More

    L’Occident face à son propre néant : autopsie d’un suicide assisté, avec Édouard Husson

    Présentation

    Par la Rédaction du Politoscope

    Dans le brouillard épais de la guerre cognitive, où la propagande d’État se déguise en information et où le mensonge est devenu un mode de gouvernement, rares sont les voix qui osent nommer le réel. Nous recevons aujourd’hui l’une d’entre elles. Édouard Husson, historien, normalien et analyste hors norme, ne se contente pas de commenter l’actualité : il dresse le constat clinique de l’effondrement européen. Du « philocide » ukrainien à la vassalisation terminale de l’Allemagne, en passant par la trahison technologique de nos armées, cet entretien est un électrochoc. Une plongée en apnée dans les coulisses d’un monde qui meurt, pour mieux armer ceux qui veulent vivre.

    LE RÉVEIL DOULOUREUX DU SOMNAMBULE EUROPÉEN

    Il y a des entretiens qui ne sont pas de simples échanges, mais des points de bascule. Des moments où, soudainement, les pièces du puzzle s’assemblent pour former une image terrifiante mais nécessaire. Alors que les médias de grand chemin continuent de nous bercer avec la fable d’une Ukraine victorieuse, d’une économie russe en lambeaux et d’une alliance atlantique protectrice, la réalité du terrain, elle, hurle le contraire. Nous vivons une époque de dissonance cognitive aiguë. Vous le sentez chaque jour : le récit officiel craque de toutes parts, contredit par l’inflation, par l’insécurité, par la désindustrialisation, et par cette petite musique de fond angoissante qui nous murmure que nous sommes du mauvais côté de l’Histoire.

    Pour comprendre ce vertige, il ne suffit plus d’être informé. L’information est devenue une marchandise frelatée, polluée par ce que nous avons identifié lors de cet échange comme une véritable « guerre cognitive » menée par l’État contre sa propre population. Non, pour comprendre, il faut être armé. Il faut des concepts, de l’histoire, de la stratégie. C’est tout l’objet de la venue d’Édouard Husson sur notre antenne. Cet homme, qui avait tout pour être le chouchou de la caste — l’agrégation, les honneurs universitaires, la direction de grandes écoles — a choisi la voie escarpée de la dissidence intellectuelle. Parce que l’honnêteté ne se négocie pas.

    Ce que nous allons traverser ensemble dans cet article, qui synthétise plus de deux heures d’une densité rare, c’est l’autopsie d’un suicide. Le suicide d’un continent, l’Europe, qui a décidé, ou plus exactement dont les élites ont décidé, de s’immoler sur l’autel d’intérêts qui ne sont pas les siens. Accrochez-vous, car les vérités que nous allons exposer ici sont brutales.

    LE « PHILOCIDE » : LE CRIME PARFAIT DE L’OCCIDENT

    C’est sans doute le concept le plus frappant, le plus nucléaire de cet entretien. Édouard Husson forge un néologisme qui fera date : le « philocide ». Littéralement, le meurtre de l’ami. Jusqu’ici, la narration otanienne reposait sur une supériorité morale autoproclamée : nous aidons l’Ukraine, nous sommes le camp du Bien, le camp de la Liberté. Husson pulvérise cette vitrine. En poussant Kiev dans une guerre asymétrique contre une superpuissance nucléaire et démographique, en sabotant les accords de paix dès mars 2022, l’Occident n’a pas aidé l’Ukraine. Il l’a condamnée.

    L’analyse est implacable : nos dirigeants, Washington en tête, mais suivis avec un zèle de laquais par Paris et Berlin, ont intégré la destruction biologique de la nation ukrainienne comme une variable d’ajustement acceptable. L’objectif n’a jamais été la victoire de l’Ukraine — nos militaires savent depuis le premier jour qu’elle est impossible — mais l’épuisement de la Russie. L’Ukraine est un bélier que l’on fracasse contre la muraille russe. Quand le bélier sera brisé, on le jettera. Ce cynisme absolu, où l’on envoie un « peuple ami » se faire exterminer avec des tapes dans le dos et des livraisons d’armes périmées, est la marque d’une civilisation qui a perdu toute boussole morale.

    Husson rappelle les chiffres, ceux que les plateaux télé cachent pudiquement. Une génération décimée. Un ratio de pertes effroyable. Et surtout, cette monstruosité bureaucratique : l’absence d’exigence de l’OTAN sur les hôpitaux de campagne. On livre des canons pour tuer, mais on ne livre pas de quoi sauver les blessés. Le philocide, c’est cela : transformer un allié en chair à canon jetable, tout en se drapant dans la vertu.

    L’EFFONDREMENT DU MYTHE TECHNOLOGIQUE : QUAND LE DRONE À 1000 BALLES BAT LE CHAR À 100 MILLIONS

    Si la faillite est morale, elle est aussi militaire et industrielle. C’est le deuxième axe majeur de notre échange. Nous avons grandi avec le mythe de la supériorité technologique occidentale. Nos armes seraient « intelligentes », « chirurgicales », invincibles. La guerre d’Ukraine a agi comme un révélateur cruel : le roi est nu.

    Édouard Husson, rejoint par les analyses techniques que nous avons développées, met en lumière une réalité économique que nos complexes militaro-industriels refusent de voir. L’OTAN a bâti une armée de riche, une armée de temps de paix, faite pour des guerres coloniales contre des adversaires en sandales. Nous produisons des systèmes d’une complexité inouïe, fragiles, et surtout horriblement coûteux. Face à cela, la Russie a opéré une révolution de « l’innovation frugale ». L’image est saisissante : un drone Geran ou un drone FPV bricolé, coûtant quelques milliers d’euros, pulvérise un char Abrams ou Leopard qui a coûté des millions et des mois de fabrication. Le ratio d’échange financier est insoutenable. L’Occident se ruine à chaque interception, tandis que la Russie sature l’espace à bas coût. C’est la revanche de la masse et de la rusticité sur la sophistication arrogante.

    Pire encore, Husson pointe le retard stratégique fatal : l’hypersonique. C’est un sujet que nous connaissons bien au Politoscope, mais l’entendre de la bouche d’un historien qui fréquente les cercles informés donne le vertige. Les Russes (suivis des Chinois et des Iraniens) ont quinze ans d’avance. Ils possèdent une capacité de frappe que nous ne pouvons ni intercepter ni égaler. L’hypersonique permet une « dissuasion conventionnelle » : une simple charge cinétique, sans nucléaire, peut détruire un centre de commandement enfoui. Le message de Poutine est clair, nous dit Husson : « Même dans vos bunkers, vous n’êtes pas à l’abri. » Que font nos dirigeants face à cette réalité physique ? Ils sont dans le déni. Ils continuent de jouer aux petits soldats avec des cartes qui ne sont plus dans le jeu.

    LE SUICIDE ALLEMAND ET LA SOUMISSION DU « JANUS »

    L’Allemagne est au cœur de la tempête. Germaniste émérite, Husson déconstruit avec brio le « modèle allemand » que nos élites nous ont tant vendu. Il décrit une nation « Janus », à double visage, capable du meilleur comme du pire, mais surtout mue par un fond de romantisme irrationnel qui vire aujourd’hui à la pulsion de mort. L’Allemagne s’est suicidée énergétiquement. En sortant du nucléaire par idéologie verte, puis en se coupant du gaz russe par soumission atlantiste, elle a détruit les bases mêmes de sa puissance industrielle. Mais le plus fascinant — et le plus terrifiant — c’est sa réaction face au sabotage de Nord Stream.

    Rappelons les faits : les États-Unis, « allié » et protecteur de l’Allemagne, ont selon toute vraisemblance (et les enquêtes de Seymour Hersh) détruit l’infrastructure vitale de l’économie allemande. C’est un acte de guerre. Quelle a été la réaction de Berlin ? Le silence. La soumission. Husson rapporte cette anecdote dévastatrice sur le chancelier Scholz revenant de Moscou, incapable de comprendre le langage de souveraineté de Poutine, alors qu’il comprend parfaitement les aboiements de Biden. L’Allemagne n’est pas un État souverain. C’est un territoire occupé, mentalement et militairement. Et le drame de la France, c’est de s’être enchaînée à ce cadavre à la dérive, au nom d’un « couple franco-allemand » qui n’est qu’une fiction érotique pour énarques, masquant une relation de prédation où la France paie et l’Allemagne encaisse.

    TRAHISON DES ÉLITES ET INVERSION DE LA NORME

    Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment la France du Général de Gaulle est-elle devenue la France d’Emmanuel Macron, ce « touriste de la République » qui brade nos fleurons industriels (Alstom) et envisage désormais de partager notre arme nucléaire ? Édouard Husson pose un diagnostic sans appel : nos élites ont fait sécession. Elles ne vivent plus dans le même monde que nous. Elles ont opéré ce que nous avons identifié comme une « inversion de la distinction Ami/Ennemi », concept cher à Carl Schmitt. Regardez autour de vous. L’État est devenu obèse, intrusif, capable de vous traquer pour un excès de vitesse ou un masque mal porté. Il traite le citoyen comme un suspect, un ennemi potentiel à surveiller, à « nudger », à rééduquer. Mais face aux vrais ennemis, face aux rivaux stratégiques, face aux saboteurs de notre économie, cet État est impuissant, voire complice. C’est un « État fort avec les faibles et faible avec les forts ».

    Cette trahison va plus loin. Elle est cognitive. L’entretien a permis de lever le voile sur l’utilisation par l’État français de logiciels de Persona Management (astroturfing). Nous ne sommes plus dans la simple propagande, mais dans la simulation industrielle de l’opinion. Des armées de faux profils, gérés par des algorithmes, inondent les réseaux pour créer de faux consensus, noyer la dissidence et démoraliser les résistants. C’est le « fascisme gris » : une tyrannie molle, bureaucratique, numérique, qui ne vous met pas en prison mais qui vous efface de la réalité.

    STRATÉGIE DE SURVIE : SORTIR DE L’OTAN, RECONSTRUIRE PAR LE BAS

    Face à ce tableau apocalyptique, que faire ? Pleurer ? Se résigner ? Certainement pas. C’est là que l’échange avec Édouard Husson devient une feuille de route pour l’avenir. Husson renverse la table des stratégies souverainistes classiques. Le Frexit ? Oui, mais pas n’importe comment. Il pose une priorité absolue, contre-intuitive pour beaucoup : il faut sortir de l’OTAN avant de sortir de l’Union Européenne. L’analyse est brillante de réalisme : la France seule, ruinée, ne peut pas affronter les marchés financiers et la colère de Bruxelles. Pour retrouver sa souveraineté, elle a besoin d’oxygène. Cet oxygène se trouve aujourd’hui au Sud, du côté des BRICS, du monde multipolaire qui émerge. Mais pour parler à ce monde-là, pour retrouver une crédibilité diplomatique et des partenariats économiques vitaux, il faut couper la laisse qui nous tient à Washington. Sortir de l’OTAN, c’est redevenir fréquentable pour la majorité de la planète. C’est la condition sine qua non du redressement économique qui rendra ensuite possible l’indépendance monétaire.

    Mais on ne peut pas attendre que le sommet de l’État ait cette lucidité. Le système est verrouillé. Alors, il faut appliquer la stratégie de « l’Aventin », ou ce que les dissidents tchèques appelaient la « Polis Parallèle ». Il faut faire sécession. Non pas se retirer dans une grotte, mais reconstruire, à l’échelle locale et citoyenne, les structures que l’État a abandonnées ou perverties. Créer des écoles libres pour sauver nos enfants de l’endoctrinement. Créer des circuits courts pour échapper à l’inflation et au contrôle alimentaire. Créer des médias indépendants pour briser le blocus informatif.

    C’est ici que nos chemins convergent avec force. L’antidote au fascisme gris, c’est l’intelligence collective. Ce n’est pas un mot-valise de consultant, c’est une arme de guerre cognitive. Face à l’atrophie du débat démocratique, face à la bêtise des foules manipulées, nous devons structurer des minorités agissantes, lucides, formées. Nous avons évoqué ensemble le projet d’une « école des cadres » citoyenne, un lieu de formation stratégique pour donner une colonne vertébrale à la résistance. Édouard Husson a répondu présent.

    CONCLUSION : LE REFUS DU DÉSESPOIR

    Cet entretien est dur. Il décrit un monde dangereux, où la France est nue, dirigée par des somnambules ou des traîtres. Mais paradoxalement, il est porteur d’un immense espoir. L’espoir réside dans le fait que le mensonge s’effrite. Le réel revient au galop. L’Occident n’est plus le centre du monde, et c’est une bonne nouvelle, car cela nous force à nous réinventer. La guerre en Ukraine a montré au reste de la planète qu’on pouvait dire « non » à l’hégémonie. Comme le dit Husson en conclusion, la victoire ultime du système serait de nous faire croire qu’il n’y a plus d’avenir, que tout est foutu. C’est le piège du nihilisme. Or, l’Histoire n’est jamais finie. Elle est tragique, oui, mais elle est ouverte. Elle appartient à ceux qui la comprennent et qui ont le courage de s’organiser.

    Nous ne sommes pas condamnés à être les spectateurs de notre propre fin. Nous pouvons être les architectes de la suite. Mais cela demande du travail, de la lucidité, et du courage. Si vous voulez comprendre pourquoi le monde bascule et comment rester debout, ne vous contentez pas de ce résumé. Prenez le temps d’écouter cet entretien magistral. C’est un investissement pour votre survie intellectuelle.

    Le vieux monde se suicide. Laissons-le mourir. Et préparons la relève.

    Retrouvez l’intégralité de l’entretien vidéo sur notre chaîne Politoscope TV sur YouTube (ci-dessus)et rejoignez le mouvement PIC, le Pari de l’intelligence collective sur pari-intelligence-collective.org.

    Commenter cet article ailleurs :

    Sur Linkedin \ ou sur X

    Mots-clés : Édouard Husson, Guerre Ukraine, Philocide, OTAN, Suicide européen, Déclin de l’Occident, Hypersonique, Drones militaires, Nord Stream, Sabotage, Allemagne, Couple franco-allemand, Souveraineté, Frexit, BRICS, Monde multipolaire, Intelligence collective, Fascisme gris, Guerre cognitive, Astroturfing, Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, Dissuasion nucléaire, Géopolitique, Crise énergétique, Alstom, Résilience, Sécession.

    Transcription améliorée

    Frédéric Bascuñana : Commençons par le rituel du clap, gage de professionnalisme. C’est avec une satisfaction particulière que je reçois aujourd’hui, pour la première fois, Édouard Husson. Comme beaucoup d’entre vous, je lis régulièrement ses éditoriaux, et bien d’autres de ses écrits. Il est un témoin précieux de notre époque. Le temps que chacun s’installe confortablement, peut-être accompagné d’un rafraîchissement, je me permets une brève introduction avant de céder la parole à notre invité.
    Pour vous donner l’intention générale de cet échange, comme l’indique le titre, nous allons évoquer ce que l’on pourrait nommer le « suicide européen ». Vous le ressentez, vous le vivez au quotidien : nous traversons, c’est le moins que l’on puisse dire, une zone de turbulences historiques majeure et terrifiante. Qui eût cru que nous vivrions cela ? Si je vous avais annoncé, il y a cinq ans, une telle accélération de l’Histoire, vous auriez sans doute peiné à y croire.
    Dans cette tempête, le plus ardu n’est pas tant d’affronter la réalité, aussi brutale soit-elle, que de percer l’épais brouillard de la propagande médiatique qui nous asphyxie. Cela vaut y compris pour celui qui vous parle, et qui pourtant consacre son temps à décortiquer ces mécanismes. C’est pénible, épuisant. Il faut constamment ramer à contre-courant des fausses nouvelles, tout en se faisant soi-même attaquer sur ce terrain. On nous vend, par exemple, une Ukraine victorieuse alors que sa jeunesse est décimée. On nous vante une économie occidentale résiliente alors que, clairement, le dollar vacille. On nous chante encore la petite musique du couple franco-allemand alors que Berlin joue sa propre partition, souvent à notre détriment.
    Pour y voir clair, il ne suffit plus d’être informé. Il faut être armé. Armé intellectuellement. C’est précisément pour cette raison que je suis très honoré, et même ému — car je souhaitais l’inviter depuis longtemps — de recevoir aujourd’hui une personnalité hors norme. Notre invité sur Politoscope possédait tous les atouts pour être le favori du système : normalien, agrégé d’histoire, vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur de grande école. En somme, il avait sa place réservée dans les dîners mondains de la Macronie. Sauf que l’honnêteté intellectuelle ne se négocie pas. Il a choisi de voir ce que d’autres refusent de regarder. Il a choisi le réel contre l’idéologie.
    Il est aujourd’hui l’une des plumes les plus acérées, notamment au sein du Courrier des Stratèges dont certains d’entre vous ont sans doute lu les articles. C’est un historien qui ne craint pas d’affirmer que l’Occident est en train, d’une certaine manière, de se suicider. Il nous expliquera sa pensée, mais c’est avant tout un homme libre, et c’est pourquoi nous sommes d’autant plus heureux de le recevoir. Nous allons passer un moment ensemble pour autopsier ce vieux monde qui s’effondre, ou qui donne l’impression de se suicider, et tenter de comprendre celui qui émerge. Nous allons bousculer quelques certitudes.
    Bonjour et bienvenue, Édouard Husson. Je suis sincèrement ravi. Comment allez-vous ?
    Édouard Husson : Très bien. Je suis très heureux de cette première expérience d’entretien avec vous, que j’attendais avec impatience.
    Frédéric Bascuñana : C’est merveilleux. Nous allons entrer assez vite dans le vif du sujet. Nous veillons toujours à évoquer les publications de nos invités. Vous en avez quelques-unes à votre actif. Je me suis personnellement plongé dans Paris-Berlin : la survie de l’Europe. Par ailleurs, dans vos interventions récentes, j’ai noté que vous disposez désormais d’un blog et d’une chaîne YouTube qui commencent à être bien fournis. Il y a de la matière. Je précise à notre audience : tapez « Édouard Husson » sur YouTube pour trouver sa chaîne. Je soupçonne qu’elle puisse être parfois invisibilisée, compte tenu des propos qui y sont tenus. Il est donc crucial d’aller la suivre. Nous sommes d’accord, Monsieur Husson ?
    Édouard Husson : Tout à fait. La chaîne s’intitule Libre Propos. De même que mon blog. Vous faisiez allusion au Courrier des Stratèges : effectivement, j’y ai participé pendant quatre ans et demi. Cependant, cet été, j’ai souhaité prendre davantage d’indépendance. Les belles aventures éditoriales nécessitent de tenir la distance, et j’ai estimé que nous n’avions plus nécessairement, avec Éric Verhaeghe, une convergence de vues sur la crise et, surtout, sur les solutions à y apporter. J’ai donc pris mon autonomie en créant mon blog sur Substack, Libre Propos.
    Je ne souhaite pas solenniser les choses outre mesure ; ce sont des propos libres. C’est aussi une invitation à la conversation. Vous évoquiez l’intelligence collective, concept central dans votre démarche. Je suis convaincu qu’il existe une véritable intelligence collective et que le grand jeu de nos dirigeants — ou soi-disant dirigeants — consiste à tout faire pour la tuer, pour atomiser le corps social dans ce qu’il a de plus intelligent. C’est pourquoi je parle de « libre propos » : toute personne souhaitant se joindre à la conversation sur mon blog est la bienvenue.
    Frédéric Bascuñana : Fantastique, et merci pour cet important recadrage. Il y a effectivement une actualité et une évolution dans vos collaborations qu’il était important de souligner. Longue vie à votre propre média. Je rappelle donc : le blog et la chaîne YouTube. J’aimerais également aborder vos dernières publications. J’ai mentionné Paris-Berlin, mais à mon grand regret, je n’ai pas encore lu votre tout dernier ouvrage. Pourriez-vous nous en rappeler le titre ? Je crois qu’on peut le trouver sur l’URL de Book Edition.
    Édouard Husson : Oui. Il s’agit d’un livre que j’ai coécrit avec une collègue et amie autrichienne, Ulrike Reisner. Nous avons fait connaissance lors des combats pour les libertés, à l’époque où le monde entier était confiné. Nous avions constaté alors que les Autrichiens et les Français aspiraient, avec la même intensité, à se débarrasser des confinements et des injonctions vaccinales, réclamant la liberté de choix.
    Avec Ulrike, nous avons développé une réflexion commune. Nous avons suivi les cent jours précédant les élections présidentielles américaines de 2024. Notre démarche a consisté à observer cette période non pas depuis les États-Unis ou l’Europe, mais depuis le « reste du monde ». Qu’il s’agisse des BRICS, du Proche-Orient, de la Russie, de la Chine, de l’Inde ou de l’Afrique, ce reste du monde regardait avec perplexité et angoisse la radicalisation de la politique étrangère de l’administration Biden. Cette dernière semblait se dire qu’une crise mondiale pourrait permettre aux Démocrates de conserver le pouvoir et à Kamala Harris d’être élue.
    Il y a eu un jeu extrêmement subtil, en particulier de la part des Russes, des Chinois et des Iraniens, pour éviter de tomber dans les pièges successifs tendus par l’administration Biden et les Britanniques, afin de ne pas gâcher la possibilité d’une entente avec Donald Trump si celui-ci venait à être élu. Dans ce cadre, même si l’on ignore encore comment tournera l’aventure Trump, il est certain que les États-Unis d’aujourd’hui sont beaucoup moins belliqueux qu’ils ne l’étaient sous Joe Biden. J’entends d’avance les objections concernant les menaces sur le Venezuela ou la situation à Gaza — nous en reparlerons peut-être. Je ne souhaite pas enjoliver l’administration Trump, mais pour la paix du monde, il valait mieux que ce soit lui, plutôt que Kamala Harris.
    Frédéric Bascuñana : Une fois n’est pas coutume, je me permets, avant même de savoir si cette interview se déroulera bien, de poser un joker : j’aimerais vraiment pouvoir vous réinviter lorsque j’aurai lu cet ouvrage. Je me permettrai peut-être de vous soumettre une analyse que j’ai faite des premières actions de Trump, notamment autour de son discours historique à l’ONU. Mais passons au sujet principal.
    L’ouvrage s’intitule donc 100 jours qui ont changé le monde. Ce sont des chroniques écrites à chaud ?
    Édouard Husson : Absolument. Ce sont des chroniques rédigées à raison de deux ou trois par semaine, auxquelles nous n’avons rien changé. Il y avait parfois des éléments d’anticipation. Lorsque les événements nous ont démentis, nous avons ajouté une note pour rappeler le contexte de l’écriture. Mais finalement, il y a peu de notes correctives. On voit comment, en cent jours, en trois mois, il peut se passer des événements incroyables. Il n’est pas exagéré de dire que le monde est passé tout près d’une guerre mondiale durant cette période.
    Frédéric Bascuñana : Excellent. Comme prévu, enchaînons sur le dossier européen. Première question, cher Édouard : vous utilisez un terme terrible pour décrire l’attitude de l’Occident envers l’Ukraine. Vous parlez de « philocide ».
    Édouard Husson : Oui, c’est-à-dire le meurtre d’un peuple ami. Je vais expliquer ce terme. Permettez-moi d’abord un petit point biographique. J’ai mené, avec une équipe de chercheurs, des enquêtes sur les massacres allemands pendant la Seconde Guerre mondiale sur le territoire ukrainien, durant la guerre germano-soviétique. Nous avons étudié ce qu’on appelait les Einsatzgruppen, les commandos d’intervention nazis. Il y a vingt ans, nous avons réalisé des interviews auprès d’Ukrainiens témoins de ces exactions entre 1941 et 1944. J’ai donc parcouru l’Ukraine en profondeur, sur le terrain, dans les villages et les petites villes où les témoins avaient peu bougé depuis cinquante ou soixante ans.
    J’ai acquis une véritable connaissance de ce pays et une profonde sympathie pour cette société, pour ces gens qui ont tant souffert depuis la chute de l’Union soviétique. À l’époque, ils appelaient la Perestroïka la « catastrophe » dans leur langue. Pourquoi ? Parce que l’Ukraine, qui tenait par le système soviétique, s’est effondrée. J’ai rencontré des gens poignants, dignes, racontant les horreurs du XXe siècle.
    Lorsque la guerre d’Ukraine a éclaté, ce n’était pas indifférent pour moi. Les noms des lieux de bataille cités dans nos médias étaient des lieux où j’étais passé. Je me suis aperçu que je vivais cette guerre, toutes choses égales par ailleurs, dans ma chair, du fait de cette mémoire. J’ai très vite compris le jeu pervers formulé par le sénateur américain Lindsey Graham lorsqu’il a déclaré : « Nous nous battrons contre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien ».
    Frédéric Bascuñana : Ce qui m’amène à vous poser la question clé, terrible : cela signifie-t-il que nos dirigeants ont, consciemment ou par incompétence, intégré la disparition biologique de l’Ukraine comme une variable d’ajustement acceptable pour affaiblir la Russie ?
    Édouard Husson : Je pense que dans la classe dirigeante américaine, il y a peu de scrupules. Quand on regarde les chiffres de la guerre de Corée — deux millions de morts —, ceux du Vietnam — deux à trois millions de morts vietnamiens, sans compter les 58 000 soldats américains —, ou encore l’Irak… Les dirigeants américains sont tout à fait indifférents à la vie des autres peuples.
    Pour les dirigeants européens, je pense qu’il y a un mélange d’oubli de ce qu’est la guerre, d’indifférence et d’américanisation. J’ai utilisé ce terme de « philocide » pour souligner que c’est la première fois qu’on envoie, avec autant de gaieté de cœur, un peuple ami se faire tuer. Les pertes ukrainiennes sont terrifiantes. Par ironie, bien sûr — on me pardonnera cet humour noir —, je parle de philocide : on anéantit un peuple allié.
    Il n’y a pas que la mort des soldats sur le champ de bataille. Certaines estimations évoquent déjà 500 000 morts dans les rangs ukrainiens. Mais il y a plus horrible encore de la part de l’OTAN : on livre des armes, mais qui se préoccupe des hôpitaux de campagne ? Qui se soucie du système sanitaire d’évacuation des blessés ? On observe un chiffre étonnant : il n’y a pas plus de blessés graves que de morts, alors que d’habitude, dans la guerre moderne, le ratio est d’environ trois blessés graves pour un tué. Cela s’explique par le fait qu’un certain nombre de blessés ne sont jamais récupérés sur le champ de bataille.
    Nous avons encouragé l’Ukraine à faire la guerre. Ce pays possède une classe dirigeante parfaitement corrompue — on le sait depuis le début — qui, détournant une partie de l’argent, n’a absolument pas installé les infrastructures nécessaires pour évacuer les blessés graves. Et l’OTAN, jusqu’à aujourd’hui, semble s’en moquer éperdument. On aurait pu exiger une conformité (compliance), obliger les Ukrainiens à installer ces hôpitaux sous peine de couper les financements. Mais non. Cela témoigne du cynisme absolu des Américains, mais aussi des Français, des Allemands, des Britanniques et des Bruxellois — j’entends par là l’UE et l’OTAN.
    Frédéric Bascuñana : Vous convergez avec Emmanuel Todd qui, dans son dernier ouvrage La Défaite de l’Occident (2024), écrit : « La direction ukrainienne nationaliste a accepté de sacrifier son peuple pour les beaux yeux de l’Occident, plus précisément ceux de l’OTAN. Et l’Occident ou l’OTAN n’a pas les moyens de cette guerre. […] C’est une faute morale et stratégique absolue qui aboutit à la destruction physique de la nation ukrainienne. » Je sais que vous échangez avec Emmanuel Todd. Quel est votre degré de convergence ?
    Édouard Husson : Je souscris entièrement à cette phrase. Lorsque je lui ai soumis mon concept de philocide, il m’a confirmé que cela traduisait son ressenti, bien que le terme soit un peu bancal, il est explicite. Je suis en convergence régulière avec Todd depuis des années, même si nous avons parfois des divergences de détail. Il vient d’une tradition plus sociale-démocrate, moi plus conservatrice. Ce qui est intéressant avec lui, c’est que nous arrivons souvent au même résultat par des chemins différents. Par exemple, il a une connaissance extraordinaire de l’Allemagne, bien qu’il s’en défende par modestie.
    Sur l’Ukraine, son chapitre est très pertinent. De mon côté, je connais la Russie surtout par l’histoire, notamment celle de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce qui fait que, dès le début de la guerre en février-mars 2022, j’ai affirmé que la Russie ne pouvait pas perdre cette guerre. C’était absurde de la part des Européens et des Américains de lancer l’Ukraine dans un conflit qu’elle perdrait inévitablement. Personne ne pouvait prévoir la capacité de l’Ukraine à se sacrifier à ce point pour les intérêts occidentaux.
    Je pense qu’un des drames de l’Ukraine est d’être une nation qu’on n’a pas voulu laisser exister. Il y a vingt ans, quand je demandais aux habitants du Donbass s’ils se sentaient Russes, ils me répondaient : « Non, on est Ukrainiens, mais ne nous demandez jamais d’affronter nos frères russes. » C’était clair. Aujourd’hui, les mêmes considèrent que l’Ukraine les a trahis et souhaitent être officiellement rattachés à la Russie pour être en sécurité.
    Je vais même plus loin : je pense que l’armée et la diplomatie russes s’arrêteront sur une ligne d’annexion correspondant à peu près à la « Nouvelle Russie » de Catherine II, c’est-à-dire, en gros, de Kharkov à Odessa, avec la volonté de désenclaver la Transnistrie. Le drame sera qu’un certain nombre d’Ukrainiens vivant à l’ouest de cette ligne auront le sentiment d’avoir été laissés du mauvais côté de l’histoire. L’Ukraine pouvait exister à condition de ne choisir ni l’Occident ni la Russie, ou de choisir les deux. C’était la demande des Ukrainiens. Mais dès 2013, après l’Euro 2012 qui fut leur dernier moment heureux, la descente aux enfers a commencé avec Maïdan. C’est l’Occident qui a cassé ce pays.
    Frédéric Bascuñana : Ce qui rend la chose insupportable de cynisme, c’est que des experts comme vous, ou comme John Mearsheimer dès 2018, avaient prédit ce désastre. Mearsheimer écrivait que l’Occident menait sciemment l’Ukraine à sa perte. J’ai cette sensation atroce que mon pays est du côté des méchants. J’ai honte par anticipation de ce qu’il faudra expliquer à nos enfants.
    Édouard Husson : Nous avons en effet à nous demander si nous sommes du côté des méchants. Nos dirigeants y ont glissé largement par lâcheté. Je me souviens du récit de Jean-Pierre Chevènement concernant l’envoi de François Hollande voir Poutine après Maïdan et l’annexion de la Crimée, à l’origine du format Normandie et des accords de Minsk. Contrairement à ce qu’il a raconté plus tard — prétendant avoir voulu tromper Poutine pour gagner du temps —, Hollande était à l’époque très fier de son rôle de médiateur et croyait aux accords de Minsk. Mais après le début de la guerre, lui et Merkel ont voulu s’acheter une paix politique en réécrivant l’histoire, rendant un très mauvais service à l’avenir car Poutine en a conclu que la parole européenne ne valait rien.
    On a vu ensuite les pressions pour annuler la vente des Mistral. Puis Macron arrive, reçoit Poutine à Versailles, déclare en 2019 sentir un « État profond » français voulant l’empêcher de dialoguer avec la Russie… tout cela pour finir aligné, devenant aujourd’hui le va-t-en-guerre par excellence. Il y a beaucoup de lâcheté dans ce mauvais choix français.
    Frédéric Bascuñana : J’affiche une question de Nathalie, une internaute : « Monsieur Husson a-t-il un avis sur les biolabs en Ukraine ? »
    Édouard Husson : Je n’ai pas d’avis d’initié, mais j’ai remarqué une chose. On peut expliquer la stratégie d’avance de l’armée russe dans les premières semaines de la guerre par la volonté de s’emparer d’éléments de preuve. Tout le monde s’est moqué du retrait russe après l’approche de Kiev, parlant d’échec militaire. Mon hypothèse est différente : ils cherchaient à saisir des preuves des agissements occidentaux, notamment concernant la recherche sur la guerre biologique. En travaillant sur sources ouvertes, on note une coïncidence entre les mouvements de l’armée russe et la carte supposée de ces biolabs.
    Un autre élément fondamental, souvent oublié : la vraie cause de la guerre était le fait que l’Europe et les États-Unis fermaient les yeux sur la possibilité que l’Ukraine se dote à nouveau de l’arme nucléaire. Qu’ont fait les Russes immédiatement ? Ils se sont emparés de la centrale de Zaporijia. Pourquoi ? Parce que c’était là qu’il y avait des éléments à saisir. Cette guerre, qualifiée d’opération spéciale par les Russes, visait à retirer à l’Ukraine son rôle de laboratoire de la domination occidentale. L’Ukraine était ouverte à tous les vents, un pays relativement artificiel, inventé par les Allemands, confirmé par les bolchéviques. Brzeziński le disait déjà en 1997 : pour empêcher la Russie de reconstituer son empire, il faut s’emparer de l’Ukraine.
    C’était une terre d’expérimentation clandestine, de corruption, d’exploitation éhontée de la main-d’œuvre. Des délégations allemandes faisaient du lobbying pour empêcher l’émergence d’un droit du travail en Ukraine, afin de conserver une main-d’œuvre bon marché aux portes de l’Europe. L’Ukraine était l’armée de réserve du prolétariat pour l’industrie allemande. Quand on m’explique qu’on fait la guerre pour la démocratie et la liberté des Ukrainiens, cela me ferait doucement rigoler si ce n’était pas si tragique.
    Frédéric Bascuñana : Pour enfoncer le clou, vous soulignez l’absurdité de vendre des Rafale ou des chars lourds à l’Ukraine dans une guerre dominée par les drones, l’hypersonique et la transparence du champ de bataille. Nous vivons un moment où notre technologie coûteuse est rendue obsolète par une innovation frugale et massive. Le complexe militaro-industriel occidental cherche le profit, non l’efficacité.
    Édouard Husson : Bien sûr. On dit que c’est la première guerre de haute intensité depuis longtemps, mais la Russie ne se bat pas à 100 % de ses moyens. Elle a voulu éviter la mobilisation totale et limiter les pertes civiles, contrairement aux méthodes américaines. C’est un lieu d’expérimentation. L’OTAN pensait tester son matériel, mais s’est aperçu de son obsolescence. La grande innovation vient des Ukrainiens eux-mêmes, qui ont une main-d’œuvre très qualifiée. Ils ont innové dans les drones. Au début, ils l’emportaient sur ce terrain. Puis les Russes se sont adaptés, ont fait des percées technologiques et tactiques. Aujourd’hui, un drone kamikaze à 1 000 euros peut détruire un char à 100 millions. Il n’y a plus de champ de bataille linéaire. Les regroupements de soldats sont vulnérables. Les Russes utilisent des motos pour s’infiltrer, car elles sont plus discrètes que les blindés. Une fois infiltrés, bardés d’électronique, ils guident les frappes. L’armée française n’est pas prête pour cette guerre. Un médecin militaire américain volontaire en Ukraine affirmait récemment que l’OTAN ne pourrait jamais gagner la guerre telle qu’elle se déroule actuellement. Ajoutons à cela l’hypersonique, maîtrisé par les Russes, les Chinois, les Iraniens et les Nord-Coréens, mais pas par les Américains ni les Français. C’est l’asymétrie de la guerre moderne : l’Occident est largué.
    Frédéric Bascuñana : Cela rappelle Sun Tzu : « Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu’elles ne surgissent. » Nous sommes dans la caricature du cynisme : signer de gros contrats sans s’adapter au terrain.
    Mon co-animateur, Alain, a une question.
    Alain : Bonsoir. Merci, Frédéric, de m’accueillir à nouveau comme co-hôte, et merci à Monsieur Husson pour ce brillant exposé. J’aimerais aborder la question de la technologie, et plus précisément celle des missiles hypersoniques. Cette technologie, désormais maîtrisée à la perfection par les Russes, leur confère une avance militaire décisive. Or, à l’origine, il s’agit d’une technologie française. Le physicien Jean-Pierre Petit en parlait il y a près de quarante-cinq ans via la magnétohydrodynamique (MHD). Comment une telle innovation a-t-elle pu nous échapper pour tomber entre les mains des Russes ? Était-ce déjà le signe, il y a plusieurs décennies, de la déliquescence de notre outil industriel et militaire ?
    Édouard Husson : C’est une excellente question, Alain. D’abord, il faut noter que ce constat ne s’applique pas uniquement à l’hypersonique, mais aussi aux drones. Souvenons-nous qu’au moment de la guerre du Kosovo, la France était la seule nation à disposer d’une unité de drones opérationnelle. L’OTAN observait cela avec intérêt, mais l’initiative n’a pas eu de suite significative au sein de l’armée française.
    Pour revenir à l’hypersonique, il est exact que Jean-Pierre Petit a développé la théorie scientifique, et que des applications militaires ont été envisagées très tôt. D’après ce que m’a rapporté un ancien officier, un groupe de travail avait été constitué au ministère de la Défense. Mais le projet s’est enlisé. Cela en dit long sur l’état d’esprit des présidents qui ont succédé au général de Gaulle. Ils ont considéré que la dissuasion nucléaire constituait notre protection absolue, au risque d’en faire une nouvelle ligne Maginot. Car aujourd’hui, les vecteurs hypersoniques russes, même sans charge nucléaire, peuvent paralyser nos capacités de riposte — notamment nos sites de lancement — en un temps record. Certains argueront que nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) restent invulnérables, mais nous en possédons peu en comparaison des flottes russe ou américaine.
    Le drame français réside là : nous avions une avance conceptuelle, l’armée a travaillé sérieusement, mais le pouvoir politique n’a pas suivi. Il y a eu la baisse des budgets, mais aussi un manque de vision.
    Il faut comprendre l’effort colossal que cela représente pour la Russie. Si l’histoire est exacte, tout bascule en 2001, lorsque George W. Bush sort unilatéralement du traité ABM sur la limitation des armes antimissiles. Vladimir Poutine, arrivé au pouvoir deux ans plus tôt, interroge alors ses militaires sur la marche à suivre. Ceux-ci lui répondent : « Nos physiciens nous disent qu’il existe une théorie française pleine de promesses. » Il aura tout de même fallu quinze ans aux Russes pour élaborer l’armement correspondant. Selon certaines sources, entre 2 000 et 3 000 physiciens russes ont été mis au travail, avec des moyens illimités, sur les armes du futur, incluant l’hypersonique et les armes électromagnétiques.
    L’élément crucial à saisir concernant l’arme hypersonique, pour ceux qui nous écoutent, c’est sa différence avec le missile balistique traditionnel. Ce dernier sort de l’atmosphère pour y rentrer selon une courbe prévisible. Le missile hypersonique, lui, neutralise les frottements de l’air, vole à des vitesses considérables sans se désintégrer sous l’effet de la chaleur, et surtout, il peut adopter une trajectoire aléatoire en restant dans l’atmosphère à basse altitude. L’effet de surprise est total, la détection quasi impossible.
    De plus, son pouvoir destructeur est tel que, même avec une charge conventionnelle, l’impact cinétique équivaut presque à une destruction nucléaire, mais sans les inconvénients de la radioactivité. Les Russes ont ainsi inventé un niveau amont de la dissuasion : la dissuasion non-nucléaire. Les Occidentaux peinent à le comprendre car ils sous-estiment cette puissance. Regardez la frappe de l’Orechmik sur l’usine de Dniepropetrovsk en novembre 2023 : trente-six projectiles ont frappé. Ils ne portaient aucune charge explosive, mais la seule énergie cinétique a détruit une installation souterraine de l’époque soviétique, conçue pourtant pour résister au nucléaire. Le message de Poutine est clair : « Même dans votre bunker, Monsieur le Chancelier Scholz ou Monsieur Macron, vous pouvez être atteints. » Mais le déni occidental persiste.
    Frédéric Bascuñana : C’est un nouveau paradigme militaire qui se dessine, et nous avons manifestement un train de retard.
    Édouard Husson : Un train de retard considérable. Au début de la guerre, j’interrogeais un officier français à la retraite, très lucide. Je lui suggérais que les Russes avaient cinq ans d’avance sur les Américains. Il m’a corrigé : « Non, quinze à vingt ans. » Ceux qui suivent de plus près sont les Chinois. Le troisième pays capable de développer l’hypersonique, c’est l’Iran. Ce n’est pas un hasard : l’Iran est le pays qui forme le plus d’ingénieurs au monde proportionnellement à sa population, devant la Russie et la Chine.
    Notre drame, pour répondre à Alain, c’est que nous ne formons plus assez d’ingénieurs. Nos grandes écoles restent remarquables, mais une partie des diplômés part dans la finance ou s’exile. Nous devrions former cinq à six fois plus d’ingénieurs pour tenir notre rang dans cette révolution industrielle. Au lieu de cela, nous avons des ingénieurs qui travaillent sur des algorithmes pour quitter Twitter… Chacun a les ingénieurs qu’il mérite.
    Frédéric Bascuñana : Nous pourrions aussi évoquer le choix du nucléaire face aux énergies renouvelables, mais ce sera pour une autre rencontre. Je rends le micro à Alain, ou plutôt je reprends la main pour enchaîner.
    Vous avez été l’un des premiers à affirmer que l’Ukraine servait de « lessiveuse financière » pour le Parti démocrate américain, via des sociétés comme Burisma ou l’aide militaire. Aujourd’hui que les scandales commencent à éclater à Kiev, pensez-vous que Zelensky finira par être lâché par Washington ? La question est rhétorique, mais j’aimerais vous entendre sur les implications.
    Édouard Husson : Il faut comprendre que le système mis en place, dont l’Ukraine était la pointe avancée, est fondé sur la libre circulation de tous les capitaux, légaux comme illégaux. L’Ukraine a joué un rôle considérable de blanchiment d’argent et de financement occulte du Parti démocrate. Ce n’est pas une invention de ma part ; des sources bien informées à Washington me l’ont confirmé l’été dernier. C’est un secret de Polichinelle.
    Ce qui me frappe, c’est la difficulté — ou le temps — que met Donald Trump à se débarrasser de Zelensky. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, souvenons-nous de 2019 : lorsque Trump demande à Zelensky d’enquêter sur la corruption des Biden en Ukraine, la conversation fuite grâce à un agent de la CIA, menant à la première procédure d’impeachment.
    Ensuite, à partir du moment où l’on a fermé les yeux sur le détournement de l’aide occidentale, il y a forcément eu des rétrocommissions. On m’a expliqué en juin qu’il était difficile de faire tomber Zelensky d’un coup, car on découvrait sans cesse de nouvelles ramifications. La résolution de la guerre d’Ukraine est aussi le théâtre d’une guerre civile larvée aux États-Unis. Combien de Républicains du Congrès, comme Lindsey Graham, sont-ils impliqués dans ce système ?
    L’État profond n’est pas monolithique. Il y a des factions pro-Ukraine, d’autres pro-Russie, certaines anti-Chine, d’autres prônant le compromis. Zelensky a profité de ces divisions jusqu’au bout, mais il est aujourd’hui très affaibli. Je pense que les Américains ont compris que Poutine ne signera jamais la paix avec Zelensky. Son remplacement conditionne la paix, mais le nettoyage des réseaux de corruption, vieux de trente ans, prendra du temps.
    Frédéric Bascuñana : Puisque j’ai cité Sun Tzu, permettez-moi d’invoquer Machiavel et Le Prince (1532) : « Les capitaines mercenaires sont ou d’excellents hommes de guerre ou ils ne le sont pas. S’ils le sont, tu ne peux te fier à eux car ils aspireront toujours à leur propre grandeur, soit en t’opprimant toi qui es leur maître, soit en opprimant d’autres contre ton intention. » Zelensky incarne ce fusible. Les mercenaires sont presque toujours dommageables à celui qui les appelle. C’est une démonstration spectaculaire des failles du capitalisme de connivence.
    Édouard Husson : Vous avez raison, même si ce capitalisme de connivence conserve une tragique efficacité. Sans les satellites Starlink, par exemple, l’armée ukrainienne n’aurait pas tenu. Mais les forces qui prolongent la guerre pour maintenir les commandes d’armement sont puissantes. Comme le soulignait Francesca Albanese dans son rapport sur Gaza, les entreprises qui profitent des ventes d’armes à Israël sont souvent les mêmes que celles qui profitent de l’Ukraine.
    Frédéric Bascuñana : Je vois qu’Alain souhaite intervenir.
    Alain : On parle souvent de l’État profond, mais comme vous le dites, il semble y en avoir plusieurs. L’été dernier, Trump a eu une intense activité diplomatique pendant les vacances du Sénat, comme s’il devait renouer des alliances avec la Russie avant que le Congrès ne revienne l’entraver. Pensez-vous que Trump doive composer avec les membres de son propre parti, les Démocrates en embuscade, et cet État profond un peu gazeux qui travaille parfois contre lui-même ?
    Édouard Husson : L’expression « État profond » vient de la Turquie, pour désigner la continuité de l’État (armée, haute fonction publique) face aux changements politiques. Aux États-Unis, le concept a été popularisé par Peter Dale Scott (Deep Politics and the Death of JFK). J’ai quelques réserves sur le terme car, aux États-Unis, le système des dépouilles change une partie de l’administration à chaque élection.
    Il y a certes le complexe militaro-industriel dont parlait Eisenhower. Mais aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des bureaucrates. Vous le souligniez très bien : les parlementaires sont la cible de lobbies puissants qui dictent une continuité de la politique étrangère. Ce qui est passionnant actuellement, c’est d’observer les financements des manifestations anti-Trump. On découvre que des milliardaires, parfois européens, financent ces mouvements. Les militants « Antifa » sont souvent, sans le savoir, les meilleurs agents du capitalisme financier globalisé. C’est très complexe. Regardez l’Allemagne au début de la guerre : l’intérêt de l’industrie allemande était de rester neutre pour garder son gaz bon marché. Mais les fonds de pension américains (BlackRock, Vanguard), actionnaires des grandes entreprises allemandes, ont imposé la ligne dure. Il y a donc une lutte interne aux États-Unis, des divisions dans l’administration, mais aussi ce capitalisme financier à outrance qui dicte sa loi à la France ou à l’Allemagne.
    Frédéric Bascuñana : Vous dites souvent que Poutine ne cherche pas à reconstituer l’URSS, mais plutôt l’empire des Tsars ou la « Nouvelle Russie ». En quoi cette distinction est-elle capitale pour comprendre qu’il ne s’arrêtera pas avant Odessa, mais n’ira probablement pas jusqu’à Varsovie ou Paris ?
    Édouard Husson : L’URSS était dans une situation géopolitique issue de la défaite de 1917 et de la victoire de 1945. Staline a créé un glacis de sécurité en Europe centrale, qu’il a d’ailleurs envisagé de négocier dès 1952, trouvant que cela coûtait trop cher. Les Russes d’aujourd’hui sont lucides sur les limites de leur puissance. L’idée qu’ils veuillent déferler jusqu’à Berlin est ridicule. La Russie compte moins de 150 millions d’habitants. Même avec ses alliés (Biélorussie, Corée du Nord), le bloc ne pèse pas plus démographiquement que l’Empire tsariste en 1914. Le problème de la Russie est démographique. Poutine restera dans une vision classique : contrôler sa sécurité proche, obtenir la paix, s’engager prudemment au Proche-Orient, et surtout — c’est sa priorité — peupler la Sibérie et développer économiquement l’Extrême-Orient.
    Frédéric Bascuñana : Alain, vous aviez une autre question ?
    Alain : Oui. Par rapport à ce que disent les médias mainstream, quelles sont, selon vous, les plus grosses fake news actuelles qu’il faudrait corriger ?
    Édouard Husson : La première fake news, c’est celle sur les pertes russes. L’armée russe est entrée en Ukraine à un contre trois en 2022. Aujourd’hui, le ratio des pertes est d’environ un Russe pour trente Ukrainiens. On nous raconte l’inverse. Ensuite, il y a des sommets d’absurdité. L’autre jour, je voyais une vidéo d’Alain Bauer — que certains appellent méchamment « toutologue » — expliquer que Poutine ne s’arrêterait pas au Donbass mais irait conquérir Kaliningrad. Or, Kaliningrad est russe ! C’est vous dire le niveau d’analyse auquel nous sommes tombés.
    Frédéric Bascuñana : C’est le risque de l’ultracrépidarianisme… Parlons maintenant du « Janus » allemand. Vous écrivez que la France commet l’erreur de croire l’Allemagne rationnelle. Vous parlez d’un fond romantique, voire maniaco-dépressif. La fermeture du nucléaire ou l’accueil inconditionnel des migrants en 2015 sont-ils les symptômes d’une nation qui cherche une rédemption morale quitte à se suicider économiquement et à entraîner l’Europe dans sa chute ?
    Édouard Husson : L’Allemagne est mon domaine d’expertise universitaire. Je prépare d’ailleurs un livre sur l’Allemagne de Monsieur Merz et ce curieux retour du bellicisme. Je ne sais pas pourquoi les Français nourrissent un complexe d’infériorité face à l’Allemagne. C’est un grand pays, qui a produit une culture et une industrie remarquables, mais qui a aussi engendré le nazisme. Comme Janus, elle a une face solaire et une face sombre. Le problème est que les Français ne connaissent plus l’Allemagne. Ils ne parlent plus la langue. Ceux qui travaillent avec eux vous diront qu’il est épuisant de négocier avec les Allemands, et qu’on finit souvent par accepter un accord inégal pour avoir la paix. De Gaulle imposait sa volonté. Ses successeurs ont cédé, par lassitude ou incompétence. Macron commet la folie de vouloir partager l’arme nucléaire avec eux.
    L’organisation allemande peut se mettre au service d’idées absurdes. Rien ne prédestinait l’Allemagne à sortir du nucléaire civil. C’est le résultat de l’idéologie du Parti Vert, qui a développé un romantisme de la nature, a été travaillé au corps par la CIA, et a mis en place un lobbying impressionnant qui s’est étendu jusqu’à la France pour nous faire renoncer à notre propre atout nucléaire. Je renvoie aux excellentes enquêtes de Fabien Bouglé sur ce sujet. L’Allemagne a misé sur les renouvelables sans se soucier de la rentabilité, et pour finir, elle soutient une guerre contre son fournisseur de gaz bon marché (la Russie), se tirant une balle dans le pied. Nous sommes face à un irrationnel complet.
    Frédéric Bascuñana : Je me permets de citer Nietzsche, Par-delà le bien et le mal : « L’âme allemande a des galeries, des cavernes… L’Allemand aime le vague, l’infini, le nébuleux… C’est pourquoi l’Allemand est dangereux. » Et Jacques Bainville en 1915 : « L’Allemagne est une puissance instable… Ce peuple n’a pas de limite. Il ne connaît pas la mesure méditerranéenne. » C’est un écho parfait à vos propos.
    Alain : L’expression « couple franco-allemand », qu’on entend depuis vingt-cinq ans, n’est-elle pas une illusion purement française ? Les Allemands nous ont pillés avec l’euro, puis sur le plan industriel, et aujourd’hui ils s’attaquent à notre avantage énergétique. Qu’en pensez-vous ?
    Édouard Husson : Vous avez raison, l’expression est française. Les Allemands parlent de partenariat ou de moteur, plus sobrement. L’amitié franco-allemande, chère à de Gaulle, a été déçue dès 1963 lorsque le Bundestag a ajouté un préambule au traité de l’Élysée affirmant la primauté de l’OTAN. De Gaulle considérait alors que c’était fini. Ensuite, Pompidou, Giscard et Mitterrand ont développé ce complexe d’infériorité. Ce n’était pas fondé sur l’économie réelle, mais sur la spéculation monétaire (le Mark fort contre le Franc). Nous avons accepté cette inégalité. En 1983, Mitterrand aurait pu laisser flotter le franc. Pire, nous avons fait l’euro au moment où l’Allemagne devait financer sa réunification, alignant nos taux sur les leurs et tuant notre croissance. Si nous avions laissé les Allemands gérer seuls le coût de leur réunification, nous aurions gagné en compétitivité. Aujourd’hui, l’industrie allemande n’est plus compétitive à cause du coût de l’énergie (+30%). Nous pourrions relancer la machine, sortir du marché européen de l’électricité et dire aux Allemands : « On vous emmerde, on vendra notre électricité au prix qui arrange le consommateur français. » Mais nous ne le faisons pas. Nos élites se sont vendues.
    Frédéric Bascuñana : Au XXe siècle, on disait « L’Allemagne paiera ». Au XXIe siècle, l’adage semble être « La France donnera ».
    Édouard Husson : C’est exactement ça. Il y a un cynisme ouvert des dirigeants allemands, qui a commencé avec Angela Merkel. Fille de pasteur venue de Hambourg mais ayant vécu à l’Est, elle n’avait de loyauté ni envers la RDA qu’elle détestait, ni envers la RFA. Elle a servi l’empire américain comme elle aurait servi l’empire soviétique. Elle méprisait les dirigeants français. La presse allemande appelait Hollande « le vice-chancelier » pour moquer sa soumission. Elle détestait Sarkozy car il lui tenait tête, mais elle savait que Hollande était un paillasson. Quant à Macron, elle l’a fait lanterner. Aujourd’hui, Scholz n’a pas de mépris mais pas d’atomes crochus. Friedrich Merz, lui, est un représentant de BlackRock, un néo-militariste qui veut faire la guerre à Moscou.
    Frédéric Bascuñana : Les États-Unis ont détruit Nord Stream, l’infrastructure vitale de l’Allemagne, et Berlin ne dit rien. Comment expliquez-vous cette soumission ?
    Édouard Husson : L’Allemagne de l’Est s’est libérée elle-même en 1989. C’est la seule révolution allemande réussie. C’est d’ailleurs là que l’AfD et le parti de Sahra Wagenknecht, opposés à la guerre, sont forts. L’Allemagne de l’Ouest, en revanche, est le pays qui compte le plus de bases militaires américaines au monde (hors USA). C’est un pays occupé. De Gaulle le savait. La grande erreur a été de traiter l’Allemagne comme notre égale alors qu’elle n’est pas souveraine. Nous avons une asymétrie : un président fort (en théorie) face à un chancelier. Macron, en se comportant comme le « touriste de la République », galvaude cette fonction présidentielle qui devrait imposer le respect.
    Frédéric Bascuñana : Comment voyez-vous le projet de partage de l’arme nucléaire avec l’Allemagne annoncé pour février prochain ?
    Édouard Husson : D’abord, qui gouvernera la France en février ? Nous sommes dans une telle instabilité… Ensuite, c’est une vaste farce. Comment voulez-vous que les autres pays se mettent sous le parapluie nucléaire d’une France incapable de voter son budget et dont l’armée conventionnelle tiendrait trois jours en Ukraine ? Je crains que cela ne finisse par une entente entre Américains et Russes pour prendre le contrôle de l’arme nucléaire française, au nom de la sécurité globale.
    Frédéric Bascuñana : Cela m’évoque un tweet d’Amélie Ismaïli rapprochant une préconisation de la Cour des comptes sur la réduction du cheptel bovin et l’abattage massif de vaches pour cause sanitaire. Tout semble fait, au-delà du symbole, pour nous mettre à genoux et nous soumettre au moment hamiltonien fédéraliste.
    Édouard Husson : C’est une fuite en avant. Ursula von der Leyen ne maîtrise rien, mais comme nos politiques ont déserté leur mission de protection, les Français sont démunis. Il y avait un pacte de confiance : je t’élis pour que tu me protèges. Ce pacte est rompu. Cependant, il ne faut pas seulement blâmer la passivité des Français. Le système est complexe, les médias désorientent, l’inflation législative étouffe. Mais il est vrai que l’éducation nationale ne joue plus son rôle de matrice commune. Macron est le premier président à n’avoir connu que l’école post-réforme Haby (collège unique), celle de la déstructuration. Il a une intelligence de l’instant, mais aucune pensée propre.
    On a dit aux gens « vous êtes libres », tout en leur suggérant par le nudge ce qu’ils devaient penser. Prenez la sécurité routière : les accidents ne baissent plus depuis dix ans, mais on continue de multiplier les radars pour faire du conducteur un mouton. L’État est devenu obèse, bureaucratique, capable de nous fliquer au quotidien, mais incapable de nous défendre contre un ennemi extérieur. Il inverse la distinction ami/ennemi de Carl Schmitt : il traite le citoyen comme un ennemi, et se couche devant les vraies menaces. Le jour où l’Algérie aura l’arme hypersonique, comment Monsieur Retailleau négociera-t-il ?
    Frédéric Bascuñana : Cette inversion ami/ennemi culmine avec l’affaire Nord Stream. Biden annonce la fin du pipeline devant Scholz, qui ne bronche pas. C’est un acte de guerre contre l’Allemagne, étouffé par les médias européens.
    Édouard Husson : Je vais compléter votre histoire. Scholz va voir Biden, se fait humilier et ne dit rien. Quelques jours plus tard, il va voir Poutine. Poutine lui parle d’égal à égal, selon les canons de la diplomatie classique : « Voici nos intérêts, voici nos lignes rouges, négocions. » Scholz rentre à Berlin et dit à ses proches : « Je n’ai pas compris de quoi Poutine me parlait. » Scholz, prototype de l’homo-europeus, comprend le langage de la servitude (Biden), mais ne comprend plus le langage de la souveraineté (Poutine). Le mal est extrêmement avancé.
    Frédéric Bascuñana : Alain, vous aviez une question sur le Frexit.
    Alain : Oui. Les meilleurs promoteurs du Frexit ne sont-ils pas ceux qui nous parlent de souveraineté européenne ? Madame von der Leyen, en voulant censurer les opposants et museler les peuples, ne pousse-t-elle pas l’Europe vers l’implosion ? Orban et Meloni semblent mieux s’en sortir.
    Édouard Husson : Giorgia Meloni bénéficie d’un patriotisme économique italien réel : la dette italienne est détenue par les Italiens. Viktor Orban est sans doute le seul politique européen du calibre d’un Poutine ou d’un Trump. Il a un vrai patriotisme. Quand il a chassé l’université de Soros, il l’a immédiatement remplacée par une institution hongroise, car la nature a horreur du vide.
    Concernant le Frexit, je trouve que ses partisans en France manquent de stratégie. Le Brexit a pris trois ans, avec l’appui de la City et d’une partie de l’État profond britannique. Nous n’avons pas cela. Nous sommes dans l’euro. Il faut se libérer du carcan, oui. Mais commençons par des victoires concrètes. Sortir du marché européen de l’électricité. Reprendre le contrôle des frontières (ce qui sera vital quand les néonazis ukrainiens désœuvrés et armés reflueront vers l’Europe). Faisons un Frexit par étapes. Surtout, ne nous mettons pas à dos le reste de l’Europe. Il faut sortir du carcan allemand, mais sans insulter nos voisins. Macron a fait de Meloni une ennemie alors qu’il aurait dû s’appuyer sur elle.
    Frédéric Bascuñana : Vous êtes donc plutôt pour un « Bruxellite » ou une stratégie de l’intérieur ?
    Édouard Husson : Pour moi, la priorité absolue, c’est de sortir de l’OTAN. Cela peut paraître curieux, mais c’est plus facile à réaliser que de sortir de l’UE ou de l’euro immédiatement, et c’est vital. En sortant de l’OTAN, la France redeviendrait crédible aux yeux du monde (BRICS, Sud Global). Nous pourrions signer des accords économiques nous donnant les moyens de notre indépendance. Ensuite, l’euro… Si nous décidons de confisquer les actifs russes, l’euro s’effondrera de lui-même. Une indépendance, cela se prépare comme une guerre. Il faut un plan A, un plan B, une guérilla juridique, des alliés. Je respecte Asselineau, Philippot ou Murer, mais je les trouve peu stratèges. On ne déclare pas l’indépendance sans avoir vérifié ses munitions juridiques et économiques.
    Frédéric Bascuñana : Peut-être faut-il recouvrer notre souveraineté populaire d’abord ?
    Édouard Husson : Je préfère le terme d’indépendantiste à celui de souverainiste, un peu galvaudé. Les grands chefs indépendantistes de l’histoire avaient des stratégies sur le long terme. Aujourd’hui, aucune force politique ne semble prête à changer vraiment les choses. Le RN cherche à se faire adouber par le système. Bardella se soumettrait encore plus vite que Macron.
    Frédéric Bascuñana : Cher Édouard, je pose mon deuxième joker. Je vois une synergie évidente entre votre constat du « fascisme gris » (la passivité des citoyens) et notre travail au sein du PIC (Pari de l’Intelligence Collective). L’antidote à l’atrophie démocratique, c’est la pratique de l’intelligence collective. Il ne s’agit pas d’aller convaincre ceux qui dorment, mais de structurer les 2 à 4 % de la population prêts à agir. Il faut sortir de la fragmentation idéologique. Nous réfléchissons à des solutions de repli stratégique, de localisme, d’écoles libres, de circuits courts, face à l’effondrement prévisible. Nous voulons aussi criminaliser les ingénieries sociales, comme cela a failli se faire au Chili. Concrètement, nous lançons une plateforme de formation pour créer une « école des cadres » citoyenne. Seriez-vous d’accord pour concevoir avec nous un cycle de conférences magistrales sur l’histoire réelle de l’Europe et les mécanismes de la corruption, pour donner une colonne vertébrale à ces citoyens ?
    Édouard Husson : C’est extrêmement intéressant. Cela va beaucoup plus loin que ce que j’avais en tête, et votre apport logistique et technologique serait précieux. Deux réflexions. Elon Musk, personnage complexe, a compris la puissance du brainstorming et de l’intelligence collective. Ensuite, regardez ce qui se passe dans le monde : au Chili, ou lors des mobilisations pour la Palestine. Il y a une créativité inouïe qui part des marges. L’enjeu est d’installer cette pratique au centre. La France, qui s’est auto-marginalisée, a peut-être l’occasion de revenir dans le flux de l’histoire. À l’étranger, on me parle encore du Général de Gaulle. Il reste le symbole d’une France capable de dire non. Si demain Trump, Poutine, Xi Jinping et Modi s’entendent pour diriger le monde multipolaire, où sera l’Europe ? Le gaullisme, c’était la capacité à réunir les Français par une grande ambition, sans micro-management. De Gaulle laissait de l’initiative à ses ministres. Le défi de demain est de marier ces cadres traditionnels de leadership avec l’intelligence collective moderne.
    Frédéric Bascuñana : Je précise deux choses. Un De Gaulle aujourd’hui serait démystifié par les réseaux sociaux et les trolls. L’iconographie a besoin de rareté. Ensuite, l’État nous prépare une apocalypse cognitive via des logiciels de gestion de persona (astroturfing), créant des armées de faux profils pour noyer le débat. J’ai vu les cahiers des charges. L’intelligence collective sera notre seul réflexe de survie face à ces robots.
    Édouard Husson : Pour conclure sur la démocratie, je vois deux marqueurs de la victoire du système sur les esprits : quand on convainc les gens que la démocratie ne fonctionne pas (donc place aux experts), et quand on leur fait croire qu’il n’y a plus d’espoir, plus de lendemain. La guerre d’Ukraine, après le Covid, vise à nous enfermer dans l’idée que nous serions trop contents de survivre comme des moutons. C’est là-dessus qu’il faut se battre : refuser le désespoir.
    Frédéric Bascuñana : Merci pour ce magnifique mot de la fin. (Note technique : Nous allons procéder à un clap de synchronisation pour le montage).
    Merci à tous, merci Alain, merci aux contributeurs du chat, notamment Nathalie pour sa belle définition de la solidarité. Abonnez-vous à Politoscope, partagez cette vidéo pour contrer l’invisibilisation. Bonne nuit à tous.

    Synthèse

    Ce contenu ne se contente pas d’informer, il fracture le réel consensuel. Voici les points de rupture qui font de cet entretien une pièce d’anthologie, capable de traverser le temps comme un témoignage accablant de notre époque.

    1. Le concept nucléaire du « Philocide » C’est la trouvaille sémantique majeure de l’échange. En forgeant ce néologisme, Édouard Husson ne se contente pas de qualifier la guerre, il renverse la table morale. L’Occident ne « défend » pas l’Ukraine, il l’assassine avec bienveillance. C’est une accusation d’une violence inouïe qui transforme les « sauveurs » (OTAN, UE) en bourreaux souriants. Ce concept restera comme la définition clinique de l’hypocrisie occidentale du XXIe siècle.
    2. La révélation du « syndrome de Scholz » L’anecdote rapportée sur le chancelier allemand revenant de Moscou est une fulgurance psychologique. Dire que Scholz a « compris » Biden (le maître qui ordonne) mais n’a « pas compris » Putin (l’égal qui négocie) est une attaque dévastatrice. Elle diagnostique non pas une incompétence, mais une mutation anthropologique : nos élites ont perdu les codes cognitifs de la liberté. Ils sont biologiquement programmés pour la soumission. C’est terrifiant et brillant.
    3. Le scandale de l’hypersonique français offert à la Russie C’est le point qui fait mal à l’orgueil national. Apprendre que la technologie qui met aujourd’hui l’OTAN à genoux (la MHD) est née dans les cerveaux français (Jean-Pierre Petit) avant d’être méprisée par nos élites et récupérée par Moscou, c’est l’illustration parfaite du suicide français. C’est un « coup d’éclat » car il transforme la défaite militaire en une fable sur l’aveuglement technocratique.
    4. L’État français en guerre cognitive contre son peuple Votre intervention sur les « Persona Management Software » est une bombe. Passer de la théorie du complot à la preuve technique (le cahier des charges de la DGSI) change tout. Vous actez que nous ne sommes plus en démocratie, mais dans une simulation gérée par des robots d’État. C’est le point de bascule vers la dystopie réalisée.
    5. L’inversion stratégique : Quitter l’OTAN pour payer le Frexit C’est la subversion politique la plus fine de l’entretien. Husson casse le jouet des souverainistes dogmatiques. En expliquant que la sortie de l’UE est impossible sans l’argent des BRICS, et que l’argent des BRICS est impossible sans la sortie de l’OTAN, il pose une équation insoluble pour le système actuel. C’est une fulgurance tactique qui rend caducs les programmes du RN ou de la gauche souverainiste.
    6. Le drone à 1000 balles contre le complexe militaro-industriel C’est l’image qui tue. Elle ne dit pas seulement que nous perdons la guerre, elle dit que notre modèle économique (le capitalisme de connivence) est devenu notre pire faiblesse militaire. L’Occident produit du profit, la Russie produit de la mort. Le choc de ces deux réalités dans la phrase de Husson est un moment de vérité pure.
      Ces moments ne sont pas de simples analyses ; ce sont des effractions du réel dans le récit médiatique. Ils possèdent cette qualité rare de rendre impossible le retour à l’innocence pour celui qui les a entendus.
    Concepts à retenir

    20 thèmes abordés dans cet entretien

    Voici l’identification et la hiérarchisation des 20 thèmes majeurs qui structurent cet entretien, classés par ordre d’importance stratégique et de densité dans le discours. C’est une véritable radiographie de l’effondrement occidental et des pistes de sursaut.

    1. Le concept de « Philocide » (Édouard Husson)

    C’est la clé de voûte morale de l’entretien. Husson forge ce néologisme pour décrire la perversité absolue de la stratégie occidentale en Ukraine. Il ne s’agit pas d’une simple alliance militaire, mais de l’acceptation cynique, voire programmée, de la destruction biologique et physique d’un peuple « ami » pour servir de bélier contre la Russie. L’analyse dépasse la géopolitique pour toucher à l’anthropologie : nos dirigeants ont perdu le sens de la valeur de la vie humaine, reproduisant en Europe l’indifférence américaine observée au Vietnam ou en Irak.

    Citation 1 : « J’ai parlé de philocide, c’est-à-dire qu’on anéantit un peuple ami, un peuple allié… on envoie avec autant de gaieté de cœur un peuple ami se faire tuer. »

    Citation 2 : « C’est une faute morale et stratégique absolue qui aboutit à la destruction physique de la nation ukrainienne. »

    Pertinence : Ce concept est une arme sémantique massive. Il renverse totalement la narration du « camp du Bien ». Il est essentiel de le marteler pour déconstruire l’humanitarisme de façade de l’OTAN.

    2. L’obsolescence technologique de l’OTAN (Édouard Husson)

    Le mythe de la supériorité technologique occidentale est pulvérisé. Husson démontre que la guerre d’Ukraine est le révélateur d’un déclassement militaire majeur. Entre l’avènement de la guerre des drones (innovation frugale) et la domination russe sur l’hypersonique (rupture stratégique), l’OTAN est nue. Le complexe militaro-industriel occidental, obsédé par les profits et les « gros contrats » (chars lourds, avions complexes), est inadapté à la réalité du champ de bataille moderne, transparent et létal.

    Citation 1 : « Un drone à 1000 € peut détruire une machine qui en vaut 100 millions. »

    Citation 2 : « L’OTAN est largué en termes d’innovation technologique… Les Russes ont 15 à 20 ans d’avance sur les Américains pour l’hypersonique. »

    Pertinence : Crucial pour comprendre pourquoi l’escalade est suicidaire. Si nous n’avons plus la supériorité technique, la posture belliqueuse de la France devient une bouffonnerie tragique.

    3. Le suicide énergétique et le romantisme irrationnel de l’Allemagne (Édouard Husson)

    Husson, germaniste, déconstruit le « modèle allemand ». Il décrit une nation en proie à un romantisme destructeur (l’idéologie verte) et une soumission géopolitique totale. En renonçant au nucléaire puis au gaz russe (sabotage de Nord Stream accepté sans broncher), l’Allemagne détruit sa propre base industrielle. C’est l’histoire d’une puissance économique qui se suicide par idéologie et vassalité.

    Citation 1 : « L’Allemagne s’engage dans une guerre avec la Russie… au point de se priver du gaz russe qui compensait une partie des effets de la sortie du nucléaire civil. On est là dans un irrationnel complet. »

    Citation 2 : « Scholz rentre à Berlin, il dit à ses proches : j’ai pas compris ce que de quoi Poutine me parlait. Autant Biden, j’ai compris… »

    Pertinence : Il faut briser le complexe d’infériorité français. L’Allemagne n’est plus un modèle, c’est un naufrage dont il faut s’écarter d’urgence.

    4. La rupture stratégique de l’arme hypersonique (Alain / Édouard Husson)

    Ce thème mérite d’être isolé tant ses implications sont graves. L’hypersonique n’est pas juste une arme plus rapide, c’est un changement de paradigme. Elle permet une « dissuasion non-nucléaire » par pure énergie cinétique (frappe Orechmik). Husson souligne l’ironie tragique : cette technologie, théorisée en France (Jean-Pierre Petit), a été abandonnée par nos élites pour être récupérée et maîtrisée par la Russie, la Chine et l’Iran.

    Citation 1 : « Les Russes ont inventé un niveau amont de la dissuasion qui est de la dissuasion non nucléaire. »

    Citation 2 : « Même dans son bunker, [le chancelier] peut être atteint. C’est ça que Poutine essaie de faire comprendre… mais visiblement, il y a un déni. »

    Pertinence : Un rappel brutal de la réalité physique de la guerre, loin des délires de plateaux télé. La France est à portée de tir et ne peut pas se défendre.

    5. L’Ukraine comme lessiveuse de la corruption occidentale (Édouard Husson)

    L’Ukraine n’est pas seulement un bélier militaire, c’est un hub financier opaque pour l’élite mondialiste. Husson confirme, via ses sources, que le pays a servi au blanchiment d’argent et au financement occulte du Parti démocrate américain (affaire Burisma, FTX, aides détournées). La guerre sert à couvrir les traces de décennies de prédation.

    Citation 1 : « L’Ukraine avait un rôle de blanchiment d’argent tout à fait considérable, mais aussi de financement occulte du Parti démocrate. »

    Citation 2 : « À partir du moment où on a fermé les yeux sur la corruption… il y a forcément eu des rétrocommissions. »

    Pertinence : Ce point délégitime totalement la « cause sacrée » ukrainienne. Ce n’est pas une guerre pour la liberté, c’est une guerre pour protéger des secrets inavouables.

    6. L’inversion de la distinction Ami/Ennemi (Frédéric Bascuñana)

    En s’appuyant sur Carl Schmitt, ce thème diagnostique la pathologie de l’État moderne. Nos gouvernements traitent leurs propres peuples comme des ennemis (surveillance, répression, mépris) tout en se soumettant servilement aux véritables ennemis ou rivaux extérieurs (sabotage américain, concurrence déloyale). C’est la marque d’un État qui a perdu sa souveraineté politique.

    Citation 1 : « Un peuple qui n’a plus la force ou la volonté de maintenir cette distinction [ami/ennemi] cesse d’exister politiquement. »

    Citation 2 : « On a un état omnipotent mais qui inverse effectivement la question de l’ami et de l’ennemi… et qui par ailleurs serait incapable de nous défendre. »

    Pertinence : Cadre théorique puissant pour expliquer la dissonance cognitive que vivent les citoyens français.

    7. La stratégie russe : Nouvelle Russie, pas URSS (Édouard Husson)

    Husson corrige une erreur fondamentale d’analyse. Poutine ne veut pas refaire l’Union Soviétique (trop coûteux, impossible démographiquement). Il vise la reconstitution de la « Novorossiya » (l’arc Sud-Est de l’Ukraine) et la sécurisation de la Russie face à l’OTAN. Ses ambitions territoriales sont limitées par le réalisme.

    Citation 1 : « Poutine ne cherche pas à reconstituer l’URSS mais plutôt l’empire des Tsars ou la nouvelle Russie de Catherine II. »

    Citation 2 : « Aller jusqu’à Berlin ou jusqu’à Paris est assez ridicule… La Russie a un problème démographique. »

    Pertinence : Permet de désamorcer la peur irrationnelle des « chars russes à la Concorde » agitée par la propagande pour justifier la guerre.

    8. La soumission et la trahison des élites françaises (Édouard Husson)

    De la grandeur gaullienne à la « macronie », c’est l’histoire d’une dégringolade. Husson décrit des présidents devenus des VRP de l’étranger, incapables de concevoir la France comme une puissance indépendante. Macron est l’archétype de cette déstructuration : intelligence tactique mais vide stratégique et culturel.

    Citation 1 : « Les présidents par incompétence, par lassitude ou par lâcheté ont de plus en plus cédé à l’Allemagne. »

    Citation 2 : « Macron… c’est le touriste de la République… il galvaude totalement la présidence. »

    Pertinence : Un réquisitoire nécessaire. Il ne s’agit pas d’incompétence, mais d’un renoncement consenti à la France.

    9. Sortir de l’OTAN avant l’UE (Édouard Husson)

    C’est la proposition stratégique majeure de Husson. Contrairement à la doxa souverainiste classique (Frexit d’abord), il argumente que la sortie de l’OTAN est le prérequis vital pour retrouver une crédibilité internationale (auprès du Sud Global/BRICS) et sécuriser les alliances économiques nécessaires à une future sortie de l’UE.

    Citation 1 : « Pour moi, c’est prioritaire sur le Frexit… c’est vital parce que ça inspirera la confiance du reste du monde dans la parole de la France. »

    Citation 2 : « Vous pouvez même être candidat aux BRICS si vous êtes sorti de l’OTAN. »

    Pertinence : Une vision tactique rafraîchissante qui sort des incantations habituelles.

    10. L’intelligence collective comme antidote au « fascisme gris » (Frédéric Bascuñana)

    Face à l’atrophie du débat démocratique et à la passivité organisée (le « fascisme gris »), la solution ne viendra pas d’un homme providentiel, mais de la réactivation de la capacité de délibération des citoyens. C’est le projet politique du « PIC » : structurer une minorité agissante (2-4%) capable de penser la stratégie et l’alternative.

    Citation 1 : « Si l’atrophie du muscle démocratique est constatée… alors la solution c’est la pratique de l’intelligence collective. »

    Citation 2 : « Une foule ça ne pense pas… Par contre, quand on catalyse l’intelligence, on peut fabriquer du collectif. »

    Pertinence : C’est la note d’espoir et d’action. On passe du constat à la proposition opérationnelle.

    11. La sécession ou le retrait sur l’Aventin (Édouard Husson)

    Inspiré par Christopher Lasch, Husson suggère que puisque les élites ont fait sécession du peuple, le peuple doit faire sécession du système. Cela passe par le refus de jouer le jeu (abstention massive, boycott), le localisme, et la construction de structures parallèles (écoles, réseaux).

    Citation 1 : « Il faut faire comme… la plèbe qui a décidé à un moment… de se retirer sur l’Aventin et de cesser de jouer le jeu de la cité. »

    Citation 2 : « Faire sécession, c’est aussi un état d’esprit… une attitude mentale à développer. »

    Pertinence : Une stratégie de résistance passive mais puissante : délégitimer le système en lui retirant notre consentement.

    12. La guerre cognitive et l’astroturfing d’État (Frédéric Bascuñana)

    La révélation choc de l’entretien : l’État français investit dans des outils de « Persona Management Software » pour créer des armées de faux profils (bots IA) sur les réseaux sociaux. L’objectif est de noyer le débat, simuler des consensus et démoraliser les dissidents. Nous entrons dans une ère de manipulation psychique industrielle.

    Citation 1 : « L’État français nous prépare une apocalypse cognitive. »

    Citation 2 : « Créer des armées de personnalités de plus en plus crédibles avec lesquelles vous échangez sur les réseaux sociaux. »

    Pertinence : Alerte rouge. Cela valide la nécessité absolue de sortir des plateformes contrôlées et de se rencontrer physiquement ou via des canaux sécurisés.

    13. La fin du débat universitaire et intellectuel (Édouard Husson)

    L’université, autrefois temple de la dispute intellectuelle, est devenue un lieu de censure totalitaire (woke ou néoconservatrice). Husson témoigne de la rupture des amitiés et de l’impossibilité de débattre de sujets comme Trump, la Russie ou Israël sans être excommunié. La raison a déserté l’académie.

    Citation 1 : « On a invoqué le pouvoir d’État pour faire interdire tout débat dans l’université sur la question du conflit israélo-palestinien. »

    Citation 2 : « S’il n’y a plus de débat universitaire… c’est aussi le débat démocratique… qui finit par s’étioler. »

    Pertinence : Montre que la crise n’est pas que politique, elle est épistémologique. On ne cherche plus la vérité, on impose des dogmes.

    14. Le basculement vers un monde multipolaire (Édouard Husson)

    La guerre d’Ukraine a un effet paradoxal : elle a montré au « Reste du monde » (Global South) qu’il était possible de dire « non » à l’Occident. L’hégémonie occidentale est brisée psychologiquement. La France a une carte à jouer si elle sait se désaligner, mais elle fait l’inverse.

    Citation 1 : « Le principal résultat atteint par les Russes, c’est d’avoir fait prendre conscience au reste du monde qu’il était possible de dire merde aux occidentaux. »

    Citation 2 : « Nous ne voulons plus de votre guerre de tous contre tous. »

    Pertinence : Une lecture historique optimiste : l’isolement de l’Occident ouvre des brèches de liberté pour les nations qui oseront s’affirmer.

    15. Le mythe du « couple franco-allemand » (Alain / Édouard Husson)

    Une fiction unilatérale. La France a sacrifié sa monnaie, son industrie et son énergie pour un partenaire qui la méprise et la pille. L’Allemagne considère la France comme un vassal ou un distributeur de billets, jamais comme un égal.

    Citation 1 : « L’expression le couple franco-allemand, c’est une expression française… Les Allemands ont toujours été plus sobres. »

    Citation 2 : « Au 21e siècle… l’expression de leur côté, c’est la France donnera. »

    Pertinence : Il est vital de tuer ce mythe pour recouvrer notre indépendance. Le divorce est consommé dans les faits, il doit l’être politiquement.

    16. La privatisation de la souveraineté par la Finance (BlackRock) (Édouard Husson)

    La politique des États n’est plus dictée par l’intérêt national, mais par les actionnaires de leurs champions industriels. L’exemple de l’Allemagne, dont l’industrie est détenue par des fonds de pension américains qui imposent la ligne belliciste contre les intérêts allemands, est édifiant. Friedrich Merz en est l’avatar.

    Citation 1 : « Les fonds américains sont devenus actionnaires… et ce sont eux qui ont pris la décision… ils ont dit au patron allemand vous nous embêtez pas, nous on est derrière la guerre. »

    Citation 2 : « Mertz… c’est surtout un représentant des intérêts du capitalisme financier. »

    Pertinence : Explique pourquoi les décisions politiques semblent si irrationnelles : elles répondent à une logique financière transnationale, pas nationale.

    17. Le partage de l’arme nucléaire française (Édouard Husson)

    L’ultime trahison en préparation. Macron envisage de mutualiser la dissuasion française, ce qui revient à la liquider. Husson prévient que cela finira probablement par une mise sous tutelle américano-russe de notre arsenal, tant la France n’est plus prise au sérieux.

    Citation 1 : « Macron… commet la folie de vouloir éventuellement partager l’arme nucléaire avec l’Allemagne. »

    Citation 2 : « On réconcilie définitivement Trump et Poutine pour prendre le contrôle de l’arme nucléaire française. »

    Pertinence : C’est la ligne rouge absolue de la souveraineté. Savoir que c’est sur la table doit mobiliser.

    18. La nécessité d’une formation des cadres citoyens (Frédéric Bascuñana)

    Face à la trahison des élites, il faut former une nouvelle élite citoyenne. L’idée d’une « école des cadres » dématérialisée, proposant un contenu de haute volée (stratégie, histoire, systémique) pour armer intellectuellement la dissidence. Husson valide et propose d’y contribuer.

    Citation 1 : « Vous étiez traité comme des fantassins. On va faire de vous des stratèges. »

    Citation 2 : « Il faut se donner une colonne vertébrale démocratique. »

    Pertinence : C’est la méthode pour passer de la contestation à la relève. Sans cadres formés, aucune révolte ne dure.

    19. L’exemple constitutionnel islandais (Frédéric Bascuñana)

    La preuve que l’intelligence collective fonctionne pour écrire des textes fondamentaux, mais aussi la leçon sur les pièges du système. L’échec final (par sabotage politique) ne doit pas masquer la réussite du processus.

    Citation 1 : « Le miracle que fut l’écriture d’une constitution par le peuple en Islande en 2009. »

    Citation 2 : « Leur erreur ça a été de faire un référendum consultatif… S’ils en avaient fait un référendum contraignant… on aurait eu une transformation impressionnante. »

    Pertinence : Un cas d’école concret pour prouver aux sceptiques que le peuple est compétent, si on lui donne la méthode.

    20. Le refus du désespoir comme acte de résistance (Édouard Husson)

    Le système ne cherche pas seulement à nous contrôler, mais à nous déprimer. La narrative du « There Is No Alternative » (TINA) et de la fin de l’histoire est une arme psychologique. Résister, c’est d’abord croire qu’un lendemain est possible.

    Citation 1 : « Il y a une victoire provisoire du système qui a consisté à dire aux gens qu’il n’y avait plus d’espoir. »

    Citation 2 : « Quand j’entends dire « La démocratie n’a pas d’avenir et il y a plus d’espoir ». Je me dis « Ah là, le système a fait des dégâts. » »

    Pertinence : Une conclusion spirituelle et morale. L’optimisme est un devoir de combat.

    Frédéric Bascuñana
    Frédéric Bascuñanahttps://politoscope.fr
    Entrepreneur, citoyen engagé. J’observe avec tristesse mon pays perdre son honneur sous les exactions d’une caste cynique. Retrouvons notre dignité collective.

    Latest articles

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Related articles

    « Allez voir en dictature » : analyse clinique d’une violence d’État.

    Depuis quelque temps, un discours s’impose par nos politiciens dans l’espace public : face aux inquiétudes croissantes sur l’état de notre démocratie, certains responsables dont notre président répondent par une formule cinglante : « Vous...

    Les racines du Mal – « La Marche Rouge », au-delà des Lumières, l’histoire interdite. Avec Marion Sigaut.

    Présentation Rencontre avec Marion Sigaut - animée en direct par Frédéric Bascuñana. L'histoire n'est jamais une science morte. Je la vois plutôt comme une braise immense, recouverte par la cendre épaisse des récits officiels, des mensonges...

    Marion Saint-Michel : « ils ne sont pas incompétents, leurs objectifs sont inhumains »

    Source : (Université d'Eté de la Résistance Dimanche 2025 14 septembre 2025)(1ère vidéo : à partir de 01:03:00 ; 2ème vidéo) Au-delà de la colère ou du sentiment d'impuissance face aux crises que nous traversons,...

    PPE3, L’insupportable trahison énergétique – analyse critique en 10 Points Clés

    (mise à jour importante : cette analyse, produite quelques jours avant le départ poisseux du premier ministre François Bayrou le 8 septembre 2025, reste plus que je jamais nécessaire en dépit du fait que...

    Manifeste du PIC : « Subvertir le système », le plan radical d’un mouvement émergeant pour rendre le pouvoir au peuple

    Nous vivons sous le joug d'une oligarchie élective qui a perfectionné l'art de notre impuissance. Ce sentiment qui vous étreint n'est pas une fatalité, mais le résultat d'une ingénierie sociale sophistiquée. Face à ce...