pouvoir à ceux qui subissent le réel, c’est-à-dire au peuple.
C’est la mission sacrée du PIC : le Pari de l’Intelligence Collective. Nous ne croyons pas à l’homme providentiel, ce mythe monarchiste qui nous maintient en enfance politique. Nous croyons à la maturité du peuple. Le système représentatif actuel, qui confie les clés de la nation à des VRP de la mondialisation tous les cinq ans, est obsolète. Il est l’outil de notre dépossession.
Imaginez une France dotée du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Face au chantage algérien, ce ne sont plus des diplomates timorés qui décideraient, mais le peuple français qui pourrait voter un gel total des visas et des transferts de fonds. Face aux délires normatifs de Bruxelles, le peuple pourrait imposer la supériorité de la Constitution nationale. Face à la corruption, le peuple pourrait révoquer les élus menteurs.
La démocratie directe est l’arme de dissuasion massive des nations libres. Comme le disait Cornelius Castoriadis, la démocratie est le régime de l’autonomie, l’auto-institution de la société par elle-même. Nous devons sortir de l’hétéronomie, cette soumission à la loi des autres.
Le Venezuela nous a montré l’enfer d’un peuple dépossédé de sa voix par une mafia d’État. L’Algérie nous montre le danger d’un État en décomposition. L’Amérique nous montre la brutalité de la puissance. À nous, Français, d’inventer la quatrième voie : celle de la Souveraineté Intelligente. Celle d’un peuple adulte qui reprend son destin en main. Le temps de l’innocence est terminé. Le temps de la responsabilité commence.
Rejoignez le PIC.
Devenez les législateurs de votre propre survie.
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