Le monde s’est réveillé ce samedi 28 février 2026 dans une réalité fracturée. L’opération militaire massive lancée contre l’Iran n’est pas un simple soubresaut géopolitique, c’est un basculement systémique. Vous nous avez instamment demandé d’élever encore le niveau d’analyse pour cette séquence. Voici donc une tentative de dissection clinique, en cinq actes denses et approfondis, de ce qui s’apparente à une redoutable ingénierie du chaos mondial.
Crédit image : Radio France
Question : « Les États-Unis et Israël viennent de frapper le cœur de l’Iran avec les opérations « Fureur épique » et « Lion rugissant ». On nous parle de cibles stratégiques atteintes, mais sans troupes au sol. Est-ce le début d’une victoire éclair ou une illusion d’optique redoutable ? »
1. Le vertige de la « Guerre-Spectacle » face au réel des nations
C’est l’illusion tragique de la toute-puissance technologique. Ce à quoi nous assistons a été pensé et packagé comme une véritable « guerre-spectacle ». Regardez le timing de cette opération « Fureur épique » ou « Lion rugissant », lancée ce samedi 28 février : elle a été déclenchée dans la nuit du vendredi au samedi, précisément lorsque les bourses mondiales sont fermées.
C’est une démarche d’ingénierie sociale pure, conçue pour éviter un effondrement immédiat des marchés. Le but affiché par Donald Trump est d’« éliminer des menaces imminentes », en visant directement les sommets de l’État : le président Massoud Pezeshkian et le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, figurent parmi les cibles. Le quartier Pasteur de Téhéran, abritant la résidence du guide et la présidence, a été frappé.
Mais comparons cette stratégie avec l’Histoire récente. Lors de l’opération « Iraqi Freedom » en 2003, les États-Unis avaient déployé 200 000 hommes au sol. Le résultat ? Vingt-trois années d’occupation chaotique. Aujourd’hui, pour cette opération iranienne, il y a exactement zéro troupe terrestre régulière engagée. La folie des stratèges occidentaux est de croire qu’il est possible de gagner une véritable guerre existentielle, de nation à nation, en utilisant uniquement des moyens aériens. Tout indique que Donald Trump espère un conflit extrêmement court, se dénouant en quelques semaines, voire idéalement dès le lundi suivant les frappes. C’est une méconnaissance abyssale du réel. Comme le rappelait le théoricien militaire Sir Basil Liddell Hart : « Vous ne pouvez pas faire de prisonniers avec un bombardier volant dans le ciel ». Une guerre-spectacle s’arrête quand ses concepteurs le décident, mais une vraie guerre se termine quand elle le décide. Le risque de dérapage est maximal : l’une peut instantanément se transformer en l’autre.
Question : « Justement, l’Iran ne s’est pas contenté de subir. La riposte a été fulgurante et semble avoir embrasé tout le Moyen-Orient. Est-ce que les Américains et les Israéliens n’ont pas sous-estimé la capacité de nuisance asymétrique de Téhéran ? »
2. L’embrasement régional et la redoutable symétrie de la riposte
Ils n’ont pas simplement sous-estimé l’Iran, ils ont déclenché un effet domino incontrôlable. La réponse ne s’est pas fait attendre : les Gardiens de la Révolution, qui constituent l’armée idéologique de la République islamique, ont immédiatement annoncé le lancement d’une « première vague d’attaques massives » dirigée contre Israël. Mais la véritable rupture stratégique réside dans la déclaration d’Abbas Aragchi, le chef de la diplomatie iranienne : il a officiellement qualifié de « cibles légitimes » la totalité des sites qui sont impliqués dans les opérations contre l’Iran.
Et les actes ont suivi les mots avec une brutalité inouïe. Ce n’est plus un conflit bilatéral. L’Iran a frappé directement les bases américaines situées dans les pays du Golfe. Des missiles ont visé les installations de Manama au Bahreïn, ainsi que celles de Doha au Qatar. Le Koweït a été lourdement touché : la base aérienne d’Ali Al-Salem, qui abrite des drones d’attaque MQ-9 Reapers et une escadre logistique américaine, a été la cible de « plusieurs missiles balistiques ». Le Qatar affirme avoir repoussé des attaques sur son territoire, les Émirats arabes unis déclarent avoir intercepté des missiles, et la Jordanie a abattu deux missiles balistiques qui visaient son royaume. La géographie du chaos s’étend : des explosions ont été entendues à Riyad et Abou Dhabi, où des débris de missile ont tué au moins une personne. Dans le sud de la Syrie, un missile iranien a fait quatre morts, tandis qu’en Irak, un bombardement sur la base de Jurf al-Sakher a tué deux combattants d’un groupe pro-iranien. C’est la désintégration totale de l’architecture de sécurité américaine dans le Golfe.
Question : « Derrière cet affrontement direct, certains analystes voient une manipulation d’une ampleur inédite. Est-il possible que l’Iran ne soit qu’un pion dans une stratégie beaucoup plus vaste orchestrée par d’autres superpuissances ? »
3. Le piège de l’attrition : l’axe Pékin-Moscou et le laboratoire iranien
C’est ici que l’analyse doit se faire clinique et terrifiante. Nous regardons le doigt qui pointe, sans voir la lune. Si l’on suit les analyses du journaliste australien @shanaka86, dont la justesse a été confirmée par des sources proches, nous sommes face à un gigantesque piège d’attrition. Selon cette hypothèse, la Russie et la Chine auraient délibérément envoyé des armes à l’Iran. Quel est leur objectif suprême ? Il est d’une froideur machiavélique : forcer les États-Unis à épuiser l’intégralité de leurs munitions dans ce bourbier du Proche-Orient.
L’Iran n’est pas la finalité, l’Iran est un laboratoire d’essai et une éponge à armement. Ce vidage en règle des stocks stratégiques américains aurait un but final limpide : permettre à la Chine de récupérer l’intégralité de Taïwan sans courir le moindre risque militaire. Le délai pour cet épuisement logistique occidental est même estimé à une grosse semaine de combats intensifs. L’ingénierie géopolitique est ici à son paroxysme. Pendant que Washington s’enlise volontairement dans son opération « Fureur épique », l’Axe Moscou-Pékin déplace le centre de gravité du monde. Abbas Aragchi, lors d’un appel avec Sergueï Lavrov, a d’ailleurs réclamé l’intervention de la communauté internationale pour « mettre un terme aux actions agressives » et « traduire les criminels en justice ». C’est une guerre par procuration où l’Occident est en train d’être méticuleusement saigné à blanc de son potentiel de dissuasion globale.
Question : « Et la France dans cette tempête ? Emmanuel Macron doit tenir un Conseil de défense ce samedi soir, mais le gouvernement a d’abord brillé par son silence. Comment expliquer cette paralysie au sommet de l’État ? »
4. Le dilemme nucléaire européen et la paralysie de l’Élysée
Ce silence initial n’est pas un hasard, c’est le symptôme d’une sidération stratégique. Alors que nous apprenions ce matin que la guerre était effectivement déclarée, aucune communication du gouvernement français n’a été émise dans les premières heures. La raison de cet effroi est liée au calendrier d’Emmanuel Macron. Le Président devait, ce lundi même, faire une déclaration capitale concernant ses stratégies, et plus spécifiquement sur le partage de la force nucléaire française avec les autres membres de l’Union européenne. Les rumeurs allaient même jusqu’à affirmer que la France et la Grande-Bretagne se tenaient prêtes à envoyer des armes nucléaires en Ukraine.
L’attaque américano-israélienne contre l’Iran vient pulvériser en plein vol les projets des gouvernements français et britanniques. Il y a une contradiction insurmontable : le motif même de l’attaque occidentale contre l’Iran interdit dorénavant, sur le plan diplomatique et moral, aux Français et aux Anglais de transférer des armes nucléaires vers l’Ukraine. L’Élysée se retrouve pris au piège de ses propres ambitions européistes. Emmanuel Macron risque de se voir contraint de modifier intégralement la teneur de son discours prévu pour lundi. Il présidera bien un Conseil de défense ce samedi à 18h sur la situation au Moyen-Orient, mais la réalité, c’est qu’il a perdu l’initiative. La diplomatie française, censée être une puissance d’équilibre, est réduite à réagir dans l’urgence à un agenda dicté par Washington et Tel-Aviv d’un côté, et Moscou et Pékin de l’autre.
Question : « Avec une telle escalade, et une politique intérieure française déjà sous haute tension à cause de la position de LFI, la situation ne risque-t-elle pas de dégénérer au-delà du Moyen-Orient ? Allons-nous vers un conflit mondialisé ? »
5. La fracture intérieure et le compte à rebours de la guerre mondiale
Nous sommes exactement sur la ligne de crête. Sur le plan intérieur, la fracture politique française est totale. La gestion de cette crise devient extraordinairement compliquée pour le gouvernement Macron, d’autant plus que La France Insoumise (LFI) soutient officiellement l’Iran. Imaginez la dissonance cognitive : une force politique majeure de l’opposition française soutient ouvertement une nation étrangère qui vient de tirer des dizaines de missiles balistiques sur les alliés et les bases occidentales.
Sur le plan diplomatique, c’est le grand théâtre de l’hypocrisie. Les appels à la « désescalade » se multiplient de la part d’Emmanuel Macron, de l’Union africaine ou d’Ursula von der Leyen. Paris, Londres et Berlin ont signé un communiqué commun pour condamner « les attaques iraniennes contre les pays de la région ». La France et le Bahreïn ont même pris l’initiative d’un Conseil de sécurité de l’ONU ce samedi à 21h GMT pour discuter de la situation après l’opération lancée par Washington. L’Espagne rejette à la fois l’action unilatérale des États-Unis et d’Israël et celle de l’Iran, tandis que la Chine réclame un cessez-le-feu immédiat. Mais ces déclarations pèsent peu face à la mécanique enclenchée.
Comme le souligne lucidement l’analyste Caroline Porteu : si l’hypothèse de l’épuisement des munitions occidentales et de l’intervention de l’axe sino-russe est avérée, la guerre sera devenue mondiale dans moins d’un mois. Le compte à rebours n’est plus géopolitique, il est mathématique.
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