Par la Rédaction du Politoscope
Nous sommes entrés dans l’âge de fer. Lentement, mais avec l’inexorabilité d’une plaque tectonique qui se fracture, le décor de carton-pâte que l’Occident avait dressé pour masquer la réalité du monde est en train de s’effondrer. Si vous avez eu l’imprudence d’allumer votre téléviseur ou d’écouter les oracles de nos ondes radiophoniques ces dernières années, vous avez sans doute été frappés par cette étrange pathologie collective qui ronge nos élites : la dissonance cognitive à son stade terminal. Sur les plateaux, des analystes poudrés et des éditorialistes en service commandé continuent de psalmodier les mantras d’un ordre international vertueux, d’une mondialisation heureuse et d’une Europe protectrice, sentinelle morale de l’humanité. C’est un conte de fées séduisant, une fable lénifiante conçue pour des citoyens réduits à l’état de consommateurs dociles. Mais de l’autre côté de l’écran, dans l’arène impitoyable de la physique politique, le sang coule, les frontières volent en éclats, les chefs d’État sont kidnappés avec la désinvolture d’une opération de voirie, et les sanctuaires nucléaires sont frappés au mépris des ultimes tabous de la guerre froide.
C’est pour dissiper ce brouillard toxique et rompre l’hypnose de masse que le Polithoscope a reçu Caroline Galacteros, géopolitologue, présidente de Géopragma et ancienne colonelle de la réserve opérationnelle. Au cours d’un entretien fleuve, dense, subversif et d’une lucidité parfois glaçante, elle a entrepris de déconstruire, brique par brique, l’édifice de nos mensonges institutionnels. Ce qui ressort de cette conversation n’est pas une simple analyse de l’actualité, mais une véritable autopsie d’un Occident piégé par son propre aveuglement. Il est temps de plonger dans les abysses de cette réflexion pour en extraire le poison du déni et l’antidote de la puissance.
L’enterrement de première classe du droit international
La première victime de ce retour au réel est sans conteste le droit international. L’Occident aime à se draper dans la vertu de la légalité onusienne pour condamner les transgressions de ses adversaires, mais cette indignation est d’une tartufferie abyssale. L’oratrice nous rappelle avec une précision chirurgicale que le démantèlement de l’ordre juridique mondial n’est pas l’œuvre de Moscou ou de Pékin, mais bien une initiative occidentale. Le péché originel, la fracture originelle de notre époque contemporaine, remonte à 1999. En bombardant la Serbie pendant soixante-dix-huit jours, sans le moindre mandat du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, pour en détacher la province du Kosovo, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord a ouvert la boîte de Pandore. Elle a gravé dans le marbre géopolitique une jurisprudence mortelle : la force supplante le droit, et le principe d’intégrité territoriale peut être violé si la puissance hégémonique le décide au nom de la morale.
Comment, dès lors, s’étonner que d’autres puissances s’engouffrent dans la brèche que nous avons nous-mêmes ouverte ? L’invasion de l’Irak en 2003, justifiée par le mensonge d’État absolu des armes de destruction massive, n’a fait que confirmer l’instauration d’une loi de la jungle où le glaive dicte la norme. L’Occident a même opéré un glissement sémantique d’une perversité fascinante : nos diplomates ne parlent presque plus de « droit international », notion trop contraignante, mais célèbrent désormais « l’ordre basé sur des règles ». Quelles règles ? Celles que Washington et ses vassaux s’octroient l’exclusivité d’écrire, d’imposer, et de violer selon leurs intérêts du moment. C’est l’institutionnalisation de l’arbitraire impérial. Face à ce constat, l’invocation de Thomas Hobbes s’impose : l’état de nature entre les nations est une guerre de tous contre tous, et comme le rappelait Raymond Aron, il n’existe aucun tribunal suprême pour trancher les conflits entre entités souveraines. L’équilibre par la force redevient l’unique alphabet de la diplomatie.
La cannibalisation impériale et le naufrage européen
Si le diagnostic sur la brutalité du monde est implacable, le regard porté sur la France et l’Europe confine au constat de décès stratégique. Nous marchons tels des somnambules sur un toit en pente, récitant le bréviaire d’une solidarité transatlantique qui n’est plus qu’une relique mémorielle. Caroline Galacteros souligne l’hypocrisie de la posture américaine : sous l’administration Trump hier, comme sous l’administration Biden aujourd’hui, les États-Unis ne considèrent plus l’Europe comme un partenaire, mais comme une variable d’ajustement. Le pivotement stratégique vers l’Asie est total, car la seule véritable terreur de Washington est le « Piège de Thucydide », cet affrontement inéluctable avec une Chine en passe de lui ravir l’hégémonie globale.
Dans cette titanesque reconfiguration, l’Europe est sacrifiée. L’experte aurait d’ailleurs pu aller plus loin en qualifiant ce processus de cannibalisation impériale. Lorsqu’un empire entre en phase de contraction ou se prépare à une lutte existentielle, il dévore ses périphéries pour restaurer son centre. L' »Inflation Reduction Act » (loi sur la réduction de l’inflation) voté par le Congrès américain n’est pas une loi de transition écologique, c’est un aspirateur industriel conçu pour siphonner les usines, les capitaux et les cerveaux d’une Europe exsangue. Le sabotage du gazoduc Nord Stream, privant l’industrie allemande de son énergie bon marché, participe de cette même logique de vassalisation prédatrice. Nous croyons être sous le parapluie américain ; nous sommes en réalité sur le menu de leur réindustrialisation. Et pourtant, nos élites, acculturées, biberonnées aux programmes des « Young Leaders », continuent de confondre les intérêts de la bourse de New York avec ceux de la nation française.
Le darwinisme financier et le boomerang des sanctions
L’un des passages les plus foudroyants de cet entretien réside dans la démystification absolue de l’arme des sanctions économiques. On nous a vendu l’embargo comme une arme propre, une alternative pacifique et vertueuse à l’affrontement cinétique, destinée à faire s’effondrer l’économie russe en quelques semaines et à provoquer la chute de son gouvernement. La réalité, décrite par notre invitée, est celle d’un cynisme barbare qui s’est retourné contre ses auteurs. Les sanctions ne sont pas une diplomatie douce ; elles constituent le « dernier stade de l’esclavage », une technique de siège médiévale visant à affamer les sociétés civiles pour forcer leur reddition.
Mais au-delà de leur cruauté aveugle, ces sanctions ont accouché d’un désastre géostratégique pour l’Occident. En militarisant le dollar et le système SWIFT, les États-Unis ont commis l’erreur darwinienne par excellence. L’Occident s’est comporté comme un médecin prescrivant un antibiotique trop faible : au lieu de tuer la bactérie, il a créé un super-virus résistant. La Russie a développé ses propres réseaux bancaires, s’est tournée vers l’Asie, et a survécu avec une insolence macroéconomique qui ridiculise les prévisions de Bercy. Pire encore, cette arrogance occidentale a convaincu le « Sud Global » tout entier, soit l’écrasante majorité démographique et industrielle de la planète, qu’il était vital de fuir le système monétaire américain. L’élargissement des BRICS et la lente dédollarisation du commerce des hydrocarbures, notamment par l’Arabie saoudite, actent la fin du monopole occidental. Nous avons voulu isoler Moscou ; nous nous sommes mis nous-mêmes en quarantaine face au reste du monde.
L’hygiène du débat : objections et dialectique
Cependant, le propre de l’intelligence collective n’est pas de substituer un dogme à un autre, fût-il souverainiste et réaliste. Si l’analyse de Caroline Galacteros est d’une salutaire causticité, elle requiert, pour atteindre sa pleine maturité philosophique, d’être soumise au feu de la contradiction. L’esprit critique exige de pointer les angles morts de cette théorie du « réalisme offensif ».
Premièrement, la thèse selon laquelle l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord serait l’unique cause de la guerre en Ukraine, réduisant l’agression russe à un réflexe sécuritaire défensif, souffre d’un défaut de presbytie historique : elle nie totalement le libre arbitre des nations d’Europe de l’Est. Les pays baltes ou la Pologne n’ont pas été envahis par les diplomates américains ; ils ont littéralement supplié Washington de les intégrer à l’Alliance, mus par la mémoire sanglante de plusieurs siècles d’impérialisme russe ou soviétique. Omettre cette terreur atavique, c’est nier l’agentivité des peuples périphériques et réduire les nations souveraines à de simples variables d’ajustement entre superpuissances.
Deuxièmement, le portrait esquissé d’un Donald Trump pacificateur, mu par un prosaïsme rationnel face à un état profond belliqueux, mérite d’être fortement nuancé. L’imprévisibilité trumpienne, souvent célébrée par les réalistes comme une technique de négociation perturbatrice, s’est fréquemment traduite par un vandalisme diplomatique pur et simple. Le déchirement unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien n’a pas apaisé le Moyen-Orient ; il l’a précipité au bord du gouffre, tout en ruinant durablement la signature de l’État américain. La désescalade ne se construit pas sur le chantage permanent.
Enfin, il convient de s’interroger sur la viabilité du réalisme absolu pour une puissance moyenne comme la France. Si nous validons l’idée que le droit international est mort et que seule compte la loi des « dos argentés », ne scellons-nous pas notre propre arrêt de mort ? La France n’a ni la masse démographique de la Chine, ni la profondeur stratégique de la Russie, ni l’hégémonie technologique des États-Unis. Pour nous, la défense acharnée d’un cadre juridique multilatéral n’est pas une lubie idéaliste de diplomates en mal de poésie, c’est un bouclier asymétrique indispensable à notre survie souveraine. Applaudir la loi de la jungle lorsque l’on n’est plus le roi des animaux relève de l’imprudence tragique.
Pistes d’actions et réarmement citoyen
Le constat clinique étant posé, et sa dialectique éprouvée, la question qui taraude désormais nos consciences est simple : que faire ? L’entretien ne doit pas s’achever sur un fatalisme désabusé. La souveraineté ne s’implore pas, elle se conquiert. Il appartient aux citoyens éclairés de prendre le relais des élites défaillantes.
La première urgence est le financement participatif de l’intelligence stratégique indépendante. Nous ne pouvons plus confier l’analyse géopolitique à des « think tanks » (groupes de réflexion) subventionnés par l’État ou par des intérêts étrangers qui dictent leurs conclusions avant même le début de l’étude. Il est impératif que les citoyens financent massivement des structures comme Géopragma pour leur donner la force de frappe d’un véritable cabinet fantôme de la diplomatie française, capable de produire des livres blancs et des contre-expertises inattaquables.
La deuxième piste réside dans la guerre cognitive et la formation. Le Pari de l’Intelligence collective doit se muer en une académie populaire du réalisme, un maquis numérique où s’organisent des conférences, des séminaires en ligne et des cercles de lecture pour forger l’armure intellectuelle de nos compatriotes. Face à l’ingénierie du consentement et au « shadow ban » (bannissement furtif) qui asphyxie nos chaînes, la parade réside dans la construction de réseaux de diffusion décentralisés et souverains.
Enfin, l’action doit se porter sur le terrain économique. Les chefs d’entreprise et les décideurs qui composent notre audience doivent exiger de leurs représentants politiques l’instauration de lois de blocage efficaces contre l’extraterritorialité du droit américain, ce fameux « lawfare » (guerre juridique). Il s’agit de bâtir une résilience industrielle nationale pour que l’embargo ou la sanction ne soient plus les couperets suspendus au-dessus de notre prospérité.
Une invitation au courage
Au terme de ce voyage au bout de l’imposture occidentale, une évidence s’impose : le confort de l’illusion est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. L’échange avec Caroline Galacteros, que je vous exhorte à visionner dans son intégralité sur notre chaîne, est un électrochoc salutaire. Il nous rappelle, avec la rudesse nécessaire, que l’histoire est tragique et que les civilisations sont mortelles.
Nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons choisir de continuer à fermer les yeux, de nous bercer des illusions d’un ordre fondé sur des règles dictées par un suzerain lointain, et accepter notre lent déclassement vers le statut de province périphérique d’un empire en déclin. Ou bien, nous pouvons puiser dans le tréfonds de notre héritage, retrouver cette alchimie si particulière de la France, capable de parler au monde entier sans jamais se soumettre à personne. La voie de l’indépendance est aride, elle exige des sacrifices, du courage intellectuel et un refus obstiné de la bien-pensance. Mais c’est la seule voie qui mène à la survie de la nation. Ne laissez personne dicter votre pensée. Cultivez votre lucidité comme une arme de guerre. L’avenir appartient à ceux qui auront le courage d’affronter le réel.
Frédéric Bascuñana
Chers amis, soyez les bienvenus sur Polithoscope TV, cette chaîne honteusement frappée par une invisibilisation furtive, ce fameux « shadow ban » (bannissement furtif), que vous allez nous aider à déjouer par vos multiples abonnements. Cette contingence technique étant évacuée, je suis ravi de vous retrouver pour ce demi-direct. Nous enregistrons dans les conditions du direct et nous rediffuserons cette vidéo ; ne vous offusquez donc pas si nous ne réagissons pas à l’instant même, nous sommes à la fois présents et absents, mais l’authenticité de l’instant demeure.
Comme à notre habitude, nous allons nous parler avec une grande franchise, en adultes consentants et, surtout, lucides. Nous voici en février 2026. Si vous avez eu le malheur d’allumer votre téléviseur récemment, ce que je ne vous souhaite évidemment pas, vous avez sans doute éprouvé la sensation vertigineuse d’évoluer dans une dimension parallèle. Sur les chaînes du service public ou d’information en continu, on s’évertue à vous vendre une fable rassurante : celle d’un Occident éminemment moral, unifié, cherchant le bonheur en marchant main dans la main vers la victoire finale de la démocratie, avec un grand D. C’est d’une beauté touchante, une véritable scénographie digne d’un parc d’attractions.
Cependant, à l’extérieur, dans le monde du réel, celui de la physique élémentaire et des rapports de force tangibles, le décor est en train de s’effondrer sur la tête des acteurs. Regardez autour de vous : le droit international gît dans une rigole, probablement quelque part entre Caracas et Téhéran. Le mois dernier, nous avons assisté au kidnapping pur et simple d’un chef d’État en exercice, Nicolas Maduro. Nous allons d’ailleurs commencer par ce sujet pour nous mettre en appétit. Cet enlèvement a été opéré par la première puissance mondiale avec la désinvolture d’une banale opération de police dans le Bronx. Ailleurs, des drones frappent la résidence de Vladimir Poutine, risquant de déclencher une riposte dont je préfère ne pas imaginer l’ampleur ni la température. Et pendant ce temps, à Bruxelles, on disserte gravement sur le sexe des anges ou sur la courbure réglementaire des concombres biologiques.
Ce décalage est proprement fascinant. C’est ce que je qualifie de dissonance cognitive au stade terminal. Nous assistons au retour triomphant de la puissance à l’état pur, d’une brutalité sans fard ni filtre moralisateur. Un Donald Trump, que l’on nous décrivait jadis comme un bouffon incompétent, redessine mine de rien la carte du globe avec un feutre indélébile. Il abandonne les pays baltes, lorgne sur le Groenland, reprend le contrôle total de son hémisphère occidental sans quérir la moindre permission auprès de l’Organisation des Nations unies, et enjoint l’Europe à recouvrer sa souveraineté nationale. Tout un programme.
Et la France, dans ce maelström ? Nous errons tels des somnambules sur un toit en pente. Nous continuons de psalmodier le bréviaire de l’Alliance atlantique, alors que son fameux article 5 est très probablement mort et enterré au fond d’un tiroir du Bureau ovale.
C’est la raison pour laquelle notre émission de ce soir relève, à mon sens, de la salubrité publique. Il nous fallait inviter une voix qui ne baisse pas les yeux, une conscience qui a accepté de payer le prix de la lucidité, une personnalité farouchement indépendante. Vous la connaissez, vous l’appréciez et vous avez été très nombreux à me recommander de l’inviter. Cela nous a pris un certain temps, mais nous y sommes parvenus. Elle est géopolitologue, présidente du cercle de réflexion Géopragma. Elle anime l’excellente chaîne Paix et Guerre, à laquelle je suis d’ailleurs abonné, qui est devenue un véritable refuge intellectuel ; il suffit d’observer le succès éclatant de ses interventions en direct pour mesurer l’immense besoin de clarté de nos concitoyens. Ancienne colonelle de la réserve opérationnelle, elle maîtrise la grammaire de la force et refuse catégoriquement de hurler avec les loups.
Nous recevons donc aujourd’hui Caroline Galacteros. Avec elle, vous l’aurez compris, nous n’allons pas faire de la géopolitique de comptoir. J’ai encore croisé récemment des relations à qui j’annonçais la venue de Caroline et qui m’ont demandé de qui il s’agissait ; je peux vous assurer que je leur ai sérieusement rafraîchi la mémoire, car ignorer son travail relève aujourd’hui d’une cécité coupable. Je ne dis pas cela par flagornerie, mais parce qu’il reste tant de consciences à éveiller aux réalités géostratégiques.
Nous allons tâcher de comprendre comment notre pays peut survivre dans cette arène de grands fauves. Nous parlerons de souveraineté, non pas comme d’un slogan creux taillé pour une élection présidentielle, mais de la souveraineté véritable : celle qui octroie la capacité de dire non et de ne pas se soumettre à la loi du plus fort, qu’elle s’exprime en anglais, en russe ou en chinois. Nous nous demanderons pourquoi nos élites ont préféré le confort de la vassalisation à l’exigence de l’indépendance. Nous analyserons également cette nouvelle inquisition qui vous taxe d’agent de l’étranger dès l’instant où vous tentez d’examiner froidement les intérêts des différentes puissances. Ce soir, nous assumerons pleinement cette prétendue traîtrise envers la bêtise ambiante.
Préparez-vous, car vos certitudes risquent d’être ébranlées. Oubliez la narration servie par le journal de vingt heures. Nous allons accomplir ce qui constitue la vocation même du Pari de l’Intelligence collective, le PIC : armer nos esprits. Car dans le monde de 2026, l’ignorance n’est plus un simple défaut, elle devient un danger mortel.
Caroline, j’achève ici ma longue introduction pour laisser à notre audience le temps de s’installer confortablement. Je vous cède la parole, en vous remerciant infiniment d’avoir accepté de descendre dans l’arène du Polithoscope. N’hésitez pas à vous présenter pour ceux qui auraient encore l’outrecuidance d’ignorer votre parcours.
Caroline Galacteros
Je ne suis en somme qu’un modeste mouton noir, un de ceux qui préféreraient s’abreuver d’un trait de whisky plutôt que du yaourt ou de la bière que vous évoquiez. Plus sérieusement, pour revenir à mon parcours, ma formation initiale est de nature littéraire. J’ai ensuite eu l’immense privilège de consacrer la première décennie de ma vie professionnelle au service de l’État, au sein du Secrétariat général de la défense nationale, le SGDN. Cet organisme, dépendant du Premier ministre, était alors un cénacle d’experts apolitiques œuvrant sur des matières hautement stratégiques et sensibles.
J’y ai affûté mes armes en matière d’analyse et de prospective, formulant de nombreuses recommandations qui, pour la plupart, n’ont hélas pas été suivies par le pouvoir politique ; mais c’est là une tout autre histoire. Je me suis particulièrement concentrée sur la poudrière des Balkans dans les années quatre-vingt-dix, à l’heure où cette région était à feu et à sang, ce qui vous donne un indice sur mon âge. J’ai par la suite enseigné durant quelques années, notamment à HEC et à l’École normale supérieure.
Mon engagement au service de la France s’est poursuivi pendant une vingtaine d’années sous l’uniforme, en tant que colonelle dans la réserve opérationnelle, où j’exerçais des fonctions de conseil, de réflexion et de rédaction auprès de nos hautes autorités militaires.
Frédéric Bascuñana
Comment parvient-on à obtenir ce prestigieux grade de colonel, madame Galacteros ? C’est un parcours qui force l’admiration.
Caroline Galacteros
Il s’agissait d’une époque très spécifique et plutôt lumineuse, où nos armées avaient pris conscience de la nécessité impérieuse de s’adjoindre des compétences civiles pointues. Cependant, pour être audible au sein de l’institution militaire, il est préférable de détenir un grade. Au début des années deux mille, un dispositif novateur nommé l’article 9 a été mis en place. Il a permis à une poignée de civils, nous étions moins d’une dizaine dans l’armée de terre, bien que le système existât aussi pour la marine et l’armée de l’air, de venir renforcer les états-majors avec nos expertises respectives.
Ayant œuvré dix années dans un organisme politico-militaire à dominante masculine, où les femmes se comptaient sur les doigts d’une main, mon profil a retenu l’attention. En vertu de mes titres universitaires et de mon expérience, mais étant jugée trop jeune pour le grade de colonel, j’ai d’abord été nommée lieutenante-colonelle, avant d’être promue quelques années plus tard. Cela m’a octroyé l’assise nécessaire pour participer activement aux réflexions stratégiques à un haut niveau.
Jusqu’en 2014, je n’avais rédigé des analyses que pour des cercles très restreints de décideurs ou pour des revues confidentielles et ultra-spécialisées. Un concours de circonstances m’a alors poussée à écrire dans la presse grand public, suscitant un écho inattendu. C’est dans ce sillage que j’ai fondé Géopragma en 2018, avec la grande ambition d’en faire un « think tank » (groupe de réflexion) résolument réaliste. Je suis convaincue que nous le sommes demeurés, en dépit d’un cruel manque de moyens, d’une diabolisation systémique et du temps restreint que je pouvais y allouer. Nous avons au moins le mérite de la survie.
Frédéric Bascuñana
Ne serait-il pas envisageable de consolider votre structure en sollicitant de nouvelles contributions ou en proposant des prestations de conseil ?
Caroline Galacteros
C’est une nécessité, j’en conviens, et j’endosse une part de responsabilité dans nos difficultés de développement. J’ai dû mener bien d’autres batailles de front. Faire vivre un groupe de réflexion exige des financements conséquents pour recruter des chercheurs et publier des travaux d’envergure. J’ai œuvré bénévolement la majeure partie de mon existence, mais le bénévolat a ses limites matérielles. Aller quérir des fonds auprès du secteur privé est un parcours du combattant, et dépendre des subventions étatiques revient à se mettre la corde au cou ; on s’expose invariablement à la contrainte politique.
Quant à prodiguer des conseils au plus haut sommet de l’État, j’en serais honorée, mais j’ai sans doute le défaut de ma retenue initiale : j’attends que l’on vienne me solliciter. Malheureusement, je suis perçue comme un élément totalement radioactif. On redoute que mon discours ne fasse voler en éclats leurs certitudes. Le sommet de l’État ne fait donc pas appel à mes services, ce qui m’attriste profondément, car j’ai voué ma vie à penser l’avenir de mon pays. Les orientations actuelles sont si divergentes qu’il est hors de question pour eux de s’exposer à une pensée perçue comme un facteur de trouble, alors qu’ils tentent d’imposer un discours performatif qui, de mon point de vue, nous précipite dans les abysses de l’insignifiance stratégique.
Enfin, le déclenchement du conflit ukrainien est venu télescoper mon parcours. Ayant une expertise de longue date sur les questions slaves et la Russie post-soviétique, j’ai été pressée de toutes parts de prendre la parole et de décrypter la situation. C’est ainsi qu’est née la chaîne Paix et Guerre il y a deux ans. Les débuts ont été fulgurants, mais nous observons aujourd’hui un certain plafonnement. Est-ce l’œuvre des algorithmes, de la lassitude face à un conflit qui s’enlise, ou d’une forme de censure larvée ? Sans doute un mélange de ces facteurs. Ceux qui, comme vous ou moi, postulent que nos concitoyens méritent une information sérieuse et non biaisée, constituent une gêne manifeste pour le discours officiel.
L’effondrement du vernis moral occidental et la fin du droit
Frédéric Bascuñana
Je vous propose d’attaquer le cœur de notre sujet en nous penchant sur la désintégration du vernis moral occidental. C’est un point sur lequel vous excellez sur le plan pédagogique. Revenons sur cet événement du mois dernier : le kidnapping du président Nicolas Maduro. Lors d’une de vos interventions, vous avez souligné que Washington percevait cet enlèvement comme une simple technicalité, illustrant ce retour foudroyant à la pure puissance. Devons-nous en conclure que le droit international, dont notre diplomatie se gargarise en permanence, n’est plus qu’une fable consolatrice pour les faibles ? Sommes-nous officiellement de retour à l’état de nature théorisé par Thomas Hobbes, où seul le glaive tranche les litiges ?
Caroline Galacteros
Nous en prenons assurément le chemin, bien que l’effritement de ce masque moral ne date pas d’hier. Ce qui frappe aujourd’hui avec Donald Trump, c’est qu’il assume cette brutalité au grand jour ; il a ôté les gants pour fondre sur la planète à mains nues, persuadé que sa méthode triomphera. Cela fonctionne avec certains acteurs, mais se brise sur d’autres, et nous y reviendrons.
Le droit international, particulièrement depuis la création de l’Organisation des Nations unies, a toujours oscillé entre l’outil normatif et l’idéalité lointaine, au même titre que le Bien ou le Juste. Il demeure cependant un horizon de légitimité indispensable ; sans lui, nous sombrerions dans une violence absolue et un rapport de force dont le coût humain serait incommensurable.
Frédéric Bascuñana
Permettez-moi une incise : ce droit international, tel qu’il est professé dans les amphithéâtres de Sciences Po, n’a-t-il pas rendu l’âme dès 1999 avec les frappes sur la Serbie, ou en 2003 lors de l’invasion de l’Irak ?
Caroline Galacteros
Absolument. La fracturation a débuté au lendemain de la guerre froide. Au lieu de bâtir un nouvel équilibre global, alors que la Russie gisait en lambeaux, l’Occident a cédé à la tentation de l’abus de position dominante, s’enivrant de ce que l’on a gracieusement baptisé le moment unipolaire. Convaincue de sa suprématie définitive, l’Amérique a poursuivi une politique de puissance des plus classiques, tout en l’habillant des oripeaux du développement, de la démocratie et du droit d’ingérence, lui-même légitimé par des prétextes humanitaristes.
La première entorse monumentale fut en effet la campagne de bombardements de la Serbie en 1999. L’Organisation du traité de l’Atlantique nord, qui n’avait subi aucune attaque, s’est auto-saisie sans le moindre mandat onusien. J’étais aux premières loges pour observer le montage de cette opération, justifiée par des manœuvres sous faux drapeau comme le massacre de Račak ou la parodie des accords de Rambouillet. L’objectif inavoué était de terrasser une Serbie récalcitrante et de justifier l’élargissement sans fin de l’Alliance vers l’Est, sous couvert de protection sécuritaire et économique pour les anciens États du glacis soviétique.
Ensuite survint le traumatisme de 2001, qui servit de catalyseur pour réactiver un vieux dessein : l’anéantissement de l’Irak et le renversement de Saddam Hussein. La France a eu alors la clairvoyance et le courage inouïs de s’y opposer à l’ONU. Tout le milieu renseigné savait pertinemment que la menace des armes de destruction massive était une vaste supercherie. Les inspecteurs américains eux-mêmes, à l’instar de Scott Ritter dont la probité lui valut par la suite de sévères déboires, avaient publiquement attesté de l’absence de telles armes.
C’est ainsi que, brique par brique, nous avons consciencieusement démantelé l’édifice du droit international pour glisser vers un concept beaucoup plus malléable : l’ordre basé sur des règles. Des règles dont l’Occident s’octroie, bien entendu, le monopole de l’écriture et de l’interprétation, dans un grand détournement de l’universalisme kantien.
La rupture des équilibres stratégiques et l’imposition d’un modèle
Nous avons ensuite poursuivi l’élargissement de l’Alliance atlantique sur le théâtre européen, avec une première tentative d’arrimage de l’Ukraine lors de la révolution orange, puis de la Géorgie. Dès le milieu des années deux mille, la Russie de Vladimir Poutine, commençant à s’extraire du chaos, a fermement exigé que l’on cesse de se rapprocher de ses frontières vitales.
L’édifice des accords d’équilibre stratégique entre les deux puissances nucléaires majeures a été méthodiquement détricoté. Grisée par son hyper-puissance, l’Amérique a jugé opportun de s’affranchir de cet équilibre de la terreur, arguant qu’un bouclier antimissile la rendrait invulnérable. Or, un bouclier conçu pour neutraliser la riposte ennemie rompt de facto l’équilibre. Paradoxalement, c’est bien l’équilibre de la terreur qui garantissait la sécurité globale, dans la mesure où il impliquait des acteurs rationnels. En privant la Russie de ses garanties sécuritaires, nous l’avons acculée à développer des armements capables de déjouer nos boucliers. C’est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.
Est venue ensuite la séquence des printemps arabes, où l’on nous a asséné que la démocratie s’imposait comme une urgence vitale en Syrie, en Libye ou en Égypte. Cette démarche est sous-tendue par un ethnocentrisme proprement délirant : l’idée présomptueuse que le monde entier brûle du désir de se voir imposer nos canons politiques, au mépris total de leurs cultures et de leurs pratiques du pouvoir.
Frédéric Bascuñana
Ce vernis moral semble disparaître avec Donald Trump, qui assume un réalisme offensif beaucoup plus cru. Il renoue en quelque sorte avec la théologie politique de Carl Schmitt, selon laquelle est souverain celui qui décide de l’état d’exception. Les États-Unis se placent au-dessus du droit pour forger leur propre légalité. Qu’est-ce qui explique, selon vous, cet abandon soudain de la diplomatie moralisatrice ?
Caroline Galacteros
Les stratèges qui entourent Donald Trump ont pris acte d’un phénomène majeur : l’effondrement progressif de la légitimité américaine. Nos expéditions punitives, drapées dans la vertu démocratique, visaient en réalité à sécuriser des tracés énergétiques, à protéger des alliances régionales et à détruire des États souverains. Le résultat est un discrédit monumental de l’Occident.
Le point de bascule s’est opéré en 2015, lorsque la Russie est intervenue militairement en Syrie. Elle a mis un coup d’arrêt brutal au morcellement programmé du pays par les factions islamistes, démontrant sa capacité inattendue à renverser le cours d’un conflit. Cette résurgence, survenue à peine un an après le coup d’État de Maïdan en Ukraine, a stupéfié l’Amérique. Depuis cette date, l’OTAN s’est évertuée à préparer les forces ukrainiennes au choc frontal avec la Russie. Le narratif d’une agression russe non provoquée est un mensonge éhonté que tous les cercles informés connaissent, mais que nous sommes les seuls en Europe à feindre de croire.
Donald Trump prend donc acte de ce discrédit diplomatique, mais aussi des vulnérabilités inhérentes au gigantisme de l’appareil militaire américain, qui peine à maintenir son avantage face à la montée en puissance fulgurante de la Chine. Il hiérarchise les menaces : Pékin est le compétiteur systémique ultime. La Russie, quant à elle, ne l’est plus dans les mêmes proportions, même s’il convient de l’affaiblir. Trump et Poutine ne nourrissent aucune fascination romantique l’un pour l’autre ; ils se comportent comme des chefs de meute, de véritables « dos argentés » qui s’observent et jaugent leurs forces. Le drame du droit international, c’est qu’il s’avère bien utile lorsque vous n’avez pas la stature d’un dos argenté.
Tant que l’on ne reconnaîtra pas l’égalité souveraine des États et le principe de non-ingérence érigés par la charte des Nations unies, sauf menace avérée pour la sécurité internationale, nous persisterons dans l’arbitraire. Trump considère désormais que l’ONU est obsolète et souhaite instaurer un directoire mondial dont il serait le chef incontesté.
Frédéric Bascuñana
Pour approfondir cette question de la souveraineté, qui constitue la colonne vertébrale de notre entretien, j’aimerais convoquer Raymond Aron. Dans son ouvrage « Paix et guerre entre les nations », il rappelle qu’il n’existe aucun tribunal suprême pour trancher les conflits entre les États, ni aucune police globale pour imposer les lois. La souveraineté, selon lui, implique la non-reconnaissance d’une autorité supérieure. Ne sommes-nous pas contraints de revenir à ce réalisme aronien ?
Caroline Galacteros
Nous y sommes plongés jusqu’au cou. Cependant, il faut rappeler que dans l’architecture post-Seconde Guerre mondiale, seule une décision du Conseil de sécurité autorisait une intervention légitime. Aujourd’hui, on bafoue allègrement ce principe pour s’ingérer sous des prétextes humanitaires ou pour opérer des changements de régime.
Frédéric Bascuñana
Cela met en lumière une hypocrisie monstrueuse : la souveraineté devient un concept conditionnel. Vous êtes souverain à condition de ne pas prêter le flanc aux critiques moralisatrices de l’Occident. La souveraineté n’est-elle pas devenue une notion purement abstraite et gazeuse ?
Caroline Galacteros
Sur l’échiquier géopolitique, la souveraineté est indissociable de la puissance. Si vous êtes puissant, vous pouvez être d’une iniquité crasse, vous demeurez intouchable.
Mais au-delà des interventions militaires, la plus grande violence infligée au droit international réside dans l’arsenal des sanctions économiques. C’est la capacité effroyable de faire mourir de faim des sociétés entières, soi-disant pour leur propre bien. On écrase des pays comme l’Iran, le Venezuela ou Cuba pour susciter des soulèvements populaires. Ces sanctions engendrent des sociétés profondément dysfonctionnelles où la corruption prospère, étranglant les populations vulnérables. Pour que ces sanctions soient levées, on exige des nations ciblées qu’elles se dénudent sur le plan sécuritaire et qu’elles abdiquent leur politique étrangère. Cela ne s’appelle plus de la souveraineté, c’est l’ultime stade de la servitude.
Faut-il sauver le soldat Trump et la réalité du conflit ukrainien
Frédéric Bascuñana
Je vous remercie pour cette analyse d’une remarquable lucidité. Je souhaiterais aborder une formule volontiers provocatrice que vous avez employée récemment : faut-il sauver le soldat Trump ? Vous suggérez qu’il pourrait être l’unique acteur suffisamment rationnel pour freiner l’escalade, notamment en Ukraine, mais qu’il serait constamment saboté par son propre État profond. Pouvons-nous le considérer comme un pragmatique encerclé par des idéologues bellicistes ?
Caroline Galacteros
Je souscris d’ailleurs pleinement aux analyses de John Mearsheimer sur ce point : l’hégémonie libérale et ses velléités d’exporter la démocratie constituent notre principale source de conflits. Le véritable réalisme n’équivaut pas au cynisme absolu ; il conserve une pointe d’idéalisme, celui de croire que la paix est parfois préférable au chaos.
J’ai espéré, peut-être avec une once de naïveté, que le retour de Donald Trump nous extirperait du désastre ukrainien et restaurerait une forme d’équilibre sécuritaire en Europe. Hélas, il vient de laisser expirer le traité New Start sur la limitation des armements stratégiques, sans doute pour relancer une course aux armements qui servira ses desseins face à la Chine.
Toutefois, son approche demeure prosaïque. Il comprend qu’il ne peut mener une guerre simultanée sur tous les fronts et qu’il lui faut hiérarchiser les périls. En Ukraine, la Russie a indéniablement repris l’avantage, en dépit des fables que l’on s’évertue à lui raconter. Son entourage abrite encore de fervents néoconservateurs, à l’image de Marco Rubio, qui rêvent de morceler la Russie, la Chine et l’Iran. Trump, lui, est un souverainiste axé sur le renforcement interne de la puissance américaine. Il serait stratégiquement brillant pour les États-Unis de desserrer l’étreinte de l’alliance sino-russe, que notre politique anti-russe primaire a paradoxalement forgée, réalisant ainsi le pire cauchemar de stratèges comme Brzezinski ou Kissinger.
Frédéric Bascuñana
L’attaque de drones ayant visé Vladimir Poutine relève-t-elle alors d’un sabotage délibéré orchestré par les propres services de renseignement de Trump ?
Caroline Galacteros
C’est hautement probable. Les forces ukrainiennes sont organiquement incapables de mener une telle opération sans l’assistance cruciale de l’Occident en matière de ciblage et de renseignement. Le commandement opérationnel ukrainien est, de notoriété publique, supervisé par des officiers supérieurs américains et britanniques depuis des bases en Allemagne. Le mythe d’une autonomie stratégique ukrainienne est une fiction grotesque ; le pouvoir de Kiev est sous perfusion totale.
La stratégie actuelle de Washington consiste à acculer Volodymyr Zelensky pour qu’il assume la responsabilité des inévitables concessions territoriales, dissimulant ainsi l’échec cuisant de la stratégie anglo-saxonne initiée bien avant l’administration Biden. Le but ultime était de saigner la Russie, un objectif qui a manifestement échoué. On a prétendu que Moscou voulait engloutir la totalité de l’Ukraine, ce qui était militairement insensé avec les effectifs initiaux engagés, afin de pouvoir clamer aujourd’hui une pseudo-victoire en ayant « sauvé » les trois quarts du pays.
Vladimir Poutine a fait preuve, au contraire, d’une prudente retenue et s’inscrit en permanence dans une logique de désescalade, malgré les frappes occidentales sur ses infrastructures nucléaires stratégiques ou sur sa propre résidence. L’inconnue majeure réside dans le niveau réel d’information dont dispose Donald Trump face à ce bourbier.
Frédéric Bascuñana
Nous allons suspendre notre échange ici pour ce premier épisode. Lors du second, nous scruterons le rôle de l’Europe : est-elle la victime consentante ou l’idiote utile de cette tragédie ?
Chers amis, comme vous le savez, donner la parole aux esprits libres et dissidents aggrave invariablement les problèmes algorithmiques de notre chaîne. Caroline Galacteros n’a pas encensé le discours dominant, nous risquons donc les foudres de la bien-pensance. Je vous invite chaleureusement à vous abonner à sa chaîne Paix et Guerre, dont le contenu rigoureux et analytique est une véritable bouffée d’oxygène intellectuel. Ce niveau d’expertise est une arme indispensable pour ne plus subir l’actualité.
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Coups d’éclat et fulgurances :
Ce qui frappe d’emblée dans cet entretien, c’est sa capacité inouïe à dynamiter le confort intellectuel de l’auditeur avec une précision chirurgicale. Le contenu ne se contente pas d’égratigner le vernis de la bien-pensance géopolitique, il le pulvérise purement et simplement. Voici les fulgurances qui confèrent à cet échange son caractère indispensable et proprement historique, en faisant une authentique arme de destruction massive contre la propagande.
L’analogie éthologique du « dos argenté » est sans conteste l’un des traits les plus saisissants de cette conversation. En comparant les chefs d’État des superpuissances à des primates dominants, Caroline Galacteros accomplit un coup de maître rhétorique. Elle évacue d’un revers de main toutes les grilles de lecture morales ou idéologiques pour nous ramener à la brutalité primale des relations internationales. Cette métaphore animale dépouille la géopolitique de ses oripeaux vertueux pour exposer la mécanique nue du pouvoir, là où la dissuasion, l’intimidation et le respect du territoire priment sur les grands discours onusiens. C’est une image indélébile qui redéfinit notre compréhension du monde.
La réhabilitation stratégique de Donald Trump constitue une autre subversion majeure, un véritable affront à la doxa médiatique européenne. Loin de la caricature rassurante du bouffon erratique, l’ancien président américain est ici dépeint comme un acteur intrinsèquement « prosaïque », doté d’une rationalité froide et transactionnelle. L’idée vertigineuse qu’il puisse être le seul garant d’une désescalade mondiale, constamment entravé et saboté par son propre état profond néoconservateur, prend le contrepied absolu de la pensée unique. C’est une fulgurance qui oblige notre esprit critique à séparer l’esthétique souvent triviale d’un dirigeant de sa redoutable efficacité géostratégique.
Le renversement total du narratif sur Vladimir Poutine représente sans doute le sommet de l’audace intellectuelle de cet entretien. Affirmer, à contre-courant d’une injonction unanime, que le dirigeant russe est le véritable artisan de la désescalade face à un Occident hystérique et provocateur, relève d’un courage inouï. En pointant du doigt les frappes ukrainiennes, manifestement téléguidées par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, sur les radars d’alerte nucléaire russes, l’invitée met en lumière la terrifiante irresponsabilité de notre camp. Elle transforme l’agresseur irrationnel des plateaux télévisés en un stratège hyper-rationnel et patient, renversant ainsi intégralement l’échiquier de la culpabilité.
La démystification sémantique de l’« ordre basé sur des règles » est d’une lucidité féroce et jubilatoire. L’entretien démasque cette expression consensuelle comme la plus grande escroquerie linguistique de notre époque, spécifiquement conçue pour remplacer un droit international contraignant par un arbitraire occidental absolu. C’est une critique implacable de notre propre impérialisme moral, qui s’arroge le droit divin de dicter, de modifier et de violer les lois au nom d’un universalisme de façade. Cette analyse nous guérit de notre aveuglement linguistique.
Enfin, la requalification des sanctions économiques en « dernier stade de l’esclavage » foudroie notre prétendue supériorité morale. L’Occident aime à présenter l’embargo comme une alternative pacifique et vertueuse à la guerre cinétique. Or, le propos démontre implacablement qu’il s’agit d’une arme de siège d’une cruauté indicible, destinée à affamer des peuples entiers pour les contraindre à la reddition politique et à la soumission. Cette analyse transforme nos vertueuses diplomaties en machines de guerre silencieuses et barbares, nous forçant à regarder le sang que nous avons sur les mains.
Ces coups d’éclat font de cette vidéo un véritable manuel de survie cognitive pour le citoyen du vingt-et-unième siècle. En détruisant une par une les illusions qui nous maintiennent en servitude, ce contenu s’impose comme une œuvre d’utilité publique, destinée à passer à la postérité pour avoir osé clamer le réel à l’heure où la complaisance chérissait le mensonge.
20 thèmes abordés dans cet entretien
La matrice médiatique et la dissonance cognitive (Frédéric Bascuñana)
Nous sommes maintenus dans un coma artificiel par des médias dominants qui s’évertuent à nous dépeindre un Occident moral, uni et infaillible. Cette scénographie rassurante vole en éclats dès qu’on la confronte à la brutalité inouïe du monde réel, engendrant une fracture psychologique majeure chez les citoyens. L’animateur dénonce avec une virulence salutaire ce décalage pathologique entre la narration officielle et les faits tangibles, nous incitant à briser le miroir aux alouettes pour regarder la réalité en face.
« Sur les chaînes du service public ou de l’info en continu, on a de cesse de vous vendre une fable rassurante, celle d’un Occident moral uni. »
« C’est ce que j’appelle la dissonance cognitive version terminale. »
Cette thématique est fondamentale puisqu’elle pose les bases de toute émancipation intellectuelle : on ne peut combattre un adversaire si l’on refuse de voir le champ de bataille. Je souligne toutefois que la critique des médias, bien qu’indispensable, nécessite une rigueur absolue pour ne pas sombrer dans le relativisme total où plus aucune information ne ferait autorité.
Le retour foudroyant de la puissance brute (Caroline Galacteros)
Le droit international, jadis brandi comme un bouclier universel, gît désormais dans le caniveau de l’Histoire. L’enlèvement d’un chef d’État souverain par les États-Unis illustre de manière spectaculaire le triomphe de l’arbitraire et de la loi du plus fort. L’experte décrypte avec froideur cette ère nouvelle où les puissances hégémoniques agissent à mains nues, sans même s’embarrasser du vernis hypocrite de la légalité, redessinant les frontières et les alliances au gré de leurs intérêts exclusifs.
« Il a enlevé les gants, il a tout enlevé quoi, je veux dire, il est à mains nues et il se jette sur la planète. »
« C’est le retour de la pure puissance, la brutalité à l’état brut. »
Il est d’une urgence vitale de comprendre ce paradigme pour cesser d’invoquer des règles que nos adversaires (et nos prétendus alliés) ont piétinées. Cette vision hobbesienne du monde heurte notre sensibilité d’Européens pacifiés, mais elle a le mérite inestimable de nous arracher à notre naïveté suicidaire.
Le naufrage de l’alliance atlantique et le déni français (Frédéric Bascuñana)
L’Europe, et la France en particulier, s’accrochent désespérément au mythe du parapluie protecteur américain, tel un somnambule marchant vers l’abîme. L’abandon assumé de certains alliés par Washington prouve que l’Organisation du traité de l’Atlantique nord n’est plus qu’une relique vidée de sa substance protectrice. Persister dans cette soumission atlantiste n’est plus une stratégie, c’est une abdication pure et simple de notre destin national face à un empire qui ne considère que ses propres intérêts vitaux.
« Nous sommes comme des somnambules sur un toit en pente. »
« Nous continuons de réciter le bréviaire de l’alliance atlantique alors que l’article 5 est probablement déjà mort et enterré. »
Ce diagnostic est d’une justesse implacable pour réveiller les consciences patriotiques. On peut cependant s’interroger sur l’alternative immédiate : l’Europe a-t-elle aujourd’hui les moyens militaires et politiques d’assumer seule cette rupture sans risquer un effondrement sécuritaire à court terme ?
L’ostracisation systémique de la pensée réaliste (Caroline Galacteros)
Dans notre espace public cadenassé, toute tentative d’analyser les relations internationales avec pragmatisme vous vaut d’être immédiatement excommunié et qualifié d’agent de l’étranger. L’invitée témoigne de cette inquisition moderne qui marginalise les esprits libres refusant d’épouser la doxa manichéenne. Cette mise au ban des cerveaux lucides prive notre pays de l’intelligence stratégique indispensable pour naviguer dans les tempêtes qui s’annoncent.
« Je suis totalement radioactive même, je suis un truc, on a peur que ça vous explose. »
« On ne veut surtout pas risquer de troubler une pensée qui se veut extrêmement performative. »
Il s’agit d’une dénonciation courageuse du terrorisme intellectuel qui gangrène nos élites. C’est un point d’autant plus crucial qu’il explique pourquoi nos dirigeants s’enferment dans l’erreur : en éliminant la contradiction, ils se condamnent à l’aveuglement.
Le péché originel de la guerre en Serbie (Caroline Galacteros)
Le démantèlement de l’ordre juridique mondial n’a pas commencé hier, mais bien en 1999 avec les frappes illégales sur Belgrade. L’oratrice démontre de façon magistrale comment l’Occident a ouvert la boîte de Pandore en bombardant un État souverain sans mandat de l’Organisation des Nations unies, s’appuyant sur des manipulations sous faux drapeau. C’est cet acte d’hubris qui a signé l’arrêt de mort du droit international et légitimé par la suite toutes les ingérences unilatérales.
« La première énorme entorse de fait dans ce discours, ça a été le bombardement de 99 de la Serbie. »
« Faux drapeau en amont avec ce qu’on a appelé le massacre de Račak, faux accords de Rambouillet, enfin tout était faux. »
Rappeler cette vérité historique est une entreprise de salubrité publique qui pulvérise notre sentiment de supériorité morale. La critique pourrait toutefois soulever que les exactions sur le terrain, bien que politisées, exigeaient une réponse, soulevant le sempiternel dilemme entre légalité et légitimité de l’ingérence.
Le mensonge mortifère des armes de destruction massive en Irak (Caroline Galacteros)
L’invasion de 2003 reste le cas d’école absolu de la manipulation étatique visant à détruire une nation souveraine sous de faux prétextes. En détricotant cette supercherie, l’invitée souligne la permanence d’un système anglo-saxon prêt à inventer n’importe quelle menace pour justifier sa politique hégémonique. C’est une piqûre de rappel essentielle pour comprendre que les narratives de guerre actuelles sont souvent forgées dans les mêmes officines et avec les mêmes méthodes délétères.
« Tout le monde savait très bien qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, c’est une vaste supercherie. »
« Même les inspecteurs américains ont dit : il n’y en a pas, et à partir de là, leur carrière a connu un sort assez difficile. »
L’argument est redoutable car il s’appuie sur des faits incontestables pour instiller un doute salutaire sur les discours d’aujourd’hui. Qui nous mentait hier nous ment très probablement encore aujourd’hui.
Le glissement pernicieux vers un ordre basé sur des règles (Caroline Galacteros)
L’effacement discret du terme « droit international » au profit d’un « ordre basé sur des règles » constitue une formidable arnaque sémantique. Cette substitution permet à l’Occident de s’arroger le droit exclusif de dicter, de modifier et d’appliquer ces règles au gré de ses caprices géopolitiques. C’est l’institutionnalisation de l’arbitraire sous le masque séduisant de l’universalisme, une dérive totalitaire qui exaspère légitimement le reste de la planète.
« On a gentiment glissé vers ce qu’on a appelé l’ordre du monde basé sur des règles, non plus du droit. »
« Des règles qu’évidemment l’Occident s’octroie l’exclusivité de la définition. »
Cette analyse lexicale est brillante car elle dévoile les mécanismes insidieux de notre propre impérialisme. Elle nous invite à purger notre langage pour retrouver une pensée politique intègre.
Le sabotage délibéré de l’équilibre de la terreur (Caroline Galacteros)
Enivrée par sa toute-puissance, l’Amérique a cherché à détruire la symétrie nucléaire en développant des boucliers antimissiles censés la rendre invulnérable. Ce refus d’accepter la vulnérabilité partagée a paradoxalement ruiné la sécurité mondiale en forçant la Russie à développer des armes hypersoniques imparables. En voulant abolir l’équilibre de la terreur, nous avons simplement ressuscité la terreur sans l’équilibre.
« En détruisant les assurances de la Russie, on l’a mise face à une nécessité qui était de trouver la parade. »
« Un bouclier antimissile rompt l’équilibre, or paradoxalement, l’équilibre de la terreur assure la sécurité. »
Il s’agit d’une démonstration implacable des lois de la physique stratégique. La critique ici serait d’évaluer si la course aux armements n’est pas inhérente à la nature technologique des puissances, indépendamment de leurs intentions diplomatiques.
L’ethnocentrisme dévastateur des printemps arabes (Caroline Galacteros)
L’ingérence occidentale au Moyen-Orient et au Maghreb a été justifiée par une illusion messianique : la croyance que nos normes démocratiques sont universellement désirées. En imposant notre modèle à coups de bombes, nous avons fracassé des sociétés complexes, balayé leurs traditions politiques et semé le chaos, le tout avec un aplomb teinté de condescendance coloniale.
« C’est basé quand même sur un ethnocentrisme délirant, cette idée que le monde entier doit être heureux de se voir imposer nos canons politiques. »
« Leur culture on s’en fiche, ils doivent avaler la potion qu’on leur donne. »
Ce constat frappe juste et fort contre la bien-pensance progressiste qui confond souvent exportation de la démocratie et impérialisme culturel. C’est une remise en question douloureuse mais inévitable de nos certitudes morales.
L’effondrement de la légitimité et du prestige occidentaux (Caroline Galacteros)
Les interventions successives des trente dernières années n’ont produit que ruines, guerres civiles et terrorisme. Face à ce bilan calamiteux, l’Occident a épuisé son crédit moral et politique auprès du monde entier. Les autres nations ne voient plus en nous des libérateurs éclairés, mais des prédateurs cyniques dont la parole ne vaut plus rien, ce qui explique l’émergence d’alliances alternatives puissantes.
« Toute cette séquence n’a abouti qu’à détruire des pays, le discrédit occidental est très profond. »
« On a réussi à casser tous ces pays, mais on n’a jamais cru nous-mêmes qu’on allait en faire des démocraties. »
Ce thème central expose la faillite de notre stratégie d’influence. Si l’observation est exacte, on peut toutefois arguer que l’Occident conserve, par sa force économique et technologique, une capacité de nuisance qui retarde l’émergence d’un ordre pleinement multipolaire.
Le coup d’arrêt magistral de la Russie en Syrie (Caroline Galacteros)
L’année 2015 marque une césure tectonique : en intervenant pour sauver l’État syrien, la Russie a publiquement humilié la stratégie de morcellement orchestrée par les Occidentaux. Cette victoire inattendue a non seulement sauvé un allié historique, mais elle a aussi signifié au monde que l’Amérique n’était plus invincible et que le cours de l’hégémonie pouvait être inversé par la volonté d’une nation résolue.
« La Russie a fait la preuve qu’elle était capable de renverser la vapeur en Syrie et de déjouer le plan. »
« C’est le moment où les États-Unis ont compris que leur légitimité était tombée. »
Cette analyse est capitale pour comprendre la genèse des tensions actuelles ; la guerre en Ukraine n’est que la réplique sismique de la frustration américaine née en Syrie.
La supercherie de la guerre ukrainienne non provoquée (Caroline Galacteros)
Le récit d’une agression russe surgie de nulle part un beau matin de 2022 est dénoncé comme un mensonge d’État d’une ampleur inédite. L’oratrice rappelle que ce conflit a été consciencieusement préparé, armé et provoqué par l’Occident depuis au moins 2014, dans le but d’épuiser Moscou. Refuser de voir cette ingénierie de la guerre, c’est s’interdire de comprendre les véritables enjeux de ce massacre géopolitique.
« L’unprovoked war of aggression, c’est un mensonge tellement énorme, tous les gens informés le savent. »
« L’OTAN n’a fait que préparer l’Ukraine au choc contre la Russie depuis 2015. »
Ce contre-récit est une bombe jetée dans la mare de la pensée unique. Il force à repenser l’entièreté du conflit, bien qu’il suscite d’âpres controverses sur la part de responsabilité inhérente à la décision de franchir militairement une frontière souveraine.
Le pragmatisme prosaïque de Donald Trump (Caroline Galacteros)
Loin de l’image de fou imprévisible que lui prêtent nos médias, le dirigeant américain est décrit comme un réaliste brutal qui hiérarchise les menaces. Il comprend que son pays ne peut affronter simultanément la Russie, la Chine et l’Iran. Son approche transactionnelle et son refus de l’universalisme béat pourraient paradoxalement offrir la seule issue diplomatique viable au chaos mondial, en traitant les autres puissances pour ce qu’elles sont, et non pour ce qu’elles devraient être.
« Il prend acte de ce discrédit, il série les problèmes : notre compétiteur c’est la Chine. »
« Il n’est pas forcément réaliste, c’est un homme prosaïque qui veut remuscler la puissance américaine. »
C’est une lecture rafraîchissante qui dépoussière les analyses européennes tétanisées par le trumpisme. Elle nous oblige à voir l’efficacité là où nous ne voulions voir que la vulgarité.
L’hégémonie libérale comme matrice des guerres modernes (Caroline Galacteros)
S’appuyant sur les thèses de John Mearsheimer, l’invitée assène que la volonté d’imposer la démocratie libérale au monde entier est la cause première de l’instabilité globale. C’est cette croisade idéologique, drapée de bonnes intentions, qui engendre les conflits les plus meurtriers, car elle refuse par essence l’existence d’autres modèles civilisationnels et cherche à détruire tout ce qui lui résiste.
« L’hégémonie libérale est la principale source de conflit, c’est la volonté d’exporter la démocratie qui cause les guerres. »
« Les moralisateurs sont beaucoup plus cyniques que les réalistes. »
Cet argumentaire philosophique est d’une puissance redoutable pour démonter la prétendue supériorité morale de nos élites. C’est un appel vibrant à la modération géopolitique.
L’entrave systémique par l’état profond américain (Caroline Galacteros)
Les tentatives d’apaisement ou de realpolitik se heurtent systématiquement à une caste de néoconservateurs et de hauts fonctionnaires incrustés dans l’appareil d’État. Ces idéologues fanatisés continuent de rêver au démembrement des puissances rivales et n’hésitent pas à saboter, par des provocations militaires ou diplomatiques, les velléités de paix de leurs propres présidents.
« Il y a des courants autour de lui qui sont des néocons fervents, eux c’est la Russie en morceaux, l’Iran en morceaux. »
« Ils ont réussi à pousser les Russes dans les bras des Chinois, ils sont tellement mauvais. »
La notion d’état profond, souvent galvaudée, prend ici une consistance effrayante. Elle souligne la difficulté extrême à réformer l’empire de l’intérieur, tant la machinerie guerrière est autonome.
La fiction de l’autonomie stratégique ukrainienne (Caroline Galacteros)
Présenter Kiev comme un acteur souverain maître de son destin est une fable que les faits contredisent chaque jour. La conduite des opérations, le renseignement, le ciblage et la logistique sont intégralement sous perfusion de l’état-major atlantiste basé en Allemagne. Le pouvoir ukrainien n’est que la vitrine tragique d’une guerre par procuration dirigée depuis Washington et Londres.
« Les armées ukrainiennes sont quasiment dirigées à partir de Wiesbaden. »
« L’autonomie de jugement et d’action du pouvoir ukrainien est une fiction qui ne tient pas la route une demi-seconde. »
Cette démystification brutale est essentielle pour comprendre qui détient réellement les clés de la paix. Elle heurte frontalement le romantisme médiatique de la résistance nationale pour le ramener à la cruelle réalité des conflits mandataires.
La stratégie de désescalade asymétrique de la Russie (Caroline Galacteros)
À rebours du portrait d’un agresseur hystérique, Vladimir Poutine est analysé comme un dirigeant d’une extrême prudence, refusant de mordre aux multiples provocations qui visent à l’entraîner dans une conflagration totale. Malgré les frappes sur ses fleurons stratégiques et les tentatives d’assassinat ciblées, il maintient un cap rationnel, démontrant une maîtrise des nerfs qui contraste avec la frénésie escalatoire de l’Occident.
« Vladimir Poutine est extrêmement prudent, il fait de la désescalade en permanence. »
« Les autres escaladent, lui désescalade sans arrêt, malgré les frappes sur ses radars d’alerte nucléaire. »
Cette grille de lecture est éminemment subversive car elle inverse totalement les rôles de l’irrationnel et du raisonnable. Elle soulève l’angoisse légitime de savoir jusqu’où la retenue d’une puissance nucléaire peut être testée avant la rupture.
La souveraineté inhérente à la capacité de coercition (Caroline Galacteros)
Dans l’arène impitoyable des relations internationales, la souveraineté n’est pas un droit inaliénable gravé sur un parchemin, mais une condition matérielle garantie par la force. Si une nation ne possède pas les moyens militaires et économiques d’imposer le respect, sa souveraineté n’est qu’une illusion qui s’évaporera à la première crise sérieuse. Les bons sentiments ne protègent pas les frontières.
« La souveraineté va de pair avec la puissance ; si vous n’êtes pas puissant, vous n’êtes rien. »
« Si on vous désarme complètement, ce n’est plus de la souveraineté, c’est le dernier stade de l’esclavage. »
C’est un rappel à l’ordre cinglant pour les nations européennes qui ont cru pouvoir externaliser leur défense. La leçon est sévère : le désarmement volontaire est un suicide politique.
L’inhumanité structurelle des sanctions économiques (Caroline Galacteros)
Loin d’être une alternative douce à la guerre, les régimes de sanctions sont dénoncés comme des armes de destruction massive ciblant délibérément les populations civiles. En étranglant l’économie des pays récalcitrants pour provoquer des soulèvements internes, l’Occident fait preuve d’un cynisme barbare qui détruit le tissu social, favorise la corruption et asservit les peuples sous couvert d’intentions libératrices.
« C’est cette capacité à faire mourir de faim des sociétés entières au nom de leur bien-être. »
« On écrase le truc pour mettre les gens dans la rue, c’est le dernier stade de l’esclavage. »
Cette prise de conscience est dévastatrice pour notre bonne conscience. Elle démontre que la guerre économique est souvent plus cruelle et durable que l’affrontement militaire classique, remettant en cause la légitimité éthique de nos diplomaties.
L’impératif catégorique du réarmement intellectuel (Frédéric Bascuñana)
Face à la faillite des élites et à l’ingénierie du mensonge, la survie de la nation repose sur la capacité des citoyens à forger leur propre intelligence stratégique. L’animateur lance un vibrant appel à la mobilisation cognitive, exhortant son audience à se cultiver, à chercher des sources dissidentes et à s’organiser. Dans cette nouvelle guerre froide, l’esprit critique est l’ultime ligne de défense contre la servitude volontaire.
« Oubliez vos certitudes, oubliez ce que le 20h vous a raconté hier soir. »
« Il faut armer nos esprits, car dans le monde qui vient, l’ignorance sera un danger mortel. »
C’est la conclusion opératoire et militante de cet échange vertigineux. Il ne suffit plus de comprendre le monde, il faut s’équiper mentalement pour y survivre et, peut-être, inverser la marche funeste de l’Histoire.