Avant-Propos, de Brian Shilhavy
Sam Parker, œuvrant pour le compte de Behind the News Network, vient de livrer le second volet d’un diptyque intitulé « Russie/poutine et l’occident » ; il s’agit, et de loin, de l’analyse la plus pénétrante qu’il m’ait été donné de lire à ce jour sur le conflit ukrainien actuel et les soubresauts du monde. L’auteur a le mérite de les inscrire dans une perspective historique et de s’appuyer manifestement sur des sources de renseignement qui battent en brèche, de part en part, les récits des médias corporatistes occidentaux.
Ce site ne publie que peu d’articles chaque année, mais ceux-ci sont le fruit de recherches d’une minutie exemplaire. J’en ai moi-même diffusé un l’an dernier traitant des cartels alimentaires mondiaux ; vous ne sauriez trouver d’étude aussi exhaustive que cette série sur l’identité de ceux qui tiennent les rênes de l’approvisionnement alimentaire planétaire.
Sam Parker dispose de toute évidence d’un accès à des renseignements de très haut vol. Son nom n’étant sans doute qu’un pseudonyme, toute tentative de percer son identité par des recherches usuelles se solderait vraisemblablement par un échec.
Les opinions prédominantes aujourd’hui, y compris au sein des médias alternatifs, s’inscrivent dans des paradigmes opposant la « Droite » à la « Gauche », postulant que les hommes politiques président aux affaires nationales et mondiales. Si telle est votre vision — que vous estimiez votre philosophie politique supérieure à celle du camp adverse, ou que les États-Unis jouissent d’une quelconque prééminence morale sur les autres nations —, alors cet article n’est pas pour vous.
Rejoignant ma propre lecture des événements, Behind the News Network postule que rien n’advient de manière fortuite en ce monde. Tout y est orchestré, et les instigateurs qui tirent les ficelles ne sont point les politiciens, mais de richissimes milliardaires tenant sous leur coupe les finances mondiales.
Les politiciens sont à leur service.
En Occident, deux familles « juives » ont dominé les empires financiers de l’époque récente : les Rothschild en Europe et les Rockefeller aux États-Unis. Voici quelques extraits de la page d’introduction de Behind the News Network :
Le président américain Roosevelt (1933-1945) affirma un jour :
« En politique, rien n’arrive par accident. Si cela arrive, vous pouvez parier que cela a été prévu ainsi ». Il était, par sa fonction de président des États-Unis exercée durant douze ans, singulièrement bien placé pour le savoir.
Cette lettre d’information traite de la planification et du génie diabolique de deux centres de pouvoir mondiaux, et de la manière dont ils ont tramé l’asservissement de l’humanité. Nous espérons qu’elle éclairera des faits qui, jusqu’alors, paraissaient inexplicables ; qu’elle rendra leur netteté à des images que les paysagistes des médias de masse s’échinaient à obscurcir.
Chacun sait que des tyrans et des dictateurs — tels Adolf Hitler, Staline et consorts — ont existé. Nul ne le conteste. La terreur et la destruction que ces forcenés ont infligées au monde sont universellement reconnues. Tous ces despotes ambitionnaient de conquérir l’univers. Nous ne l’ignorons point.
Dès lors, n’est-il pas théoriquement possible qu’un milliardaire, installé dans un appartement de grand luxe à Manhattan, Londres ou Paris, puisse caresser le même rêve qu’un Hitler ou qu’un Lénine ?
Il vous faut convenir que la chose est théoriquement possible. Jules César, aristocrate nanti, le fit. Et un tel homme pourrait fort bien s’allier à d’autres esprits partageant ses desseins, n’est-ce pas ? César agit de la sorte. Ces hommes jouiraient d’une éducation supérieure, d’un prestige social immense et seraient en mesure de mettre en commun des sommes d’argent prodigieuses pour mener à bien leurs projets. Ce sont là des atouts dont ne disposaient ni Staline, ni Lénine, ni Hitler.
Il est malaisé pour le commun des mortels de concevoir une soif de pouvoir aussi dévoyée. L’individu typique n’aspire qu’à la réussite dans son métier et au confort d’un niveau de vie décent. Il souhaite subvenir aux besoins de sa famille, dans la santé comme dans l’épreuve, et offrir à ses enfants une éducation solide. Son ambition s’arrête là. Il n’éprouve nul désir d’exercer une autorité sur autrui, de conquérir des terres ou des peuples étrangers, ni de ceindre une couronne. Il entend vaquer à ses affaires et jouir de l’existence. Puisqu’il est étranger à toute concupiscence de pouvoir, il lui est difficile d’imaginer que d’autres puissent marcher au rythme d’un tambour différent.
Pourtant, force est de constater que l’histoire abonde de Hitler, de Lénine et de César. Pourquoi devrions-nous supposer qu’il n’existe plus aujourd’hui d’hommes tourmentés par ces appétits de puissance pervertis ? Et si ces hommes se trouvent être des milliardaires, n’est-il pas envisageable qu’ils utilisent des figures telles que Hitler ou Lénine comme de simples pions pour s’emparer eux-mêmes du pouvoir ? En vérité, aussi incroyable que cela puisse paraître, tel est le cas aujourd’hui.
La politique est l’exercice de la puissance.
Et cette puissance repose sur la fortune. En politique, l’argent constitue le mobile et le pouvoir l’objectif. Un homme politique — fût-il au sommet de la hiérarchie — n’est que le serviteur de cette puissance. Pour simplifier ce propos, prenons un exemple : l’homme le plus riche de la bourgade est celui envers qui le maire et le chef de la police témoignent de la plus grande déférence. Ce que cet homme riche ordonne est généralement ce qui advient. Et cet exemple peut être transposé d’un village à une ville, d’une nation à une région, et enfin au monde entier.
Je tiens ainsi les écrits de Sam Parker pour du journalisme d’une qualité et d’une solidité remarquables, denrée d’une rareté inouïe de nos jours. À la lecture de ses révélations, l’on peinerait fort à deviner où résident ses allégeances et ses convictions intimes ; or, tel est précisément le propre d’un journalisme d’une parfaite probité.
Je présume que la plupart des lecteurs de Health Impact News sont favorables à l’Amérique et au nationalisme. Être un « patriote » passe pour une vertu. J’ai exposé dans de précédents écrits les raisons pour lesquelles je tiens cela pour de l’idolâtrie. Sam Parker traite de sujets que vous ne trouverez point dans la presse aux mains des grands groupes, ni même, pour une large part, au sein des médias alternatifs ; il offre une perspective historique susceptible de bousculer votre propre compréhension de la Russie et des mobiles de son action présente.
Si le fond de son propos s’avère exact, la Russie semblerait avoir pris l’ascendant à l’heure qu’il est, du moins en termes de puissance militaire, et cela concerne quiconque lira ces lignes.
Du point de vue de Sam Parker, l’Occident décline tandis que la Russie s’est appliquée à rebâtir sa puissance militaire de manière constante depuis la fin de la Guerre froide. Il en conclut qu’il s’agit, pour l’Occident, d’un échec définitif, car celui-ci ne saurait rivaliser avec les systèmes d’armement russes modernisés.
« Rien dans l’arsenal des États-Unis, ni aujourd’hui ni dans un avenir prévisible, ne peut intercepter des cibles atteignant Mach 9-10+, sans même parler de Mach 20-27. Tel est le nœud du problème. La messe est dite, la partie est finie pour l’Empire : il n’existe plus d’option militaire contre la Russie. »
La lecture et l’assimilation de ce texte requerront du temps, mais l’effort en vaut la peine, car je ne connais nulle autre source livrant de tels enseignements.
Russie/Poutine et l’Occident, première partie – par Sam Parker
Contexte (1991-présent)
L’effondrement de l’Union soviétique marqua le début d’une phase nouvelle et hautement périlleuse de l’agression américaine contre une Russie considérablement affaiblie. Pour l’empire Rockefeller, ce fut une occasion inespérée d’anéantir son ancien adversaire, la Russie, en tant qu’acteur souverain. S’ils parvenaient à détruire la Russie, ils croyaient pouvoir éliminer le dernier obstacle sérieux à ce que le Pentagone nommait la domination totale — le contrôle absolu des terres, des mers, des airs, de l’espace et du cyberespace. Une superpuissance unique pourrait alors régenter le monde entier à sa guise. Tel fut le rêve insensé de David, de sa famille et de ses alliés.
La décennie 1990 fut une ère de souffrances indicibles pour le peuple russe. À mesure que l’imminence de l’écroulement de l’URSS se faisait jour, des initiés formèrent un groupe de planification afin de garantir la pérennité de l’influence des hauts fonctionnaires de l’époque soviétique en transférant les actifs de l’État russe vers des sociétés écrans extraterritoriales, dépouillant ainsi la nation de ses richesses.
L’une de ces officines, la FIMACO, servit à détourner une somme estimée à cinquante milliards de dollars. C’est par ce pillage que fut généré le capital liquide dont usèrent les futurs oligarques pour bâtir leur fortune.
Mikhaïl Khodorkovski, qui avait débuté sa carrière comme modeste fonctionnaire soviétique et dont le conglomérat pétrolier Ioukos était lié à la FIMACO, fut l’un des premiers bénéficiaires de cet arrangement. Or, la FIMACO était liée à Jacob Rothschild, à Londres.
En 1991, l’Union soviétique finit par s’effondrer.
En ce mois d’août, le trésorier d’État Nikolaï Kroutchina, à qui incombait la garde des réserves d’or de la Russie, trépassa en chutant de sa fenêtre. Il eût été membre du groupe de planification à l’origine du complot visant à dérober les avoirs étatiques. Son successeur, Gueorgui Pavlov, fit une chute mortelle depuis une fenêtre deux mois plus tard : les oligarques procédaient à un grand nettoyage. En septembre, la banque centrale russe annonça que les réserves d’or du Kremlin étaient inexplicablement tombées d’une estimation de 1000 à 1500 tonnes à la modeste quantité de 240 tonnes. Deux mois s’écoulèrent avant que Victor Guerachtchenko n’annonçât que les réserves d’or de la Russie s’étaient, en vérité, intégralement volatilisées.
Tandis que l’opinion publique russe s’émouvait de cette révélation, les banquiers européens en témoignèrent moins de surprise. L’on chuchotait fréquemment dans ces cercles que des avions de transport soviétiques effectuaient depuis des mois des rotations vers la Suisse pour y écouler d’importantes quantités d’or. Boris Eltsine fit alors part de ses desseins de privatisation des actifs de la nation, et le véritable pillage commença.
Durant l’ère des privatisations, les réseaux des deux familles ne perdirent point de temps pour s’abattre avec opportunisme sur les industries russes afin de s’en emparer. L’administration Clinton s’employa à refondre les orientations économiques de la naissante Fédération de Russie selon les préceptes du Consensus de Washington : privatisations, déréglementation, austérité et ouverture des entreprises russes à l’acquisition par d’opulents Américains. Les investisseurs étrangers affluèrent, et le degré de cupidité de cette cinquième colonne de nouveaux Moscovites s’avéra proprement stupéfiant.
L’avènement de Poutine
Peu après son accession au pouvoir en 1999, Vladimir Poutine, nationaliste fort d’une longue carrière au sein des services de renseignement russes, se trouva confronté à la tâche titanesque de réparer, ou du moins d’endiguer, les préjudices que les affidés criminels d’Eltsine et leurs partenaires étrangers avaient infligés à la Russie.
Poutine évince les Rothschild
La criminalité ne se circonscrivait point aux spéculateurs étrangers. Au cours des premières heures de la privatisation, dans les années quatre-vingt-dix, les Rothschild orchestrèrent une société secrète composée de sept oligarques russes qui tenaient sous leur entière coupe l’administration de Boris Eltsine. Ce cénacle se nommait lui-même la Semibankirschina, en référence aux Sept Boyards qui gouvernèrent la Russie au XVIIe siècle.
Cette société secrète comptait parmi ses membres les oligarques suivants : Boris Berezovski, Mikhaïl Khodorkovski, Mikhaïl Fridman, Petr Aven, Vladimir Goussinski, Vladimir Potanine et Alexandre Smolenski. Tous œuvraient pour le compte des Rothschild — ou de Londres — et plus précisément pour Jacob Rothschild.
À la fin de l’année 1999, Vladimir Poutine devint président de la Russie, et la fortune de ces dirigeants autoproclamés tourna promptement au vinaigre. Un nouveau cercle d’initiés entourant Poutine se forma — les Slivoki (composé de nationalistes russes issus de la sécurité et du monde des affaires) — et commença à supplanter l’accès dont jouissait auparavant la Semibankirschina auprès du président.
Fort de sa position dominante, Poutine négocia un « grand compromis » avec les oligarques subsistants : ils conservaient la majeure partie de leurs avoirs en échange de leur alignement sur le pouvoir vertical de Poutine sur la Russie. L’ère du gangstérisme financier des années quatre-vingt-dix était révolue. En 2001, une reprise en main des médias par l’État permit de saisir les réseaux de télévision qui appartenaient naguère aux marionnettes des Rothschild. Ce fut par ces manœuvres de Poutine, dès le début du mois de mars 2000, que fut brisée l’emprise des Rothschild sur la Russie. Ces oligarques appartenaient tous à Jacob Rothschild. Et ils dépouillaient la Russie sans vergogne.
David Rockefeller ne saurait se soucier de si maigres butins. Ici, la clé de voûte consistait à intégrer la Russie au monde du dollar — dessein autrement plus profitable pour son empire. En outre, une succession de confrontations géopolitiques aux confins de la Russie servit grandement ses intérêts impériaux. Les premières en date furent les guerres de Tchétchénie de 1994 et de 1999/2000. À celles-ci, Poutine mit un terme, avec célérité et sans ménagement.
L’occupation militaire de l’Irak constitua la première étape d’envergure de cette stratégie américaine visant à transférer le pétrole vers les compagnies des deux familles.
Par la suite, les investissements russes en Irak furent anéantis après l’invasion américaine de mars 2003. De surcroît, consécutivement à l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001, le Pentagone commença à étendre son influence en Asie centrale — au grand déplaisir tant de la Russie que de la Chine. Pour des raisons militaires et politiques manifestes, Washington ne pouvait confesser ouvertement que, depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, son objectif stratégique consistait à démembrer ou à déconstruire la Russie, afin de s’assurer le contrôle effectif de ses colossales réserves d’hydrocarbures.
Les guerres des oléoducs
Ces deux guerres ne furent que les salves initiales d’une suite de « guerres des oléoducs » géopolitiques et énergétiques — des conflits non déclarés, mais des guerres au sens le plus plein du terme. Ce furent des luttes, tant manifestes que clandestines, embrassant l’Eurasie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Ces guerres de l’énergie se livrèrent à grand renfort de bombes, de tactiques terroristes et de drones. L’on y employa également des méthodes nouvelles et sophistiquées de déstabilisation politique visant les régimes récalcitrants, par le truchement de ce que l’on nomma les Révolutions de couleur.
L’objectif était limpide : assurer, par l’entremise du Pentagone et de la CIA, le contrôle par les Rockefeller de tous les gisements de pétrole et de gaz d’importance, ainsi que des oléoducs destinés à leur transport, afin de pouvoir régenter le colosse économique eurasien en devenir, singulièrement la Chine et la Russie (puis, ultérieurement, l’Inde). Ce but devait être atteint par tous les moyens nécessaires.
L’encerclement de la Russie par l’OTAN, les Révolutions de couleur à travers l’Eurasie et la guerre en Irak ne furent que les diverses facettes d’une seule et même stratégie géopolitique américaine : un dessein d’envergure visant à déconstruire la Russie une fois pour toutes, afin qu’elle cessât d’être un rival potentiel face à l’hégémonie d’une superpuissance américaine unique. La fin de l’ère Eltsine vint contrarier quelque peu les vastes projets de Washington. Consécutivement au pillage de la Russie orchestré par Wall Street et la City de Londres au profit des réseaux des deux familles, un Poutine plus avisé et plus sobre émergea avec circonspection, s’affirmant comme une force nationaliste dynamique, vouée à la reconstruction de la patrie.
Poutine rompt avec les Rockefeller
Un événement séminal de la géopolitique énergétique russe survint en 2003. Alors même que Washington s’emparait de l’Irak, Poutine ordonna l’arrestation retentissante de l’oligarque milliardaire Mikhaïl Khodorkovski — ou MK —, sous l’inculpation de fraude fiscale. Poutine fit alors geler les actions du gigantesque groupe pétrolier Ioukos appartenant à Khodorkovski, le plaçant sous la tutelle de l’État.
Quel fut l’élément déclencheur d’une action aussi spectaculaire ?
MK œuvrait pour le compte de Jacob Rothschild. Il n’était qu’un prête-nom pour ce dernier. En mars 2000, MK figurait parmi les oligarques convoqués par Poutine à une réunion de haute importance. Ces derniers s’étaient engagés envers Poutine : s’ils se tenaient à l’écart de la vie politique russe et rapatriaient une part de leurs richesses dérobées (lesquelles furent, en substance, soustraites à l’État lors d’appels d’offres truqués sous l’égide d’Eltsine), ils seraient autorisés à conserver leurs avoirs. Tous ces oligarques étaient des émissaires de Rothschild. La plupart acquiescèrent, à l’exception des oligarques juifs liés aux Rothschild. Poutine s’employa à les poursuivre dès lors qu’ils eurent rompu leur serment. Il en alla de même pour MK. Ce dernier s’affairait à corrompre la Douma — le parlement russe — comme premier jalon d’un plan visant à briguer la présidence contre Poutine en 2004.
Dans l’intervalle, Mikhaïl Khodorkovski négociait avec deux compagnies pétrolières des Rockefeller, Exxon et Chevron, la cession de 40 % de Ioukos (pour la somme de 25 milliards de dollars). Si cette transaction eût abouti, l’indépendance économique et financière de la Russie eût été consommée. Cette participation de 40 % eût conféré à Washington, aux géants pétroliers américains et à la famille Rockefeller un droit de veto de fait sur les accords et les oléoducs futurs de la Russie. À l’heure de son arrestation, Ioukos venait d’entamer les démarches pour acquérir Sibneft, une compagnie pétrolière russe de grande envergure. L’entité fusionnée Ioukos-Sibneft, riche de 20 milliards de barils d’hydrocarbures, eût alors détenu les deuxièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz — en des mains privées, et non étatiques. Le rachat de Ioukos-Sibneft par Exxon eût constitué un véritable coup d’État énergétique. David Rockefeller et Jacob Rothschild n’en ignoraient rien. La Maison-Blanche non plus. MK en était conscient. Par-dessus tout, Vladimir Poutine le savait, et il agit de manière décisive pour y faire obstacle. Poutine se retourna contre lui en octobre 2003 et fit procéder à son arrestation.
Ce fut lors de l’épuration des oligarques et des capitalistes vautours que se fit jour la puissance véritable tapie derrière Mikhaïl Khodorkovski. Lorsqu’il devint manifeste qu’il serait appréhendé, il s’entendit pour que l’intégralité de ses parts de la compagnie pétrolière Ioukos fussent transférées en la possession de Jacob Rothschild. La cession intervint en novembre 2003, conférant à ce dernier un contrôle de 40 à 45 % sur Ioukos, dont la valeur était estimée à vingt-cinq milliards de dollars. Poutine, par la suite, liquida et nationalisa l’entreprise en saisissant ses actions pour les céder à des compagnies pétrolières étatiques. Poutine restitua ainsi à la Russie ce que Jacob Rothschild avait dérobé ; quant à la fortune de celui qui fut jadis l’homme le plus opulent du pays, Mikhaïl Khodorkovski, elle connut un revers cuisant. En 2003, il fit l’objet de poursuites pénales pour évasion fiscale et fraude, griefs pour lesquels il finit par purger une peine de dix ans de réclusion avant d’être contraint à l’exil. Lors des ventes aux enchères truquées des actifs de l’État en 1995-1996, la plupart des entreprises furent cédées pour une misère, à peine 5 % de leur valeur réelle. Ainsi, Ioukos fut « acquise » pour moins de quatre cents millions de dollars, alors que son prix véritable excédait de beaucoup cette somme.
Ainsi, Poutine a déclaré la guerre aux lignées les plus puissantes de la planète.
Dès cet instant, une lutte sans merci s’engagea entre l’homme du Kremlin et les deux familles. Poutine a survécu à maintes tentatives d’assassinat ourdies par ces deux réseaux de pouvoir. Depuis qu’il fit arrêter Khodorkovski en 2003, le Kremlin s’est employé à replacer les leviers du contrôle économique sous le giron de l’État.
L’un des premiers points à l’ordre du jour de Poutine fut d’acquitter l’intégralité de la dette envers le FMI ainsi que les reliquats des emprunts de l’ère soviétique, affranchissant de la sorte le pays de l’ingérence des Rothschild. Cela permit à Poutine d’amenuiser leur influence sur la destinée de la Russie. Aux événements survenus en Russie succédèrent promptement des déstabilisations clandestines financées par la CIA en Eurasie — les Révolutions de couleur dirigées contre les gouvernements situés à la périphérie de la Russie.
Poutine entreprit une suite de manœuvres défensives afin de rétablir un semblant d’équilibre viable face à la politique, chaque jour plus manifeste, d’encerclement et d’affaiblissement de la Russie menée par Washington. Les bévues stratégiques ultérieures des États-Unis facilitèrent quelque peu la tâche de la Russie. Désormais, alors que les enjeux s’exacerbaient de part et d’autre — entre l’OTAN et la Russie —, la Russie de Poutine s’affranchit d’une simple posture défensive pour adopter une offensive dynamique, visant à asseoir une position géopolitique plus pérenne en usant de l’énergie comme d’un levier.
Dès 2003, après l’occupation de l’Irak par les forces américaines et britanniques, la priorité impérieuse de Washington fut de s’assurer le contrôle du pétrole et du gaz russes, ainsi que des réseaux d’oléoducs y afférents. À cette fin, un coup d’État dans la minuscule République de Géorgie fut jugé indispensable, de même qu’un renversement de régime similaire en Ukraine. Si des pouvoirs inféodés aux États-Unis pouvaient être instaurés dans ces deux pays, non seulement la sécurité militaire de la Russie s’en trouverait mortellement menacée, mais sa capacité à régenter l’exportation de ses hydrocarbures vers l’Union européenne s’en verrait gravement entravée.
En janvier 2004, la Révolution des roses porta au pouvoir le candidat de Washington à la présidence de la Géorgie, Mikheil Saakachvili. Une fois leur homme solidement installé à Tbilissi, la BP et le consortium pétrolier anglo-américain agirent avec promptitude pour achever un oléoduc de 1 800 km reliant Bakou à Ceyhan, sur la Méditerranée turque, via Tbilissi, pour un coût de quelque 3,6 milliards de dollars. Avec la construction de cet oléoduc (BTC), un pan majeur de l’affaiblissement de l’indépendance pétrolière et énergétique de la Russie semblait en place.
En novembre 2004, la CIA investit son propre émissaire au pouvoir en Ukraine.
Ce coup de force fut baptisé la Révolution orange. Pour la Russie, l’Ukraine revêtait une importance stratégique bien supérieure à celle de la Géorgie, en raison des multiples oléoducs et gazoducs qui la traversaient vers l’Union européenne. Sectionner ces veines à la frontière ukrainienne eût porté un coup économique funeste à une Russie qui ne pouvait alors se permettre une telle perte. Avec la Pologne déjà intégrée à l’OTAN, une adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie eût achevé l’encerclement de la Russie par des voisins hostiles, faisant peser une menace existentielle sur sa survie même. Poutine n’en ignorait rien, mais ses options demeuraient exiguës. Washington, consciente des enjeux, mettait tout en œuvre, aux confins de la guerre ouverte contre un adversaire nucléaire, pour faire progresser ses desseins.
Dès 2005, les principales compagnies pétrolières des deux familles — BP, Shell et Total pour Londres ; Exxon et Chevron pour New York — s’étaient emparées de la majeure partie du pétrole de la mer Caspienne. Le contrôle de l’énergie à l’échelle planétaire par les Quatre Grands des deux familles — Chevron et Exxon (Rockefeller), ainsi que BP et Shell (Rothschild) — constituait la pierre angulaire de leur stratégie mondiale.
Il apparaissait clairement, au sein des délibérations de la famille Rockefeller comme dans les cercles de décision de Washington, que pour régenter ces flux mondiaux d’hydrocarbures, les États-Unis devaient projeter leur puissance militaire avec une agressivité accrue afin d’atteindre une suprématie absolue : tel était l’objet de la Domination tous azimuts.
Les stratèges de cette doctrine ambitionnaient de contrôler la quasi-totalité de l’univers, de l’espace lointain aux tréfonds de l’être, de la galaxie au corps, et jusqu’à l’esprit. À présent, vous connaissez ces êtres malades. Ces esprits tortueux et ruzés qui engendrèrent la Covid afin de mettre l’économie mondiale sous verrou. Pourquoi donc ? Pour sauvegarder les systèmes financiers et bancaires de l’empire Rockefeller.
Géopolitique de l’énergie russe
En 2004, la Russie ne figurait point au rang des puissances de premier ordre. Sur le plan énergétique, elle était toutefois un colosse. Par son étendue, elle demeurait la nation la plus vaste du globe, embrassant onze fuseaux horaires. Elle disposait d’un territoire immense et de ressources naturelles prodigieuses, possédant les plus grandes réserves de gaz naturel au monde, tandis que ses réserves de pétrole s’élevaient à cent cinquante milliards de barils, avec un potentiel d’accroissement considérable, de vastes pans du territoire russe demeurant encore inexplorés.
Le réseau de gazoducs appartenant à l’État russe, le « système de transport unifié », comprend un maillage complexe de conduites et de stations de compression s’étirant sur plus de quatre cent mille kilomètres à travers le pays. Le seul coût de son remplacement moderne, de nos jours, se situerait entre mille et deux mille milliards de dollars. En vertu de la loi, seule l’entreprise d’État Gazprom était habilitée à user de ce réseau. Cet ensemble constituait sans doute l’actif le plus précieux de l’État russe, après les hydrocarbures eux-mêmes. C’était là le cœur de la nouvelle géopolitique énergétique de Poutine. Ce dernier usait de cet atout maître pour tisser des liens économiques à travers l’Eurasie, d’ouest en est et du nord au sud. Washington n’en éprouvait aucune satisfaction.
La Russie n’avait jamais cessé d’être une entité puissante capable de produire des technologies militaires de pointe. Bien que son armée, sa marine et son aviation fussent dans un état de déshérence en 1990, les fondements d’une résurgence de la puissance militaire russe demeuraient intacts. La Russie avait constamment exposé des technologies militaires de haut vol lors de divers salons internationaux, usant du marché mondial de l’exportation d’armes pour préserver l’intégrité de sa base technologique vitale. Les exportations d’armements constituèrent l’un des meilleurs moyens pour la Russie de se procurer les devises fortes dont elle avait grand besoin, des années quatre-vingt-dix jusqu’à nos jours. L’arsenal nucléaire russe joua également un rôle prépondérant, garantissant la sécurité fondamentale de l’État.
La Banque centrale de Russie était devenue le troisième détenteur mondial de réserves en dollars, après la Chine et le Japon. En outre, elle représentait la seule puissance sur la surface de la terre disposant des capacités militaires potentielles pour égaler celles des États-Unis. En 2005, lors d’une allocution devant l’Assemblée fédérale de Russie, le président Vladimir Poutine déclara que la chute de l’Union soviétique fut la plus grande catastrophe géopolitique de l’histoire de la Russie. Il signifiait par là que la fragmentation de l’Union soviétique coûterait à la Russie l’élément qui lui avait permis de survivre aux invasions étrangères depuis le XVIIIe siècle : la profondeur stratégique.
Pour qu’une puissance européenne pût défaire la Russie de manière décisive, il lui faudrait s’emparer de Moscou. La distance séparant la frontière de la capitale est immense et épuiserait toute armée en marche, exigeant que les renforts et l’approvisionnement fussent acheminés vers le front. À mesure qu’elles s’enfonceraient en Russie, les forces assaillantes se verraient inévitablement affaiblies. Hitler et Napoléon atteignirent Moscou exsangues. Tous deux furent vaincus par l’immensité des distances et par l’hiver, autant que par le fait que les défenseurs ne se trouvaient point au bout de leurs lignes de ravitaillement.
Au paroxysme de la Guerre froide, Saint-Pétersbourg se situait à quelque mille six cents kilomètres des forces de l’OTAN, et Moscou à environ deux mille cent kilomètres. Aujourd’hui, Saint-Pétersbourg n’en est éloignée que de cent cinquante kilomètres et Moscou de huit cents. Pour Poutine, la menace primordiale pesant sur la Russie provient de l’ouest. Les Rockefeller ont toujours eu pour dessein de s’assurer le contrôle économique et politique total de la Russie.
Le père britannique de la géopolitique, Halford Mackinder, affirmait en 1904 que le contrôle de la Russie déterminerait qui régenterait les vastes étendues de l’Eurasie et, par voie de conséquence, le monde entier.
La politique étrangère britannique, dès 1904, se voua à empêcher, à tout prix, l’émergence d’une puissance pivot eurasienne cohérente, centrée sur la Russie et capable de contester l’hégémonie britannique.
Mackinder résuma ses idées par l’adage suivant :
Qui règne sur l’Europe de l’Est commande le Cœur du Monde
Qui règne sur le Cœur du Monde commande l’Île Mondiale
Qui règne sur l’Île Mondiale commande le monde.
Le « Cœur du Monde » (Heartland) de Mackinder était le noyau de l’Eurasie — l’Ukraine et la Russie. L’« Île Mondiale » désignait l’intégralité de l’Eurasie, incluant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. La Grande-Bretagne ne fit jamais partie de l’Europe continentale ; elle était une puissance navale et maritime distincte, et devait le demeurer quel qu’en fût le prix.
La perspective géopolitique de Mackinder forgea l’entrée de la Grande-Bretagne dans les deux guerres mondiales. Elle dicta également l’implication américaine en Europe à partir de 1941.
La lente réémergence d’une Russie dynamique au sein du Cœur de l’Eurasie, se rapprochant économiquement de la Chine et des nations clés de l’Europe occidentale, constituait précisément le développement dont Brzezinski avait averti qu’il pourrait menacer mortellement la domination américaine. C’était le cauchemar absolu de Halford Mackinder. Ironiquement, les invasions malheureuses de l’Afghanistan et de l’Irak par Washington, ainsi que l’élaboration grossière de sa « guerre contre le terrorisme », contribuèrent directement à sceller cette coopération eurasienne. L’une des sentences favorites de Poutine est la suivante : « Nous devons commercer au sein d’un marché unique, de Vladivostok à Rotterdam ». Les deux familles manquent de défaillir chaque fois que Poutine prononce ces mots. Cela créa également la toile de fond du conflit géorgien en août 2008.
Toutefois, penchons-nous d’abord sur le discours de Poutine à Munich : celui-ci modifia les contours et la dynamique des relations internationales dès cet instant.
Discours de poutine à Munich en 2007
Lors de la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité en 2007, alors que l’administration Bush annonçait son intention d’installer des systèmes de défense antimissile américains en Pologne, en Roumanie et en République tchèque, le président russe livra une critique acerbe des mensonges américains et de la violation des assurances données en 1990 concernant l’OTAN. À cette date, dix anciens États communistes de l’Est avaient été admis au sein de l’OTAN, en dépit des promesses américaines. En outre, l’Ukraine et la Géorgie étaient candidates à l’adhésion suite aux Révolutions de couleur menées par les États-Unis en 2003-2004. Poutine fit valoir à juste titre que les missiles américains visaient la Russie, et non la Corée du Nord ou l’Iran.
Dans ses remarques de Munich, Poutine déclara à son auditoire occidental : « Il s’avère que l’OTAN a placé ses forces de première ligne à nos frontières, et nous sommes en droit de demander : contre qui cette expansion est-elle dirigée ? Et qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ? Nul ne s’en souvient plus. »
Poutine ajouta : « Mais je me permettrai de rappeler à cette assemblée ce qui fut dit. J’aimerais citer le discours du Secrétaire général de l’OTAN, M. Woerner, à Bruxelles le 17 mai 1990. Il affirmait alors que : « le fait que nous soyons prêts à ne pas déployer d’armée de l’OTAN hors du territoire allemand donne à l’Union soviétique une garantie de sécurité ferme ». Où sont ces garanties ? » C’était il y a quinze ans.
Poutine s’exprima à Munich en termes généraux sur la vision de Washington d’un monde « unipolaire », doté d’un seul centre d’autorité, d’un seul centre de force, d’un seul centre de décision, le qualifiant de « monde dans lequel il n’y a qu’un maître, qu’un souverain. Et en fin de compte, cela est pernicieux non seulement pour tous ceux qui se trouvent à l’intérieur du système, mais aussi pour le souverain lui-même, car il se détruit de l’intérieur. »
Poutine visait là les États-Unis. Puis, il en vint au cœur du sujet :
« Aujourd’hui, nous assistons à un usage hyper-démesuré et presque sans retenue de la force — de la force militaire — dans les relations internationales, une force qui plonge le monde dans un abîme de conflits permanents. Trouver une solution politique devient impossible. Les États-Unis ont outrepassé leurs frontières nationales à tous égards. Cela est visible dans les politiques économiques, politiques, culturelles et éducatives qu’ils imposent aux autres nations. Eh bien, qui apprécie cela ? Qui s’en réjouit ? »
Poutine mit en garde contre les effets déstabilisateurs des armes spatiales :
« Il est impossible de cautionner l’apparition de nouvelles armes de haute technologie déstabilisatrices… une nouvelle ère de confrontation, en particulier dans l’espace extra-atmosphérique. La guerre des étoiles n’est plus une chimère. De l’avis de la Russie, la militarisation de l’espace pourrait avoir des conséquences imprévisibles pour le monde et provoquer rien de moins que le début d’une ère nucléaire… les projets d’extension de certains éléments du système de défense antimissile à l’Europe ne peuvent que nous inquiéter. Qui a besoin de la prochaine étape de ce qui serait, dans ce cas, une course aux armements inévitable ? »
Peu de gens savaient que les États-Unis, un mois auparavant, avaient annoncé la construction de massives installations de défense antimissile en Pologne et en République tchèque. Comme Poutine le répliqua lors de cette même conférence : « Des missiles d’une portée de cinq à huit mille kilomètres qui représenteraient réellement une menace pour l’Europe n’existent dans aucun des pays dits problématiques. Et tout lancement hypothétique d’une fusée nord-coréenne vers le territoire américain à travers l’Europe occidentale contredit manifestement les lois de la balistique. Comme nous le disons en Russie, cela reviendrait à utiliser la main droite pour atteindre l’oreille gauche. » _
Moscou réagit
Moscou ne perdit guère de temps pour réagir à l’annonce des desseins américains concernant ses systèmes de défense antimissile balistique (DAMB) en Europe de l’Est. Le commandant de la force de bombardiers stratégiques russes déclara, en ce 5 mars 2007, que ses escadrilles pourraient aisément désorganiser ou anéantir toute infrastructure de défense antimissile en Pologne et en République tchèque — là précisément où les États-Unis s’apprêtaient à les établir. En termes sans équivoque, Poutine répondait à l’escalade des provocations de Washington en déclarant ouvertement qu’une Nouvelle Guerre froide était engagée. Ce n’était point une Nouvelle Guerre froide dont la Russie eût pris l’initiative, mais bien une confrontation à laquelle elle se voyait contrainte de répondre pour des impératifs de survie nationale. Une nouvelle course aux armements, fondée sur l’atome, battait son plein.
Cette déclaration de Poutine propagea une onde de choc à travers le monde, singulièrement au sein des plus hautes sphères politiques de l’Occident. Poutine proclamait ainsi que « trop, c’est trop ! ». Dès cet instant, il sut qu’une confrontation militaire entre la Russie et l’Occident n’était plus qu’une question de temps. Sans perdre un instant, il mit à profit ses atouts énergétiques pour affermir son appareil militaire et, au lendemain du krach de 2008, pour consolider la puissance financière de la Russie.
Primauté nucléaire
Ce que Washington taisait, mais que Poutine laissait entendre dans son propos, était que la défense antimissile des États-Unis ne revêtait aucun caractère défensif. Elle était offensive. Si les États-Unis parvenaient à s’abriter efficacement derrière un bouclier contre d’éventuelles représailles russes consécutives à une première frappe nucléaire de leur part, ils seraient alors en mesure de dicter leurs conditions à l’univers entier, et non point seulement à la Russie. Tel serait le règne de la primauté nucléaire. Pour l’empire Rockefeller et son vassal en chef, Washington, la Guerre froide ne prit jamais fin. Ils omirent simplement d’en informer le reste de la planète.
La tentative américaine de s’emparer du contrôle du pétrole et des oléoducs à l’échelle mondiale, l’implantation de ses bases militaires à travers l’Eurasie, la modernisation et le perfectionnement de sa flotte de sous-marins nucléaires et de ses bombardiers ne prenaient leur sens qu’à l’aune de la quête impitoyable de la primauté nucléaire des États-Unis. En décembre 2001, Washington se retira du Traité sur les missiles antimissiles balistiques conclu avec la Russie. Ce fut une étape cruciale dans la course engagée par Washington pour parachever son réseau mondial de « défense antimissile », clé de voûte de sa primauté nucléaire. Les pourparlers américains avec la Pologne et la République tchèque débutèrent à la fin de l’année 2003. Le Pentagone identifia deux sites dans les montagnes du sud de la Pologne pour y établir des stations radar. Cette installation serait la première du genre hors du sol américain et l’unique en Europe. Un missile lancé depuis ces silos polonais ou tchèques atteindrait en quelques minutes ses cibles russes potentielles. Nul ne pourrait affirmer s’ils étaient porteurs d’ogives nucléaires ou non. Cela eût placé le monde sur le fil du rasoir d’une guerre nucléaire, qu’elle fût délibérée ou le fruit d’une erreur de calcul.
Puis, dans la livraison de mars 2006 de Foreign Affairs, la revue du CFR, un article rédigé par deux analystes militaires américains parvenait à la conclusion suivante :
— « Aujourd’hui, pour la première fois depuis près de cinquante ans, les États-Unis sont sur le point d’atteindre la primauté nucléaire. Il sera probablement bientôt loisible aux États-Unis d’anéantir les arsenaux nucléaires à longue portée de la Russie ou de la Chine par une première frappe. À moins que les politiques de Washington ne changent ou que Moscou et Pékin ne prennent des mesures pour accroître l’importance et l’état de préparation de leurs forces, la Russie et la Chine… »
Et de conclure :
— « Le genre de défenses antimissiles que les États-Unis pourraient déployer serait précieux dans un contexte offensif, et non défensif — comme un complément à la capacité de première frappe des États-Unis, et non comme un bouclier autonome. Si les États-Unis lançaient une attaque nucléaire contre la Russie ou la Chine, le pays visé ne conserverait qu’un arsenal survivant dérisoire — si tant est qu’il en restât. À ce stade, même un système de défense antimissile relativement modeste pourrait suffire à protéger contre toute frappe de représailles ».
Tel était le véritable dessein du Grand Jeu eurasien de Washington.
Ensuite, en août 2008, la Géorgie eut l’imprudence d’envahir la Russie, et fut promptement défaite par l’armée russe. Peu après, Poutine entreprit une modernisation de l’appareil militaire. Il savait qu’une confrontation se tramait. En 2016, Poutine dévoila certaines des armes nouvelles alors mises en service. L’Occident en fut frappé de stupeur — que dis-je, il en eut une syncope. Ce fut à cet instant que le Pentagone sut qu’il ne pourrait remporter une confrontation militaire avec la Russie.
Puis, en septembre 2015, le gouvernement syrien fit appel à la Russie pour l’aider à défaire l’EI (une création de la CIA, du MOSSAD et du renseignement britannique). Cette action militaire russe marqua le début d’une ère nouvelle dans la politique mondiale, la Russie apparaissant comme une puissance redoutable avec laquelle il fallait compter pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide. L’Amérique n’était plus l’unique superpuissance militaire. Le monde s’acheminait visiblement vers une nouvelle guerre mondiale, prétendant avoir la religion pour cœur, mais qui n’était en réalité, comme toutes les guerres, qu’une affaire d’argent et de pouvoir. L’Islam était instrumentalisé comme une arme de cette guerre mondiale — par les deux familles.
Pourquoi importait-il tant à Londres et à New York de s’emparer du contrôle de la Russie ? La réponse à cette interrogation réside dans le champ de la géopolitique, singulièrement celle du pétrole et du gaz.
Géopolitique eurasienne
Le conseiller géopolitique de David Rockefeller, Zbigniew Brzezinski, rédigea en 1997 un ouvrage intitulé « Le grand échiquier ». Il y expose la pensée de l’empire Rockefeller à l’égard de l’Eurasie. Permettez-nous d’en citer quelques extraits, afin de donner une idée de la manière dont l’on entend régenter l’Eurasie :
— « Pour l’Amérique, le principal prix géopolitique est l’Eurasie — »
— « Depuis que les continents ont commencé à interagir politiquement, il y a quelque cinq cents ans, l’Eurasie a été le centre de la puissance mondiale. — »
— « … Mais dans l’intervalle, il est impératif qu’aucun challenger eurasien n’émerge, capable de dominer l’Eurasie et ainsi de défier également l’Amérique. La formulation d’une géostratégie eurasienne globale et intégrée est donc l’objet de ce livre. »
— « Pour employer une terminologie qui rappelle l’âge plus brutal des empires antiques, les trois grands impératifs de la géostratégie impériale sont d’empêcher la collusion, de maintenir la dépendance sécuritaire parmi les vassaux, de garder les tributaires dociles et protégés, et d’empêcher les barbares (russes, chinois et arabes) de s’unir ».
— « Il s’ensuit que l’intérêt primordial de l’Amérique est d’aider à faire en sorte qu’aucune puissance unique ne parvienne à contrôler cet espace géopolitique et que la communauté mondiale y ait un accès financier et économique sans entrave. »
— « L’Amérique est désormais la seule superpuissance mondiale, et l’Eurasie est l’arène centrale du globe. Par conséquent, ce qu’il adviendra de la répartition du pouvoir sur le continent eurasien sera d’une importance décisive pour la primauté mondiale de l’Amérique et pour son héritage historique. »
— « Sans un engagement américain soutenu et dirigé, les forces du désordre mondial pourraient bientôt dominer la scène mondiale… Avec des signes avant-coureurs à l’horizon en Europe et en Asie, toute politique américaine réussie doit se concentrer sur l’Eurasie dans son ensemble et être guidée par un dessein géostratégique. »
— « Cela accorde une importance primordiale à la manœuvre et à la manipulation afin de prévenir l’émergence d’une coalition hostile qui pourrait un jour chercher à contester la primauté de l’Amérique… »
— « La tâche la plus immédiate est de s’assurer qu’aucun État ou combinaison d’États ne gagne la capacité d’expulser les États-Unis de l’Eurasie ou même de diminuer significativement leur rôle d’arbitrage décisif ».
— « Potentiellement, le scénario le plus dangereux serait une grande coalition de la Chine, de la Russie et peut-être de l’Iran, une coalition « anti-hégémonique » unie non par l’idéologie mais par des griefs complémentaires. Elle rappellerait par son ampleur et sa portée le défi posé jadis par le bloc sino-soviétique, bien que cette fois la Chine serait probablement le chef de file et la Russie le suiveur. Éviter cette éventualité, aussi lointaine soit-elle, exigera un déploiement de l’habileté géostratégique des États-Unis sur les périmètres occidental, oriental et méridional de l’Eurasie simultanément ».
L’on constate que la diplomatie américaine épousa étroitement ces préconisations. Toutefois, les États-Unis essuyèrent un échec.
L’Iran, la Chine et la Russie sont désormais de proches alliés, et tous trois s’emploient à évincer les États-Unis, l’Occident, l’OTAN et Israël de toute domination sur l’Eurasie. Ils firent peu de cas de Poutine lorsqu’il formula un paradigme nouveau à Munich en 2007 — ou lorsqu’il regagna le Kremlin en 2012. Poutine signifia très clairement que les intérêts stratégiques légitimes de la Russie devraient être derechef respectés, et que celle-ci était sur le point de recouvrer son droit de veto de fait dans la conduite des affaires du monde. Or, la doctrine Poutine trouvait déjà à s’appliquer dès l’affaire géorgienne de 2008.
Le Caucase
Il existe une autre voie d’accès potentielle à la Russie par le sud. L’Empire russe usa de cet itinéraire comme d’une zone tampon avec la Turquie, singulièrement au cours des innombrables guerres russo-turques. La Russie se trouvait protégée par le Caucase, contrée escarpée et montagneuse qui décourageait toute velléité d’attaque au point que l’OTAN n’envisagea jamais cette option. Néanmoins, si quiconque parvenait à forcer le passage à travers ces cimes, il se trouverait à quelque mille cinq cents kilomètres de Moscou, sur un terrain plat et découvert, par un climat bien plus clément que celui auquel feraient face des assaillants venus de l’ouest.
Si les États du Caucase du Sud formaient une coalition hostile à la Russie, et que les États-Unis, par exemple, soutenaient un soulèvement dans le Caucase du Nord, le rempart pourrait s’effondrer, ouvrant ainsi une voie vers le septentrion. Par conséquent, la Russie adopta une stratégie visant à imposer des contrôles rigoureux dans le Caucase du Nord tout en s’engageant, en 2008, dans une guerre contre la Géorgie, sa menace méridionale la plus prégnante eu égard à la géographie et à l’alliance de cette dernière avec les États-Unis. Ce conflit mit en exergue les limites de la puissance américaine alors que celle-ci était aux prises avec des guerres au sein du monde musulman. Ce furent des stratégies couronnées de succès, hormis le fait que la menace à long terme issue du sud ne fût point éradiquée. La Russie requérait une stratégie à l’ouest et une autre au sud. À l’ouest, un pan de cette stratégie se déploya en Ukraine, empêchant celle-ci de constituer une menace sans que la Russie n’eût à faire usage d’une force majeure.
Un accord tacite fut conclu avec Washington : les États-Unis s’abstiendraient d’armer l’Ukraine de moyens offensifs d’envergure, et la Russie ne déploierait point de forces armées massives en Ukraine au-delà des insurrections déjà à l’œuvre. En ce temps-là, ni la Russie ni les États-Unis ne désiraient la guerre. Chacun souhaitait une zone tampon. C’est ce qui s’établit.
Bélarus
Un autre fragment de ce rempart perdu devint, pour ainsi dire, disponible. Le Bélarus se situe à environ six cents kilomètres de Moscou. La Pologne, sur son flanc occidental, est hostile à la Russie et héberge quelques forces américaines. Cela représente une menace non négligeable pour la Russie, à moins que le Bélarus ne pût être ramené dans le giron russe. Les élections qui se tinrent l’an passé au Bélarus offrirent une occasion. Le président Alexandre Loukachenko, dirigeant de longue date, faisait face à une opposition sérieuse. Il s’agissait là d’une énième tentative de la CIA de fomenter une Révolution de couleur au Bélarus. La CIA eût-elle réussi son entreprise au Bélarus que l’étau se fût refermé de manière fatale sur la Russie en cas de conflit.
Les Russes apportèrent leur soutien à Loukachenko et ont, pour l’essentiel, préservé sa fonction. Alexandre Loukachenko préside aux destinées du Bélarus depuis 1994 et n’avait point rencontré de rival sérieux lors des cinq scrutins précédents. Le 23 septembre 2021, les médias d’État bélarusses annoncèrent que Loukachenko avait été investi pour un nouveau mandat de cinq ans lors d’une brève cérémonie tenue à huis clos. Le lendemain, l’Union européenne publia un communiqué contestant la légitimité de l’élection, appelant à de nouveaux scrutins et condamnant la répression et la violence — tactiques coutumières de l’Occident. La profondeur stratégique revêt une importance vitale sur le très long terme, et sa nécessité est gravée dans la mémoire de la Russie.
Déstabilisation du Kazakhstan
L’année 2022 s’ouvrit sur un Kazakhstan en flammes, constituant une agression caractérisée contre l’un des pivots essentiels de l’intégration eurasienne. Les dirigeants de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) tinrent une session extraordinaire afin de débattre du sort du Kazakhstan.
Le chef du Conseil de sécurité nationale russe, Nikolaï Patrouchev, est le bras droit de Poutine. Il dirige l’intégralité des services de sécurité et de renseignement de la Russie ; c’est un homme d’une puissance redoutable, passé maître dans l’art de déjouer les manigances de la CIA et du MI6. Pour ne citer qu’un exemple : entre 2018 et 2021 — sur une période de trois années —, la Russie appréhenda plus de deux mille espions et déjoua de nombreux complots. Il est donc on ne peut plus conscient des machinations et des desseins des ennemis de la Russie.
Poutine n’ignorait point que l’Occident s’obstinait à engendrer une vague de guerre hybride à travers l’Asie centrale.
Dès le mois de novembre, Patrouchev portait déjà son regard pénétrant sur la dégradation de la sécurité en Afghanistan. Le politologue tadjik Parviz Mullojanov fut l’un des rares à souligner que pas moins de huit mille auxiliaires salafistes-djihadistes de l’appareil impérial, acheminés par une filière clandestine depuis la Syrie et l’Irak, erraient dans les contrées sauvages du nord de l’Afghanistan. Il s’agit là du gros des forces de l’EI-Khorasan — ou d’un EI reconstitué à proximité des frontières du Turkménistan. Certains d’entre eux furent dûment transportés au Kirghizistan. De là, il était fort aisé de franchir la frontière depuis Bichkek pour apparaître à Almaty.
Il ne fallut guère de temps à Patrouchev et à ses services pour concevoir, après le retrait impérial de Kaboul, de quelle manière cette armée de réserve djihadiste serait employée : le long des sept mille cinq cents kilomètres de frontière séparant la Russie des républiques d’Asie centrale. Cela explique, entre autres, le nombre record d’exercices de préparation menés fin 2021 à la 210e base militaire russe au Tadjikistan.
Presque nul n’en a connaissance, mais en décembre dernier, un autre coup d’État fut discrètement déjoué dans la capitale kirghize, Bichkek. Des sources du renseignement kirghiz en attribuent l’orchestration à une nuée d’ONG liées à la Grande-Bretagne et à la Turquie. Cela introduit une facette absolument capitale de la Vision d’ensemble : les services de renseignement liés à l’OTAN et leurs affidés pourraient avoir préparé une offensive simultanée de révolutions de couleur à travers l’Asie centrale. Durant son règne de vingt-neuf ans, Nazarbaïev joua un jeu multidimensionnel par trop occidentalisé et qui ne servit point nécessairement les intérêts du Kazakhstan. Il adopta des lois britanniques, joua la carte panturque avec Erdogan et permit à un tsunami d’ONG de promouvoir l’agenda occidental. L’échec de la ténébreuse opération kazakhe commence nécessairement par les suspects habituels : l’État profond américain, lequel a pour ainsi dire « chanté » sa stratégie dans un rapport de la RAND CORPORATION de 2019, intitulé « Extending Russia ». Le chapitre 4, consacré aux « mesures géopolitiques », détaille tout : de la « fourniture d’une aide létale à l’Ukraine » au « changement de régime au Bélarus », en passant par « l’accroissement du soutien aux rebelles syriens » — autant d’échecs patents — jusqu’à la « réduction de l’influence russe en Asie centrale ». Tel était le concept maître. La mise en œuvre échut à la liaison MI6-Turquie.
La CIA et le MI6 investissaient dans des officines douteuses en Asie centrale depuis 2005 au moins, lorsqu’ils encouragèrent le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), alors proche des talibans, à semer le chaos dans le sud du Kirghizistan. Rien n’advint alors. Il en alla tout autrement en mai 2021, lorsque Jonathan Powell, du MI6, rencontra les dirigeants de Jabhat al-Nosra — qui abrite maints djihadistes d’Asie centrale — quelque part à la frontière turco-syrienne, près d’Idlib. L’accord stipulait que ces « rebelles modérés » — selon la terminologie américaine — cesseraient d’être étiquetés comme « terroristes » tant qu’ils serviraient l’agenda antirusse de l’OTAN. Ce fut là l’une des manœuvres préparatoires essentielles avant l’activation de la filière djihadiste vers l’Afghanistan — avec des ramifications s’étendant à l’Asie centrale.
Le MI6 est profondément ancré dans toutes les républiques d’Asie centrale, à l’exception du Turkménistan autarcique — chevauchant habilement l’offensive panturque comme le vecteur idéal pour contrer la Russie et la Chine. Pourtant, la Russie comme la Chine sont parfaitement conscientes que la Turquie représente, en substance, l’entrée de l’OTAN en Asie centrale.
Toute révolution de couleur requiert un cheval de Troie « suprême ». En l’occurrence, ce rôle semble avoir été dévolu à l’ancien chef du KNB (Comité de sécurité nationale), Karim Massimov, aujourd’hui incarcéré et accusé de trahison. D’une ambition démesurée, Massimov est à demi ouïghour, ce qui, en théorie, entravait ce qu’il considérait comme son ascension inéluctable vers le pouvoir. Ses liens avec le renseignement turc ne sont point encore pleinement élucidés, contrairement à ses relations suivies avec Joe Biden et son fils. Un ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité d’État, le lieutenant-général Felix Koulov, a tissé une trame fascinante et complexe exposant la possible dynamique interne du « coup » imbriqué dans la révolution de couleur.
Selon Koulov, Massimov et Samir Abich, le neveu du président du Conseil de sécurité kazakh récemment évincé, Noursoultan Nazarbaïev, étaient impliqués jusqu’au cou dans la supervision d’unités « secrètes » d’« hommes barbus » lors des émeutes. Le KNB était directement subordonné à Nazarbaïev qui, jusqu’à la semaine passée, présidait le Conseil de sécurité.
Lorsque Tokaïev comprit les rouages du complot, il destitua tant Massimov qu’Abich. Nazarbaïev démissionna alors « volontairement » de sa présidence à vie du Conseil de sécurité. Abich obtint alors ce poste, promettant de mettre un terme aux agissements des « hommes barbus », avant de se démettre à son tour. Cela pointerait donc directement vers un affrontement entre Nazarbaïev et Tokaïev. Cela est cohérent, Tokaïev étant un manœuvrier fort avisé. Formé par le service diplomatique de l’ancienne URSS, parlant couramment le russe et le chinois, il est totalement aligné sur l’axe Russie-Chine — ce qui signifie en totale adéquation avec le plan directeur de la BRI, de l’Union économique eurasiatique et de l’OCS. Tokaïev, à l’instar de Poutine et de Xi, conçoit de quelle manière cette triade BRI/UEE/OCS représente le cauchemar impérial ultime, et comment la déstabilisation du Kazakhstan — facteur clé de cette alliance — constituerait un coup mortel porté à l’intégration eurasienne. Le Kazakhstan représente, après tout, 60 % du PIB de l’Asie centrale, des ressources massives en hydrocarbures et en minerais, ainsi que des industries de haute technologie de pointe : une république laïque, unitaire et constitutionnelle, dépositaire d’un riche patrimoine culturel. Tokaïev ne tarda point à comprendre l’intérêt de solliciter immédiatement le secours de l’OTSC : le Kazakhstan avait signé le traité dès 1994. Somme toute, Tokaïev combattait un coup d’État dirigé de l’étranger contre son gouvernement.
Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev résuma la situation avec concision. Les émeutes étaient « dissimulées derrière des protestations impromptues ». L’objectif était de « s’emparer du pouvoir » — une tentative de coup d’État. Les actions étaient « coordonnées depuis un centre unique ». Et des « miliciens étrangers étaient impliqués dans les troubles ».
Poutine alla plus loin : lors des émeutes, « les technologies du Maïdan furent employées », en référence à la place ukrainienne où les manifestations de 2013 renversèrent un gouvernement hostile à l’OTAN. Justifiant l’intervention prompte des forces de maintien de la paix de l’OTSC au Kazakhstan, Poutine affirma qu’« il était nécessaire de réagir sans délai ». L’OTSC demeurera sur le terrain « aussi longtemps que nécessaire », mais une fois la mission accomplie, « naturellement, l’intégralité du contingent sera retirée du pays ». Les forces de l’OTSC partirent après une semaine, ayant écrasé le coup d’État de la CIA.
Mais voici le point capital : « Les pays de l’OTSC ont démontré qu’ils ne permettraient point que le chaos et les « révolutions de couleur » soient mis en œuvre à l’intérieur de leurs frontières. » Poutine s’accordait avec le secrétaire d’État kazakh Erlan Karin, qui fut le premier à appliquer officiellement la terminologie exacte aux événements de son pays : ce qui survint fut une « attaque terroriste hybride », menée par des forces tant internes qu’externes, visant à renverser le gouvernement.
Cependant, ils ne sont qu’un maillon au sein des nébuleuses occidentales du brouillard de la guerre hybride déployé à travers l’Asie centrale et l’Asie occidentale. Nous voyons ici la CIA et l’État profond américain croiser le fer avec le MI6 et diverses branches du renseignement turc. Lorsque le président Tokaïev faisait allusion, à demi-mot, à un « centre unique », il désignait une salle d’opérations de renseignement militaire américano-turco-israélienne, demeurée jusqu’alors « secrète » et sise dans le pôle commercial méridional d’Almaty, selon une source de renseignement de haut rang en Asie centrale. Au sein de ce « centre », vingt-deux Américains, seize Turcs et six Israéliens coordonnaient des groupes de sabotage — formés en Asie occidentale par les Turcs — puis acheminés par filière clandestine vers Almaty.
L’opération commença à s’effondrer irrémédiablement lorsque les forces kazakhes — secondées par le renseignement russe et l’OTSC — reprirent le contrôle de l’aéroport vandalisé d’Almaty, lequel devait servir de plaque tournante pour la réception de fournitures militaires étrangères.
L’Occident, adepte de la guerre hybride, a dû être frappé de stupeur et de colère devant la célérité foudroyante avec laquelle l’OTSC a intercepté l’opération kazakhe. L’élément clé réside dans le fait que le secrétaire du Conseil de sécurité nationale russe, Nikolaï Patrouchev, avait embrassé la vision d’ensemble depuis des lustres. Il n’est donc point mystérieux que les forces aérospatiales et aérotransportées russes, ainsi que l’infrastructure de soutien massive nécessaire, fussent virtuellement prêtes à l’action.
Poutine, entre autres, a souligné qu’une enquête officielle kazakhe est la seule habilitée à faire toute la lumière sur cette affaire. Déclenchée quelques jours seulement avant le début des négociations sur les « garanties de sécurité » russo-américaines à Genève, cette révolution de couleur représentait une sorte de contre-ultimatum — de désespoir — de la part de l’appareil de l’OTAN.
L’Asie centrale, l’Asie occidentale et l’immense majorité du Sud global ont été témoins de la réponse eurasienne fulgurante des troupes de l’OTSC — lesquelles, ayant accompli leur tâche, ont quitté le Kazakhstan en quelques jours — et de la manière dont cette révolution de couleur a échoué lamentablement. Il se pourrait fort qu’elle fût la dernière. Redoutez le courroux d’un Empire humilié.
Cette suite spectaculaire de revers suggère que l’ère de la domination mondiale des États-Unis en tant qu’unique superpuissance se trouve désormais à la croisée des chemins. Elle laisse présager que le spectre redoutable d’une puissance militaire violente perd de sa virulence. Il semble que l’ère de l’Empire américain touche à sa fin. Puis survient la révélation décisive, émanant d’une source de haut niveau du renseignement américain.
En 2013, feu Zbigniew Brzezinski, auteur du « Grand échiquier », se vit présenter un rapport confidentiel sur les missiles russes de pointe. Il en fut frappé d’effroi et réagit en concevant le Maïdan de 2014 — afin d’attirer la Russie dans une guerre de guérilla, comme il l’avait fait avec l’Afghanistan dans les années quatre-vingt.
Chronologie
- 1999 : Poutine accède à la présidence. Il affronte son premier défi lancé par les deux familles en Tchétchénie. Il écrase l’insurrection djihadiste dans le Caucase.
- Juin 2001 : l’OCS est portée sur les fonts baptismaux, ce qui conduit l’empire Rockefeller, saisi d’effroi, à déclencher une offensive militaire en Asie centrale, laquelle survint en septembre 2001 — le 11 septembre.
- Mars 2003 : les États-Unis envahissent l’Irak — Poutine soutient la résistance irakienne par la fourniture de matériel militaire, notamment les missiles antichars KORNET.
- Mai 2005 : la CIA tente une révolution de couleur et un coup d’État en Ouzbékistan. Le dirigeant, Karimov, rompt alors les liens avec les États-Unis et ferme une base américaine située à la lisière de la frontière afghane. L’Ouzbékistan se rapproche de la Russie, tandis que l’Amérique se voit évincée.
- Février 2007 : le discours de Poutine à Munich frappe de stupeur les deux familles — désormais, les gants sont jetés.
- Août 2008 : la Géorgie envahit la Russie — et subit la défaite en l’espace de trois jours.
- Septembre 2008 : effondrement financier.
- Décembre 2010 : printemps arabe.
- Mars 2011 : début de la déstabilisation de la Syrie.
- 2012 : Xi Jinping devient président de la Chine — et les États-Unis opèrent leur « pivot » vers l’Orient.
- 2014 : le coup d’État du Maïdan en Ukraine.
- Juillet 2014 : alors que Poutine regagnait la Russie après le sommet des BRICS au Brésil, son avion survola l’Ukraine. La CIA visa son appareil, mais ce fut, par méprise, le vol MH17 de la MALAYSIAN AIRLINES qui fut abattu.
- Septembre 2015 : la Russie vole au secours de la Syrie.
- 2018 : Poutine dévoile le matériel militaire de pointe de la Russie — le Pentagone essuie une crise cardiaque.
- Septembre 2021 : la révolution de couleur échoue au Bélarus face à Loukachenko, allié de Poutine.
- Décembre 2021 : le renseignement russe déjoue une tentative de coup d’État à Bichkek, capitale du Kirghizistan. Les systèmes de missiles de l’OTAN en Roumanie et en Pologne sont sur le point d’être opérationnels. Ce dernier point a été élucidé plus haut.
- Janvier 2022 : la Russie réprime une tentative de coup d’État de la CIA et du MI6 au Kazakhstan.
Nous y voici désormais : tout n’est qu’affaire de desseins inachevés.
Et nous en venons, à présent, à l’Ukraine.
Russie/Poutine et l’Occident, seconde partie
– par Sam Parker Behind the News Network
Ukraine
L’Ukraine et la Russie étaient si intimement liées par l’économie, la société et la culture, singulièrement dans l’est du pays, qu’elles paraissaient presque indiscernables l’une de l’autre. La majeure partie des gazoducs russes issus de Sibérie occidentale transitaient par l’Ukraine vers l’Allemagne, la France et d’autres États européens. Sur le plan de la stratégie militaire, une Ukraine délaissant sa neutralité pour rejoindre l’OTAN eût porté un coup fatal à la sécurité de la Russie. À l’ère des armes sophistiquées et des défenses antimissiles américaines, c’était là précisément ce que briguait Washington.
Un regard jeté sur la carte de la géographie eurasienne révélait une constante dans les révolutions de couleur parrainées par la CIA après l’an 2000. Elles visaient manifestement à isoler la Russie et, in fine, à trancher son cordon ombilical économique — son réseau d’oléoducs et de gazoducs transportant les colossales réserves d’hydrocarbures de l’Oural et de la Sibérie vers l’Europe occidentale et l’Eurasie, au travers de l’Ukraine.
L’agenda occulte de la politique agressive de Washington en Asie centrale, après l’effondrement de l’Union soviétique, tenait en un seul mot : le contrôle de l’énergie.
Tant que la Russie demeurait capable d’user de son atout stratégique — ses vastes réserves d’hydrocarbures — pour s’assurer des alliés économiques en Europe occidentale, en Chine et ailleurs, elle ne pouvait être isolée politiquement. L’implantation des diverses révolutions de couleur tendait directement à l’encerclement de la Russie afin de pouvoir, à tout moment, sectionner ses conduites d’exportation. Plus de la moitié des recettes d’exportation de la Russie étant libellées en dollars et issues de ses ventes d’hydrocarbures, un tel encerclement eût équivalu à un étouffement économique de la Russie par l’OTAN sous conduite américaine.
La Russie constituait l’unique puissance dotée d’un potentiel de dissuasion nucléaire stratégique, ainsi que de réserves énergétiques suffisantes, pour faire office de contrepoids crédible à la primauté militaire, politique et nucléaire unilatérale des États-Unis. En outre, une alliance eurasienne entre la Chine et la Russie, à laquelle se joindraient les États alliés d’Eurasie (principalement d’Asie centrale), représentait un contrepoids plus imposant encore à la dominance américaine.
Consécutivement aux crises financières asiatiques de 1998, Pékin et Moscou conclurent un accord de sécurité mutuelle avec les États limitrophes, le Kazakhstan et le Tadjikistan. En juin 2001, l’Ouzbékistan s’y joignit, et le groupement prit le nom d’Organisation de coopération de Shanghai, ou OCS.
Ce fut là le catalyseur qui contraignit l’empire Rockefeller à perpétrer l’acte terroriste du 11 septembre, afin de justifier une invasion de l’Asie centrale dans le but de briser cette alliance.
L’un des plus ardents défenseurs d’une suprématie mondiale américaine — le stratège et ami intime des Rockefeller, Zbigniew Brzezinski — décrivit l’importance pivot de l’Ukraine dans son ouvrage de 1997, « Le grand échiquier ». Il y écrivit :
« L’Ukraine, espace nouveau et d’importance sur l’échiquier eurasien, constitue un pivot géopolitique, car son existence même en tant que pays indépendant concourt à transformer la Russie. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien… Si Moscou recouvre le contrôle de l’Ukraine, avec ses cinquante-deux millions d’habitants, ses ressources majeures et son accès à la mer Noire, elle retrouve ipso facto de quoi redevenir un État impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie… »
Brzezinski, disciple de la géopolitique de Halford Mackinder, décrivait ainsi le rôle des États « pivots » :
« Les pivots géopolitiques sont des États dont l’importance procède non point de leur puissance ou de leurs mobiles, mais plutôt de leur situation sensible… laquelle, en certains cas, leur confère un rôle spécial soit pour définir l’accès à des zones d’importance, soit pour refuser des ressources à un acteur majeur… »
« L’on ne saurait trop insister sur le fait que sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire ; mais avec une Ukraine subornée puis subordonnée, la Russie devient automatiquement un empire. »
L’Ukraine, à l’instar de rares autres contrées eurasiennes, est le fruit de sa géographie singulière, car elle chevauche de manière unique l’orient et l’occident. Elle est ce qu’Halford Mackinder, le père britannique de la géopolitique — étude des rapports entre la puissance politique et la géographie — nommait un État « pivot ». De façon singulière, l’Ukraine métamorphose la position géopolitique de la Russie, pour le meilleur ou pour le pire.
Dès l’écroulement de l’Union soviétique en 1991, Washington mit tout en œuvre pour favoriser une rupture entre la Russie et l’Ukraine. Le but était de faire de l’Ukraine un tampon destiné à entraver une intégration plus étroite entre la Russie et l’Europe, singulièrement l’Allemagne.
Le pays même qu’est l’Ukraine constitue une anomalie historique. Il y a près d’un millénaire, la Rus de Kiev, sous le règne de Vladimir le Grand, fut l’empire des peuples slaves orientaux dont sont issus l’Ukraine, la Russie et le Bélarus d’aujourd’hui. Durant plus de trois cent cinquante ans, la Rus de Kiev sise à l’est du fleuve Dniepr fit partie de l’Empire tsariste russe. Après 1795, l’Ukraine fut scindée, par suite des guerres de partage de la Pologne, entre le tsarat orthodoxe de Russie et l’Autriche catholique des Habsbourg.
En tant qu’État pivot, l’Ukraine connut une histoire tragique. En 1922, elle fut contrainte de devenir l’une des républiques fondatrices de l’Union soviétique au terme d’un conflit sanglant avec l’Armée rouge. Dans les années trente, Staline ouvrit un chapitre atroce de l’histoire tant russe qu’ukrainienne, lequel demeure gravé au fer rouge dans la mémoire des descendants de l’ouest rural et agricole de l’Ukraine, de confession catholique. En 1932 et 1933, des millions d’âmes, pour la plupart des paysans, périrent d’une famine politiquement orchestrée, l’Holodomor, causée par la « liquidation de la classe des koulaks » décidée par Staline — ces fermiers plus ou moins indépendants — afin d’imposer la collectivisation forcée des terres. Quelque six à huit millions de personnes trépassèrent de faim en Union soviétique durant cette période, dont au moins quatre à cinq millions d’Ukrainiens. Ironie de l’histoire, Nikita Khrouchtchev, l’homme qui engagea la déstalinisation dans les années cinquante, était le chef du Parti communiste ukrainien en 1935 et supervisa l’Holodomor de Staline.
Après le trépas de ce dernier, Khrouchtchev, désormais à la tête du Parti communiste de l’Union soviétique, décida en 1954 de transférer administrativement la Crimée à l’Ukraine au sein de l’URSS, bien que la population criméenne fût en immense majorité d’ethnie russe.
Dans l’ouest de l’Ukraine, essentiellement agricole et jadis surnommé le « grenier à blé de l’Europe », la population est historiquement catholique romaine depuis des siècles. Les régions orientales de l’Ukraine — le Donbass, Donetsk, la Crimée — sont historiquement de confession orthodoxe et de langue russe. L’est est également le foyer de la majeure partie de l’industrie ukrainienne, de la manufacture militaire à la sidérurgie, en passant par le charbon et les hydrocarbures.
Le coup d’État du Maïdan en 2014
En 2013, un débat intense agitait le cabinet des ministres. L’enjeu portait sur l’avenir économique d’une Ukraine en déshérence : soit vers l’est avec la Russie au sein du nouveau Marché commun eurasien, aux côtés du Bélarus et du Kazakhstan ; soit vers l’ouest avec une association « spéciale » (qui ne constituait point même une adhésion pleine et entière) avec l’Union européenne.
Après une période d’hésitation et une ultime proposition économique de la Russie, Ianoukovitch signifia aux ministres de l’Union européenne, en novembre 2013, que l’Ukraine sursoira aux pourparlers d’association et rejoindra l’Union économique eurasiatique de la Russie, proposition alors bien plus séduisante pour Kiev.
À cet instant, quelques minutes seulement après l’annonce de Ianoukovitch, la « seconde révolution de couleur » de l’Ukraine fut déclenchée. Les protestations débutèrent dans la nuit du 21 novembre 2013. Par le truchement de Twitter, Iatseniouk appela aux manifestations, qu’il baptisa l’Euromaïdan, sur la place du Maïdan, devant les principaux édifices gouvernementaux.
Ce qui s’ensuivit alors en Ukraine demeure, à ce jour, presque totalement ignoré en Occident. La raison en est un black-out médiatique absolu, orchestré par CNN, la BBC, le New York Times et le Washington Post. Il s’est agi d’une censure de presse de temps de guerre, imposée de fait par l’OTAN et émanant de Washington au plus haut niveau.
Le régime issu du coup de force de Kiev entreprit, après le 22 février 2014, de mener une guerre d’extermination et d’épuration ethnique à l’encontre des russophones de l’est de l’Ukraine, sous l’égide, dans une large mesure, d’une armée privée composée de véritables néonazis du PRAVY SEKTOR (Secteur droit), ceux-là mêmes qui assuraient la sécurité sur la place du Maïdan et instaurèrent un règne de la terreur contre les Ukrainiens russophones. Des bataillons de mercenaires néonazis furent formés. Ils reçurent le statut officiel de soldats de la « Garde nationale ukrainienne », à l’instar du bataillon AZOV, financé par Ihor Kolomoïsky, magnat de la mafia ukrainienne et oligarque milliardaire, parrain financier de l’accession de Zelensky à la présidence.
Aujourd’hui
Vers la fin de l’année 2021, un déploiement militaire massif avait été opéré au sein de l’est de l’Ukraine. L’objectif était de broyer, de mettre à mort et d’anéantir la région du Donbass ainsi que ses citoyens. La CIA avait calculé que Poutine se verrait contraint de pénétrer en Ukraine afin d’empêcher que ce conflit ne s’étendît à la Russie elle-même.
L’armée russe menait des exercices à ses frontières avec l’Ukraine durant le dernier trimestre de 2021. Elle dépêcha du matériel et des troupes sur son front occidental. Poutine recevait des rapports de ses services de renseignement faisant état d’une attaque imminente des Ukrainiens vers la région du Donbass.
À la fin du mois de novembre, Poutine adressa une exigence à Washington, stipulant que la paix requérait des garanties.
Celles-ci étaient au nombre de trois :
l’Ukraine doit demeurer un État neutre ;
aucun missile nucléaire ne doit y être stationné ;
l’Ukraine ne sera point membre de l’OTAN.
Des semaines s’écoulèrent sans que Washington ne daignât répondre.
Leur dessein était de forcer Poutine à entrer dans le Donbass pour soutenir les populations russophones.
Dès le 17 février, l’armée ukrainienne entreprit de pilonner le Donbass, de manière quasi ininterrompue. Quelques jours plus tard, Poutine apprit de ses services que l’Ukraine avait préparé une « bombe nucléaire sale » et s’apprêtait à en faire usage. Le point de rupture fut atteint lorsque la confirmation tomba que Washington s’apprêtait à installer des missiles à tête nucléaire (lesquels mettraient cinq minutes entre le lancement et l’impact — ne laissant point le temps à l’armée russe de détecter, de confirmer et de lancer des contre-mesures), parés à frapper Moscou depuis la Pologne ou l’Ukraine occidentale.
Le 19 février, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité (lieu même où Poutine avait frappé le monde de stupeur en 2007), le président ukrainien Zelensky brandit la menace de déployer des armes nucléaires sur le territoire ukrainien. Il l’exprima sous la forme d’une révocation unilatérale du mémorandum de Budapest de 1994, bien que l’Ukraine n’en fût point signataire. Deux jours plus tard, au soir du 21 février, Poutine prononça son allocution reconnaissant la souveraineté et l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, et marquant le début de la campagne militaire en Ukraine. Il fit explicitement référence à la promesse nucléaire de Zelensky à Munich : « Ce n’est point là une vaine bravade », souligna Poutine dans son discours.
Le lendemain matin, la Russie entama ses opérations spéciales en pénétrant dans l’est de l’Ukraine et en écartant la menace pesant sur elle.
Gazoducs de la Russie vers la Chine
La vérité est que l’Empire prépare une guerre contre la Russie depuis le milieu des années quatre-vingt-dix au moins, et que ces préparatifs se sont accélérés de façon spectaculaire au cours des huit dernières années. Cela signifie que tandis que les politiciens occidentaux ont passé les trente dernières années à encercler lentement la Russie, les planificateurs des forces russes ont réussi à réformer les forces armées soviétiques et russes (lesquelles étaient dans un état déplorable dans les années quatre-vingt-dix et fort disparates durant la majeure partie des années quatre-vingt) pour en faire une puissance militaire capable de tenir tête à l’ensemble de l’OTAN en une fois, et de la défaire promptement et douloureusement.
PS : le ministre russe de la Défense, Choïgou, vient de rapporter qu’en novembre, l’USAF a employé dix bombardiers stratégiques venus de l’est et de l’ouest pour simuler des frappes nucléaires sur la Russie, et qu’ils n’ont changé de cap qu’à vingt kilomètres de la frontière russe. C’est un jeu que l’on nomme la « poule mouillée nucléaire ». Commençons par examiner les politiques anglo-sionistes envers la Russie.
Les actions de l’Occident
Le second point est la colonisation désormais totale de l’Europe occidentale par l’Empire. Tandis que l’OTAN se déplaçait vers l’est, les États-Unis ont également pris un contrôle bien plus profond de l’Europe occidentale, laquelle est désormais administrée pour le compte de l’Empire. Les Russes sont au plus haut point consternés par cette recolonisation. La « perte » de l’Europe occidentale préoccupe bien davantage les Russes que le fait que d’anciennes colonies soviétiques d’Europe de l’Est soient désormais sous administration coloniale américaine. Pourquoi donc ? Considérez la chose du point de vue russe.
Tous les Russes voient que la puissance américaine décline et que le dollar perdra, tôt ou tard, progressivement ou soudainement, son rôle de principale monnaie de réserve et d’échange de la planète (ce processus est déjà engagé). Dit simplement : à moins que les États-Unis ne trouvent le moyen de modifier radicalement la dynamique internationale actuelle, l’empire anglo-sioniste s’effondrera. Les Russes sont convaincus que ce que font les Américains consiste, au mieux, à user des tensions avec la Russie pour raviver une Guerre froide version 2 assoupie et, au pire, à déclencher une véritable guerre ouverte en Europe. Ainsi, un Empire déclinant ayant un besoin vital d’une crise majeure, une Europe occidentale sans échine incapable de défendre ses propres intérêts, une Europe de l’Est servile ne demandant qu’à se muer en un immense champ de bataille entre l’Orient et l’Occident, et une rhétorique messianique et farouchement russophobe comme toile de fond d’un accroissement des déploiements militaires à la frontière russe… Qui s’étonnera encore que les Russes considèrent tout cela avec le plus grand sérieux ?
La réaction russe
Examinons donc à présent la réaction de la Russie face à la posture de l’Empire.
Premièrement, les Russes entendent s’assurer que les Américains ne se bercent point de l’illusion qu’une guerre totale en Europe ressemblerait à la Seconde Guerre mondiale, laquelle ne vit le territoire continental des États-Unis subir que quelques attaques dérisoires, presque symboliques, de la part de l’ennemi. Puisqu’une guerre totale en Europe menacerait l’existence même de l’État et de la nation russes, les Russes prennent désormais des mesures pour garantir que, si cela devait survenir, les États-Unis paieraient un prix immense pour une telle agression. Les Russes postulent désormais de toute évidence qu’une menace conventionnelle venue de l’ouest pourrait se matérialiser dans un avenir prévisible. Ils prennent par conséquent les mesures requises pour contrer ladite menace.
Puisque les États-Unis semblent fermement résolus à déployer un système de missiles antibalistiques non seulement en Europe, mais aussi en Extrême-Orient, les Russes s’emploient à la fois à mettre ce système en déroute et à le contourner.
L’effort russe est vaste et complexe, embrassant presque tous les aspects de la planification des forces, mais quatre exemples illustrent au mieux la détermination russe à ne point permettre qu’un 22 juin 1941 ne se reproduise :
- La recréation de la Première armée de chars de la garde
- Le déploiement du système de missiles tactiques opérationnels ISKANDER-M
- Le déploiement de l’ICBM SARMAT
- Le déploiement de la torpille stratégique STATUS-6
La recréation de la première armée de chars de la garde
Pour parler sans ambages : la Russie ne croyait manifestement pas en une menace militaire conventionnelle venue de l’ouest et ne s’était donc point souciée de déployer la moindre force militaire significative pour se prémunir d’une menace inexistante. Cela a désormais radicalement changé.
La Russie a officiellement annoncé la recréation de la Première armée de chars de la garde — 1TGA. N’en doutez point, il s’agira d’une force d’une ampleur considérable, précisément le genre de puissance requis pour broyer les forces d’un ennemi assaillant.
Le déploiement du système de missiles tactiques opérationnels Iskander-m
Le nouveau système de missiles tactiques opérationnels ISKANDER-M est une arme redoutable à tous égards. D’une précision extrême, doté de capacités avancées contre les systèmes antibalistiques, il vole à des vitesses hypersoniques et s’avère pratiquement indétectable au sol. Ce missile aura pour tâche d’anéantir toutes les unités et le matériel que les États-Unis et l’OTAN ont déployés en avant-poste en Europe de l’Est et, si besoin est, de frayer le passage à la 1TGA.
Le déploiement de l’ICBM SARMAT
Ni la 1TGA ni le missile ISKANDER-M ne menaceront le territoire américain d’une quelconque manière. La Russie requérait donc une arme capable de frapper d’effroi le Pentagone et la Maison-Blanche, à l’instar du célèbre RS-36 VOEVODA (alias SS-18 « SATAN » selon la classification américaine) durant la Guerre froide. Le SS-18, l’ICBM le plus puissant jamais conçu, était déjà terrifiant. Le RS-28 « SARMAT » (SS-X-30 selon la nomenclature de l’OTAN) porte la terreur à un degré inédit.
Le SARMAT est proprement stupéfiant. Il sera capable d’emporter dix à quinze ogives MIRVées qui seront délivrées selon une trajectoire dite « déprimée » (suborbitale) et demeureront manœuvrables à des vitesses hypersoniques. Le missile ne sera point astreint à emprunter la trajectoire habituelle passant par le pôle Nord, mais pourra atteindre n’importe quelle cible en tout point de la planète depuis n’importe quelle trajectoire. La combinaison de ces éléments rendra le SARMAT lui-même ainsi que ses ogives totalement impossibles à intercepter.
Le SARMAT sera également apte à délivrer des ogives hypersoniques conventionnelles capables d’une « frappe cinétique » qui pourrait servir à frapper une cible ennemie fortifiée lors d’un conflit non nucléaire. Cela sera rendu possible par la précision prodigieuse des ogives du SARMAT.
Les silos du SARMAT seront protégés par des « mesures de protection active » uniques comprenant cent canons capables de projeter un « nuage métallique » de quarante mille « balles » de 30 mm jusqu’à une altitude de six kilomètres. Les Russes prévoient également de protéger le SARMAT avec leurs nouveaux systèmes de défense antiaérienne S-500. Enfin, le délai de préparation au lancement du SARMAT sera inférieur à soixante secondes grâce à un système de lancement hautement automatisé. Tout ceci signifie que le missile SARMAT sera invulnérable dans son silo, durant son vol et lors de sa rentrée dans les couches inférieures de l’atmosphère.
Il est digne de noter que tandis que les États-Unis font grand bruit autour de leur projet de système de frappe mondiale rapide (PROMPT GLOBAL STRIKE), les Russes ont déjà commencé à déployer leur propre version de ce concept.
Le déploiement de la torpille stratégique Status-6
Ce qui est ici présenté est un « véhicule sous-marin autonome » doté de capacités de navigation avancées, mais pouvant également être télécommandé et dirigé depuis un module de commandement spécialisé. Cet engin peut plonger jusqu’à mille mètres de profondeur, atteindre une vitesse de 185 km/h et dispose d’un rayon d’action de dix mille kilomètres. Il est acheminé par des sous-marins spécifiquement configurés.
Le système STATUS-6 peut servir à viser des groupes aéronavals, des bases de la marine américaine (notamment les bases de SNLE) et, dans sa configuration la plus effroyable, il peut être employé pour délivrer des bombes au cobalt à haute radioactivité capables de dévaster d’immenses étendues de terre. Le vecteur STATUS-6 est capable de délivrer une ogive de cent mégatonnes, ce qui le rendrait deux fois plus puissant que l’engin nucléaire le plus imposant jamais détoné, la TSAR BOMBA soviétique (57 mégatonnes). Hiroshima ne représentait que quinze kilotonnes.
Gardez à l’esprit que la plupart des cités et des centres industriels des États-Unis sont situés le long des côtes, ce qui les rend extrêmement vulnérables à des attaques par torpilles (qu’il s’agisse de la « bombe tsunami » proposée par Sakharov ou du système STATUS-6). Et, tout comme dans le cas de l’ISKANDER-M ou de l’ICBM SARMAT, la profondeur et la vitesse de la torpille STATUS-6 la rendraient fondamentalement invulnérable à toute interception.
Considérez le missile de croisière KALIBR récemment aperçu lors du conflit en Syrie. Saviez-vous qu’il peut être lancé depuis un conteneur commercial ordinaire, semblable à ceux que l’on trouve sur les camions, les trains ou les navires ? Rappelez-vous simplement que le KALIBR dispose d’une portée variant entre cinquante et quatre mille kilomètres et qu’il peut emporter une ogive nucléaire. Quelle difficulté éprouverait la Russie à déployer ces missiles de croisière juste au large des côtes américaines sur des porte-conteneurs banals ? Ou à dissimuler quelques conteneurs à Cuba ou au Venezuela ? C’est un système si indétectable que les Russes pourraient le déployer au large de l’Australie pour frapper la station de la NSA à ALICE SPRINGS s’ils le souhaitaient, sans que nul ne le vît venir.
La réalité est que l’idée que les États-Unis pourraient déclencher une guerre contre la Russie (ou la Chine, d’ailleurs) sans en subir les conséquences sur leur propre sol est absolument risible. Parfois, les choses doivent être dites de manière directe et sans ambiguïté : les politiciens occidentaux feraient mieux de ne point s’enivrer de leur propre superbe impériale. Jusqu’à présent, tout ce que leurs menaces ont accompli est d’amener les Russes à répondre par de vaines protestations verbales doublées d’un programme de préparation intégrale de la Russie à la Troisième Guerre mondiale.
Tout d’abord, il a confirmé que l’ICBM SARMAT remplacerait le vieux mais déjà redoutable SS-18 « SATAN ». Puis il en est venu aux nouveaux systèmes d’armes :
Un missile de croisière à propulsion nucléaire doté d’une portée virtuellement illimitée.
Un submersible autonome à propulsion nucléaire de portée intercontinentale, à très haute vitesse, à propulsion silencieuse et capable de se mouvoir à de grandes profondeurs.
Un missile hypersonique Mach 10 d’une portée de deux mille kilomètres (nommé : KINZHAL).
Un nouveau missile stratégique capable d’atteindre des vélocités de Mach 20 (nommé : AVANGARD).
Tous ces systèmes peuvent être armés d’ogives conventionnelles ou nucléaires. Songez aux implications ! Non seulement cela signifie que l’intégralité de l’effort antibalistique des États-Unis est désormais nul et non avenu, mais aussi que, désormais, les groupes aéronavals américains ne peuvent plus être employés que contre de petites nations sans défense !
C’est officiel et c’est fini
Tandis que l’ensemble des médias occidentaux tremblent (c’est là le fruit de l’incompétence) devant l’allocution de Vladimir Poutine, où il a fait la démonstration, entre autres, du nouveau missile balistique RS-28 SARMAT, derrière ce système d’arme révolutionnaire, un autre a été presque totalement ignoré par la presse. Une fois de plus, une « éducation » fondée sur des slogans (tels que « arme nucléaire ») produit de tels effets.
De loin, la révélation la plus saisissante (quoique inévitable) fut le déploiement d’un nouveau missile hypersonique, l’arme KINZHAL. Ce missile est… à vrai dire, faute de meilleur terme, il est stupéfiant — il s’agit d’un projectile hautement manœuvrable atteignant Mach 10+ avec une portée de deux mille kilomètres.
La guerre navale telle que nous l’avons connue appartient au passé.
Sans emphase superflue — nous sommes officiellement entrés dans une ère nouvelle. Non, je le répète, NON, aucun système de défense antiaérienne moderne ou futur déployé par une flotte de l’OTAN ne peut intercepter ne serait-ce qu’un seul missile doté de telles caractéristiques. Une salve de cinq ou six de ces engins garantit l’annihilation de tout groupe aéronaval (CBG).
Le mode d’emploi d’une telle arme, singulièrement depuis que nous savons qu’elle est déployée (pour l’heure) dans le district militaire sud, est on ne peut plus simple — le point de largage le plus probable par des MiG-31 se situerait dans les eaux internationales de la mer Noire, fermant ainsi l’intégralité de la Méditerranée orientale à tout navire de surface ou groupe de navires. Cela crée également une immense zone d’exclusion dans le Pacifique, où des MiG-31 venus d’Ielizovo pourront patrouiller sur de vastes distances océaniques. Il est par ailleurs remarquable que la plateforme actuelle du KINZHAL soit le MiG-31 — sans doute le meilleur intercepteur de l’histoire. Manifestement, la capacité du MiG-31 à atteindre des vitesses supersoniques très élevées (au-delà de Mach 3) constitue un facteur clé lors du lancement. Mais quelles que soient les procédures de tir de cette arme terrifiante, les conclusions sont limpides :
Elle relègue les porte-avions au rang de purs instruments de projection de puissance contre des adversaires faibles et sans défense.
Elle rend les groupes aéronavals classiques, en tant que force de frappe principale contre un adversaire de même rang, totalement obsolètes et inutiles ; elle prive également tout navire de combat de surface de toute défense, quelles que soient ses capacités antiaériennes.
Le contrôle et l’interdiction maritimes changent de nature et se confondent. Ceux qui possèdent une telle arme, ou de telles armes, règnent tout simplement sur d’immenses espaces maritimes limités seulement par la portée du KINZHAL et de ses vecteurs.
Je ne souhaite point paraître dramatique et je savais que les armements soviétiques et russes réservaient toujours des surprises, mais les révélations de ce jour depuis la plus haute tribune de Russie concernant le KINZHAL furent proprement foudroyantes. L’équilibre des puissances vient de basculer de manière radicale, et avec lui, la guerre navale telle que nous la connaissions n’est plus.
C’est FINI !
« Il n’existe rien au sein de l’arsenal américain, ni à l’heure actuelle ni dans un avenir prévisible, qui soit capable d’intercepter des cibles à Mach 9 ou 10, sans même évoquer les vitesses de Mach 20 à 27. Tel est l’enjeu. La messe est dite, la partie est finie pour l’Empire : il n’existe plus d’option militaire contre la Russie. Que veulent donc ces gens ? Ils cherchent à provoquer Moscou par tous les moyens pour qu’elle exerce une « agression russe », aboutissant à une attaque sur l’Ukraine, mais avec zéro perte pour l’OTAN et le Pentagone. Alors l’Empire du Chaos blâmera la Russie, déchaînera un tsunami de sanctions nouvelles, singulièrement financières, et tentera de rompre tout lien économique entre la Russie et l’OTAN. »
Tous les représentants de la direction russe, à commencer par le président Poutine, ont déjà signifié à maintes reprises ce qu’il adviendrait si les « ukro-déments » lançaient une guerre éclair sur le Donbass : l’Ukraine serait impitoyablement broyée — et cela ne s’applique point seulement à la clique ethno-fasciste de Kiev. L’Ukraine cesserait d’exister en tant qu’État.
Tout est affaire de Minsk
Il reste à voir comment cette « désescalade » s’opérera en pratique alors que le ministre de la Défense Choïgou a révélé que des bombardiers américains à capacité nucléaire se sont exercés, lors de leurs sorties en Europe de l’Est, à parfaire « leur aptitude à user de l’arme nucléaire contre la Russie ». Choïgou en a débattu en détail avec le ministre chinois de la Défense, Wei Fenghe : après tout, les Américains joueront certainement le même tour à la Chine.
La cause profonde de tout ce drame est flagrante : Kiev refuse tout bonnement de respecter les accords de MINSK de février 2015.
En substance, l’accord stipulait que Kiev devait accorder l’autonomie au Donbass par une modification constitutionnelle, désignée sous le terme de « statut spécial » ; proclamer une amnistie générale ; et engager le dialogue avec les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk.
Au fil des ans, Kiev n’a rempli rigoureusement aucun de ses engagements — tandis que la machine médiatique proverbiale de l’OTAN pilonnait sans relâche l’opinion mondiale de fausses nouvelles, arguant que la Russie violait MINSK. La Russie n’est même point mentionnée dans le texte de l’accord. Moscou, en vérité, a toujours respecté les accords de MINSK — ce qui revient à considérer le Donbass comme une partie intégrante et autonome de l’Ukraine. Moscou n’a aucun intérêt à promouvoir un changement de régime à Kiev.
Concernant les accords de MINSK, le message de Poutine à Zelensky fut cinglant : « Le président de l’Ukraine a déclaré qu’aucune des clauses des accords de MINSK ne lui agrée. Qu’il lui plaise ou non — sois patiente, ma beauté. Ils doivent être appliqués. »
Considérant l’ensemble de ces manœuvres contre la Russie depuis son accession au pouvoir, et sachant fort bien que le but de l’empire Rockefeller était de « déconstruire la Russie et de la scinder en trois parties », Poutine a déclaré que « trop, c’est trop ». Il était temps de rendre les coups. Depuis l’an 2000, Poutine a rongé son frein, affermissant la Russie, écartant les ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur, bâtissant sa puissance militaire et financière, et produisant des armes si sophistiquées que l’Occident ne dispose d’aucune parade. Pour la première fois depuis un siècle, une superpuissance militaire, la Russie, lasse de l’intimidation des États-Unis et de l’OTAN, dicte désormais les conditions d’un nouvel arrangement.
Émanant directement du président Poutine, cela résonna comme un coup de tonnerre dans un ciel serein :
« Nous avons besoin de garanties juridiquement contraignantes à long terme, même si nous savons qu’on ne peut s’y fier, car les États-Unis se retirent fréquemment des traités qui cessent de les intéresser. Mais c’est déjà quelque chose, et non de simples assurances verbales. » Et c’est ainsi que les relations entre la Russie et les États-Unis parviennent au point de rupture définitif — après une suite interminable d’alertes polies venues de Moscou.
Poutine a dû préciser une fois de plus que la Russie recherche une « sécurité indivisible et équitable » — principe établi depuis Helsinki en 1975 — bien qu’il ne considère plus les États-Unis comme un « partenaire » fiable, cette amabilité diplomatique ayant été par trop avilie par l’Empire depuis la fin de l’URSS.
Le rôle de l’Europe
En définitive, il appartient aux Européens de faire face à « la perspective de transformer le continent en un champ de confrontation militaire ». Telle sera la conséquence inéluctable d’une « décision » de l’OTAN en réalité prise à Washington.
Soit dit en passant : toute éventuelle « contre-menace » future sera coordonnée entre la Russie et la Chine.
La plupart des gens connaissent désormais la teneur des projets d’accords russes sur les garanties de sécurité présentés aux Américains. Les dispositions clés incluent l’arrêt de toute expansion de l’OTAN ; la non-admission de l’Ukraine ; la cessation des agissements de l’OTAN en Ukraine, en Europe de l’Est, en Transcaucasie et en Asie centrale ; l’engagement mutuel de la Russie et de l’OTAN à ne point déployer de missiles de portée intermédiaire et courte dans des zones d’où ils pourraient frapper le territoire de l’autre ; l’établissement de lignes de communication directes ; et l’implication active du Conseil OTAN-Russie dans la résolution des différends.
Le ministère des Affaires étrangères de la Russie a réitéré avec force que les Américains ont reçu « des explications détaillées sur la logique de l’approche russe », de sorte que la balle est désormais dans le camp de Washington.
Realpolitik
En vérité, que les fonctionnaires des États-Unis et de l’OTAN le veuillent ou non, ce qui se joue réellement dans le domaine de la Realpolitik est une Russie dictant ses conditions depuis une position de force. En un mot : vous pouvez apprendre les nouvelles règles du jeu de manière pacifique, par un dialogue civilisé, ou vous les apprendrez à la dure, par un dialogue avec les fleurons de la balistique russe — ISKANDER, KALIBR, KINZHAL, ZIRCON, et bien d’autres encore en préparation. Le Pentagone ne possède rien qui s’en approche. Ces armes changent la donne.
Notez bien que l’appareil militaire américain a connu un déclin technologique au cours des deux dernières décennies. En outre, les structures de coûts des nouveaux systèmes sont telles que ses concurrents de même rang — la Russie et la Chine — conçoivent un matériel supérieur pour des COÛTS BIEN MOINDRES. Et ces matériels fonctionnent, contrairement à maints systèmes nouveaux du Pentagone et des armées occidentales. Enfin, les aventures en Irak et en Afghanistan ont brisé les reins de l’armée américaine. Elle n’est plus ce qu’elle fut jadis.
Le président Poutine a déclaré que l’ultimatum russe n’en était point un, imité en cela par plusieurs autres dignitaires russes. Poutine affirma :
« Nous voyons déjà que certains de nos détracteurs, pour parler franchement, les interprètent comme un ultimatum de la Russie. Bien sûr que non. Je vous le rappelle une fois de plus, je tiens à vous le rappeler : tout ce que nos partenaires ont fait, puisque c’est ainsi que nous les nommerons… sous quel prétexte la Yougoslavie a-t-elle été bombardée ? Quoi, avec l’aval du Conseil de sécurité, peut-être ? Où est la Yougoslavie et où sont les États-Unis ? Ils ont détruit le pays. Certes, il y a un conflit interne, ils ont leurs propres problèmes, mais qui a donné le droit de frapper une capitale européenne ? Personne. Ils en ont simplement décidé ainsi, et leurs satellites ont suivi derrière en hochant la tête. Voilà tout le droit international.
Et sous quel prétexte êtes-vous entrés en Irak ? Le développement d’armes de destruction massive en Irak. Nous y sommes entrés, nous avons détruit le pays, créé un foyer de terrorisme international, puis il s’est avéré que nous nous étions trompés, et l’on a dit : « Le renseignement nous a fait défaut. » La belle affaire ! Le pays a été détruit ! Le renseignement a failli — et voilà toute l’explication. Il s’avère qu’il n’y avait point d’armes de destruction massive là-bas, que personne ne s’y préparait. Au contraire, s’il y en eut jadis, tout avait été détruit en bonne et due forme.
Comment êtes-vous allés en Syrie ? Avec l’approbation du Conseil de sécurité ? Non. Ils font ce qu’ils veulent. Mais ce qu’ils font actuellement sur le territoire de l’Ukraine, ou tentent de faire et prévoient de faire, n’est point à des milliers de kilomètres de notre frontière nationale — c’est sur le seuil de notre maison. Ils doivent comprendre que nous n’avons tout simplement plus nulle part où reculer.
Des spécialistes siègent ici ; je suis en contact constant avec eux. Les États-Unis ne disposent point encore d’armes hypersoniques, mais nous savons quand elles apparaîtront, on ne peut dissimuler une telle chose. Tout est consigné : les essais réussis — les échecs. Manifestement, nous comprenons approximativement quand cela sera. Ils fourniront à l’Ukraine des armes hypersoniques, puis sous ce couvert — cela ne signifie point qu’ils les utiliseront demain, car nous possédons déjà le ZIRCON alors qu’ils ne l’ont point encore — ils armeront et pousseront des extrémistes d’un État voisin jusque dans certaines régions de la Fédération de Russie, disons la Crimée, dans des circonstances qu’ils jugeront favorables pour eux-mêmes.
Pensent-ils que nous ne voyons point ces menaces ? Ou s’imaginent-ils que nous contemplerons, impuissants, les périls posés à la Russie ? Là est tout le problème : nous n’avons tout simplement plus d’espace pour reculer — telle est la question. »
C’est là la ligne rouge de Poutine.
En langage clair, cela signifie : oh non, ce n’est point du tout un ultimatum. Mais nous vous rappelons que vous avez attaqué d’autres pays et tout ce que nous disons est que si vous persistez ou ne tenez point compte de nos avertissements, alors nous serons libres de faire tout ce que nous jugerons nécessaire. Mais non, bien sûr que non, ce n’est nullement un ultimatum.
Tout d’abord, Poutine est à la fois très prévisible et, simultanément, fort imprévisible. Ce qu’il y a de prévisible chez lui, c’est qu’il n’use de la force que lorsqu’il ne reste nulle autre option. Ce qu’il y a de fort imprévisible, c’est comment et où il est disposé à en faire usage. La Russie possède un avantage immense sur les États-Unis et l’OTAN dans la guerre électronique (du niveau tactique au niveau stratégique) et elle peut aisément l’utiliser avec un effet dévastateur, tandis que l’OTAN n’a rien pour rendre la pareille. Cela, soit dit en passant, s’applique également au Moyen-Orient où, semble-t-il, la Russie a les moyens de perturber ou de leurrer les signaux GPS sur toute la région.
La force de l’ultimatum russe réside précisément dans le fait que les Russes ont promis de faire « quelque chose » sur le plan militaire ou technico-militaire, mais n’ont point précisé ce que ce « quelque chose » pourrait être. En réalité, nous n’avons point affaire à un « quelque chose » unique, mais à une succession d’étapes graduelles qui feront peser une pression croissante sur les États-Unis et l’OTAN/UE. Gardez à l’esprit que si les États-Unis peuvent formuler des contre-propositions, ils ne sont nullement en mesure de proférer des menaces crédibles, d’où l’asymétrie fondamentale entre les deux camps : la Russie peut proférer des menaces crédibles, tandis que les États-Unis ne peuvent produire que des mots, chose à laquelle les Russes ont cessé de prêter attention.
Désormais, le jeu est simple : la Russie va progressivement tourner le « cadran de la douleur » et observer comment l’Empire y fera face. La Chine agira de même, car les actions russes et chinoises sont manifestement coordonnées avec soin. À ce stade, la Russie et la Chine auront gagné.
Quand la Russie tournera-t-elle ce cadran ? Poutine vient de répéter aujourd’hui qu’aucune tactique dilatoire américaine ne sera acceptée par Moscou. Un message fort peu diplomatique a été adressé à l’Occident : « Si vous ne voulez point parler à Lavrov, alors vous devrez avoir affaire à Choïgou » — sans doute le meilleur mot d’esprit depuis des années.
Poutine a déclaré aujourd’hui qu’il en avait « assez » de l’Occident :
« Et quand le droit international et la Charte des Nations Unies les gênent, ils déclarent tout cela obsolète et inutile. Et quand quelque chose correspond à leurs intérêts, ils se réfèrent immédiatement aux normes du droit international, à la Charte des Nations Unies et aux règles humanitaires internationales. Je suis excédé par de telles manipulations. »
À présent, une source du renseignement de l’État profond de très haut niveau, aujourd’hui en retraite, en vient au fait, soulignant comment « les négociations secrètes entre la Russie et les États-Unis tournent autour de l’installation de missiles en Europe de l’Est, alors que les États-Unis s’acharnent à parachever le développement de leurs missiles hypersoniques. »
Le point crucial est que si les États-Unis placent de tels missiles hypersoniques en Roumanie et en Pologne, comme prévu, leur temps de trajet jusqu’à Moscou serait de cinq minutes. C’est pire encore pour la Russie s’ils sont installés dans les pays baltes. La source note : « Le plan américain est de neutraliser les systèmes de missiles défensifs les plus avancés qui scellent l’espace aérien de la Russie. C’est pourquoi les États-Unis ont proposé de permettre à la Russie d’inspecter ces sites à l’avenir, pour prouver qu’ils ne recèlent point de missiles nucléaires hypersoniques. Pourtant, ce n’est point une solution, car les lanceurs de missiles RAYTHEON peuvent accueillir tant des missiles offensifs que défensifs ; il est donc possible d’y introduire clandestinement des missiles offensifs durant la nuit. Ainsi, tout exige une observation continue. »
Le fond de l’affaire est sans appel :
« C’est là le véritable enjeu de la crise présente. L’unique solution est qu’aucun site de missiles ne soit autorisé en Europe de l’Est. »
Cela se trouve être une part essentielle des exigences de la Russie pour ses garanties de sécurité. L’Occident découvre lentement qu’il n’a aucun levier de pression contre la Russie (son économie étant relativement immunisée contre les sanctions), et que son appareil militaire ne fait point le poids face à celui de Moscou. Parallèlement, « la menace pesant sur la domination américaine est que la Chine, la Russie et le Cœur de l’Île Mondiale eurasienne de Mackinder offrent de meilleures opportunités commerciales et d’investissement que celles émanant des États-Unis, avec leur demande de plus en plus désespérée de sacrifices de la part de leurs alliés de l’OTAN et consorts. »
L’empire Rockefeller et Washington sont au terme du contrôle géopolitique américain sur l’Eurasie. L’Allemagne et le Japon occupés assurant la soumission stratégique de l’Eurasie d’ouest en est ; l’OTAN en expansion constante ; l’Empire des bases multiplié à l’envi… tous les linéaments de soixante-quinze années de privilèges indus s’effondrent.
Dès le mois d’août 2020, « le but de la politique russe et chinoise est de recruter l’Allemagne au sein d’une triple alliance soudant la masse continentale eurasienne, à la manière de Mackinder, dans la plus grande alliance géopolitique de l’histoire, faisant basculer la puissance mondiale en faveur de ces trois grandes puissances contre la puissance maritime anglo-saxonne. »
La nouvelle cadence est donnée par le chant des Nouvelles Routes de la Soie, ou BRI ; la puissance hypersonique inégalée de la Russie — et désormais ses exigences non négociables de garanties de sécurité ; l’avènement du RCEP — le plus vaste accord de libre-échange de la planète unissant l’Asie de l’Est ; l’Empire pour ainsi dire expulsé d’Asie centrale après l’humiliation afghane ; et, tôt ou tard, son expulsion de la première chaîne d’îles dans le Pacifique occidental, avec pour vedette les missiles chinois DF-21D « tueurs de porte-avions ».
Ainsi, les règles ont radicalement changé. L’Hégémon est nu. Le nouvel arrangement commence par un renversement complet de l’ordre établi après la Guerre froide en Europe de l’Est. La Méditerranée orientale suivra. L’Ours est de retour. Écoutez-le rugir.
Pour parvenir à sa domination tous azimuts, Washington n’avait pas seulement besoin des ressources de ses révolutions de couleur à travers l’Eurasie pour encercler la Russie. Le Pentagone devait également resserrer le nœud coulant autour du colosse émergent de l’Asie, la Chine. Là, une approche différente était requise, eu égard à l’extrême dépendance financière américaine envers la Chine ainsi qu’à ses liens économiques et ses investissements sur place. À cette fin, notre prochain article traitera de la Chine.