Physique, conscience et libre arbitre : dissertation au prisme du #PIC à partir du direct de Philippe Guillemant sur Politoscope TV, avec un tri en trois étages entre science établie, hypothèse et philosophie, et dix questions pour les militants
⚜️ « Le PIC répond » ⚜️
Philippe Guillemant, ancien ingénieur du CNRS, invité du direct de Politoscope TV du 13 mai 2026, avec Frédéric Bascuñana et Alain. Vidéo intégrale et originale : https://www.youtube.com/watch?v=LxitGmvJQ0c (chaîne Politoscope TV).
« Oui, mais il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. » Blaise Pascal, Pensées, fragment « Infini rien », édition posthume de 1670
Fiche technique
Objet commenté : « [DIRECT] Philippe Guillemant : quand la physique pulvérise le matérialisme », Politoscope TV, direct du mercredi 13 mai 2026, 2 h 25 min 29 s ; 9 519 vues relevées le 28 octobre 2026 ; diffusion relayée par la chaîne partenaire Chien Surpris.
Invité : Philippe Guillemant, centralien (il le rappelle lui-même en fin d’émission), ancien ingénieur du CNRS, auteur au fil de sa carrière de travaux de traitement d’image et d’intelligence artificielle appliquée (la détection automatique des fumées de feux de forêt, au début des années 2000), puis d’articles de physique sur le billard chaotique et la « flexibilité » de l’espace-temps parus dans Annals of Physics en 2018 et 2019.
Animation : Frédéric Bascuñana, avec Alain en coanimateur ; interventions de Bascar (chaîne Hypnomachie) et de Sylvain, depuis le salon vocal.
Textes de référence : La Physique de la conscience (avec Jocelin Morisson, Guy Trédaniel, 2015), point de départ de l’invitation, dont une version « illustrée » a depuis corrigé certains termes ; Le Grand Virage de l’humanité, où l’auteur décrit ce qu’il appelle le « futur lumineux » ; Hyperphysique des OVNIs, présenté en direct comme la troisième édition, qui ne dit pas son nom, de La Physique de la conscience ; l’article de P. Guillemant et M. Medale, « A unique but flexible space-time could challenge multiverse theories » (Annals of Physics, vol. 409, 2019) ; la prépublication de P. Guillemant et M. Guyon, « Quantum Gravity Consciousness Could Cause Brain Controlled Atemporal Evolution of Space-Time » (Qeios, 2024) ; le projet de Constitution d’urgence du PIC, dans son état en ligne au 28 octobre 2026.
Méthode : sous-titres automatiques de l’enregistrement relus de bout en bout ; noms propres et erreurs de reconnaissance évidentes corrigés (« Guiman » pour Guillemant, « biard » pour billard, « kéros » pour kairos) ; hésitations et redites de l’oral retirées, coupes signalées par […] ; chaque citation est horodatée et renvoie au passage exact de la vidéo. Toutes les affirmations de l’invité sont données comme les siennes ; celles que la littérature conteste sont confrontées en annexe C. Le tri en trois étages (établi, hypothèse, philosophie) fait l’objet de la deuxième partie.
Ouverture : le billard, l’urne et le crayon
En 1814, Pierre-Simon de Laplace écrivait la phrase la plus orgueilleuse de l’histoire des sciences.
« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. »
On l’a appelée, depuis, le démon de Laplace.

Deux siècles plus tard, le démon fait toujours de la politique, et il ne s’en cache pas : il s’appelle programme, feuille de route, trajectoire de finances publiques, modèle épidémiologique, plan à cinq ans ; il promet que l’avenir d’un pays se calcule à partir de son présent pourvu qu’on confie les données aux bonnes personnes ; il a horreur de l’imprévu, et plus encore de l’imprévu qui vote.
Le 13 mai 2026, un mercredi soir, nous avons reçu sur Politoscope TV un homme qui passe sa vie à essayer de tuer ce démon avec une arme improbable : un billard. Philippe Guillemant y a soutenu, pendant près de deux heures et demie, que le déterminisme était une fiction démontrable par le calcul, que le futur était déjà écrit mais modifiable, que la conscience était première et non dérivée de la matière, et que l’âme pouvait se décrire comme une interface cybernétique entre le présent et le futur. Il y a soutenu aussi, et c’est ce qui nous retient ici, qu’une intelligence artificielle ne choisit jamais, que la preuve est fille du consensus, et qu’un tirage au sort sensible au futur pourrait fonder la désignation des gouvernants.
Quelques milliers de personnes ont suivi le direct ; il dépasse aujourd’hui les neuf mille vues ; et l’animateur, qui avait lu La Physique de la conscience « avec un crayon dans une main et un café dans l’autre » (00:02:04), a confessé à l’antenne avoir relu certains chapitres cinq fois. Nous plaidons coupables : l’enthousiasme était là, et il se voyait.
C’est précisément pourquoi ce texte ne sera pas un compte rendu de fan.
Notre méthode est celle de la maison. Nous acceptons une large part du diagnostic : le déterminisme laplacien est mort, la science institutionnelle est cloisonnée, le consensus n’est pas la vérité, la machine ne choisit pas. Nous refusons, en revanche, de suspendre la démocratie à une physique, quelle qu’elle soit : ni à celle des matérialistes qui voudraient faire du citoyen un algorithme, ni à celle de notre invité qui voudrait faire de la conscience l’architecte du futur. Et nous déplaçons la question d’un cran plus bas et de quelques siècles plus tôt : le libre arbitre du citoyen n’a jamais été démontré par aucun laboratoire ; il a été parié, puis institué. Pascal l’avait compris en 1670, Kant l’a formalisé en 1788, et toute la démocratie moderne repose sur ce pari.
D’où notre titre, qui n’est pas une coquetterie : si le futur est écrit au crayon, la seule question politique est de savoir qui tient la gomme.

Nous suivrons six mouvements. D’abord ce qu’a dit l’invité, dans ses propres mots, longuement, parce qu’un entretien de cette densité mérite mieux que des extraits choisis pour flatter ou pour moquer. Ensuite le tri, qui est la politesse due au lecteur : ce que la physique établit, ce que Guillemant conjecture, ce qu’il croit. Puis un détour par une très vieille querelle, celle du destin et de la liberté, qui a commencé dans le jardin d’Épicure. Viendra alors le cœur : ce que tout cela change, ou ne change pas, pour la démocratie. Puis la Constitution d’urgence du PIC mise à l’épreuve du direct. Enfin dix questions aux militants, parce que le PIC ne livre pas de conclusions toutes faites : il les fait mûrir.
I. Le direct, dans ses propres mots
1. Un homme hors des clous, et qui le revendique
L’invité s’est présenté sans détour, et sans fausse modestie non plus.
« J’ai une pensée qui est en dehors des clous, en dehors des normes, en dehors du consensus, en dehors du champ habituel de la science. La science est très cloisonnée, les scientifiques sont très formatés […] et c’est peut-être pour ça que l’institution scientifique ne parvient pas réellement au niveau qu’espère le public concernant la science. » (00:08:11)
« Les questions fondamentales ne sont pas véritablement résolues par la science. Et d’ailleurs la science, et c’est très bien, et elle le reconnaît elle-même, passe son temps à défaire les idées, les modèles que l’on croyait acquis. » (00:09:11)
Puis vient l’aveu de méthode, qui dit tout de la suite : « je cherche surtout à donner une vision de la réalité qui va pouvoir rétablir l’humain en nous […] parce que je pense que ma pensée est d’utilité publique, tout simplement. » (00:09:11)
Retenons la formule : utilité publique. Elle n’est pas d’un physicien qui publie ; elle est d’un homme qui veut convertir. Nous y reviendrons.
2. Descartes à quatorze ans, et la transcendance dans la mécanique
Le fil rouge de toute une vie tient en une phrase, que l’invité répétera plusieurs fois.
« Tout a commencé pour moi à l’âge de 14 ans lorsque j’ai lu Descartes. » (00:11:14) « Je suis parti de l’idée que le fait que tout est mécanique n’est pas incompatible avec la transcendance, et donc, au-delà, avec l’existence de l’âme. Et ça, c’est ce que j’ai effectivement essayé de démontrer de multiples manières, en commençant par faire des expériences, mais aussi plus récemment en faisant des calculs de billard. » (00:12:17)
Une heure plus tard, il martèlera : « La transcendance est inhérente à la mécanique, je ne le répéterai jamais assez. Les académiciens doivent revoir leur copie à ce sujet-là. » (01:17:16)
3. Le billard : déterminisme, imprévisibilité, indéterminisme
C’est le morceau de bravoure, et le seul passage de l’émission adossé à des publications de physique à comité de lecture. Guillemant part de deux brèches connues dans le déterminisme.
« La première raison, elle est bien connue, elle date d’un siècle, c’est la mécanique quantique. La mécanique quantique, dont on dit qu’elle est déterministe alors qu’en réalité elle ne l’est pas. Ce qui est déterministe, ce sont les équations. Sauf que les équations travaillent sur de multiples lignes de temps. » (00:13:18)
La seconde est le chaos : « On peut démontrer que, si on adopte un cadre non dogmatique, le chaos n’est pas déterministe. Et c’est ce que j’ai voulu faire avec mes calculs de billard. » (00:14:19)
Le protocole est simple à énoncer : des simulations numériques de dix, cent, jusqu’à mille boules, avec les équations élémentaires des chocs. Le résultat, selon lui, est brutal.
« Il arrive très très rapidement des situations où on ne sait pas si une boule a frôlé une autre boule ou si elle est entrée en collision. » (00:15:20) « Même si on pousse la précision des conditions initiales jusqu’à une précision équivalente à la longueur de Planck […] on arrive très vite à une situation où le billard est indéterminé. […] C’est à peu près au bout d’une trentaine de chocs. […] Et dès que ça commence, ça se généralise à une vitesse non pas exponentielle mais explosive. » (00:16:21, 00:17:22)
L’animateur, qui s’était lui-même qualifié de béotien, résume alors le point décisif mieux que bien des manuels : « Le déterminisme ne manque pas seulement de moyens techniques pour s’exercer, il manque de réalité physique. » (00:18:23)
Guillemant précise la règle qui fonde ce constat : « On n’a pas le droit de calculer plus d’informations que ce qu’on a mis dans les conditions initiales. » (00:19:23) Puis il distingue non pas deux, mais trois stades.
« Première situation, le déterminisme. Deuxième situation, on va dire un déterminisme mou […] on peut quand même faire un peu des prévisions statistiques. Ce qu’on oublie, c’est qu’il existe un troisième stade où on ne peut même plus faire de prévision statistique. […] Donc on va les appeler déterminisme, ensuite imprévisibilité, ensuite indéterminisme. C’est cet indéterminisme qui est méconnu. » (00:20:24, 00:21:25)
La conséquence qu’il en tire est vertigineuse : « On a le droit de choisir les conditions finales comme on veut au bout d’un certain temps. […] La gravité quantique, les vibrations du vide ou les fluctuations du vide déterminent les trajectoires des boules de billard. Ça, c’est sûr et certain. » (00:22:25)
Et l’invité de conclure sur sa réception : « Je l’ai publié plusieurs fois dans Annals of Physics, je l’ai publié également dans d’autres revues interdisciplinaires. Je ne suis pas contesté, mais on va dire que c’est parce que je ne suis pas assez connu. […] J’ai fait des publications dans les années 90 qui n’ont commencé à être connues que 20 ans après. Donc j’imagine que ces publications que j’ai faites en 2018, 2019, il faudra peut-être attendre 2038, 2039, 2040. » (00:23:26)
4. Le futur déjà réalisé, le GPS et le tunnel invisible
Deuxième pilier, l’univers-bloc. « On part de l’idée que le futur est déjà réalisé. Ça, c’est quelque chose de tout à fait mainstream, plus ou moins indiscutable. […] C’est quelque chose qui nous vient d’Einstein, de la théorie de la relativité, la théorie de l’univers-bloc. » (00:25:27) « Le présent, ça n’existe que pour la conscience. » (00:26:28)
Mais ce futur, dans son modèle, n’est pas gravé dans le marbre : « Le futur est déjà réalisé à la manière de la trajectoire d’un GPS à l’intérieur d’un champ de possibles qu’on peut considérer comme un territoire. Et ce territoire, il a un nom, c’est le multivers. » (00:26:28) Deux façons d’en changer : « Soit on change le futur, donc on change l’univers, autant le dire, soit on ne fait pas ce qui est prévu aux bifurcations, et dans ce cas-là tout se passe comme si l’univers recalculait. » (00:27:29)
Pour que l’univers ne s’effondre pas à chaque écart, il faut que le futur résiste : « Pour qu’il soit possible de changer de ligne de temps, il faut que le futur puisse apporter une certaine résistance. » (00:29:31) D’où l’image qui a frappé l’auditoire : « Tout se passe comme si nous évoluions à l’intérieur d’un tunnel invisible qui oriente nos pas tout le reste de notre vie. Donc ça, c’est le déterminisme. Mais ce tunnel invisible, en fait, il flotte sur un océan d’énergie, sur un océan de gravité quantique. Et ce sont les fluctuations du vide qui engendrent les mouvements de ce tunnel invisible, ce qui fait que notre futur change en permanence. » (00:30:33, 00:31:34)
Guillemant écarte au passage la rétrocausalité de cinéma : « Le film Tenet a essayé de montrer qu’il pouvait exister une rétrocausalité où le temps peut s’écouler dans les deux sens ; ça, je ne suis pas du tout d’accord. Le temps s’écoule dans un seul sens et les changements sont des changements discontinus, à la manière de la trajectoire d’un GPS. » (00:32:34)
5. Kairos, ou le second temps
Pour décrire ces changements, il faut, dit-il, un autre temps que celui des horloges, et il va le chercher chez les Grecs : « C’est là qu’intervient le second temps, le temps qui correspond d’ailleurs au temps kairos des Grecs anciens […] la véritable évolution, c’est une évolution hors du temps. » (00:33:36) Les Grecs avaient trois mots, chronos, kairos et aiôn ; le premier mesure, le deuxième saisit, le troisième embrasse.
L’exemple qu’il donne est d’une trivialité délicieuse : « Si demain matin je vais à la boulangerie à pied plutôt qu’en vélo, ça ne va pas effondrer l’univers. » (00:33:36) Et la leçon, d’une sobriété que les lecteurs de Machiavel reconnaîtront : « À certains moments dans la vie, il y a des opportunités : soit on les saisit, soit on ne les saisit pas. » (00:34:36)
Retenez ce passage. C’est la porte par laquelle la physique de Guillemant entre, sans le savoir, dans la science politique.
6. Le Big Bang, l’espace détruit et la conscience première
Alain, le coanimateur, l’interroge sur le Big Bang ; la réponse est plus nuancée qu’on ne l’attendait. « Je ne suis pas contre le modèle du Big Bang, je suis contre l’interprétation courante, publique, souvent faite, que le Big Bang serait le début de la création. » (00:36:37) Il concède même que « toute la phase après le tout début, de formation des galaxies » est décrite par des modèles qui « marchent très bien et font des prévisions excellentes » (00:37:38), avant de plaider pour un univers cyclique et bimétrique, « qui fait rejoindre le passé au futur » (00:39:39).
Puis vient le renversement central : « Je ne corrige pas du tout la physique existante, au contraire, je la loue. » (00:40:40) Mais l’espace, lui, n’y survit pas : « Les physiciens ont réellement détruit l’espace. Ils l’ont courbé, ils l’ont troué, ils l’ont pixelisé, ils l’ont rendu non local et, par-dessus le marché, ils l’ont fait vibrer. L’espace n’a plus la moindre propriété d’un espace. » (00:40:40)
D’où la conclusion qui donne son nom au livre : « La réalité est composée de trois choses : des objets faits de matière, apparemment d’un espace qui englobe ces objets, mais on oublie de dire qu’elle est aussi composée des consciences qui ont conscience de tous ces objets. Or, à partir du moment où on a les consciences des objets, on n’a pas besoin de l’espace. » (00:41:42) Et encore : « La réalité pourrait être une construction collective, forcément de la conscience, parce que ce n’est pas le cerveau qui peut construire la réalité : il est arrivé trop tard dans l’évolution. » (00:41:42)
Il appelle à la barre le philosophe Bernardo Kastrup, puis Roger Penrose, pour arriver à l’équation qui porte tout l’édifice : « On est obligé d’en conclure que les fluctuations du vide correspondent à la conscience. » (00:43:44) « Si on identifie la conscience à cette gravité quantique […] on comprend à ce moment-là que c’est évidemment la conscience qui préside au changement de ligne de temps, puisque j’ai démontré que la gravité quantique pouvait agir sur nos lignes de temps. » (00:45:47)
7. Le procès de la science académique
Le réquisitoire contre l’institution est sans appel, et c’est là qu’il touche une corde que nos auditeurs connaissent bien.
« Il y a un manque de rationalité et d’esprit cartésien en science. […] La science est trop cloisonnée et les physiciens s’interdisent de sortir de leur champ très très local de connaissance. Donc ce travail devrait être fait par les philosophes. Or, on a banni la philosophie du champ de la physique, alors qu’avant on savait réfléchir ; maintenant on ne sait plus réfléchir. D’ailleurs, il y a une baisse considérable du niveau dans les écoles et universités. » (00:46:49)
« Si on veut sortir du cadre, ce qui implique l’interdisciplinarité, on ne peut plus préserver la rigueur, et donc on est obligé d’utiliser l’intuition. » (00:47:51) « Vous êtes obligé de rester dans le conformisme académique, qui est basé sur le consensus. Ce consensus, on sait qu’il est faux. On est assis sur une branche pourrie et, tant qu’on n’a pas trouvé une nouvelle branche, on reste sur cette branche pourrie. C’est ça le drame. » (00:48:51)
L’inventaire de ce qu’il faudrait remettre en cause est large, très large : « la conscience produit du cerveau. Il faut remettre en question Darwin, l’évolution, le hasard des mutations, il faut tout remettre en question, le fait que le futur se construirait maintenant, le fait que la mémoire serait dans notre cerveau. » (00:48:51) Et la sentence : « On forme des techniciens. Il n’y a plus que de la technique dans la science. Il n’y a plus de réflexion philosophique, parce que la réflexion philosophique, elle est interdite par le cloisonnement des disciplines. » (00:49:52)
Il nomme enfin les quatre piliers qu’il tient pour faux : « Le déterminisme est faux. La causalité, elle n’est pas fausse, elle est fondamentale, mais elle doit être reconsidérée, parce qu’il y a d’autres sources de causalité. […] La matérialité, elle est complètement fausse. » (00:50:52) Quant au hasard : « Ce n’est pas rationnel, ce n’est pas cartésien d’introduire le hasard en physique. » (00:51:53) Le réglage fin des constantes, « une chance sur 10 puissance 60 », et le multivers des univers séparés passent à la même moulinette : « Les physiciens délirent avec cette histoire de multivers interprété comme autant d’univers séparés. » (00:52:54)
Une précision s’impose, que l’invité donne lui-même et que ses détracteurs oublient : son but n’est pas d’abolir le déterminisme mais de l’étendre. « La science a besoin de revenir au déterminisme. […] Si on veut revenir au déterminisme, moi-même j’ai montré, je l’ai publié, il faut rajouter des dimensions. » (01:04:07) Trois dans le futur, au moins une dans le présent ; des dimensions « nécessairement liées à la conscience » (01:05:07).
8. La mesure, l’observateur et les enveloppes
Sur le problème de la mesure, Guillemant rappelle un point que tout physicien honnête lui accordera : « On n’a pas compris, et personne n’est d’accord sur le problème de la mesure. » (00:54:57) Il ajoute que la décohérence « ne résout pas le problème de la superposition d’état » à l’échelle quantique, et seulement partiellement à l’échelle macroscopique (00:55:57), et en tire qu’« on a besoin d’un observateur et on a besoin que ce soit un observateur conscient » (00:55:57). Il s’appuie sur la théorie du « solipsisme convivial » du physicien Hervé Zwirn (00:56:58).
Puis il raconte l’expérience qu’il dit mener depuis dix ans : une image et une légende tirées par un générateur quantique de nombres aléatoires, 2 000 images, 1 000 légendes, « donc ça fait 2 millions de possibilités » (00:57:59), imprimées sans être regardées, mises sous enveloppe et remises à des personnes. Sa conclusion : « Les 2 millions de possibilités subsistent aussi longtemps que la personne n’a pas ouvert l’enveloppe. » (00:59:02)
Mais il tempère aussitôt, et la nuance compte : « Je ne suis pas en train de dire que c’est la conscience qui fait le choix. […] La conscience n’agit pas dans le présent. » (01:00:02) À Sylvain, en fin d’émission, il le redira plus nettement encore : « C’est le fait d’être conscient qui oblige la réalité à se déterminer d’une manière unique, mais la conscience n’influe pas sur le choix qui est fait, c’est le cerveau. » (02:09:12)
9. L’âme, le soma, le moi et le soi
Vient alors le chapitre qui a valu au livre son parfum de scandale : le modèle de l’âme. Guillemant en donne d’abord une définition d’approche : l’âme « correspondrait à la conscience, ou la partie de la conscience qui subsiste indépendamment du cerveau. Auquel cas ce serait un objet quantique ; elle serait composée d’informations quantiques. » (01:02:05) Et la conséquence : « Tant qu’un objet reste quantique, tant que de l’information reste quantique, elle ne subit pas le passage du temps, et donc la mort n’a pas d’effet sur elle. » (01:03:05)
Il cite Penrose et les expériences de Stuart Hameroff sur les anesthésiants, mais s’en écarte : « Je ne crois pas que la conscience soit limitée aux vibrations quantiques dans les microtubules. » (01:03:05)
L’âme agirait par un autre versant de l’univers, qui « interpénètre notre réalité » (01:09:10), selon un mécanisme qu’il dit cybernétique : « Cette autre partie qui agit sur notre futur, on la capte. On essaie de s’y connecter vibratoirement, on la capte, ça apporte de la joie qui valide d’ailleurs la connexion, et ce faisant, on vibre la foi. […] On valide, on énergétise, on potentialise cette nouvelle ligne de temps, qui va chercher du coup à se brancher sur notre ligne de temps, ce qui ne peut se faire qu’au moment des bifurcations. Et à ces bifurcations, il va se passer un phénomène étrange, qui peut être soit une intuition, soit une synchronicité. » (01:12:12)
Les trois niveaux de la conscience complètent l’édifice (01:19:19 à 01:21:21) : le soma, conscience organique et « robot humain », qui gère sensations et intellect et correspond au fonctionnement automatique ; le moi, conscience du temps présent, « la possibilité de faire des choix, c’est-à-dire de bifurquer au moment des bifurcations », sur une épaisseur d’environ une seconde ; le soi, enfin, « inconscient pour nous », empreinte de l’âme dans le futur, siège du « mental supérieur » (l’intuition authentique) et de l’« émotionnel supérieur » (la joie, l’amour inconditionnel). Le tout se ramène à un signal : « La porteuse, c’est l’émotion, et l’information, c’est le mental. » (01:22:23)
10. La machine ne choisit pas
C’est le passage qui intéresse le plus directement le citoyen, et il est d’une netteté remarquable.
« Une IA ne peut pas faire de choix. Une IA ne fait pas de choix. Elle propose différentes possibilités suivant la manière dont on la titille : les prompts, les fameux prompts. Elle ne fait jamais de choix. C’est l’utilisateur qui fait le choix de faire dire à l’IA une chose ou son contraire. […] Et le mental non plus ne peut pas faire de choix, c’est purement de la mécanique. » (01:16:15) « Le ressenti, tout ce qui est vibratoire, n’est absolument pas pris en compte par l’IA. » (01:16:15)
L’animateur lit alors à l’antenne la phrase du livre qui l’avait le plus frappé : « Ce ne seront pas les hommes qui éveilleront les robots en leur donnant la conscience, mais les robots qui réveilleront les hommes en leur faisant découvrir la réalité physique de leur propre conscience. » (01:56:58)
Guillemant corrige tout procès en technophobie : « Il ne faut pas être contre l’IA, l’IA, ça reste formidable. Attention, c’est l’instrumentalisation de l’IA qui risque de nous conduire vers le pire. » (01:57:59) « L’intelligence artificielle interprétée ou instrumentalisée pour nous justifier ou nous conduire vers le transhumanisme, c’est le plus grand danger de l’espèce humaine actuellement. » (01:58:59)
11. Vision à distance, poussins et preuves
Bascar, de la chaîne Hypnomachie, l’interroge sur les applications. Guillemant cite les sorties de corps, la vision à distance, et affirme que sa physique « permet de comprendre les expériences de la CIA qui ont été faites il y a une cinquantaine d’années, lorsqu’elle a envoyé une foule de soldats à l’Institut Monroe pour se former aux sorties de corps et à la vision à distance » (01:25:26).
Puis vient la thèse la plus lourde de conséquences de toute l’émission, sur la nature même de la preuve : « Tout est déjà prouvé. Il faut bien comprendre qu’on ne peut pas prouver. La preuve ne peut pas être acceptée tant qu’on n’a pas changé la conscience collective. C’est la conscience collective qui valide la preuve. » (01:28:27, 01:29:29) « La preuve n’est jamais un gage de vérité. La preuve est un gage de consensus. La preuve garantit l’existence d’un consensus, mais ce consensus, il peut parfaitement être faux. » (01:30:30) Et sa conclusion pratique : « Il ne faut pas prouver, il faut d’abord séduire le collectif. » (01:31:32)
L’expérience des poussins du chercheur René Peoc’h, imprégnés sur un robot mû par un générateur aléatoire et qui sembleraient l’attirer vers eux, est donnée pour décisive : « C’est extraordinaire, cette expérience, parce qu’elle est incontestable. Elle est incontestable. » (01:33:34)
Interrogé sur les procès qu’on lui fait, il en nomme la mécanique : « Il y a ces poncifs : le poncif “c’est du New Age”, c’est l’équivalent du poncif “il est complotiste”. » (01:35:35) « On dit souvent que je fais du New Age, alors que je ne fais pas du tout ça ; en plus je rejette le New Age. » (01:36:38)
12. Le tirage au sort quantique et le PIC
C’est l’animateur qui ouvre le chapitre politique, par une question qu’il qualifie lui-même de provocatrice : « Est-ce qu’un hasard sensible au futur pourrait contribuer à fonder un système électoral légitime ? » (01:36:38)
La réponse fuse : « Tout à fait. Tout à fait. J’en ai déjà parlé à Étienne Chouard d’ailleurs […] Il faudrait faire du tirage au sort, bien sûr. C’est pour moi du tirage au sort pondéré par un hasard quantique sensible au futur. » (01:37:40) Puis, aussitôt, deux précisions qui comptent : « Le tirage issu du Loto fait la même chose, parce qu’à l’échelle macroscopique, les boules, à force de les mélanger, celle qui va tomber, c’est un peu comme si c’était quantique. Donc on n’est pas obligé d’utiliser un hasard quantique. » (01:38:42) Et la mise en garde : « Il faut se méfier, parce qu’on sait ce que sont les machines à voter, et donc si on utilise un hasard quantique, attention. » (01:38:42)
L’animateur présente alors le PIC à son invité : un pari, « le contraire de la certitude au sens de la physique mécaniste », avec sa part de pari pascalien, et une manière de récuser « le solutionnisme obsessionnel des 847 points de contact d’un programme politique » (01:38:42, 01:39:43). Il confie aussi une intuition qu’il ne prétend pas démontrer : six ans de salons vocaux auraient transformé des « monades urbaines qui se disputaient dans tous les sens » en « une petite forme d’égrégore qui nous renforce les uns au contact des autres » (01:39:43, 01:40:44).
Guillemant répond qu’il n’emploie pas le terme d’intelligence collective, mais qu’il agit dans ce sens : il se dit cofondateur d’une application web de mise en lien, où des personnes sans argent demandent un coup de main et où un collectif vient les aider, notamment autour de la monnaie libre (01:41:44, 01:42:45). Il renvoie à son livre Le Grand Virage de l’humanité, qui décrit ce qu’il nomme le futur lumineux, fondé sur « l’autonomie, la résilience, la solidarité, et bien entendu la souveraineté intérieure, qui seule permet de faire ça, parce que si on n’a pas la souveraineté intérieure, on fait allégeance à une institution ou à un gouvernement. Non, il faut apprendre à penser par soi-même. Ça, c’est fondamental. » (01:43:45, 01:44:46)
13. La foi, la souveraineté intérieure et l’échec annoncé du transhumanisme
« La foi, c’est fondamental. » (01:45:46) Mais « il ne faut pas confondre avec la foi religieuse […] c’est la foi en soi » ; et surtout : « La foi, c’est un lien émotionnel avec son futur. Quand on a la foi en un projet, on est en train de créer ce projet dans le futur. » (01:46:47) Avec une restriction que les marchands de développement personnel omettent : « On ne peut pas avoir la foi en n’importe quoi. Par exemple, au fait de devenir riche. Il faut d’abord capter l’intention de notre soi. » (01:46:47)
Sur l’avenir collectif, l’invité se dit optimiste : « Toutes les tentatives qui veulent nous conduire vers l’ancien futur de l’humanité, que serait le transhumanisme, sont en échec systématique. On l’a vu pendant la Covid, ça a continué après. Puis aujourd’hui, on est dans un monde multipolaire qui ne le permet plus. Ce sera beaucoup plus difficile de nous ramener vers une société de contrôle, alors que les pays retrouvent petit à petit leur souveraineté. Ce n’est pas gagné pour l’Europe, je sais. » (01:47:49)
Puis cette profession de foi, qui pourrait figurer au fronton de nos salons : « Il s’agit de retrouver notre souveraineté intérieure, sans quoi nos libres arbitres restent une illusion. […] Je pense que, pour l’évolution d’une société, chaque être humain est absolument fondamental. Une personne peut avoir raison contre tous. » (01:49:52, 01:50:52) « Imaginez si on devait tous écouter des IA qui nous disent ce qu’on doit faire. » (01:50:52) Et l’exemple, emprunté à l’Évangile sans profession religieuse : chaque individu a quelque chose d’absolument fondamental dont la société a besoin, « y compris le pauvre clochard sous les ponts, ou l’aveugle » (01:51:53).
14. La spiritualité rationnelle, la Covid et le diplôme de conspirationniste
« La spiritualité est complètement rationnelle, et aujourd’hui la science sombre dans l’irrationnel. » (01:51:53) « La science a perdu sa crédibilité d’ailleurs au moment de la crise Covid. » (01:52:54) L’invité affirme aussi que « des physiciens illustres » le soutiendraient sans pouvoir le dire, « parce que sinon ils vont se faire massacrer » (01:52:54).
Sur la Covid, il revendique une antériorité : « Dès le début de la Covid, j’avais compris qu’il y avait cette intention de nous conduire vers l’identification numérique, par le biais de la vaccination obligatoire. Donc aujourd’hui, j’ai mon diplôme de conspirationniste grâce à ça : il y a toute une page sur Conspiracy Watch à mon sujet. […] Pourtant aujourd’hui, c’est largement accepté. » (01:55:57, 01:56:58) La page existe, en effet ; nous y revenons en annexe C.
15. Les bifurcations, le travail sur soi, et la politique tenue à distance
Alain demande s’il faut casser ses habitudes pour influer sur le futur. Réponse : « Dans la vie, on n’arrête pas de faire des choix, mais ils sont conditionnés. » (02:01:02) « Il faut d’abord faire un travail sur soi pour se déconditionner, être à l’écoute de son âme, entretenir la foi dans un avenir bien précis. » (02:02:03) Et surtout : « Il ne faut pas attendre que la science l’admette. Il faut que le public essaie de l’expérimenter, parce que la science, on n’est pas sûr que les scientifiques vont se réveiller. » (02:03:06)
L’animateur propose alors un cycle de rencontres « physique et démocratie ». La réponse est une leçon de prudence que nous saluons : « Tant que ça concerne le libre arbitre, de démontrer l’importance du libre arbitre, moi je réponds présent. Mais je n’aime pas trop prendre des positions politiques. Je veux bien prendre des positions politiques indirectement, mais je ne vais pas commencer à soutenir des mouvements politiques. » (02:04:07)
16. Vers l’hyperphysique : trois vides et un éther
Dernière question, cocasse et décisive : que changerait-il à son livre ? « J’ai préparé la troisième édition de La Physique de la conscience dans le livre Hyperphysique des OVNIs. » (02:16:21) La nouveauté : « J’introduis trois sortes de vide, en réhabilitant l’éther. » (02:16:21) Le vide de l’espace, local et construit ; le vide intégral de la gravité quantique, non local ; et entre les deux un éther « mobile, essentiellement tourbillonnant à toutes les échelles » (02:18:28). Et un appel : « S’il y a des jeunes physiciens qui m’écoutent, je leur dis simplement : il faut introduire un nouveau temps pour décrire la dynamique en cours dans le futur. » (02:19:30)
Sur Jean-Pierre Petit, enfin, une phrase qui vaut pour bien d’autres que lui : « Ce n’est pas en s’énervant qu’on engendre le consensus ; on risque d’engendrer le contraire. » (02:12:13)
Le direct s’achève sur un constat qui, pour une fois, ne relève d’aucune physique spéculative : deux heures vingt d’échanges sur des sujets inflammables, et, selon l’animateur, « pas un seul troll » (02:23:32).
II. Le tri des trois étages
Un entretien de cette nature exige une politesse particulière envers le lecteur : lui dire, à chaque affirmation, à quel étage elle loge. Car tout se mêle dans la parole vive d’un homme passionné, le calcul publié et l’intuition de toute une vie, l’équation et la foi, le résultat et l’espérance ; et c’est précisément ce mélange qui permet aux uns de tout gober et aux autres de tout jeter.
Nous ne ferons ni l’un ni l’autre.
Nous trierons. Trois étages : ce que la physique établit, ce que l’invité conjecture, ce qu’il croit. Ce tri n’est pas un verdict sur la valeur des idées ; une conjecture peut être géniale, une croyance peut être juste ; il dit seulement de quelle autorité chaque phrase peut se réclamer. Un physicien parle avec l’autorité de la physique quand il parle de ce qu’elle établit ; au-delà, il parle avec l’autorité de n’importe quel citoyen qui pense, ce qui n’est pas rien, mais n’est pas la même chose.
Étiqueter n’est pas censurer. C’est même tout le contraire.
1. Premier étage : ce que la physique établit
La mort du démon de Laplace. Que des systèmes mécaniques parfaitement décrits par des équations déterministes deviennent imprévisibles au-delà d’un horizon très court, c’est acquis depuis Poincaré, confirmé par Lorenz en 1963, popularisé sous le nom d’effet papillon. Le billard en est l’exemple d’école : le physicien Michael Berry a calculé, dès 1978, qu’il suffit de quelques collisions pour que la gravitation d’un spectateur debout près de la table devienne décisive, et d’une cinquantaine pour qu’un seul électron aux confins de l’univers observable le soit (c’est la version qu’en a popularisée Nassim Nicholas Taleb). L’ordre de grandeur avancé par Guillemant, une trentaine de chocs même à la précision de Planck, s’inscrit dans cette famille de résultats. En 1986, Sir James Lighthill, au nom de la communauté de la mécanique, présentait des excuses publiques pour avoir laissé croire au public cultivé que les systèmes newtoniens étaient prévisibles à volonté.
La limite de précision. Qu’il n’existe pas, en physique, de précision physiquement significative en dessous de la longueur de Planck (environ 1,6 × 10⁻³⁵ m), c’est l’hypothèse de travail commune à toutes les approches de la gravité quantique. En tirer qu’aucun système chaotique ne contient l’information nécessaire à son propre avenir lointain est une inférence très raisonnable, que bien des physiciens partagent sous une forme ou une autre.
L’énigme de la mesure. Que le problème de la mesure quantique ne soit pas résolu, et que la décohérence explique la disparition des interférences sans expliquer pourquoi un seul résultat est observé, c’est la position majoritaire des spécialistes. Guillemant a raison de le dire, et raison de dire qu’on le dit trop peu au public.
La relativité de la simultanéité. Qu’il n’existe pas, en relativité, de présent universel sur lequel tous les observateurs s’accorderaient, c’est établi depuis 1905. Que le futur soit pour autant « déjà réalisé » n’est pas de la physique, mais une interprétation philosophique de la physique : nous la rangeons à l’étage suivant.
L’espace malmené. Courbé par la relativité générale, rendu non local par les corrélations quantiques que les expériences d’Alain Aspect et de ses successeurs ont confirmées, agité de fluctuations dont l’effet Casimir donne une trace mesurable : l’espace de la physique contemporaine n’est plus le contenant inerte de Newton. La formule de Guillemant (« ils l’ont courbé, ils l’ont troué, ils l’ont pixelisé, ils l’ont rendu non local et, par-dessus le marché, ils l’ont fait vibrer ») est une caricature exacte, à un mot près : le « pixelisé » renvoie à des théories, comme la gravité quantique à boucles, qui restent des hypothèses.
La machine et le choix. Qu’un grand modèle de langage produise ses phrases en tirant, mot après mot, dans une distribution de probabilités apprise, et qu’il n’ait ni intention ni préférence au sens où un être humain en a, c’est la description technique standard de ces systèmes. Que cela suffise à dire qu’il « ne choisit pas », c’est déjà de la philosophie ; mais c’est une philosophie que la technique ne contredit pas.
2. Deuxième étage : ce que Guillemant conjecture
Le troisième stade du billard. Les calculs de Guillemant et de son collègue Medale, publiés dans Annals of Physics en 2018 puis en 2019, établissent, dans un modèle de billard à deux dimensions, qu’une discrétisation de l’espace-temps à l’échelle de Planck engendre une ramification des histoires possibles dont ils estiment la croissance. C’est publié, relu, non réfuté à notre connaissance. Mais l’interprétation qu’il en donne à l’antenne (les fluctuations du vide « déterminent les trajectoires », on peut « choisir les conditions finales comme on veut ») va au-delà de ce qu’un calcul numérique peut montrer : un calcul peut établir qu’une information manque, il ne peut pas établir qui ou quoi la fournit. Que le troisième stade soit « quantique » est une analogie féconde, pas une démonstration d’équivalence.
L’espace-temps flexible. Qu’un espace-temps unique mais modifiable puisse rivaliser avec l’interprétation des mondes multiples d’Everett, c’est la thèse de l’article de 2019. C’est une hypothèse de physique théorique, exprimée dans un cadre publiable ; elle n’a pas, à ce jour, rallié de courant identifiable.
Le second temps, les dimensions de la conscience, l’âme quantique. L’introduction d’un second temps (le kairos), de dimensions supplémentaires liées à la conscience, l’identification de la conscience à la gravité quantique ou aux fluctuations du vide, la persistance après la mort d’une information quantique constitutive de l’âme : tout cela relève de la conjecture, exposée dans des livres et, pour partie, dans une prépublication de 2024 déposée sur une plateforme à relecture ouverte. Ce ne sont pas des absurdités ; ce sont des hypothèses qui n’ont pas encore reçu la forme d’une prédiction testable.
Les expériences à l’appui. Les enveloppes, les poussins de Peoc’h, la vision à distance : ce sont des faits allégués dont la réplication indépendante, dans des revues de physique, de biologie ou de psychologie à comité de lecture généraliste, fait défaut. Nous les rangeons ici, et non au premier étage, et nous confrontons chacun d’eux en annexe C.
L’univers-bloc « plus ou moins indiscutable ». C’est une position respectable de la philosophie de la physique (l’éternalisme), mais elle a des concurrentes sérieuses, dont le « bloc qui croît » défendu par le cosmologiste George Ellis. Dire qu’elle est « mainstream, plus ou moins indiscutable » (00:25:27) est une simplification.
3. Troisième étage : ce que Guillemant croit
Ici loge l’essentiel de ce qui a ému l’auditoire, et ce n’est pas lui faire injure que de le dire.
« La transcendance est inhérente à la mécanique. » C’est une thèse métaphysique, l’intuition d’une vie, née d’une lecture de Descartes à quatorze ans. Aucune équation ne la démontre, aucune ne la réfute.
« La foi, c’est un lien émotionnel avec son futur. » C’est une thèse sur l’existence humaine, que William James aurait signée en 1896 sous une autre forme, et que des générations de sportifs, d’entrepreneurs et de militants vérifient chaque jour sans avoir besoin de la gravité quantique.
« La preuve est un gage de consensus. » C’est une thèse d’épistémologie, qui a des ancêtres illustres (nous les croiserons plus bas) et une faiblesse redoutable quand on la transporte en politique.
« La spiritualité est rationnelle, la science sombre dans l’irrationnel. » C’est un jugement de civilisation, dans la lignée de ceux qui, depuis Max Weber, diagnostiquent le désenchantement du monde.
« Il faut remettre en question Darwin, le hasard des mutations, la mémoire dans le cerveau. » C’est un programme de contestation générale dont l’invité ne donne, ce soir-là, aucune pièce. Nous ne le suivons pas sur ce terrain, et l’annexe C dit pourquoi.
« Dès le début de la Covid, j’avais compris qu’il y avait cette intention. » C’est un jugement politique sur des intentions, qui appartient au débat public et se discute avec les armes du débat public : des faits, des documents, des dates.
4. Le tableau du tri
| Affirmation de l’invité | Étage | Ce qu’en dit la littérature |
|---|---|---|
| Le chaos rend le futur d’un billard imprévisible après quelques dizaines de chocs | Établi | Poincaré, Lorenz, Berry, Lighthill |
| Sous la longueur de Planck, l’information n’existe pas | Établi (hypothèse de travail commune) | Toutes les approches de la gravité quantique |
| Le billard devient indéterministe, et pas seulement imprévisible | Conjecture publiée | Annals of Physics, 2018 et 2019 ; non réfutée, peu reprise |
| Les fluctuations du vide déterminent les trajectoires | Conjecture | Interprétation, non démontrée par le calcul |
| Le problème de la mesure n’est pas résolu | Établi | Position majoritaire des spécialistes |
| Il faut un observateur conscient | Conjecture | Position minoritaire ; Zwirn, von Neumann ; contestée |
| Le futur est déjà réalisé | Interprétation philosophique | Éternalisme, concurrencé par le bloc croissant (Ellis) |
| La conscience est la gravité quantique | Conjecture | Inspirée de Penrose, qui dit autre chose |
| L’âme quantique échappe à la mort | Conjecture spéculative | Aucun test proposé |
| Les poussins attirent le robot | Fait allégué | Non répliqué indépendamment en revue généraliste |
| La vision à distance fonctionne | Fait allégué | Programme Stargate clos en 1995 |
| L’IA ne choisit pas | Établi (technique) et philosophique | Description standard des modèles |
| La preuve suit le consensus | Épistémologie | Fleck, Kuhn, Planck : en partie |
| La foi crée le futur | Philosophie | William James ; prophétie autoréalisatrice dans le monde social |
| Le transhumanisme est en échec | Jugement politique | Discutable, à documenter |
Une remarque, pour finir ce tri. L’invité lui-même a fourni la clef de l’exercice quand il a dit que « si on veut sortir du cadre, ce qui implique l’interdisciplinarité, on ne peut plus préserver la rigueur, et donc on est obligé d’utiliser l’intuition » (00:47:51). C’est honnête, et c’est exactement ce que nous venons de faire : rendre visible le moment où la rigueur cède la place à l’intuition. Ce moment n’est pas une faute. Le cacher en serait une.
III. Une querelle de vingt-trois siècles
1. Le premier billard s’appelait Démocrite
Le billard de Guillemant a un ancêtre, et il est grec.
Au Ve siècle avant notre ère, Démocrite d’Abdère décrit le monde comme des atomes qui se meuvent dans le vide et s’entrechoquent : un billard cosmique, sans joueur et sans queue. Un siècle plus tard, Épicure s’aperçoit que ce billard-là ne laisse aucune place à la liberté ; si tout choc suit un choc depuis l’infini, l’homme n’est qu’une boule parmi les boules. Il invente donc une minuscule déviation, à un moment et en un lieu indéterminés, que Lucrèce, au Ier siècle avant notre ère, nommera clinamen : un écart infime des atomes qui rompt, écrit-il au deuxième chant du De rerum natura, les lois du destin.
Cicéron s’en moquera dans son traité Du destin : une déviation sans cause, c’est un aveu d’impuissance déguisé en physique.
Vingt-trois siècles plus tard, la déviation infime a trouvé une échelle, celle de Planck, et une source, le vide quantique. Le clinamen a reçu des équations. Ce n’est pas un reproche ; c’est une généalogie, et elle honore notre invité : la question qu’il pose est la plus ancienne de la philosophie occidentale, et la moquerie de Cicéron est encore, mot pour mot, celle que lui adressent ses détracteurs.
2. Le démon et ses fissures
Laplace, en 1814, croyait avoir enterré Épicure. Il fallut moins de soixante ans pour que le doute revienne, et par la plus haute porte.
Le 11 février 1873, à Cambridge, James Clerk Maxwell, l’homme des équations de l’électromagnétisme, lit devant un cercle d’amis un essai sur le déterminisme et le libre arbitre. Il y distingue les systèmes stables, où une petite cause produit un petit effet, et les systèmes instables, où elle peut tout changer. « Toute existence au-dessus d’un certain rang a ses points singuliers : plus le rang est élevé, plus elle en a. » En ces points, ajoute-t-il, « des influences dont la grandeur physique est trop petite pour qu’un être fini en tienne compte » peuvent décider de l’issue. Il les compare aux lignes de partage des eaux, où une goutte choisit son océan.
Lisez Maxwell, puis réécoutez Guillemant parler des bifurcations où « soit on les saisit, soit on ne les saisit pas » (00:34:36) : la bifurcation de notre invité est le point singulier de Maxwell, avec un siècle et demi de calcul numérique en plus.
Henri Poincaré, en 1908, donnera la formule canonique dans Science et méthode : « Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. » Émile Borel calculera peu après que déplacer d’un centimètre un gramme de matière sur l’étoile Sirius suffirait à bouleverser, en une fraction de seconde, les trajectoires des molécules d’un gaz sur la Terre. Puis viendront Lorenz et son papillon, Berry et son électron aux confins de l’univers, et en 1986 les excuses de Lighthill.
Tous, notez-le, parlent d’imprévisibilité. Aucun ne franchit le pas que franchit Guillemant : passer de « nous ne pouvons pas savoir » à « cela n’est pas encore décidé ». C’est toute la différence entre le premier et le deuxième étage de notre tri, et c’est là qu’il faut le juger.
3. Spinoza, ou l’objection qu’il faut garder en poche
Il serait malhonnête de ne citer que les alliés. L’objection la plus forte à toute cette entreprise a été formulée en 1677, dans l’Éthique de Spinoza : les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent.
C’est l’objection des neurosciences contemporaines, avec deux siècles et demi d’avance ; et l’invité ne l’écarte pas autant qu’on le croirait, puisqu’il concède lui-même que « dans la vie, on n’arrête pas de faire des choix, mais ils sont conditionnés » (02:01:02). Le soma de Guillemant, c’est le Spinoza de nos réflexes.
La réponse la plus solide n’est pas venue d’un physicien, mais de Kant, en 1788 : la liberté ne peut être ni démontrée ni réfutée par la raison théorique, mais elle doit être postulée par quiconque agit moralement. On ne prouve pas qu’on est libre ; on agit comme si on l’était, et c’est cet « comme si » qui fonde la responsabilité, le contrat, le vote.
Retenez ce point : il sera le cœur de notre quatrième partie.
4. Galilée, Cremonini et la lunette
En ouverture du direct, l’animateur comparait les détracteurs de Guillemant aux « cardinaux qui refusaient de regarder dans la lunette de Galilée » (00:05:07). L’image est juste dans son intention, mais l’histoire est plus cruelle encore, et elle sert notre invité mieux que la légende.
Les refus les plus célèbres de regarder dans la lunette ne furent pas ceux de cardinaux, mais de professeurs : Cesare Cremonini, philosophe aristotélicien de l’université de Padoue, et son collègue Giulio Libri, à Pise. Galilée s’en plaignait à Kepler dès le mois d’août 1610. L’Église, elle, fit vérifier les observations : en 1611, les astronomes jésuites du Collège romain confirmaient les satellites de Jupiter.
Moralité : le premier obstacle à la lunette ne fut pas l’autel, mais la chaire. Le conformisme que dénonce Guillemant n’est pas une invention de notre siècle ; il est consubstantiel à l’institution savante, qui protège un cadre parce qu’un cadre est la condition de sa rigueur. C’est ce que dit, à sa manière, l’invité (00:47:51).
5. Planck, Fleck, Kuhn : la preuve et le collectif
« La preuve est un gage de consensus » (01:30:30) : la formule choque, et pourtant elle a des parents respectables.
En 1935, un médecin polonais, Ludwik Fleck, publie Genèse et développement d’un fait scientifique : il y montre qu’un fait n’est reconnu que par un « collectif de pensée » doté d’un « style de pensée », et que ce qui est évident pour l’un est invisible pour l’autre. En 1948, dans son autobiographie scientifique, Max Planck écrit qu’une vérité scientifique nouvelle ne triomphe pas en convainquant ses adversaires, mais parce que ceux-ci finissent par mourir et qu’une génération nouvelle grandit, familiarisée avec elle. En 1962, Thomas Kuhn théorise les paradigmes et les révolutions scientifiques.
Guillemant est donc en bonne compagnie quand il dit que la preuve ne s’impose pas toute seule.
Mais aucun de ces trois-là n’a dit qu’il ne fallait pas prouver. Chez Kuhn, ce sont les anomalies, c’est-à-dire des résultats têtus, qui provoquent la crise du paradigme ; chez Planck, la vérité nouvelle finit par triompher, et c’est bien parce qu’elle est vraie qu’elle survit aux funérailles. Entre « la preuve ne suffit pas à convaincre » et « il ne faut pas prouver, il faut d’abord séduire le collectif » (01:31:32), il y a un gouffre.
Et ce gouffre a un nom en sociologie. En 1928, William Isaac Thomas formule le théorème qui porte son nom : quand les hommes tiennent une situation pour réelle, elle devient réelle dans ses conséquences. En 1948, Robert Merton en tire la prophétie autoréalisatrice : la rumeur de faillite qui vide les guichets d’une banque saine. Dans le monde social, la croyance collective fabrique des faits ; c’est démontré, documenté, enseigné.
Autrement dit : la thèse de Guillemant sur la preuve est douteuse en physique, et vraie en politique.
C’est le seul étage où elle est pleinement vraie. C’est aussi le plus dangereux.
6. Le sort des Grecs, et celui des dieux
Reste le tirage au sort, que l’invité veut « pondéré par un hasard quantique sensible au futur » (01:37:40).
Athènes, au IVe siècle avant notre ère, tirait au sort la plupart de ses magistrats et ses jurés, à l’aide d’une machine de pierre, le klérotérion, où des boules de couleur désignaient les rangées de jetons nominatifs : un hasard mécanique, visible de tous, dont chaque citoyen pouvait suivre le fonctionnement à l’œil nu. Aristote en tire la règle, au livre IV de la Politique : il est réputé démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, oligarchique qu’elles le soient par l’élection. Montesquieu la reprend en 1748, au livre II de L’Esprit des lois : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. »
Pourquoi le sort ? En 1864, dans La Cité antique, Fustel de Coulanges donne une réponse qui ravirait notre invité : pour les Anciens, le sort était la révélation de la volonté divine ; on ne laissait pas le hasard choisir, on laissait les dieux parler. Les historiens qui l’ont suivi ont largement corrigé cette lecture, pour souligner la fonction politique du sort : l’égalité des citoyens, l’impossibilité d’acheter une désignation, la rotation des charges. Venise, à partir de 1268, mêla le sort et le vote dans l’élection de ses doges, précisément pour déjouer les brigues.
Le « hasard sensible au futur » de Guillemant est, au fond, un retour à la lecture de Fustel : les dieux y sont remplacés par le vide quantique. La lecture politique, celle qui nous intéresse, dit autre chose : le sort ne vaut que parce que personne ne peut l’influencer.
Nous y reviendrons, et nous n’y serons pas d’accord.
IV. Ce que cela change pour la démocratie
1. Le libre arbitre ne se démontre pas : il s’institue
Commençons par ce que la démocratie a en jeu dans cette affaire, et qui n’est pas mince.
Toute démocratie présuppose que le citoyen choisit. Le vote n’a de sens que si celui qui vote aurait pu voter autrement ; le consentement n’a de valeur que s’il pouvait être refusé ; la responsabilité du juré, du député, du ministre, n’existe que si leurs actes leur appartiennent. Supprimez le libre arbitre, et le vote devient une mesure, comme on mesure une température ; et si le vote n’est qu’une mesure, pourquoi ne pas le remplacer par un sondage, le sondage par un modèle, et le modèle par une intelligence artificielle qui « prédit » nos préférences mieux que nous ? Ce rêve a déjà ses ingénieurs, et il a déjà un nom dans les cabinets ministériels : gouverner par les données.
Contre ce rêve, le travail de Guillemant a une utilité politique certaine, quel que soit son destin en physique : il rappelle au grand public, avec l’autorité d’un homme qui a calculé, que l’avenir n’est pas contenu dans les données du présent.
Mais voici notre bémol, et il est de taille : la démocratie ne doit pas avoir besoin que Guillemant ait raison.
Si nos libertés dépendaient de la gravité quantique, une réfutation de sa théorie serait une réfutation de la démocratie. Ne mettons pas nos libertés en gage d’une équation, fût-elle séduisante. La démocratie repose sur un pari, au sens exact de Pascal : nous ne savons pas si le citoyen est libre au sens métaphysique, mais nous sommes embarqués, et nous avons tout à gagner à le traiter comme tel. Kant ne disait pas autre chose avec son postulat de la liberté. C’est la définition même du PIC : un pari, « le contraire de la certitude » (01:38:42), comme l’a rappelé l’animateur à son invité.
Si demain un physicien démontrait le déterminisme intégral, il faudrait encore voter. Comme si.
Cela dit, la convergence avec notre invité est profonde sur un point que la physique ne tranche pas : « Il s’agit de retrouver notre souveraineté intérieure, sans quoi nos libres arbitres restent une illusion » (01:49:52). C’est, en d’autres mots, ce qu’Étienne de La Boétie écrivait vers 1550 dans le Discours de la servitude volontaire (« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres »), et ce que Kant résumait en 1784 dans Qu’est-ce que les Lumières ? par la devise sapere aude, ose te servir de ton propre entendement. « Il faut apprendre à penser par soi-même » (01:44:46), dit Guillemant. La souveraineté populaire n’est que la somme des souverainetés intérieures. Un peuple de dépendants ne fait pas un souverain ; il fait une clientèle.
2. Le kairos confisqué
Revenons aux bifurcations. Guillemant les décrit à l’échelle d’une vie : « À certains moments dans la vie, il y a des opportunités : soit on les saisit, soit on ne les saisit pas » (00:34:36). Déplaçons la question d’un cran : un peuple aussi a ses bifurcations. Une crise, un traité, une guerre, une réforme qui engage deux générations. Ce sont ses moments de kairos, ceux où un choix change la trajectoire pour longtemps.
Question : sous la Ve République, qui tient le kairos de la nation ?
Réponse : presque toujours un seul homme. Le référendum de l’article 11 se décide à l’Élysée ; la dissolution de l’article 12 aussi ; l’article 16 confie les pleins pouvoirs au même ; l’article 49, alinéa 3, permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote. Le peuple, lui, n’a pas de bifurcation à lui : le référendum d’initiative partagée, introduit en 2008, n’a jamais abouti, et la seule procédure engagée, contre la privatisation d’Aéroports de Paris, s’est arrêtée en 2020 à un peu plus d’un million de soutiens pour près de quatre millions sept cent mille requis.
Et quand le peuple bifurque malgré tout, que se passe-t-il ? Guillemant l’a décrit sans le vouloir : « Soit on ne fait pas ce qui est prévu aux bifurcations, et dans ce cas-là tout se passe comme si l’univers recalculait » (00:27:29). Le 29 mai 2005, les Français n’ont pas fait ce qui était prévu : 54,7 % de non au traité constitutionnel européen. Le système a recalculé l’itinéraire. L’itinéraire s’appelait Lisbonne : en février 2008, le Parlement réuni en Congrès révisait la Constitution pour en permettre la ratification, puis l’autorisait lui-même, sans repasser par la case départ.
Voilà ce qu’est un kairos confisqué : un peuple à qui l’on rend le volant à condition qu’il suive le GPS.
La réponse du PIC tient en deux articles de la Constitution d’urgence. Le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières (Titre I, article 6) rend au peuple l’initiative de ses bifurcations. Et l’Agora citoyenne des sept mille sept cent soixante-dix-sept (Titre II, article 8), tirée au sort, « fait remonter les sujets prioritaires, dont la récurrence dans ses délibérations établit la hiérarchie, et déclenche ainsi les référendums » : c’est, si l’on veut, un organe de détection des bifurcations, qui ne dépend plus de l’humeur d’un seul.
Une dernière image de l’invité mérite d’être retournée vers nous-mêmes. Le futur, dit-il, résiste au changement, et pourtant « de petits changements localement dans le temps et dans l’espace finissent, à force d’être répétés, par provoquer des changements dans le futur plus lointain » (00:30:33). C’est, à la lettre, une théorie du changement politique par accumulation : des salons vocaux tenus semaine après semaine, des maires sollicités un par un pour les cinq cents parrainages, des questions posées et reposées jusqu’à ce que le tunnel bouge. Personne ne renverse un régime d’un coup de queue de billard. On l’use.
3. Le démon de Laplace a un programme en 847 points
Pendant le direct, l’animateur a lâché une phrase qui mérite d’être prise au sérieux : le PIC récuse « le solutionnisme obsessionnel des 847 points de contact d’un programme politique » (01:39:43).
Pourquoi ? Parce qu’un programme de 847 mesures est un démon de Laplace électoral : il prétend connaître toutes les forces et toutes les positions, et en déduire l’avenir d’un pays sur cinq ans. Le billard de Guillemant dit que l’information nécessaire n’existe pas dans les conditions initiales. Friedrich Hayek disait exactement la même chose de la société, en 1945, dans « L’usage de la connaissance dans la société » : la connaissance dont un planificateur aurait besoin n’existe jamais sous une forme concentrée ou intégrée, mais seulement à l’état de fragments dispersés, incomplets et souvent contradictoires, que possèdent les individus séparés. En 1974, recevant le prix de la Banque de Suède, il intitulait sa conférence « La prétention de la connaissance ».
Le billard et le marché disent la même chose : aucun calculateur central ne peut prévoir l’avenir, parce que l’information qui le déterminera n’est encore dans aucune tête et dans aucune donnée.
C’est pourquoi le PIC propose une procédure et non un programme : un ordre où les questions remontent (la questiologie, l’Agora qui hiérarchise les sujets par leur récurrence), où les réponses se tranchent par référendum, où le collège des Sept gouverne sans prétendre tout prévoir. Le PIC ne se présente pas comme une troisième voie constructiviste ; il veut restaurer l’infrastructure manquante de l’ordre spontané. Le billard de Guillemant en est, sans qu’il l’ait cherché, une illustration de plus.
Mais attention à l’égrégore. Le mot est revenu dans la bouche de l’animateur, pour décrire la cohésion acquise en six ans de salons (01:40:44). Il existe une mathématique de l’intelligence collective, et elle est française : le théorème du jury, publié par Condorcet en 1785, établit qu’une assemblée dont chaque membre a un peu plus d’une chance sur deux de juger juste a d’autant plus de chances de décider juste qu’elle est nombreuse. Avec une condition, qu’on oublie toujours : que les jugements soient indépendants. Un égrégore, s’il fond les jugements en un seul, détruit la condition même du théorème. La cohésion est précieuse pour le courage ; elle est dangereuse pour le jugement. Une intelligence collective digne de ce nom a besoin de la chaleur du groupe et de la solitude de chacun au moment de trancher.
4. La preuve et le consensus : la convergence qui inquiète
Nous l’avons établi plus haut : la thèse de Guillemant sur la preuve (« La preuve est un gage de consensus », 01:30:30) est discutable en physique et vraie dans le monde social. C’est précisément ce qui la rend dangereuse en politique.
Car si la preuve suit le consensus, celui qui fabrique le consensus fabrique la preuve.
Walter Lippmann l’avait vu en 1922, quand il parlait de la fabrique du consentement ; Edward Bernays l’avait mis en pratique en 1928, sous le titre sans fard de Propaganda. Nous l’avons montré, dans ces colonnes, à propos de l’audiovisuel public : qui tient l’antenne tient le référendum. Ajoutons aujourd’hui les plateformes et les intelligences artificielles, qui ne se contentent plus de diffuser le consensus mais le composent, réponse après réponse, à la demande.
La formule de notre invité, « il ne faut pas prouver, il faut d’abord séduire le collectif » (01:31:32), est peut-être une stratégie raisonnable pour un chercheur hétérodoxe face à une institution fermée. Transposée dans l’espace public, elle est la définition même de la démagogie.
La réponse démocratique n’est pas de séduire, mais de contredire. C’est le sens de l’article 5 du Titre V de la Constitution d’urgence, du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique : « Le pluralisme de l’information est garanti non par la multiplicité des sources, mais par la présence de la contradiction au sein de chacune. » Et c’est le sens de l’article 12 du Titre I, de la sincérité et de la vérifiabilité des scrutins : « Tout citoyen doit pouvoir vérifier, sans connaissances techniques particulières, les étapes essentielles du scrutin et l’exactitude du résultat. »
Voilà la ligne de partage. En physique, Guillemant peut parier que la preuve viendra après la foi ; c’est son droit, et c’est peut-être son génie. En démocratie, nous exigeons l’inverse : la preuve d’abord, et vérifiable par le premier venu.
5. Le sort doit rester aveugle, et visible
Sur le tirage au sort, nous sommes d’accord avec notre invité à moitié, et la moitié qui nous sépare est la plus importante.
D’accord sur le principe, évidemment : le PIC fait du sort l’un des piliers de la Constitution d’urgence, de l’Agora des 7 777 au collège de contrôle des 77, jusqu’à l’autorité de régulation des médias, elle-même composée de citoyens tirés au sort. Étienne Chouard, cité par Guillemant, a rendu ce débat populaire en France depuis 2005 ; Athènes l’avait pratiqué deux siècles durant.
En désaccord sur le « hasard sensible au futur ». Réfléchissons une seconde : un hasard qui « sent » le futur est un hasard que des intentions peuvent influencer, puisque c’est toute la thèse de l’invité. Mais alors, les intentions de qui ? Des plus nombreux, des plus fervents, des mieux organisés ? On réintroduit par la porte quantique la brigue que le sort avait chassée par la porte de pierre. La vertu du sort, c’est l’impartialité ; un sort qui écoute les prières n’est plus un sort, c’est une élection par la ferveur.
Il y a pire : la vérifiabilité. Un générateur quantique est une boîte noire pour le citoyen ordinaire. Le klérotérion d’Athènes, lui, se voyait. L’invité l’a d’ailleurs pressenti, puisqu’il a lui-même mis en garde contre les machines à voter, et admis que « le tirage issu du Loto fait la même chose » (01:38:42). Nous le prenons au mot. L’article 11 du Titre I, des règles communes de décompte, de délai et de tirage au sort, exige une « méthode publique et vérifiable » et un tirage « opéré en public » sous le contrôle de la Cour de garantie démocratique.
Entre le générateur quantique et le boulier du Loto, la démocratie choisit le boulier. Non parce qu’il est plus aléatoire. Parce qu’on le voit.
6. La machine ne choisit pas : la convergence complète
Ici, aucun bémol. Le passage de l’émission sur l’intelligence artificielle est celui que nous voudrions voir lu dans toutes les administrations de France.
« L’IA ne fait pas de choix. […] C’est l’utilisateur qui fait le choix » (01:16:15). Traduisons en langage politique : quand une administration vous dit « c’est l’algorithme qui a décidé », elle ment. Quelqu’un a choisi l’algorithme, les données, le seuil, la pondération, et ce quelqu’un a un nom, un grade et une responsabilité. La décision automatisée n’est pas une décision sans auteur ; c’est une décision dont l’auteur s’est caché.
La Constitution d’urgence en tire déjà deux conséquences. L’article premier du Titre XII, du droit à l’interlocuteur humain, dispose qu’« aucun citoyen ne peut être contraint de voir sa demande, sa réclamation ou son recours traités exclusivement par un dispositif automatisé, sans qu’un être humain puisse, à sa requête, réexaminer et trancher ». L’article 2 du même titre interdit à tout dispositif automatisé de « se présenter comme un être humain ».
Le modèle de Guillemant suggère une troisième protection, plus subtile. Si ce qui fait l’humain est le ressenti, le vibratoire, l’émotionnel (et l’on n’a pas besoin de sa physique pour le penser, il suffit d’avoir aimé), alors c’est précisément ce que l’économie de l’attention moissonne, profile et revend. L’article 7 du Titre V, de la vie privée mentale et des données neurales, protège déjà l’activité du cerveau et ce qu’on en déduit ; l’article premier du même titre protège l’intégrité psychique. La question est ouverte de savoir s’il faut y ajouter le profilage émotionnel par inférence : nous la posons aux militants plus bas.
Quant à la phrase du livre lue à l’antenne, les robots qui réveilleront les hommes, nous en proposons une lecture civique. Plus la machine imite, plus le citoyen doit exercer ce qu’elle ne fait pas : choisir. La démocratie, c’est l’exercice collectif, régulier, obstiné, de ce qu’aucune machine ne fait.
7. Ce que nous ne suivrons pas
La loyauté oblige à nommer les lignes que nous ne franchirons pas.
Nous ne suivrons pas l’invité dans la remise en cause générale de Darwin, du hasard des mutations, de la mémoire cérébrale, annoncée sans pièces. Nous ne tiendrons pas pour acquis le soutien secret de « physiciens illustres » qui « ne peuvent pas le dire » (01:52:54) : une affirmation invérifiable par construction ne se réfute pas, mais ne se cite pas non plus comme argument. Nous ne tiendrons pas les poussins de Peoc’h pour « incontestables » : ils sont contestés, et l’annexe C dit par qui.
Sur la Covid, nous constatons que l’invité porte une étiquette, celle que lui a décernée Conspiracy Watch, et qu’il la retourne avec humour en « diplôme ». Une étiquette n’est pas un argument, ni dans un sens ni dans l’autre : elle ne prouve pas qu’il a tort, et son humour ne prouve pas qu’il a raison. Ce qui se discute, ce sont les faits, les documents et les dates ; l’affirmation d’une intention, elle, demande des preuves que le direct ne fournit pas. Le PIC, de son côté, a tiré de la crise sanitaire une leçon constitutionnelle précise, qui ne dépend d’aucune hypothèse sur les intentions : l’article 3 du Titre V, de l’intégrité physique et du principe de précaution médicale, interdit toute contrainte à un traitement qui ne bénéficie pas d’une autorisation de plein exercice pour l’indication en cause.
Plus largement, le PIC n’adopte aucune physique et aucune spiritualité. Non qu’elles soient interdites de séjour ; mais un mouvement citoyen doit pouvoir accueillir dans la même Agora le matérialiste et le mystique, et les faire voter côte à côte sans exiger de l’un qu’il se convertisse à l’autre. C’est notre laïcité de méthode. L’invité, du reste, a tracé lui-même la frontière en refusant de soutenir des mouvements politiques (02:04:07) ; nous lui rendons la politesse : nous ne l’enrôlons pas, nous le discutons.

Et nous lui devons trois choses : avoir remis la question du libre arbitre dans le débat public par la porte de la physique ; avoir dit à voix haute que le consensus n’est pas la vérité ; avoir défendu, avec une netteté rare, l’humain contre la machine qui prétend choisir à sa place.
V. La Constitution d’urgence à l’épreuve du direct
1. Ce qu’elle dit déjà
Relue au lendemain de ce direct, la Constitution d’urgence répond déjà à plusieurs des questions qu’il soulève.
- Le sort, public et vérifiable : Titre I, article 11, des règles communes de décompte, de délai et de tirage au sort, 5°.
- Le scrutin que tout citoyen peut vérifier : Titre I, article 12, de la sincérité et de la vérifiabilité des scrutins.
- Le kairos rendu au peuple : Titre I, article 6, du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, et Titre II, article 8, de l’Agora citoyenne.
- La souveraineté intérieure protégée : Titre V, article premier, de l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique, et Titre V, article 7, de la vie privée mentale et des données neurales.
- La contradiction obligatoire : Titre V, article 5, du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique.
- La leçon sanitaire : Titre V, article 3, de l’intégrité physique et du principe de précaution médicale.
- L’humain face à la machine : Titre XII, article premier, du droit à l’interlocuteur humain, et Titre XII, article 2, du refus de la substitution trompeuse de la machine à l’humain.
- L’effort personnel à l’école : Titre IX, article 5, de la revalorisation de l’instruction nationale, qui encadre l’usage de l’intelligence artificielle dans les travaux scolaires évalués « afin de préserver l’effort personnel, le mérite et l’acquisition réelle des savoirs ».
2. Ce que le direct invite à y ajouter
Cinq pistes, que nous soumettons au débat sans les tenir pour acquises.
La contradiction dans l’expertise. L’article 5 du Titre V impose la contradiction aux médias. Pourquoi pas à l’expertise scientifique que l’État invoque pour contraindre ? Un avis scientifique qui fonde une obligation pourrait être publié avec ses opinions dissidentes, comme le sont, dans d’autres pays, les opinions séparées des juges. Le citoyen saurait alors si le « consensus » est unanime ou s’il est majoritaire, ce qui n’est pas la même chose.
La liberté de la recherche hétérodoxe. Aucun chercheur ne devrait pouvoir être sanctionné pour avoir publié, par les voies ordinaires, une hypothèse minoritaire. Mais l’État ne doit pas davantage consacrer une hypothèse : ni vérité officielle, ni hérésie officielle.
La philosophie des sciences à l’école. Si le cloisonnement des disciplines fabrique, comme le dit l’invité, « des techniciens » (00:49:52), l’instruction nationale pourrait réintroduire dans les cursus scientifiques l’histoire et la philosophie des sciences, de Démocrite à Kuhn. Un citoyen qui sait comment une preuve se fabrique est un citoyen qu’on manipule moins.
La décision publique jamais entièrement automatisée. Le droit à l’interlocuteur humain pourrait devenir un droit à la décision humaine : aucune décision individuelle d’une autorité publique ne serait prise par un dispositif automatisé sans qu’un agent nommé en endosse la responsabilité.
Le sort à l’œil nu. L’article 11 du Titre I pourrait préciser que le tirage au sort emploie un procédé physique observable en direct par le public, à l’exclusion de tout générateur dont le fonctionnement ne peut être vérifié sans connaissances techniques particulières.
VI. Dix questions aux militants
Le PIC ne livre pas de conclusions toutes faites ; il pose des questions et les fait mûrir dans ses salons. Voici les nôtres, numérotées pour faciliter vos réponses.
- Faut-il écrire dans le préambule de la Constitution d’urgence que la liberté du citoyen est un postulat de l’ordre démocratique, à la manière de Kant, sans prétendre la démontrer ni la réfuter ?
- Qui doit tenir les bifurcations d’une nation (dissolution, état de crise, ratification d’un traité) ? L’Agora citoyenne et le référendum d’initiative citoyenne suffisent-ils à rendre au peuple son kairos, ou faut-il soumettre au référendum obligatoire tout traité qui transfère une compétence ?
- Le tirage au sort doit-il rester un procédé physique et visible, ou peut-on admettre un générateur électronique certifié ? Et qu’est-ce, concrètement, qu’un hasard « vérifiable sans connaissances techniques particulières » ?
- La contrainte dialectique imposée aux médias doit-elle s’étendre à l’expertise scientifique que l’État invoque pour contraindre, avec publication obligatoire des avis dissidents ?
- Faut-il garantir constitutionnellement la liberté de la recherche hétérodoxe, et comment le faire sans consacrer, à l’inverse, une vérité ou une hérésie officielles ?
- Si la croyance collective fabrique des faits dans le monde social, comment empêcher que ceux qui fabriquent la croyance (propriétaires de médias, plateformes, concepteurs d’intelligences artificielles) fabriquent aussi nos « preuves » ?
- Le droit à l’interlocuteur humain doit-il devenir un droit à la décision humaine, interdisant toute décision publique individuelle prise par un dispositif automatisé sans agent nommé et responsable ?
- La protection des données neurales doit-elle s’étendre aux inférences émotionnelles tirées de nos comportements en ligne, ce « ressenti » que les plateformes profilent sans jamais toucher à notre cerveau ?
- L’instruction nationale doit-elle réintroduire l’histoire et la philosophie des sciences dans les cursus scientifiques, comme antidote au cloisonnement des disciplines ?
- Le PIC doit-il ouvrir le cycle « physique et démocratie » proposé en direct, et comment y préserver la frontière entre l’exploration intellectuelle, libre et sans tabou, et la doctrine du mouvement, qui n’adopte aucune métaphysique ?
Conclusion : la gomme
Philippe Guillemant passe sa vie à démontrer que le futur n’est pas écrit à l’encre. Il a peut-être raison ; il a peut-être tort ; nous n’en savons rien, et nous l’avons dit, étage par étage, sans le flatter et sans le moquer.
Mais sa métaphore nous a donné notre question, et elle ne dépend d’aucune équation.
Si le futur est écrit au crayon, quelqu’un tient la gomme. Dans une vie, c’est vous, aux bifurcations, pour peu que vous ayez retrouvé ce qu’il appelle votre souveraineté intérieure. Dans une nation, c’est aujourd’hui un seul homme, qui décide du référendum, de la dissolution et du moment, et qui recalcule l’itinéraire quand le peuple sort de la route prévue.
Le PIC propose de rendre la gomme au peuple. Par le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, par l’Agora tirée au sort qui fait remonter les bifurcations, par un sort qu’on voit tomber, par une contradiction obligatoire qui empêche quiconque de fabriquer seul le consensus, par un droit de toujours parler à un humain quand c’est un humain qui doit répondre.
Nous ne vous demandons pas de croire que la conscience façonne l’espace-temps. Nous vous demandons de parier qu’un peuple libre décide mieux de son avenir qu’un démon qui prétend le calculer.
C’est le pari de l’intelligence collective.
Vous êtes embarqués.
Lisez la Constitution d’urgence, commentez-la, amendez-la : pari-intelligence-collective.org/constitution. Et si vous voulez travailler avec nous : pari-intelligence-collective.org/rejoindre.

#PIC #PourNosEnfants
Annexe A : points saillants du direct
- Le déterminisme est une fiction démontrable, selon l’invité, par des simulations de billard : même avec une précision initiale égale à la longueur de Planck, on ne sait plus, au bout d’une trentaine de chocs, si une boule en a frôlé ou heurté une autre (00:16:21).
- Trois stades et non deux : déterminisme, imprévisibilité, puis un indéterminisme où les boules se trouvent dans une situation analogue au quantique (00:21:25).
- Le futur est déjà réalisé, mais flexible : comme la trajectoire d’un GPS dans le territoire du multivers, il se recalcule aux bifurcations (00:26:28).
- Un second temps est nécessaire pour décrire ces changements : le kairos des Grecs, temps de l’occasion saisie ou manquée (00:33:36).
- La conscience est première : l’espace n’a plus les propriétés d’un espace, et les fluctuations du vide correspondraient à la conscience (00:41:42, 00:43:44).
- Le procès de la science académique : cloisonnement, conformisme, philosophie bannie, formation de techniciens (00:46:49, 00:49:52).
- Le problème de la mesure n’est pas résolu ; l’invité s’appuie sur le solipsisme convivial d’Hervé Zwirn et sur son expérience des enveloppes (00:56:58, 00:59:02).
- L’âme comme interface : information quantique, insensible au temps et donc à la mort, agissant sur le futur par l’autre versant de l’univers (01:02:05, 01:03:05).
- Soma, moi, soi : trois niveaux de conscience, du robot organique à l’intuition authentique et à la joie (01:19:19).
- L’IA ne choisit pas ; seul l’utilisateur choisit ; le danger est son instrumentalisation au service du transhumanisme (01:16:15, 01:58:59).
- La preuve est un gage de consensus, non de vérité ; il faut d’abord changer la conscience collective (01:29:29, 01:30:30).
- Le tirage au sort, pondéré par un hasard quantique sensible au futur, pourrait fonder la désignation des gouvernants ; le Loto ferait l’affaire, et les machines à voter appellent la méfiance (01:37:40, 01:38:42).
- La foi est un lien émotionnel avec son futur, distincte de la foi religieuse (01:46:47).
- Retrouver sa souveraineté intérieure, sans quoi le libre arbitre reste une illusion ; apprendre à penser par soi-même (01:44:46, 01:49:52).
- Pas de soutien à un mouvement politique, mais présence assurée pour défendre le libre arbitre (02:04:07) ; et un appel aux jeunes physiciens à introduire un second temps et à réhabiliter l’éther (02:19:30).
Annexe B : concepts à retenir
Démon de Laplace : l’intelligence fictive qui, connaissant l’état présent de l’univers, en déduirait tout l’avenir (Laplace, 1814). Le symbole du déterminisme intégral.
Imprévisibilité et indéterminisme : un système imprévisible a un avenir fixé que nous ne pouvons pas calculer ; un système indéterministe a un avenir qui n’est pas encore fixé. Toute la thèse de Guillemant se joue dans le passage de l’un à l’autre.
Chaos déterministe : comportement de systèmes régis par des équations déterministes mais si sensibles aux conditions initiales que leur avenir lointain devient incalculable (Poincaré, Lorenz). L’effet papillon en est l’image populaire.
Longueur de Planck : environ 1,6 × 10⁻³⁵ m, échelle en dessous de laquelle les notions ordinaires d’espace et de distance cessent, selon les théories actuelles, d’avoir un sens physique.
Problème de la mesure : l’énigme, non résolue, du passage d’une superposition de possibles à un résultat unique observé.
Décohérence : processus par lequel l’interaction avec l’environnement efface les interférences quantiques ; elle explique pourquoi le monde paraît classique, sans expliquer pourquoi un seul résultat se produit.
Solipsisme convivial : interprétation de la mécanique quantique proposée par Hervé Zwirn, où la réduction s’opère relativement à chaque observateur, les observateurs restant néanmoins d’accord entre eux.
Univers-bloc : lecture de la relativité selon laquelle passé, présent et futur existent également ; l’éternalisme. Concurrencé notamment par le « bloc croissant ».
Espace-temps flexible : hypothèse de Guillemant et Medale (2019) d’un espace-temps unique mais modifiable, alternative à la multiplication des mondes d’Everett.
Chronos, kairos, aiôn : les trois temps des Grecs ; la durée mesurée, le moment opportun, l’éternité. Guillemant fait du kairos le « second temps » des changements de ligne de temps.
Double causalité : idée selon laquelle le futur agit sur le présent autant que le passé, la conscience servant de trait d’union.
Soma, moi, soi : les trois niveaux de conscience du modèle de Guillemant ; l’automatique organique, le présent qui choisit, l’empreinte de l’âme dans le futur.
Synchronicité : coïncidence signifiante sans lien causal apparent, notion forgée par Carl Gustav Jung ; Guillemant en fait le signe d’une bifurcation.
Réduction objective orchestrée : théorie de Roger Penrose et Stuart Hameroff liant les moments de conscience à des réductions d’état quantique, d’origine gravitationnelle, dans les microtubules des neurones.
Clinamen : la déviation infime des atomes qu’Épicure et Lucrèce opposaient au destin ; l’ancêtre philosophique de toute tentative de loger la liberté dans les failles de la mécanique.
Points singuliers : chez Maxwell (1873), les états instables où une influence infime décide de l’issue ; il y logeait la possibilité du libre arbitre.
Souveraineté intérieure : chez Guillemant, la capacité de penser par soi-même sans faire allégeance ; condition, pour le PIC, de toute souveraineté populaire.
Théorème du jury : résultat de Condorcet (1785) selon lequel une assemblée de votants indépendants, chacun un peu plus souvent juste que faux, décide d’autant mieux qu’elle est nombreuse.
Problème de la connaissance : thèse de Hayek (1945) selon laquelle l’information nécessaire à la planification n’existe que dispersée entre les individus, et jamais concentrée en un point.
Théorème de Thomas et prophétie autoréalisatrice : quand les hommes tiennent une situation pour réelle, elle devient réelle dans ses conséquences (Thomas, 1928) ; la croyance produit alors le fait qu’elle annonçait (Merton, 1948).
Klérotérion : machine de tirage au sort de l’Athènes classique, dont le fonctionnement était visible de tous.
Annexe C : antithèses
1. Imprévisible n’est pas indéterminé. La théorie du chaos, telle qu’elle est enseignée, décrit des systèmes déterministes dont l’avenir est fixé mais incalculable. Les excuses de Lighthill en 1986 portent sur la prévisibilité, non sur l’existence d’un avenir ouvert. Le passage à l’indéterminisme ontologique est une interprétation, non un résultat de calcul. Sources : Lighthill, Proceedings of the Royal Society A, 1986 ; article « Effet papillon ».
2. Publié n’est pas validé. L’article de 2019 a passé la relecture d’Annals of Physics, ce qui garantit sa tenue technique, pas l’adhésion de la communauté ; l’invité convient lui-même que ses travaux sont peu discutés. « Non contesté » signifie ici « peu repris », ce qui n’est ni une réfutation ni une confirmation. Source : Guillemant et Medale, Annals of Physics, vol. 409, 2019.
3. L’univers-bloc n’est pas « plus ou moins indiscutable ». L’éternalisme a des concurrents sérieux, dont le bloc croissant de George Ellis, pour qui le futur n’existe pas encore. Source : article « Univers-bloc ».
4. La conscience n’est pas requise par la majorité des interprétations. L’idée qu’un observateur conscient est nécessaire à la réduction, défendue un temps par von Neumann et Wigner, est minoritaire ; les interprétations d’Everett, de Bohm, les théories de réduction spontanée et le QBisme s’en passent. Penrose lui-même fait de la gravité, et non de la conscience, la cause de la réduction : chez lui, la conscience résulte de la réduction plus qu’elle ne la provoque. Sources : article « Problème de la mesure quantique » ; article « Réduction objective orchestrée » ; Zwirn, « Everett interpretation and Convivial Solipsism », 2023.
5. Les enveloppes ne sont pas une expérience décisive. Une fois le nombre aléatoire enregistré, imprimé et mis sous pli, la décohérence rend toute interférence entre les « deux millions de possibilités » pratiquement impossible à observer. Aucun protocole ne permet de distinguer « les possibilités subsistent jusqu’à l’ouverture » de « le résultat est fixé depuis l’impression » ; telle qu’énoncée, l’affirmation n’est pas réfutable. Source : article « Décohérence quantique ».
6. Les microtubules ne prouvent pas l’âme. Une étude de 2024 montre qu’un stabilisateur des microtubules retarde la perte de conscience sous anesthésie chez le rat, ce qui est compatible avec un rôle des microtubules dans la conscience ; elle ne dit rien d’une information quantique qui survivrait à la mort. Source : Khan et al., eNeuro, 2024.
7. Les poussins de Peoc’h sont contestés. Publiés dans des revues de parapsychologie (Journal of the Society for Psychical Research, 1988 ; Journal of Scientific Exploration, 1995 ; Journal of Parapsychology, 2002), ces travaux n’ont pas été répliqués de façon indépendante dans une revue à comité de lecture ; un effet de bord de l’enceinte et des erreurs statistiques ont été invoqués par des critiques. « Incontestable » est donc inexact. Source : Psi Encyclopedia, notice « René Peoc’h ».
8. La vision à distance n’a pas convaincu ses commanditaires. Le programme américain Stargate, qui l’étudiait, a été clos en 1995 après une évaluation concluant qu’elle n’avait jamais été utile à une opération de renseignement, même si les deux experts mandatés divergeaient sur la réalité statistique des effets. Sources : articles « Stargate Project » et « Monroe Institute ».
9. Le hasard des mutations a été testé. L’expérience de Luria et Delbrück (Genetics, 1943) a montré que les mutations bactériennes surviennent indépendamment de la sélection qui les favorise ensuite ; remettre en cause « le hasard des mutations » exige d’affronter ce résultat et sa descendance, ce que le direct ne fait pas.
10. La preuve n’est pas qu’un consensus. Kuhn montre que ce sont des anomalies têtues qui font tomber les paradigmes, et Planck que la vérité nouvelle finit par s’imposer ; aucun des deux ne dit qu’il faudrait séduire avant de prouver. Sources : La Structure des révolutions scientifiques ; « Planck’s principle ».
11. Le choix de la machine est une question ouverte. Pour les philosophes compatibilistes, choisir peut se définir par des fonctions (délibérer, évaluer, agir selon des raisons) qu’une machine pourrait remplir ; dire que l’IA « ne choisit pas » suppose une définition du choix que tous ne partagent pas.
12. Covid et identité numérique : une étiquette et une affirmation. Conspiracy Watch présente l’invité comme un ancien ingénieur du CNRS s’étant illustré, depuis la crise sanitaire, par des positions conspirationnistes. En novembre 2020, Breizh-info reprenait un texte publié par lui sous le titre « Le principal but de la vaccination n’est pas d’ordre sanitaire ». L’affirmation d’une intention cachée reste à prouver ; la qualification de conspirationniste reste, elle, une appréciation. Sources : Conspiracy Watch ; Breizh-info, 26 novembre 2020.

13. Le transhumanisme n’est pas en échec manifeste. L’invité voit dans la Covid et dans la multipolarité la preuve de son échec ; les investissements massifs dans l’intelligence artificielle générale et dans les interfaces cerveau-machine plaident plutôt pour une offensive en cours. C’est un jugement politique, non un constat.
Sources
Toutes les adresses ci-dessous ont été consultées ou vérifiées le 28 octobre 2026.
Le direct, l’invité et ses travaux
- Politoscope TV, « [DIRECT] Philippe Guillemant : quand la physique pulvérise le matérialisme », direct du 13 mai 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=LxitGmvJQ0c
- P. Guillemant et M. Medale, « A unique but flexible space-time could challenge multiverse theories », Annals of Physics, vol. 409, 2019, article 167907 : https://doi.org/10.1016/j.aop.2019.05.005
- P. Guillemant et M. Guyon, « Quantum Gravity Consciousness Could Cause Brain Controlled Atemporal Evolution of Space-Time », prépublication, Qeios, 2024 : https://doi.org/10.32388/g7a24r
- P. Guillemant et J. Vicente, « Real-time identification of smoke images by clustering motions on a fractal curve with a temporal embedding method », Optical Engineering, 2001 : https://doi.org/10.1117/1.1355254
- J. Vicente et P. Guillemant, « An image processing technique for automatically detecting forest fire », International Journal of Thermal Sciences, 2002 : https://doi.org/10.1016/s1290-0729%2802%2901397-2
- P. Guillemant et J. Morisson, La Physique de la conscience, Guy Trédaniel, 2015 (extrait de l’éditeur) : https://www.calameo.com/books/004884852d63305ac5a4c
- P. Guillemant et collectif, Le Grand Virage de l’humanité, Guy Trédaniel (fiche et extraits) : https://actualitte.com/livres/612167/extraits/le-grand-virage-de-l-humanite-philippe-guillemant-benoit-flamec-laurence-rousseau-jacques-vallee-collectif-9782813228727
- P. Guillemant, Hyperphysique des OVNIs (fiche du diffuseur) : https://export.side.fr/en/9782357844155-hyperphysique-des-ovnis
- Conspiracy Watch, notice « Philippe Guillemant » : https://www.conspiracywatch.info/philippe-guillemant
- Breizh-info, « Covid-19 et contrôle des masses. Le principal but de la vaccination n’est pas d’ordre sanitaire », 26 novembre 2020 : https://www.breizh-info.com/2020/11/26/154584/covid-19-et-controle-des-masses-le-principal-but-de-la-vaccination-nest-pas-dordre-sanitaire/
Chaos, prévisibilité et déterminisme
- Démon de Laplace (Laplace, Essai philosophique sur les probabilités, 1814) : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mon_de_Laplace
- J. C. Maxwell, essai sur le déterminisme et le libre arbitre, Cambridge, 11 février 1873 (texte et contexte) : https://www.princeton.edu/~hammett/Maxwell/freewill.html
- H. Poincaré, Science et méthode, 1908 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Science_et_M%C3%A9thode
- Émile Borel : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Borel
- Effet papillon (Lorenz) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_papillon
- M. Berry, « Regular and irregular motion », 1978, dans la version popularisée par N. N. Taleb : https://www.goodreads.com/quotes/10822985-michael-berry-wrote-a-paper-called-regular-and-irregular-motion
- Gizmodo, sur les limites physiques des coups de billard d’après Michael Berry : https://gizmodo.com/the-physical-limit-of-trick-shots-in-billiards-1532036405
- J. Lighthill, « The recently recognized failure of predictability in Newtonian dynamics », Proceedings of the Royal Society A, 1986 : https://doi.org/10.1098/rspa.1986.0082
- Longueur de Planck : https://fr.wikipedia.org/wiki/Longueur_de_Planck
Mécanique quantique, temps et conscience
- Problème de la mesure quantique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_de_la_mesure_quantique
- Décohérence quantique : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9coh%C3%A9rence_quantique
- H. Zwirn, « Everett interpretation and Convivial Solipsism », arXiv, 2023 : https://arxiv.org/abs/2301.07532
- Hervé Zwirn : https://fr.wikipedia.org/wiki/Herv%C3%A9_Zwirn
- Univers-bloc : https://fr.wikipedia.org/wiki/Univers-bloc
- Roger Penrose : https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Penrose
- Réduction objective orchestrée : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9duction_objective_orchestr%C3%A9e
- Khan et al., « Microtubule-Stabilizer Epothilone B Delays Anesthetic-Induced Unconsciousness in Rats », eNeuro, 2024 : https://www.eneuro.org/content/11/8/ENEURO.0291-24.2024
- Effet Casimir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Casimir
- Alain Aspect : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Aspect
- Gravitation quantique à boucles : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gravitation_quantique_%C3%A0_boucles
- Synchronicité (Jung) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Synchronicit%C3%A9
- Kairos : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kairos
Parapsychologie et renseignement
- Psi Encyclopedia, notice « René Peoc’h » : https://psi-encyclopedia.spr.ac.uk/articles/rene-peoch/
- Stargate Project : https://en.wikipedia.org/wiki/Stargate_Project
- Monroe Institute : https://en.wikipedia.org/wiki/Monroe_Institute
- S. E. Luria et M. Delbrück, « Mutations of bacteria from virus sensitivity to virus resistance », Genetics, 1943 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Luria_et_Delbr%C3%BCck
Histoire des idées
- Clinamen (Épicure, Lucrèce) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Clinamen
- Lucrèce, De rerum natura : https://fr.wikipedia.org/wiki/De_rerum_natura
- Pari de Pascal : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pari_de_Pascal
- Spinoza, Éthique, 1677 : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thique_%28Spinoza%29
- Kant, Critique de la raison pratique, 1788 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Critique_de_la_raison_pratique
- Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?, 1784 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%27est-ce_que_les_Lumi%C3%A8res_%3F
- La Boétie, Discours de la servitude volontaire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire
- Cesare Cremonini : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cesare_Cremonini
- Ludwik Fleck : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwik_Fleck
- T. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, 1962 : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Structure_des_r%C3%A9volutions_scientifiques
- Principe de Planck : https://en.wikipedia.org/wiki/Planck%27s_principle
- Théorème de Thomas : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Thomas
- Prophétie autoréalisatrice (Merton) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Proph%C3%A9tie_autor%C3%A9alisatrice
- W. James, The Will to Believe, 1896 : https://en.wikipedia.org/wiki/The_Will_to_Believe
- Walter Lippmann : https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Lippmann
- Edward Bernays : https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays
Démocratie, sort et connaissance
- Théorème du jury de Condorcet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_du_jury_de_Condorcet
- F. Hayek, « The Use of Knowledge in Society », 1945 : https://en.wikipedia.org/wiki/The_Use_of_Knowledge_in_Society
- F. Hayek, « The Pretence of Knowledge », conférence Nobel, 1974 : https://www.nobelprize.org/prizes/economic-sciences/1974/hayek/lecture/
- Klérotérion : https://en.wikipedia.org/wiki/Kleroterion
- Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748 : https://fr.wikipedia.org/wiki/De_l%27esprit_des_lois
- Fustel de Coulanges : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fustel_de_Coulanges
- Fustel de Coulanges, La Cité antique, 1864 : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Cit%C3%A9_antique
- Étienne Chouard : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Chouard
- Référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_fran%C3%A7ais_sur_le_trait%C3%A9_%C3%A9tablissant_une_constitution_pour_l%27Europe
- Traité de Lisbonne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Lisbonne
- Référendum d’initiative partagée : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_d%27initiative_partag%C3%A9e
- Transhumanisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme
Le PIC

- La Constitution d’urgence du PIC : https://pari-intelligence-collective.org/constitution
- Titre I, article 6, du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-6-referendum-initiative-citoyenne-matieres/
- Titre I, article 11, des règles communes de décompte, de délai et de tirage au sort : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-11-regles-communes-decompte-delai-tirage-sort/
- Titre I, article 12, de la sincérité et de la vérifiabilité des scrutins : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-12-sincerite-verifiabilite-scrutins/
- Titre II, article 8, de l’Agora citoyenne : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-8-agora-citoyenne-sept-mille-cent/
- Titre V, article premier, de l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-1-integrite-psychique/
- Titre V, article 3, de l’intégrité physique et du principe de précaution médicale : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-3-integrite-physique-principe-precaution/
- Titre V, article 5, du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-5-pluralisme-opposable-contrainte-dialectique/
- Titre V, article 7, de la vie privée mentale et des données neurales : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-7-vie-privee-mentale-donnees-neurales/
- Titre IX, article 5, de la revalorisation de l’instruction nationale : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ix-identite-culture-instruction/titre-ix-art-5-revalorisation-instruction-nationale/
- Titre XII, article premier, du droit à l’interlocuteur humain : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xii-dignite-personne-face/titre-xii-art-1-droit-interlocuteur-humain/
- Titre XII, article 2, du refus de la substitution trompeuse de la machine à l’humain : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xii-dignite-personne-face/titre-xii-art-2-refus-substitution-trompeuse-machine-humain/
- Politoscope.fr, « Qui tient l’antenne tient le référendum » : https://politoscope.fr/?p=1270
- Rejoindre le PIC : https://pari-intelligence-collective.org/rejoindre/