Jacques Cheminade, soixante ans de combat contre le féodalisme financier : dissertation au prisme du #PIC à partir du direct de Politoscope TV du 27 mai 2026, avec dix questions aux militants
⚜️ « Le PIC répond » ⚜️
Jacques Cheminade, invité de Politoscope TV en direct le 27 mai 2026, face à Frédéric Bascuñana et au salon vocal du PIC. Vidéo intégrale et originale sur la chaîne Politoscope TV : https://www.youtube.com/watch?v=MkzQSTRDXTQ
« Beaucoup de gens parlent d’admettre les ouvriers en participation des produits et des bénéfices ; mais cette participation que l’on demande pour eux est de pure bienfaisance : on n’a jamais démontré, ni peut-être soupçonné, qu’elle fût un droit naturel, nécessaire, inhérent au travail, inséparable de la qualité de producteur jusque dans le dernier des manœuvres. »
Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, 1840 ; passage lu en direct par Jacques Cheminade 02:10:39
Fiche technique
Objet commenté. « Répondre au cri du peuple : Jacques Cheminade, 60 ans de combat contre le féodalisme financier », direct de Politoscope TV, codiffusé par la chaîne de Chien Surpris, le 27 mai 2026, de 21 h 15 à 2 h 36 (heure de Paris) ; 5 h 20 min 48 s d’enregistrement, dont deux heures et demie avec l’invité, le reste étant consacré à l’épilogue éditorial de l’hôte puis aux échanges du salon vocal ; 697 vues relevées le 28 octobre 2026.
Invité. Jacques Cheminade, 84 ans, né à Buenos Aires en 1941, diplômé d’HEC (1963), ancien élève de l’ENA (promotion Jean-Jaurès, 1969), attaché commercial de l’ambassade de France aux États-Unis, en poste à New York de 1972 à 1977, compagnon de route de Lyndon LaRouche depuis leur rencontre de 1974, fondateur de Solidarité et progrès (1996) ; trois fois candidat à l’élection présidentielle : 0,28 % en 1995, 0,25 % en 2012, 0,18 % en 2017.
Texte de référence. Son livre Répondre au cri du peuple (Éditions Glyphe, 2026), quelque 280 pages selon la présentation qu’en donne l’hôte en ouverture.
Animation. Frédéric Bascuñana, avec Alain au salon vocal ; interventions d’Alain Gonzalez, de Marco (alias « Simple d’esprit »), de La Maronneuse, de L’Observateur, de Pierre-Alain, d’Olivier Broust, et une question du fil de discussion (Émilie).
Méthode. Transcription automatique intégrale (sous-titres de YouTube) lue de bout en bout, sur les cinq heures vingt ; les passages substantiels de l’invité sont cités dans leur quasi-intégralité, débarrassés des seules scories de la transcription (noms propres, ponctuation, hésitations de l’oral), les coupes étant signalées par […] ; chaque citation porte son horodatage, cliquable, qui renvoie à la minute de la vidéo. Les affirmations de fait de l’invité lui sont attribuées ; celles qui prêtent à discussion sont confrontées aux sources en annexe C. Le projet de Constitution d’urgence du PIC est cité dans son état en ligne du 28 octobre 2026.
Ouverture : un plan pour l’humanité, une question pour la France
Il était presque une heure du matin, Jacques Cheminade avait quitté le plateau depuis une vingtaine de minutes, et c’est un auditeur du salon vocal qui a trouvé la formule que personne n’avait osé prononcer devant lui : « il a un plan pour l’humanité, il a un plan pour la civilisation, et les gens demandaient un plan pour la France qui puisse être enclenché demain » 02:53:23.
La phrase est injuste.
Elle est aussi exacte.
Injuste, parce que l’homme qui venait de parler deux heures et demie sans une note, à quatre-vingt-quatre ans, avec une toux qu’il n’a jamais laissé l’emporter sur l’argument, n’a rien d’un rêveur : il a vu la guerre d’Algérie, la crise de Cuba, Mai 68 depuis les bancs de l’ENA, Wall Street depuis un bureau de l’ambassade, et trois campagnes présidentielles dont la première s’est soldée par le rejet de ses comptes, l’hypothèque de son appartement et, douze ans plus tard, la saisie de son compte en banque. On peut tout lui reprocher, sauf de parler de ce qu’il ne connaît pas.
Exacte, parce que, chaque fois qu’un participant a posé la question de l’outil (qui décide du crédit ? par quel mécanisme sort-on de l’euro ? quelle réforme institutionnelle, demain matin ?), la réponse est partie vers les cimes : Nicolas de Cues, la paix de Westphalie, la coïncidence des opposés, le discours de Mexico. Ce sont de belles cimes. On y respire mieux qu’à Bercy. Mais on n’y vote pas.
Ce texte voudrait rendre à Jacques Cheminade ce qui lui revient (beaucoup), et dire ce qui lui manque (une chose, mais décisive).
Ce qui lui revient : un diagnostic que nous partageons presque entièrement, et qu’il formulait, souvent seul et sous les quolibets, quand ceux qui le moquaient vantaient encore la « mondialisation heureuse ». Nous avons relu ses réponses minute par minute ; elles tiennent. La France est gouvernée par une hiérarchie de l’héritage, du diplôme et de l’argent ; 1986 est une date plus décisive que 1992 ; la porte tournante entre la haute fonction publique et la finance a rajeuni d’une génération ; la souveraineté sans crédit est un mot ; et le crédit sans production est une bulle.
Ce qui lui manque, il l’a dit lui-même, en une phrase, vers deux heures du matin, au détour d’une réponse sur la banque nationale : « C’est la clé, c’est la participation du peuple aux décisions » 02:09:38.
Tout est là.
La clé est nommée ; elle n’est pas taillée. Et tant qu’elle ne l’est pas, le plus juste des diagnostics reste à la merci du premier serrurier venu, fût-il animé des meilleures intentions : un président, un plan, une agence, un parti, un homme providentiel. Notre méthode est celle de la maison. Nous acceptons le diagnostic, presque entièrement. Nous déplaçons la cause d’un cran plus bas et de quelques siècles plus tôt : ce n’est pas d’abord la finance qui a confisqué le crédit ; c’est le peuple qui n’a jamais été admis à le décider, ni sous Sully, ni sous Law, ni sous le Conseil national de la Résistance, ni sous Delors. La finance n’a fait qu’occuper une place que personne ne lui disputait.

Nous suivrons huit mouvements. D’abord le réquisitoire de l’invité, puis ses dates du déclin. Ensuite son économie physique et sa banque nationale, puis sa doctrine de la paix. Viendra un détour par les chemins de traverse de l’histoire, de Solon à Jacques Delors, pour montrer que le crédit a souvent changé de maître sans jamais changer de souverain. Puis le bémol, qui est le cœur : qui décide ? Puis ce que la Constitution d’urgence du PIC a déjà écrit, en réponse précise aux questions que l’invité a laissées ouvertes. Enfin les cinq « cartouches » que Frédéric Bascuñana a ajoutées après son départ, passées au banc d’essai. Dix questions aux militants, une conclusion, trois annexes et les sources fermeront la marche.
I. Le réquisitoire : un pays occupé
1. Une hiérarchie de l’héritage, du diplôme et de l’argent
Invité à ouvrir la soirée, Jacques Cheminade commence par le négatif, et le négatif tient en quatre mots : « la France est un pays occupé. C’est dominé par une hiérarchie de l’héritage d’abord, du diplôme ensuite et surtout de la finance, du monde de l’argent. Et cette finance le rend tout à fait en adhésion avec ce qui se passe au sein de l’oligarchie financière, et même des gens qui ne voudraient pas participer de cet ordre-là, ils participent tout de même parce qu’ils sont pris dans une sorte de nasse dans laquelle, s’ils font autrement, ils seront chassés hors du lieu public » 00:07:09.
La nasse : le mot est juste, et il est le nôtre. Une nasse ne retient pas le poisson par la force ; elle le laisse entrer, et lui interdit seulement de ressortir. Elle n’a pas besoin de gardien.
Suit une anecdote qui vaut un traité de sociologie. Convoqué, « fort aimablement d’ailleurs », par les Renseignements généraux, Jacques Cheminade s’entend expliquer qu’on cherche à savoir qui il est : « et chaque fois on prend un costume. On a une cinquantaine ou une centaine de costumes, là, on les essaie sur vous et ça ne va pas. Donc vous êtes le premier à qui ça ne va pas » 00:08:11. Il ajoute, avec l’ironie froide qui le caractérise, qu’en réalité on ne cherchait pas à savoir qui il était : on cherchait « à faire un autre costume qui pourrait servir ».
Tout l’art de la disqualification politique française est dans ce vestiaire. On ne réfute pas : on habille. Frédéric Bascuñana l’avait dit en ouverture, en dressant la liste des étiquettes qu’on n’arrive pas à coller à l’invité (souverainiste, « mais pas comme vous l’entendez » ; anti-européen, « non, anti-empire » ; complotiste, « mais non, documenté, c’est pas pareil ») avant de conclure que, faute de case, on sort « le mot magique », et « hop, circulez » 00:03:04.
Quant aux journalistes, l’invité refuse de les accabler : « je ne les blâme pas, eux, ils sont généralement de plus en plus maltraités, et c’est la hiérarchie des éditorialistes qui obéissent aux politiques, et les grands dirigeants du monde financier qui achètent des journaux ou des médias qui sont tous perdants financièrement, mais qui assurent leur promotion sociale et le maintien de leur monde » 00:08:11. La remarque est plus profonde qu’elle n’en a l’air : un média déficitaire qu’on garde est un actif politique, pas un actif financier. On ne l’achète pas pour gagner de l’argent ; on l’achète pour ne pas en perdre ailleurs.
2. Du fascisme financier au complexe techno-militaro-financier
L’expression qui a fait la réputation de Jacques Cheminade, et qui lui a valu les sarcasmes de trois campagnes, est celle de « fascisme financier ». Frédéric Bascuñana lui demande en quoi elle se distingue d’un capitalisme simplement dérégulé. La réponse est historique, et elle commence par Marx : la classe dirigeante, « pour ne pas être mise en cause et pour ne pas subir ce que Marx annonçait, qu’un jour elle serait remplacée par les ouvriers, elle a fait deux choses. D’abord, elle a créé une situation où elle peut contrôler les manières de penser des gens et en même temps elle peut contrôler ce qu’elle produit et créer quelque chose qui assure un cycle fermé du produit : c’est l’obsolescence programmée. […] On appelle ça à tort le productivisme. Ce n’est pas le productivisme. C’est une forme de tenir […] par la consommation, de plus en plus basée sur une frustration et une domination » 00:10:13.
Le deuxième temps est celui des loisirs. L’invité cite Michel Clouscard et son « capitalisme de la séduction », puis les accords Blum-Byrnes de 1946, par lesquels la France, en échange de l’effacement d’une partie de ses dettes de guerre, ouvre ses écrans au cinéma américain. Et il précise, ce qui n’est pas un détail : « Je ne suis pas un ennemi des États-Unis, des Américains, mais je suis un ennemi de ce qui occupe les États-Unis » 00:12:14.
Le troisième temps est monétaire. Depuis le 15 août 1971, date à laquelle Richard Nixon suspend la convertibilité du dollar en or, « on a accumulé une véritable pyramide de Ponzi d’argent, de fausse monnaie, qui à partir du 15 août 1971 […] a créé ce Far West dans lequel, dans tous les sens, on peut investir, faire de l’argent avec de l’argent » 00:12:14. Cette bulle, poursuit-il, « aujourd’hui, elle ne peut plus être maîtrisée avec ces méthodes libérales » ; on est donc passé « à un stade plus dur, qu’on voit aux États-Unis, ce que j’ai appelé le fascisme financier » 00:13:15.
Plus tard dans la soirée, répondant à Olivier Broust, il actualise lui-même son vocabulaire : « aujourd’hui, je ne parle plus de fascisme financier. Je parle d’un fascisme techno-militaro-financier, qui a pris le pouvoir dans tout ça et qui finance toute l’industrie militaire aux États-Unis » 02:05:33. Dès l’ouverture, il en avait décrit les trois pieds : la maîtrise de la technologie, celle de l’argent, celle « des applications dans le militaire », formant « un complexe techno-militaro-financier, avec évidemment les médias qui viennent les servir » 00:09:13.
Le quatrième temps est celui de la cryptomonnaie. Donald Trump et son entourage « veulent créer un circuit financier qui sera même hors des banques, plus puissant que les banques, et qui assurera la perpétuation de ce système. Alors moi, je pense que c’est une folie, ça ne peut pas durer » 00:14:16. Plus loin, il précise sa position : les cryptomonnaies privées « ne doivent pas avoir cours légal en tant que telles » ; seules des monnaies numériques d’État pourraient prétendre à la garantie publique 02:13:45.
3. La riposte du monde : le gel des avoirs comme accélérateur
Le passage le plus convaincant de ce premier mouvement n’est pas le plus spectaculaire. Il concerne le gel des avoirs. Les neuf milliards de dollars de la banque centrale afghane, puis les deux à trois cents milliards de la Banque centrale de Russie, immobilisés en Occident, ont produit, explique l’invité, un effet de démonstration : « d’autres pays se sont dit : si on fait des choses différentes de ce qu’ils veulent, ils vont prendre aussi notre argent. Donc il y a une résistance, et cette résistance, c’est celle des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai. […] Ce n’est pas une résistance uniforme, ce n’est pas une résistance organisée, mais c’est une résistance de gens qui disent : on ne veut pas de ce système dans lequel on n’a aucune chance » 00:14:16.
Retenons la prudence de la formule (ni uniforme, ni organisée) : elle tranche avec l’enthousiasme de certains « multipolaristes » de plateau. Elle s’accompagne pourtant d’un éloge de la Chine que nous discuterons plus loin, et d’un chiffre (une espérance de vie chinoise désormais « supérieure à l’espérance de vie américaine » 00:15:18) qui mérite d’être nuancé : les deux courbes se sont croisées autour de 2020 et se tiennent aujourd’hui à quelques mois d’écart, autour de soixante-dix-neuf ans (annexe C).
4. La classe Epstein et l’aveu de Palantir
Deux passages de ce premier mouvement ont été particulièrement relayés dans le fil de discussion.
Le premier : « Nous, on appelle ça la classe Epstein, c’est-à-dire tous les gens qui ont trempé dans cette affaire Epstein, qui n’est pas avant tout une affaire sexuelle : c’est une affaire financière, et entretenue par des milieux financiers pour tenir une société, tenir un instrument de chantage » 00:17:22. L’hypothèse du chantage comme technique de gouvernement n’est pas neuve ; elle reste, à ce jour, une hypothèse, et l’invité la présente comme une lecture, non comme un fait jugé.
Le second est une citation, que Jacques Cheminade lit en l’attribuant au patron de Palantir, l’entreprise de renseignement dont les outils ont servi, dit-il, à cibler les frappes contre l’Iran et le Liban : « les rivaux des États-Unis devraient se coucher effrayés, ils devraient se lever effrayés. Être en sécurité signifie que l’autre a peur ». Et son commentaire : « Voilà la nouvelle forme du fascisme militaro-techno-financier, appuyé par les médias » 00:22:30.
Entre les deux, une observation sur la religiosité du pouvoir américain qu’on aurait tort de tenir pour pittoresque : la photographie d’un président entouré de pasteurs qui lui imposent les mains, un secrétaire à la Défense rebaptisé secrétaire à la Guerre, un vice-président qui conteste au pape Léon XIV sa compétence en matière de guerre juste. « Il y a tout un relent curieux de religiosité derrière, qui est extrêmement inquiétant », dit l’invité, qui y voit une fabrique de populations « qui obéissent et qui sont prêtes à s’imposer dans le monde » 00:21:28. Un auditeur, Alain Gonzalez, rappellera à juste titre que George W. Bush organisait déjà des prières collectives à la Maison-Blanche 00:47:03. La nouveauté n’est pas la prière ; c’est le complexe industriel qui prie avec elle.
5. Ce qui bouge en Amérique
Jacques Cheminade n’est pas un antiaméricain ; il est, à sa manière, un américaniste déçu, formé à New York, nourri d’Alexander Hamilton, et qui croit encore à un sursaut venu de l’intérieur. Il cite son amie politique Diane Sare, candidate indépendante, et les double haters (littéralement « ceux qui détestent les deux camps »), qui représenteraient selon lui « 35 à 40 % des Américains » 00:23:32. Il cite l’élection de Zohran Mamdani à New York, et ce fait qui le frappe : une part importante de l’électorat juif new-yorkais (il avance 35 à 40 % ; les sondages de sortie des urnes disent 33 %) a voté pour un candidat qui a prêté serment sur le Coran 00:24:32. « La personne de Mamdani n’est pas si importante, mais c’est ce mouvement en profondeur qui est en train d’apparaître aux États-Unis » 00:25:33.
De là, une proposition d’action concrète, la seule de la soirée qui soit formulée à l’échelle d’un citoyen : écrire au Congrès américain pour lui demander de couper les crédits de guerre. « Il faut couper à Trump le moyen de faire la guerre, donc lui refuser de l’argent pour faire la guerre. Couper le cordon de l’argent » 00:26:35. Et cette définition du patriotisme, qui vaut d’être retenue : « si on est vraiment patriote, on voit le monde entier qui communique, et on est aussi citoyen du monde. Les deux. C’est un peu un paradoxe, mais c’est une réalité » 00:26:35.
Retenons la méthode : la pression citoyenne sur le détenteur du pouvoir budgétaire. C’est exactement la logique du référendum financier que nous défendons ; à ceci près que, chez nous, il ne s’agirait pas d’écrire au Congrès d’un autre pays, mais de décider soi-même.
II. Les dates du déclin : 1974, 1986, et la porte tournante
1. « Je vais essayer d’être gentil pour Georges Pompidou »
Alain Gonzalez pose la question que tout le monde attendait : quelle date, quel événement a fait basculer la France ? Maastricht ? Lisbonne ? L’euro ? La réponse refuse les dates de manuel : « Alors, je vais essayer d’être gentil pour Georges Pompidou. C’est à la mort de Georges Pompidou. C’est là que commence, sous Giscard d’Estaing, une politique progressive d’affaiblissement de ce que représente la puissance publique en tant que défenseur du peuple et, disons, aimant et connaissant le peuple. Alors la date plus précise, c’est 1986. C’est l’Acte unique, qui prévoit qu’il faut laisser la circulation des biens, des services, des capitaux et des hommes » 00:48:03.
Le choix de 1986 plutôt que de 1992 est celui d’un connaisseur. L’Acte unique, signé en février 1986, entré en vigueur en juillet 1987, et la directive de juin 1988 qui libère totalement les mouvements de capitaux à compter de 1990, ont fait davantage pour la dépossession monétaire que le traité de Maastricht, qui n’en a été que la conséquence institutionnelle. Le politiste Rawi Abdelal, professeur à Harvard, a même montré que ce sont des Français (Jacques Delors à la Commission, Michel Camdessus au Trésor puis au FMI, Henri Chavranski à l’OCDE) qui ont écrit les règles de la libéralisation financière mondiale : il appelle cela le « consensus de Paris ». Jacques Cheminade nomme les mêmes acteurs, de mémoire, sans citer Abdelal 00:49:04. La convergence est remarquable.
2. Le témoignage de Michel Rocard
L’invité raconte avoir rencontré, à cette époque, Michel Rocard, « quelqu’un qui avait le mérite d’être honnête », qui lui aurait confié : « on est passé par-dessus ma tête pour le faire ». Et Jacques Cheminade de résumer le pari des architectes de 1986 : ils pensaient « qu’on allait attirer de l’argent en France et que cet argent allait s’investir dans l’industrie sans avoir besoin de passer par l’épargne des Français. Ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Cet argent est allé dans le jeu financier et peu à peu, les sociétés françaises ont été acquises par des pouvoirs étrangers » 00:49:04.
Il cite ensuite le livre de Laurent Izard, La France vendue à la découpe, et le rôle des trois grands gestionnaires d’actifs, BlackRock, Vanguard et State Street, qui ne possèdent jamais beaucoup d’une entreprise française mais toujours assez pour avoir « voix au chapitre » 00:50:05.
3. L’ENA au bord de la bascule
Le passage le plus personnel, et peut-être le plus précieux, est celui où l’ancien élève de l’ENA raconte la transformation de son propre milieu. En 1969, à la sortie de l’école, « les gens sont au bord de la bascule mais n’y sont pas : ils servent l’État. Ils croient qu’ils sont sortis de la cuisse de Jupiter du concours de l’ENA pour servir l’État et leur propre carrière. Mais rapidement, ils voient que la puissance est dans le financier. Et quand je suis revenu en France, en 1978 [sic], j’ai trouvé toutes les choses transformées. Les gens travaillaient dans l’administration pour pouvoir avoir un point de chute où ils gagneraient cinq ou six fois ce qu’ils gagnaient dans l’administration, dans le secteur privé » 00:51:08.
Puis vient le jugement sur 1981, qui surprendra ceux qui le croient « de gauche » : « en 1981, la gauche a nationalisé ; ce n’est pas une nationalisation, c’est une étatisation, en fait, et ce n’était pas dans l’intérêt premier de la nation. Et les gens qui ont été placés dans les nouvelles sociétés étatisées étaient des gens qui avaient la même vision, la même forme de pensée, le même état d’esprit que ceux qui auparavant étaient dans les sociétés privées. Donc on a eu une oligarchie des portes tournantes public-privé » 00:51:08.
La distinction entre nationalisation et étatisation est capitale, et nous y reviendrons : elle contient en germe toute la question que l’invité ne résoudra pas. Une entreprise étatisée appartient à l’État ; une entreprise nationalisée devrait appartenir à la nation. Entre les deux, il y a exactement l’épaisseur d’un peuple.
4. Le pantouflage rajeuni
Un détail chronologique, enfin, qui dit tout de la mutation : « avant, on pantouflait, mais on pantouflait dans le privé à l’âge de 55 ans environ. Là, la porte tournante public-privé, c’est entre 25 et 40 ans » 00:52:10. Le haut fonctionnaire n’achève plus sa carrière dans la banque ; il la commence à l’État pour la monnayer ensuite. L’État n’est plus le sommet d’une vie de service : il est le stage de fin d’études de la finance.
L’invité en tire un exemple contemporain, que nous lui laissons : si Gabriel Attal a pris le contrôle du groupe Renaissance, ce ne serait pas pour ses talents, mais parce que « le groupe Renaissance a plusieurs dizaines de millions dans ses caisses » 00:52:10. Prendre l’argent là où il est : la porte tournante a aussi une version partisane.
5. Les données des Français et la guerre cognitive
Dernier étage du déclin : l’infrastructure numérique. Marco ayant évoqué les pressions allemandes sur la dissuasion nucléaire française, Jacques Cheminade élargit : « on a déjà perdu une partie » de nos outils de souveraineté, avec des données militaires sur le nuage de Microsoft, l’Éducation nationale liée au même fournisseur, et les données de santé des Français hébergées sur des serveurs de Microsoft (c’est le dossier du Health Data Hub, « plateforme des données de santé ») 01:04:20. Il ajoute une phrase que nous aurions pu signer : « ne discutons pas prioritairement du vaccin ou de l’antivaccin, discutons de l’occasion qui a été prise pour prendre le contrôle de notre système de santé, et la mise en contrôle aussi mental de la population. C’est ça qui est important » 01:04:20.
Sur la guerre cognitive, interrogé par l’hôte, il donne cette définition : « C’est dominer, empêcher qu’on change de manière de penser aujourd’hui, et qu’on reste collé à ces perceptions, collé à ce qui vous convient, et qu’on ne prenne pas les risques pour penser de manière créatrice » 00:54:10. Et il oppose à l’innovation marchande la création véritable : « La création, c’est un principe physique nouveau, découvrant dans l’univers quelque chose qui n’était pas auparavant et que vous maîtrisez. Ça a été la fusion nucléaire par exemple, mais vous avez à la faire en vue du bien commun. Si vous ne la faites pas en vue du bien commun, ça devient une arme » 00:54:10.
Une dernière observation de l’invité, glissée en fin de réponse, rejoint très exactement la thèse que Frédéric Bascuñana développe dans son livre en cours (La dépression plutôt que la répression) : au moment de la guerre d’Irak, « des centaines de milliers de gens » étaient dans la rue ; « aujourd’hui, sur la guerre, il n’y a pas eu de gens dans la rue. […] Je crois que c’est aussi parce qu’on a anesthésié et sidéré l’opinion » 00:46:01. Le pouvoir moderne n’a plus besoin de disperser les foules. Il lui suffit qu’elles ne se forment pas.
III. L’économie physique et la banque nationale
1. Produire plus par être humain
C’est la notion la plus singulière du corpus de Jacques Cheminade, héritée de Lyndon LaRouche, et elle a fait sourire des générations de journalistes qui ne l’avaient pas lue : l’économie physique. Frédéric Bascuñana lui demande quelle serait, s’il était aux commandes demain matin, la première mesure pour amorcer la transition. Réponse : « regarder par tous les moyens comment on peut faire pour augmenter le potentiel de densité démographique relatif. Ça, ce sont des termes ronflants, hein. Mais la réalité, c’est de regarder quelle est la population qu’on peut nourrir, développer et rendre meilleure, à un niveau de conscience plus élevé, en produisant plus par unité de masse, par unité de surface et surtout par être humain » 00:29:37.
L’invité ancre aussitôt l’idée dans la tradition biblique (les conditions d’Isaïe : un toit, de quoi manger décemment) et dans un chiffre, la fécondité française : « 1,68 », contre 2,1 « il n’y a pas si longtemps », alors que les Français interrogés disent désirer « entre 2,2 et 2,3 » enfants. « Donc ça montre bien qu’on ne donne pas aux êtres humains les moyens de continuer leur histoire. Alors ce n’est pas pour être comme des lapins dans un pré qui se multiplient, mais pour développer les gens qui ont une capacité créatrice et à qui on donne le moyen de faire plus avec moins. Et ça, c’est le principe de moindre action » 00:31:39.
On peut discuter le vocabulaire ; on ne peut pas discuter le fond. Une économie qui mesure sa richesse à la valeur boursière de ses entreprises, et non à sa capacité de nourrir, de loger, de soigner et d’élever ses enfants, finit par confondre la fortune et la prospérité. Le PIB de la France a crû ; sa capacité à produire un médicament, un réacteur ou une machine-outil s’est effondrée. La notion d’économie physique a le mérite brutal de remettre le réel au centre de la comptabilité.
2. Le défi de Hayek, et la réponse qui manque
C’est ici que l’hôte pose la question la plus importante de la soirée, et qu’il la pose avec Friedrich Hayek. Toute tentative de piloter l’économie par le crédit public, objecte-t-il en substance, risque de conduire à une concentration du pouvoir ; le marché agrège des millions d’informations dispersées qu’aucun planificateur central, « fût-il animé des meilleures intentions », ne saurait traiter. Or la banque nationale de crédit que propose l’invité « supposerait que quelqu’un, quelque part, ou un groupe de personnes, décide quels projets méritent d’être financés, lesquels ne le méritent pas. Qui prendrait cette décision ? Sur quel critère ? Avec quel contrôle démocratique ? » 00:32:40.
La réponse de Jacques Cheminade est historique, non procédurale : « c’est à partir du moment où on a renforcé, sous la présidence Thatcher en Angleterre et Reagan aux États-Unis, les politiques que préconisait von Hayek, c’est-à-dire ce libéralisme dérégulé, que peu à peu on a engendré le système d’aujourd’hui, qui est la réaction, je dirais… J’aime pas le mot totalitaire, ni vraiment fasciste, mais l’arrivée d’un système d’ordre qui tente de s’imposer au monde » 00:33:42. L’hôte propose le mot de bureaucratie ; l’invité l’accepte (« comme la bureaucratie européenne, qui est devenue criminelle ») mais préfère « militaro-financier, parce que ça comprend tout ce que ces gens espèrent pouvoir contrôler ».
Retenons le fait : la question posée était « qui décide ? » ; la réponse a été « ceux qui décident aujourd’hui sont pires ». C’est vrai. Ce n’est pas une réponse. Nous y reviendrons au sixième mouvement, parce que c’est le nœud de toute la soirée.
3. Mazzucato, ou trop tard pour réformer
L’hôte tente une autre voie : l’économiste Mariana Mazzucato, théoricienne de « l’État entrepreneur », partage l’idée que la puissance publique doit orienter l’investissement productif, mais propose de réformer le système existant plutôt que de le remplacer, l’État récupérant une part des bénéfices des innovations qu’il finance. La réponse est d’un pessimisme lucide : « ça m’aurait intéressé il y a quarante ans, mais aujourd’hui beaucoup de choses sont passées depuis, et on est dans un moment où cette privatisation qui est dans toute l’économie, c’est une privatisation avec la complicité de l’État. Donc l’État est devenu un moteur de cette privatisation des fonctions » 00:35:44.
Suit un passage remarquable sur les sept géants de la cote américaine (les « Sept Magnifiques »), qui « exercent un pouvoir, associé entre elles, plus grand que celui du président de la République américaine lui-même », et dont le libéralisme proclamé masque un dirigisme intérieur absolu : « ils vont blâmer l’État quand il les dirige, mais eux-mêmes, en leur propre sein, participent et appliquent ce dirigisme » 00:36:45. Puis le verdict : « il est trop tard pour réformer. Si on réforme d’un côté, on va produire des effets en chaîne qui vont secouer tout le système, et eux ne veulent pas cela » 00:37:47.
La suite est plus sombre, et elle mérite d’être citée sans adoucissement. Face à l’intelligence artificielle qui laissera « énormément de gens sur la touche », la Silicon Valley aurait deux réponses : « si on est gentil, leur donner un salaire universel et, si on n’est pas gentil, faire en sorte que leur nombre diminue d’une façon ou d’une autre, par contrôle des naissances ou quoi que ce soit. Donc il y a cette façon de penser : c’est une sorte de nouvel eugénisme qui apparaît » 00:37:47. Et, sur l’Europe : « ils ne veulent pas des régimes qui affirmeront l’indépendance de leur pays. Ils veulent en Europe des régimes qui sont leurs meilleurs serviteurs » 00:38:48.
Cette dernière phrase vise, sans les nommer, certains « patriotismes » européens soutenus depuis la Californie. Elle devrait être affichée dans chaque permanence souverainiste.
4. Banque nationale contre banque centrale
C’est Olivier Broust qui oblige l’invité à préciser son modèle. Le problème, dit-il, c’est la centralisation : la Banque des règlements internationaux, les banques centrales, les oligopoles financiers, tout converge ; comment Jacques Cheminade peut-il, en proposant une banque centrale, lutter contre la centralisation ? La réponse rectifie d’abord le vocabulaire : « je n’ai jamais parlé de banque centrale, je parle de banque nationale ; c’est très différent. Une banque centrale, c’est une banque de banquiers, où on centralise tous les banquiers qui forment, avec des experts plus ou moins recrutés dans les secteurs qui s’occupent des impôts et du Trésor, la base de cette banque » 02:06:36.
Puis vient la définition, que nous citons presque en entier parce qu’elle est le cœur programmatique de la soirée :
« Alors, une banque nationale, qu’est-ce que c’est ? Une banque qui inspire, qui oriente et qui participe avec une agence de planification dans laquelle sont intégrées toutes les forces productives de la nation, […] pour orienter le crédit là où il y a un accord pour le fait qu’il soit le plus nécessaire. Mais il faut la participation, et la participation à cette agence de planification, c’était un peu le cas dans la planification indicative en France, mais pas assez. Mais là, il y aurait beaucoup plus de participation dans l’agence de planification, mais surtout dans la banque nationale. Il faut qu’il y ait participation du peuple aux décisions, pas seulement d’experts dans ce domaine. Et évidemment, tout ça doit favoriser l’autonomie d’une série de banques, dans le pays, qui soient des banques de dépôts et de crédit et n’interviennent pas dans les spéculations du marché financier. […] C’est ce que j’appellerais un véritable centralisme démocratique. Démocratique parce que les gens ont une autonomie à jouer, avec des autonomies selon les régions. » 02:07:37
Et l’image qui conclut : « c’est de cette façon qu’on crée un instrument, un peu comme on doit accorder constamment un piano. On doit accorder un système constamment, avec cette nécessité d’une part que les choses soient cohérentes, et d’autre part que l’initiative des citoyens puisse s’exprimer là où sont leurs lieux de vie et de développement. Voilà ce que je voulais dire sur ça. C’est la clé, c’est la participation du peuple aux décisions » 02:09:38.
Il ajoute que le dénominateur commun du système serait « l’interdiction de spéculer sur les marchés financiers et de jouer sur les prix futurs » 02:11:39. Olivier Broust croit alors reconnaître le modèle chinois, celui d’une banque centrale « aux ordres du parti » ; l’invité ne reprend pas la comparaison et répond sur le projet monétaire de Donald Trump, qui « essaie de faire sauter la Fed en faisant quelque chose de pire que la Fed » 02:12:44.
Nous tenons ici le point de convergence le plus fort entre Jacques Cheminade et le PIC, et en même temps son point de rupture. Convergence : la participation du peuple aux décisions de crédit, la séparation des banques de dépôt et de la spéculation, la subsidiarité régionale. Rupture : le mot « centralisme démocratique », qui a une histoire, et pas la meilleure ; et surtout l’absence de toute procédure. Qui, concrètement, participe ? Tirés au sort ? Élus ? Délégués des « forces productives » ? Par quel vote une région décide-t-elle de son crédit ? L’accordeur de piano est une belle image ; encore faut-il savoir qui tient la clé d’accord.
5. Schacht, la BRI et la fausse monnaie
La généalogie que l’invité donne de la Banque des règlements internationaux, créée à Bâle en 1930, mérite d’être rapportée telle quelle : elle « a été inventée d’ailleurs en grande partie par Schacht lui-même, et joue un rôle fondamental dans le monde qu’on ignore » 02:06:36. Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank, puis ministre de l’Économie du Troisième Reich, a bien été l’un des artisans du plan Young dont la BRI est issue. Plus tôt dans la soirée, l’hôte avait rappelé une phrase que l’invité reprend dans son livre, prononcée lors d’un débat public avec LaRouche en 1971 (par l’économiste Abba Lerner, selon la tradition larouchiste) : si les politiques de Schacht étaient appliquées dans une démocratie, on n’aurait pas besoin d’un Hitler 00:17:22.
La conclusion de l’invité relie le passé au présent : « Aujourd’hui, on en est à émettre de la fausse monnaie pour financer le militaire. C’est exactement la même chose que faisait Schacht à l’époque » 02:07:37. L’allusion vise les effets Mefo, ces traites émises par une société écran entre 1934 et 1938 pour financer le réarmement allemand hors du bilan de l’État. Il cite, à l’appui, l’envolée de l’action Rheinmetall, « augmentée dix fois » depuis le début de la guerre d’Ukraine, dans une économie allemande par ailleurs en panne 02:05:33.
Le parallèle est fort, et il faut le manier avec soin (annexe C). Il a le mérite de poser la seule question qui vaille : quand une économie réarme à crédit, qui a décidé de ce crédit ?
IV. La paix d’abord : de Cues à Westphalie, de Mexico à Pékin
1. Contre la violence régénératrice
Frédéric Bascuñana avait réservé sa « dernière question » avant le passage au public à la plus difficile : le basculement géopolitique que décrit l’invité prendra des décennies ; or « entre le grand soir et le petit matin, il y a une nuit, que les réformistes radicaux savent occuper mais que les révolutionnaires systémiques laissent parfois vide » 00:40:51. Comment occuper cette nuit, sans violence ?
L’invité commence par écarter la violence avec netteté : « je ne crois pas du tout aux vertus de la violence régénératrice, comme disait Georges Sorel. […] À très court terme, c’est assurer la paix, et assurer la paix, pour moi, c’est la priorité absolue aujourd’hui » 00:41:51.
Puis il convoque, dans la foulée d’une catéchèse du pape Léon XIV, Nicolas de Cues, le cardinal philosophe du XVe siècle, auteur de La Docte Ignorance (1440) et de La Paix de la foi (1453) : « si il y a quelque chose réellement qui correspond à la voix de la création, ça ne peut pas être la logique formelle, ça ne peut pas être la logique établie. […] Ça doit être de passer à un ordre de pensée supérieur, dans lequel ce qui auparavant apparaissait comme contraire […] Passer à quelque chose qui est la coïncidence des opposés, où on peut s’entendre à un niveau supérieur en travaillant ensemble » 00:42:53. L’application immédiate est le Plan Oasis, programme de développement mutuel (eau, énergie, infrastructures) que l’Institut Schiller propose depuis des années pour le Proche-Orient.
Sur Gaza, la phrase est dure, et équilibrée à sa manière : côté palestinien, le Hamas « a fait ses attentats terroristes, qui sont […] des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. De l’autre côté, il y a un génocide. Donc comment sortir de tout ça ? » 00:43:56. Le mot de génocide est celui de l’invité ; la Cour internationale de justice est saisie de la question, et elle ne l’a pas tranchée au fond (annexe C).
Relancé par l’hôte (« comment on fait ça sans attendre des décennies ? »), il répond : « Il n’y a pas de miracle. Il y a le miracle d’éviter la guerre. Et ça, ça se fait en discutant et en ayant l’idée d’organiser progressivement […] un système de survie mutuelle », par des négociations sur l’énergie, sur l’eau, sur des programmes communs 00:44:58. Auparavant, il avait livré sa clé philosophique : « j’ai tout à fait confiance dans le fait que la dynamique est plus importante que le résultat lui-même », pensée qu’il dit « à la fois chrétienne et confucéenne » : l’important n’est pas d’atteindre le but, mais « d’apprendre à marcher » 00:44:58.
2. Pas de fatalité ethnique
Marco, auditeur fidèle, propose une lecture civilisationnelle longue : quinze siècles de guerre entre la France celte et catholique et un monde germanique et protestant dont l’Union européenne serait l’instrument. Jacques Cheminade refuse le cadre avec courtoisie mais fermeté : « je ne crois pas à des fatalités ethniques. Je pense que le problème fondamental, c’est comment on est infecté, dans son idée, dans son histoire, d’une volonté de puissance qui ne tient pas compte de l’émancipation de l’autre et du développement mutuel » 01:10:26. Il appelle cela « un souverainisme par association d’États souverainistes » 01:10:26.
Le programme suit : « pour la France, c’est de saisir cette occasion pour sortir de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN, bien entendu, et pour participer alors, avec des pays qui le veulent bien, à de grands projets de développement mutuel », au sein d’un nouveau système financier international où les échanges se feraient en monnaies nationales, les soldes étant réglés au moyen d’« un instrument de référence commun » adossé à des contrats de long terme sur les matières premières, « et on sortira des changes flottants » 01:11:27. Depuis 1971, dit-il, le monde est devenu un Far West, « et quand il n’y a plus de loi, c’est le moment où le shérif corrompu l’emporte » 01:12:28.
3. Westphalie, Sully, et le domaine public
Pour montrer qu’une paix durable est possible entre ennemis héréditaires, l’invité convoque deux exemples. L’édit de Nantes d’abord, qui n’aurait pas tenu sans la politique de Sully, d’Olivier de Serres et de Barthélemy de Laffemas, c’est-à-dire sans un développement économique coordonné et sans « la notion de domaine public » : « Le roi devait faire fructifier ce domaine public dans l’intérêt du peuple. Il en était le garant, mais il n’en était pas le propriétaire. C’est la grande conception du domaine public de France, qui est dans notre histoire, et qu’on retrouve aujourd’hui dans la notion de service public, et qu’on essaie de détruire » 01:05:21.
La paix de Westphalie ensuite (1648) : « On est arrivé à la paix […] en pardonnant le mal qu’on s’est fait, sans oublier, mais en pardonnant », avec le principe que, si l’on donne l’avantage à l’autre, il vous le rendra, et « évidemment l’élimination des dettes de guerre, qui allait contre le système bancaire existant » 01:06:22. Le premier article du traité d’Osnabrück parle en effet d’une paix qui doit servir « l’avantage, l’honneur et l’utilité » de chaque partie ; le deuxième, d’une « amnistie et d’un oubli perpétuel ». L’invité préfère « pardon » à « oubli ». C’est plus chrétien, et plus exact politiquement : on n’oublie jamais ; on renonce à se venger.
4. Le basculement vers l’Est, et la parole de la France
Pierre-Alain, qui a rendu possible la venue de l’invité, pose la question qui gêne : n’est-on pas un peu angélique d’imaginer que l’empire chinois serait plus bienveillant que l’empire américain ? La réponse commence par une leçon que nous faisons nôtre : « il ne faut jamais attendre des autres qu’ils fassent le boulot pour nous. Le drame, c’est ce que nous n’avons pas fait. Ce n’est pas l’Occident, comme on dit : c’est la trahison par l’Occident de ses propres valeurs » 01:45:10.
Mais plus tôt, répondant à Marco, il avait été plus loin : « je crois qu’aujourd’hui, la ligne de vie, c’est le basculement du monde vers l’Est, et c’est le basculement du monde vers les BRICS, en particulier vers la Chine et la Russie. Et quoi qu’on pense des régimes de Chine et de Russie, c’est quelque chose de différent et d’opposé à cette anglo-américanisation » 01:18:36. Le « quoi qu’on pense » porte beaucoup de poids. Nous y reviendrons.
La référence ultime est gaullienne. De Gaulle aujourd’hui, selon l’invité, « irait plus loin et ne voudrait plus être dans l’Union européenne, dans l’euro et dans l’OTAN tels qu’ils sont » ; et « ce souverainisme français ne peut pas rester à une vision ligne Maginot, défensive. Il doit être dans une situation où il est capable, comme dans une certaine mesure sous de Gaulle, de dire sa parole au monde et d’être écouté » 01:19:39. Il lit ensuite un passage du discours prononcé par le Général à Mexico en mars 1964 : « Par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité ne s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur, c’est l’unité de notre univers » 01:47:13.
5. Le tabou nucléaire
C’est de là qu’il tire l’avertissement le plus grave de la soirée, appuyé sur les conversations qu’il dit avoir avec des militaires : il y a trois ans encore, ceux-ci affirmaient que jamais on n’irait au nucléaire ; aujourd’hui, ils admettent que cela peut arriver, « et c’est notre espèce, dans ce cas, qui est menacée : quand on commence à faire sauter le tabou, il n’y a plus de limite » 01:48:13. Sur l’Ukraine, son analyse est celle d’une « crise de Cuba à l’envers » : l’invasion russe, « parce qu’il faut dire le mot tel qu’il est », aurait été « provoquée par les milieux de l’OTAN, qui se sont étendus pratiquement aux frontières russes » 01:02:17. La thèse a ses défenseurs sérieux et ses contradicteurs non moins sérieux (annexe C).
6. Démographie, immigration, pessimisme
L’Observateur demande s’il n’est pas possible de « vivre moins nombreux et mieux », et s’inquiète d’un remplacement des natifs européens par des populations plus fécondes. Jacques Cheminade avance d’abord des chiffres que nous corrigeons en annexe (il situe la fécondité africaine « à 2,9 ou 3,5 », quand les Nations unies l’estiment à 4,3 pour l’Afrique subsaharienne en 2024) 01:28:51. Puis il livre une thèse qui dépasse la démographie : « un monde sans enfant est un monde qui ne se remet pas en cause, qui ne réfléchit pas et qui devient pessimiste. Et ce que je vois dans la France d’aujourd’hui, c’est que le principal obstacle à renouveler les choses, c’est un pessimisme que les médias s’efforcent par tous les moyens d’entretenir, consciemment et parfois même inconsciemment » 01:28:51.
Sur l’immigration, la position est celle du codéveloppement : « il faut les voir en face, sans bondieuserie inefficace, ni angélisme, ni en même temps cynisme en disant : fatalement, ils vont nous envahir. Il faut créer les conditions où l’immigration ne sera plus quelque chose de fatal » ; il rappelle avoir proposé un ministère réunissant codéveloppement, coopération et intégration, car « il faut produire le développement chez eux », et déplore que ceux qui partent soient souvent « les gens les plus qualifiés » 01:34:56.
Plusieurs participants du salon vocal ont jugé cette réponse angélique, et Pierre-Alain, qui a lu le programme présidentiel de l’invité, a parlé d’un point sur lequel il n’a « pas réussi à se mettre d’accord » avec lui 03:11:45. Le PIC n’a pas à trancher ici entre l’invité et ses contradicteurs ; il a une conviction de méthode, qui vaut pour l’immigration comme pour le crédit : sur une question qui engage la composition même du peuple, c’est le peuple qui décide, par référendum, et non un ministère, fût-il « du codéveloppement ».
V. Chemins de traverse : vingt-six siècles de crédit confisqué
Le titre que Politoscope TV avait donné au direct parlait de « féodalisme financier ». Le mot est plus juste qu’il n’y paraît, et il a une histoire. Pour comprendre ce que Jacques Cheminade propose, et ce qui manque à sa proposition, il faut faire un détour par cette histoire : celle du crédit, c’est-à-dire du pouvoir de décider qui pourra produire demain.
1. Solon, ou la démocratie née d’une remise de dettes
La première démocratie d’Occident est née d’une faillite. Au début du VIe siècle avant notre ère, les paysans de l’Attique, endettés auprès des grands propriétaires, pouvaient être réduits en esclavage pour dettes, eux et leurs enfants. Solon, archonte en 594, abolit ces dettes d’un trait : c’est la seisachtheia, la « levée du fardeau ». Aristote, dans la Constitution d’Athènes, y voit l’acte fondateur du régime populaire, et rapporte que Solon interdit pour l’avenir de prêter en prenant les personnes pour gage.
Retenons l’ordre des choses : à Athènes, la remise des dettes a précédé l’assemblée du peuple ; elle en a été la condition. La paix de Westphalie, que cite l’invité, procède de la même sagesse en effaçant les dettes de guerre. Le peuple qui doit tout ne décide de rien.
2. Aristote, et l’argent qui fait des petits
C’est encore Aristote qui a donné son nom à ce que Jacques Cheminade décrit comme le fait de « faire de l’argent avec de l’argent » 00:12:14. Au premier livre de la Politique, il distingue l’économique (l’art d’administrer la maison, qui a pour fin les besoins et donc une limite) de la chrématistique, l’art d’acquérir, qui n’a pas de terme. La pire de ses formes est le prêt à intérêt, parce que la monnaie y engendre la monnaie, comme si elle pouvait avoir des petits : les Grecs nommaient l’intérêt tokos, « le rejeton ». Il le juge, de toutes les manières d’acquérir, la plus contraire à la nature.
La doctrine de l’économie physique n’est, au fond, qu’une version moderne de cette distinction : la richesse est ce qui nourrit, loge et élève ; le reste est chrématistique.
3. Sully, Laffemas, et le roi dépositaire
Quand l’invité oppose au marché le « domaine public » du royaume, il pense à Sully, surintendant des finances d’Henri IV, et à Barthélemy de Laffemas, contrôleur général du commerce à partir de 1601, qui fit planter des mûriers jusque dans le jardin des Tuileries pour donner à la France une industrie de la soie. La doctrine sous-jacente est celle de l’inaliénabilité du domaine de la Couronne, fixée par l’édit de Moulins en 1566 : le roi n’est pas propriétaire du royaume ; il en est l’administrateur.
C’est exactement ce que dit l’invité : « il en était le garant, mais il n’en était pas le propriétaire » 01:05:21. Mais le domaine public d’Henri IV était défendu par le roi contre ses propres courtisans ; il ne l’était pas par le peuple. Il suffisait d’un roi faible pour que le domaine soit engagé, affermé, vendu. La garantie dépendait d’une personne.
4. Law, ou la banque royale qui ruina le royaume
Un siècle plus tard, la France fait l’expérience inverse. En 1716, l’Écossais John Law obtient du Régent la création d’une Banque générale, devenue Banque royale en 1718, qui émet du papier-monnaie, rachète la dette publique et l’échange contre des actions de la Compagnie du Mississippi. Pendant trois ans, tout monte ; la rue Quincampoix devient un casino à ciel ouvert. En 1720, tout s’effondre.
Le « système de Law » est souvent cité par les libéraux comme la preuve qu’il ne faut jamais confier la monnaie à l’État. Il prouve autre chose : qu’une banque nationale, si elle est l’instrument d’un prince et de ses favoris, devient la plus redoutable des machines à spéculer. La Banque royale était nationale ; elle n’était pas populaire. Jacques Cheminade a raison de distinguer banque nationale et banque centrale ; il faut ajouter une troisième distinction, entre banque nationale et banque du souverain, selon que le souverain est un homme ou un peuple.
5. La Banque du peuple de Proudhon
Le Proudhon que cite l’invité, et dont Marco a salué « la réhabilitation » 02:14:45, ne s’est pas contenté de théoriser la participation. En 1849, il fonde à Paris une Banque du peuple, mutuelle de crédit gratuit, où les producteurs devaient se prêter les uns aux autres sans passer par les banquiers. Elle réunit quelques milliers de souscripteurs en quelques semaines ; elle est liquidée dès son fondateur emprisonné pour délit de presse.
L’échec est instructif. La Banque du peuple était populaire, mais elle n’était pas nationale : une association privée, à la merci d’un gouvernement hostile. Entre Law et Proudhon, la France a essayé la banque nationale sans le peuple, puis la banque du peuple sans la nation. Elle n’a jamais essayé les deux ensemble.
6. Schacht et les effets Mefo
Le Troisième Reich, que l’invité convoque à travers Hjalmar Schacht, a résolu la question à sa manière. À partir de 1934, pour financer un réarmement interdit et invisible, Schacht fait émettre par une société écran, la Metallurgische Forschungsgesellschaft, des traites que la Reichsbank s’engage à escompter : les effets Mefo. Ils ont financé une part considérable des dépenses d’armement jusqu’en 1938, sans jamais apparaître au budget.
C’est la forme extrême du crédit confisqué : décidé par un homme, caché au Parlement, dirigé vers la guerre. Le parallèle de l’invité avec les dispositifs actuels de financement de la défense hors des règles budgétaires ordinaires a donc un sens précis, que nous lui reconnaissons : il ne dit pas que l’Europe de 2026 est l’Allemagne de 1936 ; il dit que la technique de l’endettement soustrait au contrôle démocratique est la même.
7. 1944 : « l’éviction des grandes féodalités économiques et financières »
Le mot de féodalité financière n’a pas été inventé par Jacques Cheminade. Il figure, en toutes lettres, dans le programme du Conseil national de la Résistance adopté le 15 mars 1944, qui réclame « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », ainsi que « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ».
Le programme a été appliqué : la Banque de France et les quatre grandes banques de dépôt sont nationalisées en décembre 1945, un Conseil national du crédit oriente l’investissement, le Commissariat général du Plan, confié à Jean Monnet en 1946, invente la planification indicative. C’est, à peu de chose près, le modèle de l’invité. Il a donné les Trente Glorieuses.
Il a aussi donné l’ENA, créée en 1945, et la caste dont l’invité décrit si bien la dérive. Car le crédit « rendu à la nation » en 1945 a été confié à des experts, non à des citoyens. Jacques Cheminade le dit lui-même : la participation dans la planification indicative, « c’était un peu le cas, mais pas assez » 02:08:37. C’est l’aveu le plus important de la soirée. Il suffisait que l’esprit des experts change (et il a changé, l’invité l’a vu de ses yeux entre 1969 et 1978) pour que l’instrument passe à l’ennemi sans qu’un seul texte soit modifié. Les mêmes hommes, formés dans la même école, ont nationalisé en 1945, étatisé en 1981, privatisé en 1986 et libéralisé les capitaux en 1988.
8. Le consensus de Paris
La suite est connue, et l’invité la résume en deux dates : 1973, que plusieurs auditeurs ont rappelée (la loi sur la Banque de France du 3 janvier 1973, dont l’article 25 a nourri une controverse durable, examinée en annexe C), et 1986. Rawi Abdelal en a donné l’explication la plus dérangeante pour les souverainistes : la libéralisation financière mondiale n’est pas un complot anglo-saxon imposé à la France ; elle a été écrite, pour une large part, par des hauts fonctionnaires français, sincèrement convaincus que des règles libérales mais codifiées protégeraient mieux les petits pays que l’arbitraire américain.
Ce n’est pas contradictoire avec le réquisitoire de l’invité ; c’est plus grave. L’occupant n’est pas seulement à Wall Street. Il est aussi rue de Bercy, et il a fait l’ENA.
9. La leçon : le crédit change de maître, jamais de souverain
Mettons bout à bout ces neuf siècles d’histoire de France (et les vingt-six de l’histoire d’Occident). Le crédit a été aux mains des seigneurs, du roi, des fermiers généraux, de Law, des régents de la Banque de France, des « deux cents familles », de l’État planificateur, des inspecteurs des finances, de Bruxelles et de Francfort, des marchés. Il a changé de maître dix fois.
Il n’a jamais changé de souverain : à aucun moment, le peuple n’a été admis à décider du crédit de la nation. Même Solon a décidé pour lui.

C’est pourquoi la querelle entre banque centrale et banque nationale, que l’invité mène avec une érudition admirable, est nécessaire mais non suffisante. La question décisive n’est pas : la banque sera-t-elle nationale ? Elle est : qui, dans la nation, en tiendra la clé ?
VI. Le bémol, qui est le cœur : qui décide ?
1. Trois questions, trois esquives élégantes
Relisons la soirée sous cet angle. Trois fois, la question de l’outil a été posée. Trois fois, la réponse est partie ailleurs.
La première fois, c’est l’hôte, avec Hayek : qui décidera des projets financés, « avec quel contrôle démocratique ? » 00:32:40. La réponse a porté sur Thatcher, Reagan et la bureaucratie criminelle. La question est restée sans réponse jusqu’à deux heures plus tard, où elle a reçu une réponse de principe (la participation du peuple), sans procédure.
La deuxième fois, c’est La Maronneuse, avec une précision de juriste : les traités interdisent de reprendre la souveraineté monétaire et budgétaire ; faut-il les renégocier, les contourner, et comment ? En sortant de l’Union, à quel niveau de chaos financier et social faut-il s’attendre « dans les premiers mois », et comment le gérer ? 01:23:42. La réponse : « attendez la rentrée pour voir ce qui va nous tomber dessus » : le détroit d’Ormuz, l’explosion du prix des engrais et de l’essence, les pénuries ; puis l’espoir que « très vite la perception des gens va changer, et c’est là qu’on a une occasion de les convaincre qu’il faut changer d’orientation » 01:24:46. Sur le mécanisme de sortie, rien. La Maronneuse l’a dit elle-même, après le départ de l’invité : elle est restée « un chouïa sur [sa] faim » 03:30:05.
La troisième fois, c’est Émilie, dans le fil de discussion : « Si vous pouviez engager immédiatement une seule transformation institutionnelle pour donner du pouvoir réel aux citoyens, laquelle choisiriez-vous ? » 01:51:17. La réponse mérite d’être citée en entier, parce qu’elle est à la fois la plus proche de nous et la plus révélatrice : « Alors, je dirais celle qui leur donne accès au pouvoir et qui ouvre le jeu : probablement le RIC ; probablement délibération sur une assemblée constituante, je trouve très intéressant, mais ça ne va pas devenir quelque chose d’unique sans principe l’entourant » 01:51:17.
« Probablement. » Le mot est honnête. Il dit l’essentiel : pour Jacques Cheminade, la procédure démocratique est un moyen parmi d’autres, subordonné à des principes qu’il faut d’abord établir. Pour le PIC, c’est l’inverse : la procédure est le principe.
2. Des principes, ou des procédures ?
L’hôte a poussé l’invité sur ce terrain, en critiquant le biais de sélection des ateliers constituants d’Étienne Chouard, où se retrouvent, selon lui, « des espèces de citoyens professionnels qui ne représentent pas en fait tous les courants du pays » 01:53:20, et en demandant comment obtenir « un substrat de la population capable de délibérer » qui représente « tous les clivages, toutes les différences possibles ». Réponse de l’invité :
« Je pense que ce que j’essaie de faire, c’est de fournir des principes, et ce qu’on peut faire à partir de principes pour trouver des repères, et parler, et partir sur quelque chose qui n’aille pas dans tous les sens. Et à ce moment-là, les gens seront intéressés, parce qu’ils prendront confiance en eux-mêmes. Moi, ce que j’ai vu dans plusieurs de ces ateliers, c’est que les gens n’avaient pas réellement confiance en eux-mêmes, et cherchaient parfois à répondre à ce qu’on attendait d’eux et pas à ce qu’ils portent en eux-mêmes. Donc il faut éveiller à l’intérieur d’eux-mêmes ce qui réellement les motive. […] C’est de trouver la source de l’acte créateur. » 01:54:21
Il cite alors les militants du Sillon de Marc Sangnier, qu’on emmenait au musée et au concert, et la chorale de son propre parti ; il lit une lettre en vers de Béranger saluant, en 1841, les orphéons populaires de Wilhem : « Les cœurs sont bien près de s’entendre quand les voix ont fraternisé » 01:56:22. Et il conclut par la fraternité : « c’est le faire ensemble » 01:57:24.
C’est beau, et c’est vrai. Les citoyens n’osent pas ; ils cherchent à plaire à l’animateur ; ils ont été dressés à attendre la bonne réponse. Mais la conclusion de l’invité (éveiller en eux l’acte créateur par la culture et par des principes fournis d’en haut) n’est pas la nôtre. La confiance en soi ne s’enseigne pas avant le pouvoir ; elle naît de l’exercice du pouvoir. Les recherches de James Fishkin sur les sondages délibératifs, que l’hôte a citées le soir même, montrent que des citoyens tirés au sort, sans formation préalable, délibèrent sérieusement dès qu’on leur confie une décision réelle et une information contradictoire, et que les plus modestes y prennent la parole bien plus qu’on ne le craignait 04:53:31. On n’apprend pas à nager sur le bord du bassin.
Et il y a, dans le « je fournis des principes », un danger que l’hôte a formulé lui-même une heure plus tard, à propos d’un autre conférencier : celui du sage qui « capte la lumière » et transforme la délibération en « alibi conversationnel » de sa propre constitution 04:30:09. Jacques Cheminade n’est pas de ce genre ; son humilité était visible. Mais la structure qu’il propose (des principes donnés, une participation encouragée) n’interdit pas que d’autres, moins scrupuleux, l’occupent.
3. L’homme providentiel, même modeste
Frédéric Bascuñana l’a dit avec affection, après le départ de l’invité : il le voit volontiers dans « une équipe d’Avengers souverainistes », mais « je ne le prendrai pas isolément, puisque vous savez en plus que je ne suis pas pour les super-héros et les hommes providentiels. Mais dans une équipe, je pense qu’il serait précieux » 03:13:48.
Toute la différence entre la culture politique de l’invité et la nôtre est là. Jacques Cheminade a été trois fois candidat à l’élection présidentielle, c’est-à-dire trois fois candidat à la fonction qui incarne le plus parfaitement ce que nous combattons : la désignation d’un seul homme pour cinq ans. Il a obtenu, au mieux, 0,28 % des suffrages. Frédéric Bascuñana avait annoncé, en ouverture, qu’il lui poserait « cette question lancinante que personne ne lui pose jamais vraiment. Après trois campagnes et 0,2 % des voix, qu’est-ce qu’on décide de faire différemment ? » 00:05:06. La question n’a pas été posée ; le temps a manqué. Alain l’a approchée en fin d’entretien, en demandant quelle serait sa contribution à la campagne de 2027 ; la réponse a été Simone Weil, et c’est une très belle réponse, qui n’en est pas une 02:25:56.
Nous la posons donc ici, avec le respect que nous lui devons. Le problème n’est peut-être pas que la France n’a pas voulu de Jacques Cheminade. C’est que la présidentielle ne permet de vouloir que des personnes, et jamais des idées. Ses idées, mises une à une au vote (séparation bancaire, sortie de l’OTAN, banque nationale de crédit, grands projets), auraient sans doute fait infiniment mieux que 0,28 %. Le suffrage universel lui a refusé un trône dont il n’avait que faire ; un référendum lui aurait peut-être donné raison sur l’essentiel. C’est la thèse du PIC sur la primauté du vote sur l’élection, et l’invité en est, à son corps défendant, la meilleure illustration.
4. LaRouche, l’ombre portée
L’honnêteté nous oblige à un dernier point, que l’hôte a évoqué avec précaution (« LaRouche est extrêmement clivant aussi comme personnage » 02:21:52), puis plus nettement après le départ de l’invité, en jugeant le personnage « carrément au-delà de controversé » et en conseillant de le lire « d’un œil très critique », en remontant à ses sources, Leibniz au premier chef 03:02:36.
Jacques Cheminade lui consacre un chapitre de son livre et une partie de la soirée : « tout a été fait pour qu’il soit ignoré en France », dit-il, avant de résumer la thèse de LaRouche au début des années 1970 : d’un côté, la financiarisation et la fin de l’étalon-or, que l’on ne pouvait dénoncer sans passer pour un homme de gauche ; de l’autre, une contre-culture de la drogue, du sexe-marchandise et de « la musique bruit », que l’on ne pouvait attaquer sans passer pour un homme de droite. « La réalité, c’est que ces deux choses font partie d’une même évolution, qui est contrôlée autant que faire se peut par des intérêts qui veulent ôter le sens du changement et du futur au peuple et l’enfoncer dans une vision court-termiste » 02:20:51.
L’intuition est forte : elle explique pourquoi le clivage gauche-droite neutralise toute critique d’ensemble. Elle ne doit pas faire oublier ce que fut aussi le mouvement larouchiste : une condamnation de son fondateur pour fraude en 1988, des accusations de pratiques sectaires (que l’invité conteste), et des emballements conspirationnistes que des observateurs peu suspects de complaisance ont relevés, tout en notant que la branche française était restée exempte des dérives antisémites reprochées au mouvement américain (annexe C). Nous ne jugeons pas Jacques Cheminade sur ses fréquentations ; nous jugeons ses arguments, et ils sont souvent bons. Mais un mouvement citoyen qui prétend rendre le pouvoir au peuple doit savoir ce que vaut une doctrine qui a si longtemps reposé sur un seul homme. C’est, encore et toujours, la question de la clé.
VII. Ce que le PIC a déjà écrit
Les questions que Jacques Cheminade a laissées ouvertes ne sont pas restées sans réponse partout. Le projet de Constitution d’urgence du PIC, publié article par article et ouvert aux commentaires sur pari-intelligence-collective.org, y répond, avec ses imperfections, mais avec des procédures. Nous les citons ici, non pour donner la leçon à l’invité, mais parce que ses meilleures intuitions y sont déjà inscrites, et que ses silences y trouvent un commencement de réponse.
1. Le crédit rendu au souverain
À la question de Hayek (qui décide du crédit ?), le Titre VI, article 4, « De la souveraineté monétaire et de l’endettement », répond par un principe et par une procédure : « La création monétaire et l’endettement souverain relèvent de la souveraineté du peuple. Aucun emprunt d’État excédant un plafond fixé par la loi, aucun transfert de compétence monétaire à une entité extérieure, ne peut intervenir sans référendum. »
Le peuple ne choisit pas chaque prêt ; il fixe l’enveloppe, et nul ne peut la dépasser sans lui. C’est la réponse à Hayek : la connaissance dispersée reste dans les banques de dépôt et de crédit, dans les communes, dans les entreprises ; mais la décision qui engage la nation entière (s’endetter au-delà d’un seuil, céder la monnaie) revient à la nation entière. Les effets Mefo de Schacht, les dispositifs de financement hors budget, le système de Law : tous seraient tombés sous le coup de cet article.
Le Titre XVIII, article 9, « De la monnaie nationale et de la protection de l’épargne », ajoute que « la Banque de France exerce les missions monétaires de la Nation selon le mandat que fixe la loi » et qu’« aucun transfert de cette compétence ne peut intervenir sans le peuple ». La banque nationale de l’invité y est, en germe ; avec, cette fois, le peuple pour garde.
2. Sortir sans chaos : la réponse à La Maronneuse
La question de La Maronneuse (par quel mécanisme, et avec quel chaos dans les premiers mois ?) est celle que nos contradicteurs posent le plus souvent, et celle que les souverainistes éludent le plus volontiers. Le Titre XVIII, article 7, « Du retrait des traités européens et de la souveraineté recouvrée », s’y risque. Il ne s’applique que si le peuple, appelé à adopter la Constitution, a répondu oui à une seconde question, distincte, sur le retrait (c’est l’objet du Titre XVIII, article 4, « Du référendum unificateur et de l’ouverture de l’Année Zéro »). La notification au Conseil européen intervient dans les sept jours ; la négociation est conduite collégialement, sans qu’aucun membre du Conseil des Sept puisse engager seul la France ; le mandat est approuvé par les Soixante-dix-sept et publié ; l’accord de retrait est soumis au peuple par référendum. Et cette clause, qui dit tout : « Ce que le peuple a décidé, lui seul peut le défaire : la notification ne peut être retirée, ni le retrait abandonné, que par le peuple, par référendum. » Avec cette autre, qui répond à ceux qui confondent l’Union et l’Europe : « Sortir de ces traités n’est pas sortir de l’Europe. »
Quant au chaos, l’article 9 du même titre le traite point par point : l’euro garde cours légal jusqu’à la date de conversion ; les sommes sont converties « au taux d’une unité pour un euro » ; « le changement de monnaie ne rompt aucun contrat » ; aucune mesure prise pendant le retrait « ne peut réduire le montant nominal des dépôts et de l’épargne des personnes physiques » ; et les éventuelles mesures temporaires sur les mouvements de capitaux, prises par le Conseil des Sept, cessent de plein droit si les Soixante-dix-sept ne les ratifient pas dans un bref délai.
On peut discuter chacune de ces dispositions ; c’est précisément pour cela qu’elles sont publiées et soumises aux commentaires. Mais on ne peut plus dire que la question est sans réponse.
3. Proudhon constitutionnalisé
L’exergue de ce texte, lu par l’invité, réclamait la participation du travailleur comme un droit naturel et non comme une bienfaisance. Le Titre XIV, article 3, « De la démocratie actionnariale et de l’association des travailleurs », l’écrit en toutes lettres : « Les travailleurs sont associés à la propriété et aux décisions de l’entreprise à laquelle ils consacrent leur travail. » La note qui l’accompagne a cette formule, que Proudhon aurait aimée : « Le travailleur n’est pas loué à l’heure : il est associé à ce qu’il fait vivre. »
4. Sully constitutionnalisé
Le domaine public dont le roi était « le garant, mais pas le propriétaire » a, lui aussi, son article. Le Titre VI, article 7-1, « Des biens communs de la Nation », dispose que les ressources naturelles, les réseaux et les infrastructures vitales « appartiennent à la Nation tout entière, y compris aux générations futures ; quiconque les exploite n’en est que le dépositaire ». La liste en est dressée par la loi organique, tout électeur peut faire inscrire un bien oublié, et nul bien ne peut en être retiré sans l’approbation du peuple.
La différence avec l’édit de Moulins est celle que nous cherchions depuis le début : la garantie ne dépend plus d’un roi fort ; elle appartient à tout électeur.
5. Le référendum, mode normal
Enfin, à la question d’Émilie, le Titre I, article 6, « Du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières », répond sans « probablement » : « Le référendum d’initiative citoyenne constitue le mode normal d’expression de la volonté générale. » Il peut être propositif, abrogatoire ou révocatoire ; et, surtout, « l’accès au référendum n’est subordonné à aucun seuil de signatures. Il procède du tirage au sort des citoyens formulateurs et de l’agora citoyenne ».
C’est la réponse au biais de sélection que l’hôte reprochait aux ateliers constituants : ni les militants, ni les « citoyens professionnels », ni les amis du conférencier ne formulent les questions, mais les Sept cent soixante-dix-sept formulateurs tirés au sort, sous le regard de l’Agora citoyenne. L’État de l’Oregon pratique depuis 2010 une version modeste de ce mécanisme : un panel d’une vingtaine d’électeurs tirés au sort examine pendant plusieurs jours une proposition soumise au vote, puis rédige une déclaration publiée dans la brochure envoyée à tous les électeurs. Et la principale leçon islandaise, que Frédéric Bascuñana a rappelée ce soir-là, est d’ordre procédural : en 2012, les deux tiers des votants avaient approuvé le projet de constitution rédigé par un conseil de citoyens, mais le référendum n’était que consultatif, et le Parlement l’a enterré ; « il ne fallait pas faire un référendum consultatif, il fallait faire un référendum contraignant » 04:31:09.
Une dernière disposition répond à l’observation la plus profonde de l’invité, celle de l’opinion « anesthésiée et sidérée ». Le Titre V, article premier, « De l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique », fait de la protection de l’esprit des citoyens un droit fondamental. La guerre cognitive que décrivait Jacques Cheminade n’est pas seulement un fait à dénoncer ; c’est une atteinte à réprimer.
6. Ce qui nous sépare, nettement
La loyauté exige de nommer aussi les désaccords.
Le premier est le « centralisme démocratique ». L’invité le définit comme une autonomie des régions et des banques locales sous une banque nationale ; le mot porte pourtant l’empreinte des partis léninistes, où il désignait l’obéissance de la base aux décisions du sommet. Le PIC lui préfère la subsidiarité, et la libération des communes : ce qui peut être décidé en bas ne remonte pas.
Le deuxième est le basculement vers l’Est. Nous partageons le diagnostic sur la fin de l’hégémonie du dollar et sur l’hypocrisie occidentale ; nous refusons d’en conclure qu’un autre centre de gravité serait une libération. La Banque populaire de Chine obéit à un parti ; la Banque centrale de Russie, à un président. Si le crédit doit appartenir au peuple, il ne peut pas plus être emprunté à Pékin qu’à Wall Street. On ne recouvre pas sa souveraineté en changeant de suzerain.
Le troisième, enfin, est la place de l’élection présidentielle. Tant que la souveraineté passera par la désignation d’un homme, les meilleures idées de Jacques Cheminade resteront à 0,28 %. Le PIC ne présentera pas un sauveur, mais sept candidats pour une gouvernance collégiale, sur le modèle d’un Conseil des Sept, avec pour seul programme de rendre la décision au peuple, et d’affirmer, comme le dit notre Titre I, article 5, la primauté du vote sur l’élection.
VIII. Les cinq cartouches de l’épilogue, au banc d’essai
L’invité parti, Frédéric Bascuñana a pris la parole pour ajouter au livre ce qu’il appelle des « cartouches supplémentaires » : non pour corriger l’analyse, « redoutablement complète », mais pour fournir des munitions « pour convaincre ceux qui n’ont pas encore tout compris » 02:33:01. La règle de la maison (on ne publie que ce qui a survécu) veut qu’on les passe, elles aussi, au banc d’essai.
1. La théorie monétaire moderne
L’argument : selon l’économiste Stephanie Kelton, qui a conseillé Bernie Sanders, un État qui émet sa propre monnaie ne peut pas faire défaut dans cette monnaie ; sa seule limite est la capacité productive réelle de l’économie ; le Japon, avec une dette publique qu’il situe à 260 % du PIB, le démontrerait depuis trente ans 02:35:03. Ce que l’hôte en tire est juste : la théorie rejoint, dans le langage des universités, l’économie physique de l’invité, puisqu’elle place la limite dans le réel et non dans la finance.
Le banc d’essai : l’argument ne vaut que pour un État qui émet sa monnaie ; la France, dans l’euro, ne l’émet pas. Il suppose donc résolue la question que nous posions plus haut (la souveraineté monétaire), et c’est pourquoi il appelle, logiquement, le Titre XVIII. Le Japon, par ailleurs, a connu le retour de l’inflation à partir de 2022, et sa banque centrale a dû relever ses taux. Surtout, la théorie monétaire moderne dit ce qu’un État peut dépenser ; elle ne dit pas qui en décide. Sans contrôle populaire, elle est un chèque en blanc au prince : Law n’aurait pas dit autre chose. Bonne cartouche, à condition de la charger dans la bonne arme.
2. L’Islande
L’argument : en 2008, les trois grandes banques islandaises s’effondrent, avec un passif représentant environ dix fois le produit intérieur ; le pays laisse faire faillite, protège les dépôts nationaux, refuse par deux référendums de faire payer aux contribuables le remboursement des épargnants britanniques et néerlandais d’Icesave, poursuit ses banquiers ; et se rétablit plus vite que la plupart des pays européens 02:36:34.
Le banc d’essai : l’essentiel est exact. Les deux référendums (mars 2010, 93 % de non ; avril 2011, près de 60 % de non) ont bien eu lieu ; en janvier 2013, la Cour de l’Association européenne de libre-échange a donné raison à l’Islande contre le Royaume-Uni et les Pays-Bas ; plusieurs dirigeants bancaires ont été condamnés à de la prison ferme. Deux nuances, pourtant. L’Islande s’est aussi appuyée sur un programme du FMI et sur un contrôle des capitaux qui a duré jusqu’en 2017. Et les créances Icesave ont finalement été remboursées, non par le contribuable, mais par la liquidation de la banque Landsbanki. Les Islandais n’ont pas refusé de payer ; ils ont refusé que ce soit le peuple qui paie les dettes des banquiers. C’est plus précis, et c’est plus fort. Et c’est, notons-le, le président de la République islandaise qui, en refusant de promulguer la loi, a ouvert la voie au référendum : la décision a été rendue au peuple par une procédure, pas par un discours.
3. La dette écologique
L’argument : si l’on chiffre les ressources extraites du Sud depuis des siècles, la dette écologique du Nord envers le Sud excède sa dette financière ; « les créanciers sont les débiteurs », et le FMI qui réclame ses remboursements à l’Afrique ressemble au « cambrioleur qui envoie la facture de nettoyage à sa victime » 02:40:07.
Le banc d’essai : la notion est née dans les années 1990 en Amérique latine, et des économistes de l’environnement l’ont étayée. Comme instrument rhétorique, elle est redoutable : elle retourne la morale du créancier contre lui. Comme instrument comptable, elle est fragile : chaque chiffrage dépend de conventions (quel prix pour une tonne de carbone, quelle période, quel taux d’actualisation) que l’adversaire contestera une à une. Il faut la manier comme un argument de négociation, et jamais comme un chiffre sacré ; sinon, on remplace un dogme par un autre.
4. L’obsolescence programmée
L’argument : depuis le cartel Phœbus de 1924, qui limita la durée de vie des ampoules à mille heures, le système produit délibérément de la mauvaise qualité pour vendre davantage ; c’est « l’antithèse absolue de l’économie physique », et l’exemple que tout le monde comprend 02:42:11.
Le banc d’essai : l’exemple du cartel est solidement documenté. Il a une suite française : depuis 2015, l’obsolescence programmée est un délit, et l’invité l’avait d’ailleurs placée lui-même au cœur de sa définition du « fascisme financier » dès le début de la soirée 00:10:13. La cartouche est donc moins une addition au livre qu’un éclat de son propre propos ; elle a le mérite de le rendre domestique. Le lave-linge de la grand-mère qui durait trente ans fera plus pour la cause que trois tableaux blancs sur la densité démographique.
5. Les communs numériques
L’argument : il existe déjà une alternative aux géants du numérique, construite sans actionnaires ni capital-risque, par des communautés de créateurs librement associés ; Linux fait tourner l’immense majorité des serveurs de la planète ; la gendarmerie nationale a migré ses postes vers un système libre ; c’est « Proudhon en code informatique », et la France pourrait décider demain de faire migrer toutes ses administrations 02:43:12.
Le banc d’essai : l’exemple de la gendarmerie est exact (le système GendBuntu, déployé depuis la fin des années 2000) ; il prouve que la migration est possible à grande échelle dans une administration régalienne. Le Titre VIII, article 5, « Des logiciels libres et des formats ouverts », en fait une règle : les logiciels acquis par les autorités publiques sont libres, sauf dérogation motivée, et ceux qui servent aux scrutins, aux votations et aux délibérations de l’Agora citoyenne le sont « sans dérogation possible ». C’est, de toutes les cartouches, la plus immédiatement transformable en question référendaire. C’est aussi, en effet, la plus proudhonienne.
Le diagnostic et la traduction
Frédéric Bascuñana a conclu cet épilogue par une phrase qui pourrait servir d’épigraphe à toute l’entreprise du PIC : « le problème n’a jamais été la justesse du diagnostic. […] Le problème, c’est la traduction, c’est-à-dire transformer une analyse brillante en quelque chose que n’importe quel citoyen peut s’approprier et transformer en action » 02:47:16. Et, un peu plus tard, cette autre, qui résume la thèse de l’invité mieux que l’invité lui-même : « la financiarisation n’a pas vaincu l’économie productive parce qu’elle était meilleure. Elle a vaincu parce que ceux qui en bénéficient avaient plus de moyens pour diffuser leurs idées » 03:00:34.
Dix questions aux militants
Nous les soumettons à nos adhérents, à nos contradicteurs, et à Jacques Cheminade lui-même s’il veut bien revenir. La règle est celle de l’amendement : une critique s’accompagne d’une proposition.
- Qui doit fixer le plafond d’endettement de la nation : le Parlement, un panel de citoyens tirés au sort, ou le peuple entier par référendum ? Et à quelle fréquence faut-il le revoter ?
- Une banque nationale de crédit peut-elle associer des citoyens tirés au sort à ses décisions sans que ceux-ci deviennent la proie des experts chargés de les « former » ? Quels garde-fous proposez-vous ?
- Faut-il soumettre au vote chaque grand projet d’infrastructure (réacteur, ligne ferroviaire, réseau d’eau), ou seulement l’enveloppe globale du crédit public ?
- La sortie de l’euro doit-elle être posée seule, ou en même temps que le retrait des traités, comme le prévoit le Titre XVIII ? Quelle formulation de la question vous paraît la plus loyale ?
- Comment protéger l’épargne populaire pendant une transition monétaire sans que des contrôles de capitaux « temporaires » deviennent permanents ?
- Le basculement du monde vers l’Est est-il une chance pour la souveraineté française, ou le risque d’un changement de suzerain ? Où placez-vous la ligne rouge ?
- Peut-on bâtir des alliances avec des souverainistes dont la doctrine s’est construite autour d’un maître à penser contesté, sans hériter de ses zones d’ombre ? À quelles conditions ?
- La confiance des citoyens en eux-mêmes doit-elle précéder l’exercice du pouvoir, comme le pense l’invité, ou en naître, comme le pense le PIC ? Quelles expériences vécues pouvez-vous verser au débat ?
- Faut-il un référendum obligatoire sur toute dépense militaire extraordinaire financée à crédit ? Et comment le concilier avec l’urgence de la défense ?
- Comment faire entendre, au cœur d’une campagne présidentielle, un mouvement qui récuse l’élection d’un homme au profit du vote sur des questions ?
Et une onzième, pour la route : si vous ne pouviez poser qu’une question à Jacques Cheminade lors de son prochain passage sur Politoscope TV, laquelle serait-ce ? Écrivez-la en commentaire ; nous la lui transmettrons.
Conclusion : le cri et la clé
Le livre de Jacques Cheminade s’appelle Répondre au cri du peuple. Le titre est beau, et il contient, à son insu peut-être, tout le problème. Répondre au cri du peuple, c’est supposer que le peuple crie et que d’autres répondent. C’est la posture de tous les tribuns, des meilleurs comme des pires : ils entendent, ils traduisent, ils proposent. Le peuple, lui, reste dans le rôle du cri.
Nous voulons autre chose : que le peuple ne crie plus, parce qu’il décide.
L’invité l’a dit, à sa manière, au moment de prendre congé : « N’ayez pas peur d’attaquer ce que j’ai décrit ce soir comme étant les malfaiteurs de la politique nationale et internationale. N’ayez pas peur de le faire, parce que vous avez en vous des arguments qui sont les arguments que tout être humain porte en lui-même, et qu’il faut leur donner une forme, des repères » 02:28:58. Puis il a désigné le cœur du système à changer : « une nouvelle architecture de développement mutuel, de sécurité mutuelle, et un instrument financier pour développer cette politique, c’est-à-dire quelque chose qui sorte de la politique des marchés actuels et qui oriente le crédit vers les infrastructures, la production de biens réels et tout ce qui va dans le sens d’un accroissement des pouvoirs créateurs des êtres humains » 02:28:58. Et il a dit pourquoi il restait optimiste : « dans la confusion se lève un vent d’exigence pour permettre à chaque pays d’avoir un développement dans les termes qui lui conviennent, et d’échapper à cette fatalité de guerre continue » 02:30:00.
Nous signons des deux mains. Nous ajoutons seulement ceci : la forme qu’il faut donner aux arguments que chacun porte en soi s’appelle une procédure. Elle n’a rien de poétique. Elle tient en quelques articles : un plafond d’endettement que seul le peuple peut lever, une banque nationale dont nul ne peut céder la compétence sans lui, un référendum qui ne dépend d’aucun seuil de signatures, des questions formulées par des citoyens tirés au sort, et un retrait des traités que seul le peuple peut abandonner.
Henri Bergson recommandait d’agir en homme de pensée et de penser en homme d’action. Jacques Cheminade est un homme de pensée qui a agi soixante ans, presque seul, contre vents et quolibets. Le PIC voudrait être une pensée qui fasse agir le peuple entier.
Le cri, il l’a entendu.
La clé, il l’a nommée.

Reste à la remettre à celui qui crie.
Annexe A : points saillants du direct
- La France, « pays occupé ». L’invité décrit une domination à trois étages (l’héritage, le diplôme, l’argent) et une « nasse » qui contraint même ceux qui voudraient en sortir 00:07:09.
- Le vestiaire des Renseignements généraux. Convoqué, il s’entend dire qu’on essaie sur lui « une cinquantaine ou une centaine de costumes » et qu’aucun ne lui va : métaphore exacte de la disqualification par l’étiquette 00:08:11.
- Du fascisme financier au fascisme techno-militaro-financier. L’invité actualise son concept : la technologie, la monnaie et l’armée forment désormais un seul complexe, servi par les médias 00:09:13 02:05:33.
- Le gel des avoirs comme accélérateur des BRICS. Après l’Afghanistan et la Russie, d’autres pays craignent pour leurs réserves et cherchent une alternative au dollar ; résistance « ni uniforme ni organisée » 00:14:16.
- 1986 plutôt que 1992. L’Acte unique et la libre circulation des capitaux sont, pour l’invité, la vraie date de la dépossession, préparée dès l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing 00:48:03.
- Étatisation n’est pas nationalisation. En 1981, les entreprises sont passées à l’État, pas à la nation, et dirigées par les mêmes esprits 00:51:08.
- La porte tournante a rajeuni. On pantouflait à cinquante-cinq ans ; on passe désormais du public au privé entre vingt-cinq et quarante ans 00:52:10.
- Les données de santé chez Microsoft. Le vrai sujet de la crise sanitaire aurait été la prise de contrôle du système de santé et des esprits, plus que le débat vaccinal 01:04:20.
- L’économie physique. Mesurer la richesse par la capacité à nourrir, loger et élever davantage d’êtres humains, à un niveau de conscience plus élevé 00:29:37.
- Le défi de Hayek. Qui décide du crédit, avec quel contrôle démocratique ? La question, posée par l’hôte, reçoit une réponse historique avant de recevoir, deux heures plus tard, une réponse de principe 00:32:40.
- Banque nationale contre banque centrale. La banque centrale est « une banque de banquiers » ; la banque nationale oriente le crédit avec une agence de planification et des banques de dépôt autonomes, « avec la participation du peuple aux décisions » 02:06:36 02:07:37.
- « C’est la clé. » La participation du peuple aux décisions, nommée comme la clé du système 02:09:38.
- La paix, priorité absolue. Refus de la violence régénératrice, appel à Nicolas de Cues et à la coïncidence des opposés, au Plan Oasis, à la paix de Westphalie 00:41:51 01:06:22.
- Pas de fatalité ethnique. À la lecture civilisationnelle d’un auditeur, l’invité oppose la volonté de puissance comme mal commun 01:10:26.
- Le RIC, « probablement ». À la question d’une réforme institutionnelle immédiate, l’invité répond le référendum d’initiative citoyenne, mais avec réserve, subordonné à des principes 01:51:17.
- La confiance avant le pouvoir. Pour l’invité, il faut d’abord éveiller chez les citoyens « la source de l’acte créateur » 01:54:21.
- Le tabou nucléaire. Les militaires qui disaient « jamais » admettent désormais que « cela peut arriver » 01:48:13.
- Le mot de la fin. « N’ayez pas peur d’attaquer » les « malfaiteurs de la politique nationale et internationale » 02:28:58.
- L’épilogue de l’hôte. Cinq cartouches pour compléter le livre : théorie monétaire moderne, Islande, dette écologique, obsolescence programmée, communs numériques 02:33:01.
Annexe B : concepts à retenir
Économie physique. Notion héritée de Lyndon LaRouche, elle-même redevable à Leibniz : la richesse d’une nation se mesure à sa capacité réelle de produire, par être humain, par unité de surface et de matière, et non à la valeur monétaire de ses actifs.
Potentiel de densité démographique relatif. Indicateur de l’économie physique : le nombre d’êtres humains qu’une société peut faire vivre dignement sur un territoire donné, compte tenu de ses technologies. Il croît avec la découverte scientifique.
Fascisme techno-militaro-financier. Expression de l’invité pour désigner la fusion de la puissance technologique (la Silicon Valley), monétaire (le privilège du dollar, les cryptomonnaies privées) et militaire, appuyée par les médias. Le mot « fascisme » y désigne un régime d’ordre imposé par une oligarchie, non un parti de masse.
Banque nationale (et non centrale). Institution publique de crédit qui oriente l’investissement vers la production réelle et les infrastructures, en lien avec une agence de planification et des banques de dépôt autonomes. Elle se distingue de la banque centrale, « banque de banquiers », et de la banque du souverain, selon qui la gouverne.
Étatisation et nationalisation. Distinction de l’invité : l’étatisation transfère une entreprise à l’État et à ses hauts fonctionnaires ; la nationalisation devrait la transférer à la nation. Toute la question démocratique tient dans cet écart.
Porte tournante. Circulation des hauts fonctionnaires entre l’État et la finance privée. Le pantouflage de fin de carrière est devenu un passage de début de carrière.
Consensus de Paris. Thèse de Rawi Abdelal : la libéralisation mondiale des capitaux, dans les années 1980 et 1990, a été largement écrite par des responsables français (Delors, Camdessus, Chavranski).
Effets Mefo. Traites émises de 1934 à 1938 par une société écran pour financer le réarmement allemand hors du budget, sous l’impulsion de Hjalmar Schacht. Archétype du crédit soustrait au contrôle démocratique.
Chrématistique. Chez Aristote, l’art d’acquérir sans limite, par opposition à l’économique, qui pourvoit aux besoins. Sa forme extrême est le prêt à intérêt, où l’argent « fait des petits ».
Seisachtheia. « Levée du fardeau » : abolition des dettes et de l’esclavage pour dettes par Solon, à Athènes, en 594 avant notre ère ; acte fondateur de la démocratie athénienne selon Aristote.
Domaine public et biens communs. Conception, ancienne en France, selon laquelle le souverain administre sans posséder. Le projet de Constitution d’urgence du PIC la reprend sous la forme des biens communs de la Nation, dont l’exploitant n’est que dépositaire.
Coïncidence des opposés. Chez Nicolas de Cues (XVe siècle), l’idée que les contraires, irréconciliables au niveau de la logique ordinaire, s’unissent à un niveau supérieur. L’invité en fait le principe d’une diplomatie du développement mutuel.
Docte ignorance. Titre du traité de Nicolas de Cues (1440) : la sagesse consiste à savoir, le plus précisément possible, ce que l’on ne sait pas. Le pape Léon XIV y a consacré une catéchèse en octobre 2025.
Plan Oasis. Programme de développement mutuel pour le Proche-Orient (eau, énergie, infrastructures) défendu par l’Institut Schiller, fondé sur l’idée qu’on se comprend en travaillant ensemble.
Double haters. Littéralement « ceux qui détestent les deux camps » : électeurs américains rejetant à la fois les républicains et les démocrates.
Référendum contraignant et référendum consultatif. Le premier oblige les pouvoirs publics ; le second les éclaire seulement. L’Islande de 2012 a montré qu’un excellent texte adopté par consultation peut être enterré par un Parlement.
Primauté du vote sur l’élection. Principe du projet de Constitution d’urgence : le peuple se prononce sur des questions avant de désigner des personnes, et ce qu’il a voté s’impose à ceux qu’il a élus.
Annexe C : antithèses sourcées
Les objections les plus fortes, avec leur source, et ce que nous leur répondons. On ne publie que ce qui a survécu.
1. « Parler de fascisme, c’est banaliser le fascisme. » C’est l’objection la plus courante, et l’invité lui-même dit ne pas aimer le mot (« j’aime pas le mot totalitaire ni vraiment fasciste » 00:33:42). Réponse : nous préférons, comme lui, parler de féodalité, le mot du programme du Conseil national de la Résistance. Il décrit mieux un pouvoir qui ne gouverne pas par la terreur mais par la dette, la dépendance et le serment d’allégeance.
2. « L’invité est l’héritier d’un mouvement sectaire. » Lyndon LaRouche a été condamné en 1988 aux États-Unis pour fraude ; l’UNADFI et l’auteur Cyril Le Tallec ont rangé le mouvement LaRouche-Cheminade parmi les sectes politiques ; d’autres observateurs ont relevé ses emballements conspirationnistes, tout en notant que la branche française était restée exempte des dérives antisémites reprochées au mouvement américain (voir les notices encyclopédiques de Jacques Cheminade et de Lyndon LaRouche). L’invité conteste ces qualifications. Réponse : nous jugeons les arguments, non les généalogies ; mais un mouvement démocratique doit se méfier de toute doctrine qui a longtemps reposé sur un seul homme. C’est le sens de notre sixième mouvement.
3. « L’espérance de vie chinoise dépasse l’américaine. » Affirmation de l’invité 00:15:18. La Commission nationale de santé chinoise annonce 79 ans pour 2024 ; les courbes chinoise et américaine se sont croisées autour de 2020, comme le relevait Le Grand Continent dès 2022. Réponse : l’affirmation est à peu près exacte, mais l’écart est mince et repose, côté chinois, sur des statistiques officielles. Elle dit surtout l’effondrement sanitaire américain.
4. « La fécondité africaine est déjà à 2,9 ou 3,5, et la population mondiale reculera dans trente ans. » Affirmations de l’invité 01:28:51 01:30:53. Selon les projections des Nations unies de 2024 (présentées par l’INED), la fécondité de l’Afrique subsaharienne est de 4,3 enfants par femme, et la population mondiale atteindrait un pic d’environ 10,3 milliards vers le milieu des années 2080. Réponse : la tendance à la baisse que décrit l’invité est réelle ; ses chiffres sont trop bas et son calendrier trop court.
5. « Les abstentionnistes constituent plus de 50 % des Français. » Affirmation de l’invité 01:26:50. L’abstention a été de 26 % au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, et la participation de 67 % au premier tour des élections législatives de 2024 ; elle n’a dépassé la moitié des inscrits qu’à certains scrutins (législatives de 2022, élections locales). Réponse : l’abstention structurelle est un gisement politique considérable, et l’invité a raison de vouloir s’adresser à elle ; mais elle n’est pas majoritaire à l’élection qui compte le plus.
6. « 35 à 40 % des Juifs new-yorkais ont voté Mamdani. » Affirmation de l’invité 00:24:32. Le sondage de sortie des urnes cité par la Jewish Telegraphic Agency donne 33 %, contre 63 % à son adversaire. Réponse : l’ordre de grandeur est juste, et le fait politique (une fracture générationnelle et idéologique au sein de l’électorat juif) demeure.
7. « Tulsi Gabbard a été virée. » Affirmation de l’invité 00:16:22, contestée en direct par un auditeur selon qui elle serait partie pour accompagner son compagnon malade 00:47:03. La directrice du renseignement national a annoncé sa démission le 22 mai 2026 en invoquant des raisons personnelles, la presse évoquant aussi des désaccords avec la Maison-Blanche (Le Temps, Euronews). Réponse : les deux lectures coexistent ; aucune n’est établie.
8. « L’invasion de l’Ukraine a été provoquée par l’OTAN. » Thèse de l’invité 01:02:17, défendue aux États-Unis par le politiste John Mearsheimer dès 2014 (Foreign Affairs). Elle est rejetée par la très grande majorité des États : le 2 mars 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a « déploré » l’agression russe par 141 voix. Réponse : expliquer une guerre n’est pas l’excuser, et l’invité parle bien d’« invasion ». Pour le PIC, la question décisive est ailleurs : aucune cobelligérance, aucun crédit de guerre ne devrait engager la France sans le peuple.
9. « À Gaza, il y a un génocide. » Qualification de l’invité 00:43:56, qui qualifie dans la même phrase les attaques du Hamas de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La Cour internationale de justice, saisie par l’Afrique du Sud, a ordonné des mesures conservatoires en janvier 2024 ; elle n’a pas statué au fond ; Israël rejette l’accusation. Réponse : nous rapportons la qualification comme celle de l’invité, sans la reprendre à notre compte, la justice internationale n’ayant pas tranché.
10. « Le parallèle avec Schacht est outrancier. » Les effets Mefo étaient dissimulés au budget et au public ; les dispositifs européens de financement de la défense sont débattus et publiés. Réponse : c’est vrai, et c’est pourquoi nous ne retenons du parallèle que la technique (l’endettement militaire soustrait aux règles ordinaires), non la nature des régimes. Le remède est le même dans les deux cas : un plafond d’endettement que seul le peuple peut lever.
11. « La loi de 1973 a obligé l’État à emprunter aux banques privées. » Thèse rappelée par plusieurs auditeurs (01:01:16, 02:24:54), que l’invité n’a pas reprise. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France interdisait au Trésor de présenter ses propres effets à l’escompte ; mais des avances de la Banque de France à l’État ont subsisté jusqu’au traité de Maastricht et à la loi de 1993, qui ont généralisé l’interdiction du financement monétaire direct. Réponse : la date de 1973 est symbolique plus que décisive ; l’invité, en retenant 1986, est plus exact que ses auditeurs.
12. « Une banque nationale, même participative, ne peut pas savoir ce que sait le marché. » C’est l’objection de Hayek (The Use of Knowledge in Society, 1945), posée par l’hôte 00:32:40. Réponse : elle est forte contre la planification centrale de chaque investissement ; elle ne vaut pas contre un plafond d’endettement et un mandat monétaire fixés par le peuple, l’allocation fine restant décentralisée dans les banques de dépôt, les communes et les entreprises. C’est le dispositif du Titre VI, article 4.
13. « L’Islande n’a pas refusé de payer. » Les créances Icesave ont été remboursées par la liquidation de la banque Landsbanki, et le redressement islandais doit aussi au programme du FMI et à un contrôle des capitaux maintenu jusqu’en 2017. Réponse : exact, et cela renforce l’argument : le peuple islandais a refusé de payer à la place des banquiers, et le droit (la Cour de l’AELE en 2013) lui a donné raison.
14. « La théorie monétaire moderne ne s’applique pas à la France. » Un pays de la zone euro n’émet pas sa monnaie. Réponse : c’est exact, et c’est un argument pour la souveraineté monétaire, non contre la théorie. Il reste que la théorie dit combien un État peut dépenser, pas qui en décide.

15. Deux témoignages de seconde main. L’invité rapporte, de seconde main, qu’à bord d’une flottille pour Gaza interceptée par Israël, une personne (le propos ne permet pas de savoir s’il s’agit de Greta Thunberg ou de son informateur) aurait été contrainte, arme sur la tempe, d’embrasser un drapeau israélien 00:56:12 ; et un auditeur affirme que les résidences universitaires de sa ville n’accueillent plus d’étudiants asiatiques ni nord-américains 01:36:57. Nous n’avons trouvé de confirmation ni de l’un ni de l’autre. Réponse : nous les mentionnons pour l’exhaustivité, sans les tenir pour établis.
Sources
Toutes les adresses ci-dessous ont été consultées ou vérifiées le 28 octobre 2026. Les horodatages cités dans le texte renvoient directement à la minute correspondante de la vidéo.
Le direct, l’invité et son mouvement
- Politoscope TV, « Répondre au cri du peuple : Jacques Cheminade, 60 ans de combat contre le féodalisme financier », direct du 27 mai 2026 : https://www.youtube.com/watch?v=MkzQSTRDXTQ
- Jacques Cheminade, notice encyclopédique (biographie, candidatures et scores, rejet des comptes de 1995, controverses) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Cheminade
- Lyndon LaRouche, notice encyclopédique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyndon_LaRouche
- Abba Lerner, contradicteur de LaRouche lors du débat de 1971 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abba_Lerner
- Solidarité et progrès : https://fr.wikipedia.org/wiki/Solidarit%C3%A9_et_progr%C3%A8s
- Institut Schiller : https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_Schiller
Faits et chiffres vérifiés
- Jewish Telegraphic Agency, « Mamdani wins 33% of the Jewish vote in NYC », 5 novembre 2025 : https://www.jta.org/2025/11/05/politics/mamdani-wins-33-of-the-jewish-vote-in-nyc-compared-to-63-for-cuomo-exit-poll-shows
- Le Temps, démission de la directrice du renseignement national américain, mai 2026 : https://www.letemps.ch/monde/pretendument-en-desaccord-avec-donald-trump-la-cheffe-du-renseignement-americain-demissionne-pour-raisons-personnelles
- Euronews, « États-Unis : Tulsi Gabbard démissionne », 22 mai 2026 : https://fr.euronews.com/2026/05/22/etats-unis-tulsi-gabbard-demissionne-de-son-poste-de-directrice-renseignement
- Commission nationale de santé de Chine, espérance de vie de 79 ans en 2024 : https://en.nhc.gov.cn/2025-03/10/c_86403.htm
- Le Grand Continent, « Comment l’espérance de vie en Chine a dépassé celle des États-Unis », 14 septembre 2022 : https://legrandcontinent.eu/fr/2022/09/14/comment-lesperance-de-vie-en-chine-a-depasse-celle-des-etats-unis/
- INED, « 2024 : les Nations unies publient de nouvelles projections de population mondiale » : https://www.ined.fr/en/everything_about_population/demographic-facts-sheets/focus-on/2024-les-nations-unies-publient-de-nouvelles-projections-de-population-mondiale/
- Élection présidentielle française de 2022 (participation) : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise_de_2022
- Élections législatives françaises de 2022 : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_fran%C3%A7aises_de_2022
- Élections législatives françaises de 2024 : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_fran%C3%A7aises_de_2024
- Cour internationale de justice, affaire Afrique du Sud contre Israël (application de la convention sur le génocide) : https://www.icj-cij.org/case/192
- Nations unies, Assemblée générale, résolution sur l’agression contre l’Ukraine, 2 mars 2022 (141 voix) : https://press.un.org/en/2022/ga12407.doc.htm
- John J. Mearsheimer, « Why the Ukraine Crisis Is the West’s Fault », Foreign Affairs, 2014 : https://www.foreignaffairs.com/articles/russia-fsu/2014-08-18/why-ukraine-crisis-west-s-fault
- Léon XIV, audience jubilaire du 25 octobre 2025, « Espérer, c’est ne pas savoir. Nicolas de Cues » : https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/audiences/2025/documents/20251025-udienza-giubilare.html
- Health Data Hub, plateforme des données de santé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Health_Data_Hub
Histoire du crédit, de la monnaie et de la souveraineté
- Seisachtheia, l’abolition des dettes par Solon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Seisachtheia
- Aristote, Politique, livre I (traduction en ligne) : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm
- Chrématistique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chr%C3%A9matistique
- Édit de Moulins (1566), inaliénabilité du domaine royal : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89dit_de_Moulins
- Sully : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sully
- Barthélemy de Laffemas : https://fr.wikipedia.org/wiki/Barth%C3%A9lemy_de_Laffemas
- John Law : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Law
- Système de Law : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_Law
- Pierre-Joseph Proudhon (et la Banque du peuple, 1849) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Proudhon
- Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? (1840), texte intégral : https://fr.wikisource.org/wiki/Qu%E2%80%99est-ce_que_la_propri%C3%A9t%C3%A9_%3F
- Hjalmar Schacht : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hjalmar_Schacht
- Effets Mefo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mefo-Wechsel
- Banque des règlements internationaux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_des_r%C3%A8glements_internationaux
- Programme du Conseil national de la Résistance (15 mars 1944) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_du_Conseil_national_de_la_R%C3%A9sistance
- Banque de France (nationalisation de 1945) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_de_France
- Commissariat général du Plan : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commissariat_g%C3%A9n%C3%A9ral_du_Plan
- Loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_du_3_janvier_1973_sur_la_Banque_de_France
- Acte unique européen : https://fr.wikipedia.org/wiki/Acte_unique_europ%C3%A9en
- Fin de la convertibilité du dollar, 15 août 1971 : https://en.wikipedia.org/wiki/Nixon_shock
- Rawi Abdelal, « Writing the rules of global finance: France, Europe, and capital liberalization » : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/writingrulesglobalfinance.pdf
- Accords Blum-Byrnes (1946) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_Blum-Byrnes
- Michel Clouscard : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Clouscard
- Traités de Westphalie (1648) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9s_de_Westphalie
- Nicolas de Cues : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Cues
- Discours de Phnom Penh (1966) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_Phnom_Penh
- Le Sillon de Marc Sangnier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Sillon
- Simone Weil, L’Enracinement : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Enracinement
- Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Note_sur_la_suppression_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_partis_politiques
- Henri Bergson, citations : https://fr.wikiquote.org/wiki/Henri_Bergson
Économie, démocratie, numérique
- Friedrich Hayek, « The Use of Knowledge in Society » (1945) : https://www.econlib.org/library/Essays/hykKnw.html
- Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial State : https://marianamazzucato.com/books/the-entrepreneurial-state
- Stephanie Kelton, The Deficit Myth : https://stephaniekelton.com/book/
- Théorie monétaire moderne : https://en.wikipedia.org/wiki/Modern_monetary_theory
- Fondation Robert Schuman, référendum islandais sur l’accord Icesave, 9 avril 2011 : https://www.robert-schuman.eu/en/monitor/1208-referendum-on-the-icesave-agreement-law-9th-april-2011
- PRI, décision de la Cour de l’AELE sur Icesave, 29 janvier 2013 : https://www.pri.org/stories/2013-01-29/iceland-hook-icesave-case
- Le litige Icesave : https://en.wikipedia.org/wiki/Icesave_dispute
- La crise financière islandaise de 2008 à 2011 : https://en.wikipedia.org/wiki/2008%E2%80%932011_Icelandic_financial_crisis
- Référendum constitutionnel islandais de 2012 : https://en.wikipedia.org/wiki/2012_Icelandic_constitutional_referendum
- Participedia, Citizens’ Initiative Review (Oregon) : https://participedia.net/method/5097
- Field Actions Science Reports, étude sur le Citizens’ Initiative Review : https://journals.openedition.org/factsreports/3448
- Center for Deliberative Democracy (James Fishkin), Université Stanford : https://deliberation.stanford.edu/
- Cartel Phœbus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cartel_Ph%C5%93bus
- Obsolescence programmée (et délit créé en 2015) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programm%C3%A9e
- Dette écologique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_%C3%A9cologique
- GendBuntu, le système libre de la gendarmerie nationale : https://fr.wikipedia.org/wiki/GendBuntu
Le PIC et la Constitution d’urgence

- Projet de Constitution d’urgence, accueil : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/
- Titre I, article 5, « De la primauté du vote sur l’élection » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-5-primaute-vote-election/
- Titre I, article 6, « Du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-i-souverainete/titre-i-art-6-referendum-initiative-citoyenne-matieres/
- Titre II, article premier, « Du Conseil des Sept » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-1-conseil-sept/
- Titre II, article 7, « Des Formulateurs : les Sept cent soixante-dix-sept » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-7-formulateurs-sept-cent-soixante-dix/
- Titre II, article 8, « De l’Agora citoyenne » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-ii-gouvernance-collegiale-cercles/titre-ii-art-8-agora-citoyenne-sept-mille-cent/
- Titre V, article premier, « De l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-v-droits-fondamentaux-integrite/titre-v-art-1-integrite-psychique/
- Titre VI, article 4, « De la souveraineté monétaire et de l’endettement » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-vi-ordre-economique-fiscal-monetaire/titre-vi-art-4-souverainete-monetaire-endettement/
- Titre VI, article 7-1, « Des biens communs de la Nation » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-vi-ordre-economique-fiscal-monetaire/titre-vi-art-7-1-biens-communs-nation/
- Titre VII, article 2, « De la libération des communes » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-vii-collectivites-subsidiarite/titre-vii-art-2-liberation-communes/
- Titre VIII, article 5, « Des logiciels libres et des formats ouverts » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-viii-souverainete-numerique/titre-viii-art-5-encadrement-modele-locatif-logiciel/
- Titre XIV, article 3, « De la démocratie actionnariale et de l’association des travailleurs » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xiv-corps-intermediaires-corporations/titre-xiv-art-3-democratie-actionnariale-association/
- Titre XVIII, article 4, « Du référendum unificateur et de l’ouverture de l’Année Zéro » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xviii-revision-garde-democratie/titre-xviii-art-4-referendum-unificateur-ouverture-annee-zero/
- Titre XVIII, article 7, « Du retrait des traités européens et de la souveraineté recouvrée » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xviii-revision-garde-democratie/titre-xviii-art-7-retrait-traites-europeens-souverainete/
- Titre XVIII, article 9, « De la monnaie nationale et de la protection de l’épargne » : https://pari-intelligence-collective.org/constitution/titre-xviii-revision-garde-democratie/titre-xviii-art-9-monnaie-nationale-protection-epargne/
- Le manifeste du PIC : https://pari-intelligence-collective.org/manifeste/
- Rejoindre le PIC : https://pari-intelligence-collective.org/rejoindre/