Un camarade m’ayant encore récemment dit en réunion, sur un ton certes badin : « on ne critique pas Etienne Chouard », « c’est un héros », je juge utile pour lui et les éventuels suivants de consigner ici une réponse que je n’aurais ainsi plus à refaire (même s’il faudra bien approfondir et détailler un jour ce droit d’inventaire).
Mon cher ami, votre intervention m’a plongé dans un abîme de perplexité — un état qui, chez moi, finit toujours par se muer en une sorte de fatigue métaphysique. Vous nous avez demandé, avec cette fraîcheur désarmante qui caractérise les nouveaux venus n’ayant pas encore goûté au fiel de la désillusion, de ne pas critiquer Étienne Chouard. Vous avez prononcé le mot « héros ». C’est charmant. C’est presque une relique d’un monde disparu où l’on croyait encore que la vertu pouvait porter un pull-over à col roulé et que la démocratie était une affaire de bons sentiments. Même si vous plaisantiez, je me permets de répondre à votre propos qui se pourrait se révéler malgré tout castrateur pour un véritable débat.
Je vais donc vous répondre, non pas pour vous blesser, mais pour procéder à cette pédagogie de l’abîme qui est devenue, par la force des choses, ma spécialité au sein du PIC. Car de manière générale, l’idéalisation d’un intervenant politique, même s’il dégage une aura de sainteté laïque, est une erreur de candide qui mène invariablement au naufrage. Pour comprendre pourquoi Chouard est devenu, pour nous, une sorte de déchet radioactif dont il faut s’écarter sous peine de nécrose politique, il faut que je vous raconte mon long calvaire de disciple — seize ans d’une vie, une éternité de malentendus.
J’ai été un véritable disciple de Chouard – et un camarade de combat en pointillé – en effet, pendant seize ans.
Imaginez l’époque de « politoscope.tv ». Nous sommes entre 2009 et 2012. À l’époque, YouTube n’était qu’une excroissance embryonnaire, une sorte de bac à sable pour vidéos de chats. Nous encodions nos propres vidéos dans mon studio parisien, une activité qui, rétrospectivement, ressemble à l’astiquage des cuivres sur un paquebot déjà condamné. J’ai invité Chouard plus de cent fois. Cent fois. À chaque fois, il m’apparaissait comme un homme de Bien, une figure presque angélique, dénuée de l’arrogance crasse des technocrates. Je ne voyais en lui que le pédagogue patient, l’image d’Épinal du professeur bienveillant apportant la sagesse des règles vertueuses pour protéger le peuple des tyrans.
Nous vivions dans une sorte de cocon citoyenniste. J’étais, au sens le plus houellebecquien du terme, un spectateur engagé, observant avec une fascination morbide la déliquescence consubstantielle à cette mascarade qu’on appelle démocratie représentative tout en croyant tenir, avec Chouard, le remède miracle. Quelques années plus tard, j’ai repris cette activité éditoriale – dès 2021. Je l’ai réinvité dans d’innombrables salons vocaux, dans des directs qui s’étiraient comme des après-midis de novembre dans une préfecture de province – mais qui avaient le mérite de raviver la flamme, discrètement.
Le point culminant de cette lune de miel parfois acide, souvent faite de soumission déférente, fut mars 2025. J’ai livré une plaidoirie de deux heures et demie pour « engager » Chouard dans le PIC et en finir avec ses prophéties de paralytique. Imaginez la scène : deux heures trente pour tenter de convaincre un homme que l’action est nécessaire, que le dogmatisme est une prison. Chouard, avec cette douceur qui finit par vous donner des envies de sauter d’une falaise, soutenait que les élections sont une souillure, qu’il ne faut surtout pas même tenter un « hack » du système, que « ça ne marchera jamais » tout simplement parce que l’élection est un piège parfaitement sphérique, sans aspérité : une morale de perdant qui n’estime un combat tenable qu’à la condition d’en choisir le terrain : autant vouloir brasser du vent sans même avoir le courage d’un ventilateur. Sous l’effet de mon insistance, de trésors de patience, et surtout, d’arguments imparables le confrontant à ses propres contradictions, il a fini par accepter de s’engager – mais de mauvaise grâce, comme un condamné qu’on traîne vers sa propre potence. Le sort d’un puriste qui, pour garder les mains propres, serait prêt à se les amputer, mais nous accorderait à nous, par compassion, le moratoire repoussant le moment inéluctable et fatidique de sa propre mort cérébrale.
Pendant l’éruption des Gilets Jaunes, j’étais son ombre, son bouclier, son avocat commis d’office. Comme tant d’autres. Je lui pardonnais ses bégaiements stratégiques, ses silences tactiques, ses erreurs de communication. J’étais, c’est dire, avec lui la veille du jour précis où Denis Robert et le cousin d’Enthoven l’ont piégé dans l’entretien qui fit de lui l’infréquentable « confusionniste ».
Je lui avais pourtant prédit, avec une précision chirurgicale, sans le savoir, ce qui allait se produire.
Je lui avais expliqué, le jour précédent cette terrible chute, qu’il était le chef idéal d’un mouvement qui revendiquait l’absence de chef : puisque le seul chef que peut accepter un mouvement haïssant les chefs, c’est un chef revendiquant avec une insistance des plus convaincantes, ne pas vouloir être le chef… Chouard refuse l’incarnation. Il est cohérent. Obsessionnellement cohérent. Ainsi ne veut-il surtout pas faire l’effort intellectuel de comprendre que le leadership — ce concept qu’il exècre au même titre qu’un péché capital — peut organiser sa propre succession et la résilience d’une organisation : surtout quand il est, conformément à ses propres théorèmes, soumis à mandat impératif et facilement révocable. En restant ce chef informel, il devint ce prestigieux « commandeur de l’impuissance », et ce faisant, une cible parfaite : facile, accessible, bref, la figure historiquement connue du rebelle-idiot utile. Il ne maîtrisait pas le scénario, il se contentait d’en écrire les notes en bas de page, habile à préciser le sens des mots, mais incapable de capter la logique d’ensemble. Et dans la vie, mon ami, quand vous ne maîtrisez pas le scénario, vous finissez invariablement en figurant tragique ou en ennemi public numéro un : ceux qui maîtrisent l’écriture du scénario se choisissent les héros archétypaux qui consolideront leurs narratifs.
Le lendemain, le couperet tombait comme une spectaculaire confirmation. Chouard était devenu radioactif. Tous ses soutiens se délestaient de cette relation comme autant de rats quittant le navire, avec plus ou moins d’élégance, mais avec une fermeté toute biologique.
Mais alors, pourquoi est-ce qu’en dépit de ce statut de victime expiatoire, de bouc-émissaire du Pouvoir, il nous est avec le temps devenu insupportable ?
Parce qu’il est, avant toute chose, un idéologue.
Et un idéologue, c’est un homme qui a remplacé son cœur par une logique circulaire.
Voici pourquoi et comment, en quelques mots sous forme de parenthèse clinique.
Une masse particulièrement flippante de LFIstes disent, très concrètement – avec un aplomb qui confine à la démence :
« Nous sommes démocrates, mais sans les gens que nous n’aimons pas ».
C’est une démocratie avec un cordon sanitaire intégré, une agora entourée de barbelés mentaux. Dès que vous posez un discours souverainiste ou identitaire, le dialogue cesse. L’invective commence.
Ils le confessent aisément : ils ne débattent pas, ils combattent.
On retrouve ici la définition arendtienne de l’idéologie : la logique d’une idée qu’on déroule jusqu’à l’absurde, au mépris total du réel.
Ces gens-là arborent une pensée, qui n’est pas qu’une pensée mais un véritable système de référence, qui consiste à exclure méthodiquement une partie du peuple. Pour eux, l’électeur du RN n’est pas un citoyen avec qui débattre, c’est une erreur statistique à éliminer de leur projet de future VIème République.
Ils se sentent les garants absolus du « Bien Commun », de la « Volonté Générale », mais ils n’ont pas même lu Rousseau. Ou alors, ils l’ont lu avec les lunettes de Robespierre. Or même Rousseau mettait bien en garde : la « Volonté Générale » ne doit pas être confondue avec la « Volonté de Tous ».
Ce ne sont donc pas des démocrates : un démocrate accepte l’idée qu’il puisse perdre face à quelqu’un dont il déteste le prisme idéologique. Les LFIstes, eux, prônent le chaos « révolutionnaire » en cas de défaite.
S’ils devaient être en position de force pour gagner par les urnes : ils feront mine, comme tous les fascistes d’autres époques, de jouer le jeu.
Mais s’ils devaient être en position de force pour obtenir le même résultat par les burnes : ils n’hésiteront pas.
Revenons donc à Chouard.
Chouard, hélas, est en osmose spirituelle avec cette rigidité intellectuelle. Avec cette fondamentale incapacité à concevoir une démocratie qui ne soit pas un clone de ses propres fantasmes.
Pourtant, sur le papier, Chouard prône les Assemblées constituantes, le tirage au sort, les « partis sans chef », le citoyen législateur, les votations pour en finir avec les « élections », la « mise en scène des controverses » etc.
Je connais par cœur : j’étais 100% disciple.
Et je ne comprends donc que trop bien le sursaut protecteur d’un camarade qui nous écrit, l’humour étant un prétexte pour adoucir le propos, mais permettant malgré tout d’exprimer le fond de sa pensée : « ne pas pas critiquer Chouard » ; « c’est un héros » etc.
Je suis passé par là avec bien plus encore de véhémence face à ses éventuels détracteurs.
Et pourtant. C’est malheureusement ce qui nous affaiblit et nous tue.
Pour comprendre, revenons à notre mouvement, le PIC.
Chouard a influencé à 98% l’écriture de notre Manifeste.
Chouard a proposé d’écrire la Constitution de notre mouvement.
Et c’est là que le récit vire à la farce. Si l’on passe outre son style ratiocinateur, cet homme capable de fulgurances fut aussi souvent pris d’accès de rage dès lors que la moindre contradiction se dressât sur son chemin. Il fut imperméable au compromis. Nous avons déployé des trésors de gentillesse pour le pousser à en accepter. En public, il arbore pourtant une douceur de saint-sulpice ; en privé, il trébuche sur son impatience. C’est la « tolérance » au sens de Jankélévitch : un sourire en coin qu’on prend pour une affectueuse bienveillance, un masque patient porté par les dogmatiques en attendant que le fruit soit mûr pour être dévoré.
Chouard a été victime du phénomène de « sudden fame ». Trop de félicitations, trop de bras ouverts. Il a fini par s’enfermer dans un système mental exclusif. Une forme de sédimentation de la certitude : il a pendant des années, forgé par cette aura miraculeuse, consolidé son système de pensée et subrepticement, c’est devenu une « idéologie » dont nous n’avons pas perçu qu’elle était foncièrement mortifère puisque les prémisses étaient exprimées avec tant de bonté et de vertu.
Parce qu’on n’a pas besoin de l’astiquer longtemps en débat, pour qu’il admette bien volontiers ne croire en fin de compte, qu’au « Grand Soir ». Tout le reste, tout le travail quotidien, toute tentative d’agilité, il le plombe en répétant comme une litanie funèbre : « ça ne marchera jamais ». Une sorte de sangsue énergétique qui sape toutes les initiatives du groupe – ce qu’il fit abondamment aussi, nous finîmes par le comprendre rétrospectivement, pendant les Gilets Jaunes en dépit de quelques beaux discours qui sauvèrent les apparences.
Alors, forcément, on le questionne, on le relance, on essaye de comprendre : pendant des mois, même, on taquine le débat mais on reste globalement en position basse, tout le groupe s’écrase, comble du paradoxe, devant ce chef qui ne voulait pas être un chef, mais se révèle un discret tyran, faisant régner une atmosphère psychorigide de chantage à la vertu – et ne concède strictement aucun compromis, si ce n’est de très mauvaise grâce. Élégant, éloquent, habile et convaincant en public, pénible en groupes de travail.
Je reviens maintenant à mon propos :
Chouard a influencé à 98% l’écriture de notre Manifeste.
Chouard a proposé d’écrire la Constitution de notre mouvement.
Nous l’avons donc suivi.
Le comble du paradoxe fut atteint le jour où, après nous avoir suivis, il nous a déclaré : « il y a malgré tout trop de gens de droite dans ce groupe ».
Ce fut fascinant.
Nous détestons globalement le RN, mais Chouard estimait que quelque chose lui échappait, lui était désagréable, ou pour le dire poliment dans son champ lexical : « que cela ne serait pas fécond ».
Chouard chouinait, chafouin.
Tout ça pour quoi ?
Parce que le jour où il a proposé son modèle de pensée pour imposer sa si vertueuse petite Constitution du mouvement, tout le monde l’a… Soutenu.
Oui, nous l’avons soutenu.
Sauf que : nous avons eu le culot d’émettre (surtout dans le sillage de l’excellent Louis Fouché qui fut présent et s’est très bien exprimé en ce sens), des nuances.
Des NUANCES.
Nous avons simplement demandé à ce qu’elle ne soit pas trop bureaucratique, ni trop restrictive.
Nous avons parlé d’agilité.
Chacun s’est bien exprimé. Les présents étaient souriants, positifs, engagés, magnifiques dirais-je.
Et à la fin ils ont dit en substance : « merci de nous avoir écoutés ; nous te faisons confiance Etienne – à toi de jouer ».
Il a surjoué l’adolescent vaguement revêche, se victimisant comme si la part sombre et diabolique de l’âme humaine avait encore entaché la robe céleste de son caractère immaculé.
Monsieur « mise en scène des controverses », qu’aucune controverse ne visait pourtant, n’avait pas supporté que nous ayons pu exprimer de modestes nuances. Amenées avec déférence et bienveillance, dans une atmosphère de quasi soumission.
Devant cette étrangeté, nous avons commencé à regarder en arrière. À interroger le passé.
J’ai pour ma part repensé le piège de Denis Robert avec un regard neuf.
Je m’étais alors consolé comme le font tous les militants psychotiques : à base de forclusion. Le déni permet parfois de rester debout, de conserver de l’allant.
J’ai compris que j’avais tout simplement refusé de voir que Chouard nous avait plantés par arrogance, par égoïsme, et surtout par idéologie. Parce qu’il est seul dans sa tête et se contrefout de ses groupes de travail. Ce qui bien sûr ne serait absolument pas un problème, s’il ne s’engageait pas précisément sur des sujets nécessitant un appui collectif, et s’il ne mimait pas la vertu de solidarité dans tous ses propos.
Dans cette séquence, il a paradoxalement servi les intérêts de l’oligarchie en étant son parfait idiot utile, tout en se drapant dans les oripeaux du « gentil prof démocratophile » que personne, dans notre camp dissident, ne doit critiquer de crainte d’y perdre en énergie militante. Avantage dysfonctionnel lié à notre extrême vulnérabilité, avantage dont il a inconsciemment abusé pour asseoir son influence – et se nourrir de cette rente de confiance.
C’est ainsi qu’il a plombé tous les mouvements qu’il a rejoints par son incapacité totale à écouter son groupe – comble du paradoxe chez le démocrate zélé qu’il affiche.
C’est un chantage à la vertu qui plane comme un non-dit : le critiquer c’est en effet toucher à une figure sacrée, quand bien même fût-elle incarnée par un sauveur manchot, un prophète aveugle, un guerrier planqué.
On s’est même mis à se souvenir de ses propos chez Éric Morillot l’an dernier : lorsqu’il a dit regretter n’avoir pas participé à la tuerie du 7 octobre (sic). Douze cents gamins sous psychotropes massacrés en pleine rave party ? – On peut ne pas être pro-sioniste sans tomber dans une apologie du terrorisme aussi puérile. C’est le caniveau intellectuel.
C’est surtout qu’à force de creuser et décaper cet itinéraire d’un dissident gâté par le désespoir du peuple, nous nous sommes aperçus du pire :
Chouard n’est pas même un démocrate.
Il est certes très juste et très convaincant quand il nous dit que nous ne sommes pas en démocratie et l’essentiel de son diagnostic est en titane.
Mais il dérape vite, étant le reste du temps masqué par une auréole de gloire abnégative, dans la mise en application : il n’est en effet, lui aussi, démocrate qu’à la condition d’écrire ses lois avec des gens qui lui ressemblent.
Patatra.
Il stigmatise la propension des organisations à laisser émerger des mâles alphas toxiques : mais il en est un, déguisé en agneau-sachant.
Une illustration de ce caractère vertueux-retors nous a particulièrement frappés :
Sa confiscation des médias alternatifs – qui lui permettent de peaufiner son autoportrait léché de gentil incontestable.
L’année dernière, alors que cela faisait déjà des mois que nous échinions à organiser des réunions hebdomadaires AUTOUR de notre cher idéologue repus d’amour, nous apprenions via Nexus (le magazine) qu’il faisait des « ateliers constituants » pendant de longues après-midis.
Nous l’observions religieusement arborer ce sourire attachant de petit prof sympa et lumineux, disant qu’il était si content d’être là, qu’il fallait faire ces « ateliers constituants », félicitant langoureusement Nexus…
Et puis nous, sur le moment, nous nous satisfaisions de cette merveilleuse pédagogie citoyenniste.
Or avec le temps… Un doute atroce finit par nous étreindre.
C’était quand même bizarre, non : de le savoir officiellement dans un mouvement qui s’appelle le PIC, où tout est pourtant construit autour de « ses » idées (je mets des guillemets car ce ne sont certes pas les siennes, mais disons qu’il les promeut inlassablement), tout allant tout de même pour le mieux puisque nous incarnons le sursaut qu’il estime nécessaire et appelle de tous ses veux : mais…
… Nous a-t-il pour autant, ne serait-ce qu’invités à participer en ligne à ces ateliers ?
Non.
Pas une seule fois.
Pas même invités, ni même prévenus.
Malgré des dizaines d’heures de programmes – et de nombreuses opportunités pour le faire.
Finalement, le très lumineux Chouard a commencé par nous éclairer, mais avec le temps il a pris goût à cette lumière braquée sur lui : non pas que cette petite coquetterie nous ait dérangé, non, ce qui nous dérange encore aujourd’hui, c’est la contradiction fondamentale entre le message (« Écrivez vos lois ! « Reveillez-vous ! ») qui devrait gagner en puissance collective, et le pétard mouillé qui à l’arrivée s’éteint sur un parking de supermarché désert ou presque, où Chouard va pouvoir agir seul. Ses fameux ateliers constituants se contentent de très affables contradicteurs en paille.
C’est ainsi qu’il confisque subrepticement le temps de parole, qu’il squatte les médias alternatifs grâce à son statut de sage officiel.
Pour autant, Monsieur « mise en scène des controverses » ne réclame pas d’opposition pugnace pour qu’un substrat de la population française puisse a minima faire la démonstration de ce que pourrait être un authentique débat délibératif – avec une véritable procédure susceptible de garantir un mimim d’équité dans les opinions convoquées.
Monsieur « mise en scène des controverses » est un imposteur, un insignifiant bourgeon robespierriste en train d’affleurer.
Comble du paradoxe : il confisque ainsi toute émergence populaire en prétendant lutter contre les mâles alpha, contre les experts qui pourraient, dit-il, confisquer le temps de parole par leur faconde. Pour s’épargner toute concurrence, il instaure cette pernicieuse paranoïa dans les groupes qu’il fréquente : pour les protéger de l’émergence des petits chefs, il prend leur place. Habile.
Et en conférence que fait-il ? Il peste, c’est maintenant un rituel en forme de prolégomènes à toute démonstration, contre notre inaction collective. « Ça fait maintenant 20 ans que je m’échine à vous donner les arguments pour ça ». L’angélique professeur se comporte comme le chefaillon qu’il pensait mépriser : celui qui rentre dans une pièce remplie de gueux, et leur demande de s’enlever les doigts du cul.
Si Chouard avait assumé ses pulsions dominatrices, s’il ne s’était pas embourbé dans cette fausse bonhommie inextricablement complexifiée par ses réflexes passif-agressif ; si Chouard avait assumé son prisme idéologique sans prétendre souhaiter la « mise en scène des controverses » du gentil citoyen promoteur d’un peuple providentiel constituant : je l’aurais tout simplement respecté comme tel. Comme un homme arborant ses convictions.
Le problème, c’est qu’il a voulu convertir tout le monde en se faisant passer pour un parangon de vertu.
Je ne pense donc pas pour ma part qu’il soit manipulé ni corrompu : je pense juste que c’est un idéologue psychotique, complètement scotomisé par ses obsessions devenues névroses obsessionnelles, et surtout, un imposteur à petit budget, complètement dépassé par sa propre célébrité et les responsabilités qu’elle implique, qui nous a fait perdre trop de temps.
Comme le propose le Canard Réfractaire qui fut naguère encore, l’un de ses meilleurs soutiens, il faut passer à autre chose.
PS : On nous reprochera de prime abord, peut-être, d’exprimer tout ceci publiquement. Je le fais pour ma part sans passion : c’est une autopsie, pas un parricide. Je ne désigne pas : mais je consigne. Je le fais au nom du groupe qui l’a intégralement subi. D’une part, parce qu’on nous demande pourquoi nous ne le suivons plus, et que cette page fait partie des pièces à conviction – c’est un témoignage de valeur quasi historique. D’autre part, parce que nous faisons partie des rares à avoir tout observé du dedans. Le combat est rude et complexe : si nous ne comprenons pas que nos pire ennemis ne sont pas nos bourreaux objectifs, mais plutôt ceux qui, prétendant nous en sauver ne font finalement rien d’autre que nous mener en bateau, nous ne deviendrons justement pas, ces fameux adultes constituants. Il y a énormément d’imposteurs dans une époque de dissidence : c’est excitant, c’est stimulant, on se sent dans la coup à peu de frais, et pourvu qu’on soit habile, on reçoit beaucoup d’amour, cela peut être un moteur des plus bénéfiques pour tous ; mais il faut ensuite être responsable de tous ceux qu’on a ainsi apprivoisés et montrer la voie vers l’action, vers le changement : c’est là que se trouve le véritable effort, dans l’exemplarité, pas dans le nombre de followers. La prospérité des prophètes mous se nourrit de la désespérance populaire.