Par l’équipe du PIC :
L’heure n’est plus aux simples constats d’impuissance face à une oligarchie élective qui nous dépossède de notre destin : l’heure est à la quête de SOLUTIONS.
[ NB : #PIC : le Pari de l’Intelligence Collective / PEC : Les Partisans de l’Esprit Critique ]
Chaque jeudi soir, nous transformons l’espace numérique en une agora vibrante, un bastion de résistance intellectuelle où le « Pari de l’intelligence collective » cesse d’être un concept pour devenir une arme de reconstruction massive.
Tous les jeudis soirs, dès 21h15, nous plongeons dans les entrailles de notre système opératif politique pour en disséquer les failles et, surtout, pour proposer des solutions concrètes et subversives.
Dans ce premier épisode pilote, nous avons exploré la tension vitale entre la démocratie délibérative et la démocratie procédurale, deux visions du monde qui s’affrontent au cœur des recherches scientifiques contemporaines: les faire dialectiser en quelque sorte, c’est un des fondements de notre démarche intellectuelle, essentielle à appréhender pour comprendre notre direction (qui en sera une synthèse).
Nous avons aussi décidé de briser le rideau de fer de la « castration cognitive » — cette méthode sournoise qui vise à vous convaincre de votre propre incompétence politique.
Nous ne vous proposons pas une énième réforme, mais une véritable contre-ingénierie de la libération : en forme de « riposte cognitive ».
Dans ce direct fondateur, nous décortiquons l’arnaque du « cens caché » et posons les jalons d’une architecture radicalement nouvelle : le système fractal 7×7.
Pourquoi le tirage au sort est-il le seul rempart contre la corruption des lobbies ?
Comment transformer le « dissensus » en une puissance de frappe invincible ?
Et surtout, pourquoi ceux qui ont « la peau dans le jeu » (« skin in the game », expression popularisée par Nassim Nicolas Tayeb) — les citoyens ordinaires — font-ils preuve d’une sagesse que les politiciens professionnels n’atteindront jamais ?
Ne soyez plus les spectateurs passifs d’un naufrage administré.
Que vous choisissiez l’immersion par notre texte de fond ou la vibration de l’agora en vidéo, préparez-vous à une décharge intellectuelle.
Nous explorons ici comment passer du nihilisme à la souveraineté active, en infiltrant les interstices d’un système qui tremble déjà devant le retour du Logos.
L’aventure du PIC commence ici :
Devenez les architectes du monde qui vient.
Découvrez dès maintenant le REPLAY et le compte-rendu de cette première insurrection des consciences.
Synthèse en 20 thèmes-clés abordés dans ce direct :
(Transcription assistée par IA)
Frédéric Bascuñana : Je sollicite votre bienveillance pour cette soirée de lancement. Dans le cadre du rodage de ce nouveau format, il est fort probable que je m’exprime longuement, une loquacité inhérente à l’ajustement de nos protocoles. Pour nous acclimater à cette expérience, Alain Gonzales et Fabrice Grimal assumeront un rôle ingrat mais essentiel : ils auront toute latitude pour m’interrompre, voire pour bousculer mes propos dès qu’une zone d’ombre persistera. Qu’ils n’hésitent pas à faire preuve d’une franchise absolue ; ce n’est certes pas le genre de la maison de se ménager, mais je feins ici une certaine assurance de matador alors que je sais leur regard amical. Néanmoins, il est impératif que vous aussi, par vos retours, signaliez mes éventuels manques de clarté.
Pour situer la genèse de ce projet, sachez qu’il représente le fruit de deux années d’un labeur intensif, point d’orgue d’une réflexion entamée il y a cinq ans. Ces deux dernières années furent consacrées à une dissection rigoureuse des concepts que nous allons aborder ce soir. Chacun de nos rendez-vous sera le réceptacle de vos préoccupations. Que vous nous suiviez sur X, Facebook, LinkedIn ou YouTube, vous remarquerez à l’image une interface mobile symbolisant notre salon vocal ; c’est par ce biais que vous pourrez intervenir directement. À terme, lorsque la confiance sera scellée, certains de nos partenaires pourront même nous rejoindre sur le plateau vidéo. Notre ambition est de bâtir une véritable agora numérique où la parole est souveraine. Les questions puissantes reçues en amont de ce direct témoignent déjà de la pertinence de cette démarche.
L’heure n’est plus à la simple déploration de notre impuissance face à ce que j’appelle l’oligarchie élective — un terme qu’il convient de graver dans nos esprits — qui nous dépossède systématiquement de notre destin démocratique. Chaque jeudi soir, nous transformerons cet espace en un bastion de résistance intellectuelle. Le Pari de l’Intelligence Collective (le PIC) doit cesser d’être une abstraction éthérée ou un concept gazeux pour s’ériger en une arme de reconstruction massive. C’est ce que je nomme la riposte cognitive. Pour ce faire, nous allons plonger dans les entrailles de notre « système opératif ». J’affectionne cette analogie informatique : la République est un système d’exploitation, un Operating System (OS) au sein duquel tournent diverses applications. Or, force est de constater que ce logiciel est lourdement buggé. Nous allons en disséquer les failles pour proposer des solutions foncièrement subversives.
Il nous faut explorer la tension vitale qui oppose la démocratie délibérative à la démocratie dite procédurale. Ce sont deux visions du monde qui s’affrontent, souvent à l’insu des acteurs eux-mêmes. Se dire « démocrate » est aujourd’hui une formule vide de sens. La distinction entre démocratie directe et représentative est connue, mais elle n’est que la surface des choses. Nous allons dialectiser le débat autour du corpus scientifique des sciences humaines appliquées au logiciel démocratique. C’est la clé de lecture indispensable pour comprendre les enjeux de notre souveraineté.
Alain Gonzales : Frédéric, je me permets de t’interrompre. Des spectateurs sur YouTube manifestent une certaine impatience ; certains signalent une absence d’image et craignent que la diffusion ne soit qu’en attente.
Frédéric Bascuñana : C’est curieux, car je reçois par ailleurs de nombreux messages de salutations. Il semble que tout fonctionne pour la majorité, à l’instar de Sami ou de Monadi qui nous confirment la qualité du flux.
Alain Gonzales : Il s’agissait donc probablement d’un incident localisé. Une erreur technique inaugurale était presque prévisible. Elle t’aura au moins permis de marquer une pause salutaire.
Frédéric Bascuñana : En effet, mieux valait lever le doute. Pour reprendre le fil de mon propos, l’accès à cette réflexion exige un investissement, non pas financier, mais en termes de dépense cognitive. Nous touchons ici à des visions de la démocratie qui divergent profondément. Je salue d’ailleurs la présence de Pascal MV, de Marc Philippo ou de ceux qui œuvrent pour la démocratie directe. Si nous devions engager le débat avec eux, nous pourrions ergoter des nuits entières sur la complexité de ces sujets, et c’est précisément ce qui en fait la richesse.
Prononcer le mot « démocratie » ne garantit en rien un accord sur le fond. C’est un piège redoutable qui s’applique également aux concepts d’intelligence collective ou de Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Comme le souligne souvent Fabrice, le RIC n’a de sens que si l’on en définit les modalités précises ; sans cela, il demeure un slogan creux. Je refuse de procéder par raccourcis démagogiques ou de jouer les « chic types » pour séduire l’opinion. Mon but n’est pas de vous plaire, mais de vous transmettre le fruit d’années de digestion intellectuelle et d’expériences vécues. Sauver notre pays, et peut-être même notre civilisation en pleine décadence, exige que nous nous élevions vers une forme de transcendance collective. Cela demande du travail, une exigence qui ne peut se satisfaire de discussions de comptoir entre la poire et le fromage.
Nous puiserons dans l’histoire, notamment à travers l’exemple des budgets participatifs. J’espère avoir le temps de vous exposer le cas de la ville de Rome. Ces expérimentations sont riches d’enseignements et apportent la preuve qu’un autre mode de gouvernance est non seulement possible, mais urgent. Nous présenterons les premières esquisses de notre modèle syncrétique, conçu pour restaurer une véritable souveraineté citoyenne en conciliant différentes écoles démocratiques. Vos questions sont le carburant de cette réflexion. Émilie nous a interrogés sur LinkedIn concernant les peurs qui freinent la participation, la viabilité d’une démocratie authentique face à la finance globalisée, ou encore les biais induits par la polarisation médiatique. Elle se demande aussi comment maintenir un rythme décisionnel efficace sans sacrifier la qualité, et s’il faut forger une nouvelle anthropologie, plus optimiste, pour réussir le pari du PIC.
Nous n’allons pas survoler ces enjeux. Nous les aborderons avec la rigueur des chercheurs sur les épaules desquels nous nous tenons, mais aussi avec l’ardeur militante nécessaire. L’intelligence collective ne se décrète pas ; elle se conquiert par le débat agonistique et par une volonté de puissance — une puissance citoyenne pour ceux qui refusent d’être les spectateurs de leur propre déclin.
Alain Gonzales : Quelle introduction magistrale ! Je crois sincèrement que ce moment est historique. Beaucoup d’espaces de discussion se limitent au diagnostic ; nous, nous proposons des solutions concrètes aux questions de souveraineté que se posent les Français. Face au spectacle désolant de l’Assemblée nationale et à la dégradation constante de nos vies depuis le référendum trahi de 2005, nous devons suturer la rupture démocratique. Frédéric accomplit un travail colossal, travaillant pour ainsi dire quarante-huit heures par jour pour rendre possible ce retour de la citoyenneté populaire. J’ai moi-même testé ces idées lors de récentes réunions publiques, et l’accueil, bien que parsemé d’interrogations, est prometteur.
Fabrice Grimal : Je souhaiterais apporter une précision sur la notion d’intelligence collective. Dans l’imaginaire commun, on se représente souvent un cerveau collectif où chaque individu serait un neurone interchangeable. Or, la transposition au monde humain est complexe : elle doit intégrer les notions de leadership et d’efficacité organisationnelle. Ce n’est pas un gros mot. Si les grandes entreprises utilisent ces outils, c’est pour être performantes. Le champ politique souffre d’un déficit d’organisation criant. L’intelligence collective est une construction fragile, une sorte de dentelle intellectuelle. Le PIC est une nouvelle expérimentation qui tire les leçons des échecs passés, notamment ceux vécus par beaucoup de Français durant le mouvement des Gilets jaunes. Peu importe que l’on ait été partisan ou non de ce mouvement, il constitue un antécédent majeur qui doit nous servir de leçon pour modifier en profondeur l’exercice de la politique et rendre aux citoyens leur souveraineté.
Frédéric Bascuñana : Je relève d’excellentes remarques dans le fil de discussion. Un internaute suggère de s’inspirer de la commission sur le climat. C’est un point de départ intéressant, à ceci près que cette instance était purement consultative et non contraignante. Nous reviendrons sur la distinction fondamentale entre le délibératif et le consultatif.
Permettez-moi de poser le décor de notre réflexion à travers cinq points clés. Je m’adresserai peut-être ici à des experts, mais il est vital de définir nos termes. Le sujet central est de savoir si la démocratie est une simple règle de calcul ou un choc d’idées. D’un côté, nous avons les « procéduralistes » pour qui la règle prime ; de l’autre, les partisans de la démocratie délibérative. L’équilibre se situe évidemment entre les deux, mais le système actuel a délibérément choisi le silence des urnes contre le bruit de l’intelligence. Le logiciel politique dominant est une arnaque technocratique que nous devons saboter.
Le premier point de ma démonstration concerne l’obsession de la règle électorale, qui a fini par vider la démocratie de sa substance pour la transformer en un rituel d’abdication. On nous fait croire que la démocratie se résume à l’isoloir et au décompte arithmétique. C’est la vision de Joseph Schumpeter qui, en 1942, réduisait la politique à un marché où des élites se disputent les voix de consommateurs passifs. Dans ce modèle, peu importe que le débat soit biaisé ou que les candidats mentent ; tant que la forme est respectée, le résultat est décrété légitime. Cette réduction de la souveraineté à sa carcasse administrative est le rêve des forces global-fascistes. Ils sacralisent le processus pour étouffer la qualité de la volonté populaire, imposant des politiques de destruction sociale sous couvert de légalité. Regardez l’Union européenne : elle utilise la règle pour étouffer le cri du réel. Le citoyen est réduit à un fournisseur de statistiques quinquennales, tandis que les décisions sont prédigérées dans des officines technocratiques. Cette démocratie sans peuple est une coquille vide. Nous avons confondu la légalité de la procédure avec la légitimité du fond. En entreprise, c’est la même dérive : on multiplie les chartes éthiques et les processus qualité, mais la souffrance au travail explose. On suit la règle, mais on perd le sens. Si la règle ne sert plus la vie, elle n’est qu’une chaîne. La procédure est devenue l’anesthésie qui nous empêche de ressentir l’amputation de notre souveraineté.
Alain Gonzales : J’ajouterais qu’aujourd’hui, les politiques n’ont plus réellement la main. Paradoxalement, moins ils ont de pouvoir, plus ils parlent, croyant à tort que leur parole est encore performative. Les partis politiques n’existent plus que pour s’auto-entretenir et diviser artificiellement les Français alors que, sur les grands enjeux, un consensus populaire existe. La légitimité a déserté le camp de la légalité institutionnelle.
Fabrice Grimal : L’Union européenne est le paroxysme de cette dérive. Comme il n’y a ni affect national, ni langue commune, ni espace médiatique partagé, tout repose sur des procédures qui virent à la dictature. Cela me rappelle des œuvres comme 1984, Le Meilleur des mondes ou le film Cube, où le respect aveugle d’une procédure peut mener à la construction d’un enfer sans que personne ne s’en aperçoive. À Bruxelles, chaque Conseil européen est une mise en scène grotesque où tous les dirigeants prétendent avoir triomphé dans les négociations, ce qui est mathématiquement impossible. C’est une chaîne de procédures qui nous entrave. Le coût de la souveraineté et de la démocratie est exorbitant, mais c’est le prix de notre liberté. On pourrait pourtant résoudre l’essentiel des préoccupations des Français si on acceptait simplement de les écouter. Mais les partis, au lieu d’unir, fracturent la société.
Frédéric Bascuñana : Jimmy pose une question cruciale : « Comment hacker le système ? ». Je tiens à préciser ma pensée : il ne s’agit pas de tricher, mais de transgresser intelligemment le cadre électoral. Face à une ingénierie sociale qui nous prend pour cible, nous devons opposer une contre-ingénierie. Ils jouent une partie d’échecs avec nos cerveaux ; nous allons les battre à leur propre jeu en concevant une organisation résiliente.
Michel note avec justesse que le système actuel valorise l’incompétence et empêche la construction commune. C’est un constat partagé, mais il est temps de dépasser le diagnostic pour réhabiliter la substance du logos — le débat — contre la tyrannie de l’arithmétique. Pourquoi la démocratie délibérative est-elle notre premier rempart ? Parce qu’elle combat la manipulation émotionnelle orchestrée par les médias systémiques et la corruption népotiste de la caste. La démocratie délibérative, théorisée par Jürgen Habermas, postule que la légitimité d’une décision dépend de la qualité de l’argumentation. C’est le passage du cerveau réflexe, manipulable par la peur et l’indignation, au cerveau analytique. Le système déteste cela car la délibération est chronophage et imprévisible. Il préfère le plébiscite émotionnel. Or, la délibération exige l’exposition à des thèses contradictoires et le démasquage des conflits d’intérêts. Le PIC propose une année entière de délibération citoyenne après l’élection pour refonder nos institutions. Sans ce travail sur le fond, le vote n’est qu’une loterie orchestrée par le récit officiel.
Quand on donne à des citoyens ordinaires le temps d’étudier un dossier complexe, loin de l’hypnose télévisuelle, ils font preuve d’une sagesse inouïe. Ils sont, pour citer Nassim Nicholas Taleb, « skin in the game » : ils sont directement concernés par le bien commun et ne cherchent pas leur réélection. L’oligarchie craint ce réveil du logos collectif. Un peuple qui délibère est un peuple qui devient adulte. La démocratie procédurale nous divise pour nous compter ; la délibérative nous réunit pour nous faire penser. Compter les voix après avoir lobotomisé les électeurs est une insulte à l’intelligence.
Fabrice Grimal : À ce sujet, je recommande la lecture de Jacques Testart, L’humanitude au pouvoir. Il décrit ce phénomène qui se produit quand on tire des gens au sort pour délibérer. Ces assemblées sont souvent convoquées par les gouvernements sur des sujets éthiques dont ils ne savent comment se dépêtrer. Le tirage au sort a cette vertu incroyable de rendre la corruption quasi impossible. Il est fort improbable que Bernard Arnaud soit tiré au sort parmi 45 millions d’électeurs. En revanche, un couvreur de l’Aisne peut l’être. Si un lobby tente de le corrompre avec 200 000 euros, il prend le risque que ce citoyen dénonce immédiatement la manœuvre sur une chaîne de grande écoute. Les lobbies préfèrent travailler au long cours avec des députés européens dont ils connaissent les failles. Le tirage au sort brise ces réseaux. C’est un outil fécond qui permet d’aboutir à des décisions nuancées et protectrices pour tous.
Frédéric Bascuñana : Le tirage au sort est un outil puissant, mais il doit être intégré dans une chronologie organisationnelle. Il n’y a pas de solution miracle unique ; c’est la combinaison de dispositifs qui fera la force du système.
Alain Gonzales : C’est un point fondamental. Cette architecture empêche l’infiltration des lobbies. Comme le rappelait Fabrice, pour chaque député européen à Bruxelles, on dénombre dix lobbyistes. En revanche, le citoyen tiré au sort, par son caractère imprévisible et son mandat éphémère, constitue un angle mort pour ces groupes de pression.
Frédéric Bascuñana : Je lis une remarque d’Émilie sur le chat qui estime que la démocratie délibérative peut être aliénante. C’est une provocation salutaire. Certes, elle peut l’être, mais elle peut aussi s’avérer éminemment désaliénante. Tout dépend des modalités et de la chronologie. Je cite souvent l’exemple de l’Oregon, qui, depuis 2010, pratique ce que l’on appelle la délibération sur la pertinence référendaire. On tire au sort vingt-cinq citoyens non pour prendre la décision finale, mais pour statuer sur la clarté et la loyauté de la question qui sera posée à l’ensemble de la population. Ce groupe pèse le pour et le contre, débusque les biais et les manœuvres manipulatoires. On ne donne pas leur avis brut au public, mais on s’assure que le processus référendaire n’est pas vicié. C’est une manière de contingenter la délibération à une étape pertinente du parcours démocratique. C’est ce syncrétisme de dispositifs que nous prônons. Nous n’avons pas la prétention d’avoir tout inventé ; nous observons ce qui fonctionne ailleurs pour en faire un modèle cohérent.
Benoît souligne d’ailleurs un aspect essentiel de notre démarche : au sein du PIC, nous voulons absorber tous les dissensus. Notre mantra est le suivant : nous travaillons ensemble, non pas en dépit de nos différences, mais précisément parce que nous sommes différents. Cela ne signifie pas que nous transformons nos réunions en un perpétuel « bistrot parlementaire ». Nous adressons la structure, le système. Nous voulons refonder l’environnement pour qu’il devienne, à terme, un terrain de jeu fair-play pour toutes les idées.
Il est crucial de comprendre que le dissensus se situe à deux niveaux. D’abord, sur le dispositif lui-même : nous considérons que notre modèle est une « pâte à modeler » évolutive. Les critiques constructives nous permettent d’améliorer l’ingénierie. C’est pour cela que j’invite chacun à nous rejoindre via notre interface simplifiée, pic.contact, pour participer à cette réflexion. Ensuite, il y a le dissensus idéologique. Nous voulons que toutes les sensibilités, même les plus radicales, puissent s’exprimer. Être un vrai démocrate, c’est accepter par avance la possibilité de perdre. C’est là que le bât blesse chez beaucoup de mouvements contemporains, notamment à l’extrême gauche, qui réclament la démocratie mais uniquement entre « gens du même camp ». Pour nous, la condition normale d’une société libre est de permettre l’expression de positions divergentes sans réduire l’individu à une étiquette ou à un clan. Comme le disait Cioran, il n’est pire damnation que celle d’être catalogué. Les étiquettes stérilisent la pensée et enferment les idées dans des silos hermétiques.
Fabrice Grimal : C’est le cœur du problème des structures partisanes. Dans mon expérience, j’ai souvent constaté que les partis proposent des « packages » idéologiques absurdes. Si vous souhaitez une meilleure répartition des richesses, vous devez accepter, par exemple, des réformes sociétales dont vous ne voulez pas. Si vous voulez une baisse d’impôts pour votre entreprise, on vous impose une fermeture des frontières qui n’était pas votre priorité. C’est une arnaque intellectuelle. L’intérêt majeur du référendum ou du RIC est justement d’isoler des questions précises pour qu’elles soient tranchées sur le fond, indépendamment des consignes de partis. On l’a vu en 2005 : les clivages traditionnels ont volé en éclats car la question touchait à la substance même de notre avenir.
Frédéric Bascuñana : Exactement. Laurence notait avec justesse que les citoyens sont souvent « agis » plus qu’ils n’agissent, car ils sont prisonniers de ces catégorisations. Il faut retrouver le goût de la joute verbale et de l’argumentation. Malheureusement, comme le signale Alain, nous n’avons plus d’adversaires de débat, mais des ennemis. La fragmentation sociale est orchestrée pour rendre le dialogue impossible.
Roby : Je vous rejoins sur ce constat d’impuissance. Je regarde ce qui se passe en Suisse, où la souveraineté s’érode sous la pression de la Commission européenne. Le président et le ministre des Affaires étrangères signent des accords sous la contrainte, devant une population qui, pour sa majeure partie, semble rester dans l’indifférence. C’est terrifiant de voir cette dépossession s’opérer au grand jour.
Alain Gonzales : Le problème helvète rejoint trait pour trait le nôtre. C’est la traduction exacte des ingénieries que nous dénonçons. Nous subissons une pression constante de l’Union européenne qui vide nos institutions de leur substance.
Frédéric Bascuñana : J’accueille Jérôme, qui souhaite intervenir sur la notion d’intelligence.
Jérôme : Je trouve le sujet passionnant, car il nous sort de l’actualité immédiate. Je voulais souligner que, paradoxalement, les métiers qui exigent le plus d’intelligence sont souvent les moins bien rémunérés.
Frédéric Bascuñana : Je t’arrête, Jérôme. Nous ne parlons pas ici de l’intelligence comme critère de valorisation professionnelle ou de salaire. Le sujet est l’intelligence collective comme outil de gouvernance. Si tu n’as pas suivi le début de notre exposé, je crains que nous ne fassions du hors-sujet. Je suis strict sur ce point car la biencéance du débat exige que l’on respecte le cadre défini. On ne peut avoir de discussion sérieuse si l’on ne fait pas l’effort de s’aligner sur la thématique. C’est une mise en abyme de nos propres convictions : l’intelligence collective nécessite de la discipline et du respect mutuel.
Pour rebondir sur ce que disait Jimmy concernant le « hacking » du système, nous pensons que la force du PIC réside dans sa capacité à rendre le système actuel obsolète par une simplicité retrouvée. Nous ne sommes pas là pour faire de la figuration. Nous avons des projets concrets, y compris sur le plan juridique. Nous envisageons des actions collectives contre certains géants du numérique qui invisibilisent la parole citoyenne. Mais notre action repose sur quatre piliers : le juridique, la promotion de nos idées, la sécurisation de nos rencontres pour éviter les infiltrations toxiques et, surtout, l’éducation populaire.
Nous allons lancer un Observatoire des courants de pensée démocratique et une Université populaire de l’intelligence collective. Il faut réapprendre à fonctionner en groupe. C’est une compétence qui a été sciemment atrophiée. Le système actuel fonctionne à la prime à l’incompétence et au népotisme. On peut avoir un psychopathe au sommet sans aucun moyen de le révoquer, même quand sa popularité tombe à 12 %. C’est la preuve d’un logiciel vérolé.
Alain Gonzales : C’est précisément ce qui désespère les Français. Lors de mes réunions publiques, un couple me disait : « Vos idées ressemblent à la Sixième République de Mélenchon ». Je leur ai répondu que c’était tout le contraire. Le PIC est a-partisan. S’il y a des gens de gauche ou d’extrême gauche de bonne volonté, ils sont les bienvenus, mais nous ne sommes inféodés à aucune écurie.
Fabrice Grimal : Il faut dire la vérité sur LFI : c’est une association de trois personnes au bureau, sans réelle démocratie interne. Leur « parlement de l’Union populaire » était une façade. Il y a un yatus immense entre leurs discours sur la démocratie directe et leur pratique réelle. Ils craignent le peuple sur les sujets sociétaux car ils savent que les sondages ne leur sont pas favorables. En réalité, ils ne veulent pas d’un RIC qui leur échapperait.
Frédéric Bascuñana : Pascal souligne que le problème est systémique et non lié à la qualité des individus. Il a raison. Passer notre temps à commenter les petites phrases des élus fait partie de l’ingénierie sociale qui nous occupe pour nous empêcher de voir la structure. On me demande souvent : « Comment allez-vous gérer un pays si le RN gagne en 2027 ? ». Ma réponse est une riposte graduée. Si le pouvoir change de main par une manipulation médiatique, c’est une chose. Mais s’il y a un réel élan populaire, il faut le respecter tout en encadrant le pouvoir. Nous ne croyons pas à l’homme providentiel. Plus une personne est légitime, plus elle devient une cible. C’est pourquoi nous créons une organisation décentralisée, une hydre à dix mille têtes qu’on ne peut pas décapiter d’un seul coup.
Le tirage au sort, ou clerocratie, est pour nous un outil de contrôle et de fluidification. Il doit rendre le RIC accessible sans la barrière épuisante des millions de signatures préalables, qui force à négliger des sujets vitaux au profit de l’urgence émotionnelle. La technologie, notamment la blockchain et les logiciels open-source, permet aujourd’hui d’avoir une application sur son canapé pour voter trois ou quatre fois par an sur des sujets de fond. C’est ainsi que l’on protège la décision de l’influence des lobbies et de l’hypnose médiatique.
Nous ne cherchons pas à horizontaliser tout à l’excès. Le mythe du spontanéisme a tué le mouvement des Gilets jaunes. Nous voulons le meilleur des deux mondes : une méritocratie de l’action et une présence citoyenne de contrôle. Nous voulons des chefs, mais des chefs révocables sous mandat impératif. En entreprise, si un consultant travaille mal, il est congédié par un simple mail. Pourquoi acceptons-nous de garder des élus nuisibles pendant quarante ans ?
Fabrice Grimal : En Californie, lors de chaque élection, les citoyens reçoivent un pavé explicatif et doivent répondre à soixante ou soixante-dix questions directes. Ils en sont capables. Si les Californiens le font, pourquoi pas nous ? Le diable est dans le détail : qui rédige la question ? Si c’est le gouvernement, comme en Suisse parfois, le processus est biaisé. C’est pourquoi la rédaction doit être supervisée par une commission tirée au sort. Sans cela, on ouvre la porte au chaos des tribus gauloises qui s’étripent sur chaque virgule.
Frédéric Bascuñana : Je lis un commentaire de « Mezer » qui prétend que la population est trop bête pour ce système et qu’il faudrait vingt ans d’instruction obligatoire avant de lui donner le pouvoir. C’est une vision absolutiste que je conteste. La « fulloscopie » démontre que le QI collectif est bien supérieur à la moyenne des QI individuels lorsqu’un groupe est bien structuré. Les gens brillants comme toi, Mezer, peuvent éclairer les autres plutôt que de simplement briller pour eux-mêmes. Le prétendu déficit cognitif des masses est un état induit par la « chrétinisation » médiatique, pas une fatalité biologique.
J’ai vu, au début de l’UPR ou pendant les Gilets jaunes, des chauffeurs routiers ou des déménageurs devenir de véritables experts de la création monétaire ou des traités européens à force d’écouter des conférences durant leurs trajets. Ils se sont hissés à un niveau de débat bien supérieur à ce que l’on voit sur les plateaux de télévision. Je refuse l’impossibilisme. Nous n’avons pas besoin de l’adhésion de tous dès le départ. Une infime minorité déterminée suffit à faire basculer un système. C’est le secret de toutes les révolutions et de toutes les résistances.
Nous sommes des ingénieurs de la riposte. Nos ennemis sont organisés de manière sectaire et collusoire depuis des siècles. Ils n’ont pas nos valeurs, mais ils ont une méthode. Nous allons leur opposer une organisation encore plus résiliente. Ils utilisent la cybernétique pour nous manipuler par le chaud et le froid ? Nous allons infiltrer leurs interstices. Comme le disait Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, ils ne sauront même plus s’ils chient du poivre ou s’ils pissent du vinaigre.
Je ne vous promets pas le grand soir pour lundi prochain. Je vous propose de bâtir, pierre après pierre, une structure qui nous transcende. Si je reçois une balle dans la tête demain, l’organisation doit pouvoir continuer sans moi. L’ère de l’homme providentiel est terminée ; elle nous rend trop vulnérables. Nous misons sur une souveraineté distribuée.
Le système actuel nous déprime pour ne pas avoir à nous réprimer. L’aquabonisme est leur meilleure arme. Chaque fois que vous vous dites « à quoi bon ? », vous faites leur jeu. Je cherche des hommes et des femmes flamboyants, capables de surmonter leur dégoût pour retrouver leur honneur. Je fais cela pour mes fils, pour ne pas qu’ils me demandent un jour ce que j’ai fait quand la lumière s’éteignait. On me dira peut-être que c’est inutile, mais comme le disait Cyrano, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile. Sauf que je suis convaincu que ça ne l’est pas.
Quand j’avais six ans, un gamin de neuf ans me brutalisait à la sortie de l’école. Je rentrais chaque jour la bouche en sang. Ma maîtresse me demandait pourquoi je ne lui donnais pas simplement mon goûter pour avoir la paix. Je lui ai répondu : « Parce que je ne veux pas que ce soit facile pour lui, Madame ». Cette phrase a guidé ma vie. Il faut que la spoliation de notre pays coûte cher à la caste. Il faut qu’ils en chient, même s’ils gagnent à la fin. Mais si nous nous réveillons, nous avons le nombre et l’intelligence pour gagner.
Alain Gonzales : J’accueille également Michel, qui vient de nous rejoindre.
Michel Ruiz : Bonsoir à tous. Je tenais avant tout à te féliciter, Frédéric. Ton énergie est communicative, et c’est un ingrédient crucial pour notre entreprise. J’ai parfois le sentiment d’évoluer dans une autre dimension, comme si nous étions les témoins privilégiés de la chute de l’Empire romain. Mais nous ne sommes pas de simples spectateurs ; nous faisons partie du film et nous avons le pouvoir d’en infléchir le scénario. Ce qui me désole, c’est la désaffection d’une partie de la jeunesse pour la chose politique, car l’avenir qu’on leur dépeint est systématiquement anxiogène. Pourtant, l’arme la plus puissante a toujours été l’espérance — une valeur cardinale bien plus profonde que le simple espoir. C’est une force cognitive. Il existe une forêt qui pousse en silence, et elle est bien plus vaste qu’on ne le croit.
Frédéric Bascuñana : Je te rejoins sur cette distinction entre l’espoir et l’espérance. C’est une boussole pour le PIC. Et pour la petite anecdote, je crois que je suis sur le point de vendre une deuxième casquette ! Plus sérieusement, au-delà de l’aspect symbolique et de la visibilité que ces objets nous offrent dans l’espace public, les fonds récoltés servent nos quatre piliers : le juridique pour porter plainte contre l’invisibilisation numérique, la promotion du mouvement, l’éducation populaire via notre future université, et enfin la sécurisation de nos structures pour éviter les dérives que d’autres ont connues.
Michel Ruiz : En tant que chef d’entreprise dans le secteur du développement logiciel, je constate un changement de paradigme technique. Depuis un an, l’intelligence artificielle nous permet de travailler à une vitesse phénoménale. C’est un véritable « bug dans la matrice » : si ces outils peuvent être utilisés contre nous, ils sont aussi notre meilleur levier pour diffuser notre message à une échelle inédite si nous savons les maîtriser à bon escient.
Alain Gonzales : C’est une opportunité technique que nous ne négligeons pas. Suivez d’ailleurs le compte de Michel, c’est un homme de l’ombre dont le travail est précieux.
Jean-Christophe (JC) : Je vous observe depuis la Suisse avec un immense intérêt. En tant que citoyen helvète, je voudrais apporter une précision sur ce qui correspond chez nous à votre RIC : l’initiative populaire. Notre constitution prévoit deux formes : l’initiative rédigée en termes généraux, où le gouvernement garde la main sur la rédaction finale (mais elle est quasiment désuète), et l’initiative rédigée, où les citoyens votent sur un texte immuable défini par les initiants. Dimanche prochain, nous voterons d’ailleurs sur trois de ces textes. Le gouvernement peut proposer un contre-projet, mais la puissance de ce système réside dans le fait qu’il permet de se passer de programmes politiques figés. On vote sur l’objet, pas sur une étiquette.
Frédéric Bascuñana : Merci, Jean-Christophe. Ton témoignage renforce ma conviction : la souveraineté populaire n’est pas une chimère, elle est une pratique. J’invite chacun, même les plus timides, à nous rejoindre sur pic.contact. Il n’y a aucune obligation de résultat immédiat, nous sommes « babacool » sur l’engagement initial. Venez en observateurs, imprégnez-vous. Nous créons une organisation résiliente, conçue pour durer au-delà des individus. Nous voulons éviter le piège du chef que l’on peut briser par une « character assassination ». Le PIC est décentralisé. Et si ma méthode ou mon style vous déplaisent, je vous en conjure : créez votre propre mouvement ! Copiez nos idées, détournez-les. Plus il y aura d’initiatives citoyennes, plus nous aurons de chances de coaliser nos forces le moment venu. Nous encourageons un certain darwinisme intellectuel des idées.
Cependant, je tiens à être clair sur un point de rigueur interne : si nous prônons la démocratie pour la cité, notre mouvement fonctionne, lui, en mode commando. Le mythe de l’horizontalité pure a tout détruit chez les Gilets jaunes. Dans une équipe qui doit agir, l’efficacité prime. Si une personne est toxique ou cherche uniquement une thérapie collective pour déverser son amertume, nous l’écartons. On ne construit pas une révolution avec des gens qui cherchent à s’accaparer le temps de parole au nom d’un droit abstrait alors qu’ils sabotent l’action. La bonne volonté et le bon sens sont nos seuls critères de cooptation.
Mnemooni : Je souhaitais revenir sur tes propos concernant la franc-maçonnerie. Ces organisations n’ont pas nos valeurs, et leur arrogance semble aujourd’hui sans limite. Mais c’est précisément ce sursaut de colère froide qui peut enclencher le réveil des peuples. Tu parlais de formation ; comment envisages-tu de donner les outils nécessaires pour que les gens identifient les manipulations langagières de l’ingénierie sociale ? Nous vivons une ère de paresse intellectuelle et d’attentisme envers l’homme providentiel.
Frédéric Bascuñana : L’ingénierie sociale utilise les réseaux sociaux pour canaliser et éteindre notre colère en nous faisant croire qu’un tweet rageur suffit à agir. C’est une anesthésie. Pour contrer cela, nous misons sur la structure. Pourquoi préconisons-nous des groupes de sept ? Ce n’est pas un chiffre fétiche, c’est un constat scientifique sur l’efficacité des réunions créatives, une intuition partagée même par des gens comme Steve Jobs. À sept, l’intelligence se catalyse, elle ne se dilue pas. Nous n’avons pas besoin de convaincre la planète entière. Une petite poignée d’individus parfaitement synchronisés peut déplacer des montagnes. La passion est contagieuse ; c’est un phénomène de neurones miroirs. Quand vous transmettez une conviction avec sincérité, vous ne convainquez peut-être pas tout le monde, mais vous activez chez les autres le muscle de la volonté.
Je ne suis pas un idéaliste. Je suis un entrepreneur qui a connu plus d’échecs que de succès, mais j’ai appris que les victoires éclatantes naissent de cette alchimie entre de petites unités autonomes. Si le pays meurt, c’est parce que nous avons accepté l’aquabonisme. Les ingénieurs du pouvoir veulent votre résignation. Ils veulent que vous soyez des nihilistes dépolitisés. Moi, je cherche des êtres flamboyants qui refusent de céder à cette castration mentale. Nous sommes légalistes, mais nous étudions la subversion subtile. Nous allons entrer dans tous les interstices de la société pour leur rendre la spoliation de notre souveraineté insupportable.
Pascal MV : Je vous salue tous, bien qu’à cette heure avancée, il s’agisse presque d’un bonjour matinal. Je souhaitais réagir à plusieurs points, en commençant par les propos de Mnemooni. Permettez-moi une parenthèse sous forme d’anecdote : elle évoquait la Fédération de tir, et il est vrai que celle-ci a subi un piratage majeur il y a quelques mois, exposant les données personnelles des détenteurs d’armes. Mais au-delà de ce fait divers, ce qu’il faut comprendre, c’est que depuis 1789, le système nous maintient dans un état d’enfance politique. Les élus sont les « grandes personnes » qui décident, tandis que nous restons les mineurs de la nation.
Si l’on se réfère à la Constitution de 1958, et plus précisément à son article 3, alinéa 4, nous sommes définis comme de simples « électeurs ». Notre rôle se borne à nommer des représentants qui, eux, engageront la parole et le destin du peuple. Ce formatage commence dès l’école primaire avec l’élection des délégués de classe : on nous apprend très tôt que la démocratie commence et s’arrête à l’urne. Vous parliez d’espérance tout à l’heure ; j’aimerais toutefois vous mettre en garde. L’espérance est le moteur de tous les électorats, y compris les plus opposés. Ceux qui voteront pour le Rassemblement National, pour les socialistes ou pour vos propres idées en 2027 sont tous mus par cette même espérance. Or, l’espérance peut se révéler une passion dangereuse, car elle entretient l’illusion que le système actuel peut se réformer de l’intérieur.
Alain Gonzales : C’est une analyse très juste. La question que je me pose est de savoir comment les Français peuvent encore entretenir cette flamme alors que le spectacle de la Cinquième République nous propose la même oligarchie depuis quarante ans. Nous changeons les acteurs, mais le scénario reste identique. Le peuple semble avoir la mémoire courte, espérant résoudre ses problèmes avec les instruments même qui les ont engendrés. Une fois au pouvoir, tous les programmes sont jetés aux oubliettes pour laisser place à la seule politique autorisée par Bruxelles et l’État profond. Nous sommes gouvernés par ce que j’appelle l’Extrême Centre, un bloc qui lisse les clivages pour mieux maintenir sa domination.
Pascal MV : Reprendre la main est un vœu pieux si l’on oublie que le peuple ne l’a jamais eue. 1789 ne fut pas une révolution populaire au sens où le peuple se serait autoproclamé souverain. Ce fut le coup de force d’une bourgeoisie qui s’est autodéclarée Assemblée nationale. L’abbé Sieyès était d’ailleurs on ne peut plus explicite : il affirmait que la démocratie était une erreur et que le gouvernement représentatif en était l’exact opposé. Ce système a été conçu pour évincer le peuple, pas pour l’inclure. Même si la participation électorale tombait à 1 %, le mécanisme institutionnel continuerait de tourner à vide, légitimant l’autorité par la seule forme de la règle.
Frédéric Bascuñana : Je partage ce diagnostic historique, mais je persiste à croire qu’un nouveau paradigme est possible. Nous vivons une accélération de l’information sans précédent. Si nous parvenons à synchroniser une minorité déterminée, nous pouvons inverser la tendance. Lorsque je me suis rendu sur les plateaux de CNews ou que j’ai débattu sur Thinkerview, j’ai agi en diagnosticien, mais j’ai surtout guetté l’ouverture pour proposer nos solutions. Le signal le plus fascinant que j’ai reçu ne vient pas de X — où l’anonymat favorise parfois l’agressivité — mais de LinkedIn. J’ai reçu des centaines de messages de cadres, de gens insérés dans le système et pourtant conscients de son agonie, qui me disaient : « C’est exactement cela qu’il faut faire ».
Il se passe quelque chose. L’intelligence collective est déjà à l’œuvre. Mais je le répète, le PIC n’est pas une structure démocratique interne, c’est un commando. Pour instaurer la souveraineté, il faut une équipe solide qui ne s’encombre pas de palabres interminables sur chaque détail opérationnel. Nous appliquons les principes de l’ingénierie sociale pour bâtir une organisation insaisissable. Nos ennemis fonctionnent en réseaux fermés, en factions qui se déchirent mais restent unies par l’intérêt. Nous, nous serons unis par la dignité.
Pour conclure cet exposé, je voudrais revenir sur le troisième pilier de ma démonstration : le traumatisme de 2005 comme crime procédural majeur. Ce fut le jour où nous avons compris que nos mandataires étaient des agents de l’étranger, capables de transformer un « non » massif en un « oui » parlementaire par un simple tour de passe-passe juridique. Giorgio Agamben a parfaitement théorisé ce « vide du droit » au service du pouvoir. Le PIC refuse cet arbitraire. Nous voulons une hiérarchie des normes où aucune règle parlementaire ne peut défaire une votation citoyenne. La loi doit redevenir la propriété du peuple.
Mon quatrième point concerne la gestion de la controverse. Le système cherche le consensus mou ou la polarisation stérile. Nous, nous voulons l’agonisme : la mise en scène des conflits de valeurs pour enrichir la raison. Comme le démontre James Surowiecki dans La Sagesse des foules, un groupe n’est intelligent que s’il est composé d’individus divers et indépendants. Nous ne voulons pas de casernes idéologiques, nous voulons des centres de friction créatrice.
Enfin, le cinquième point est le sabotage de l’anesthésie électorale. Nous refusons d’être des intermittents de la politique, excités trois mois tous les cinq ans. Le PIC propose une année de votation citoyenne intense pour reprendre les commandes sur tous les sujets régaliens : monnaie, frontières, médias, éducation. Nous ne demandons pas la permission. Nous reprenons notre rôle de législateur. Nous allons hacker ce logiciel obsolète en utilisant l’élection comme un cheval de Troie.
Pascal MV : Hacker le système implique que tu parviennes non seulement à la présidence, mais que tu obtiennes une majorité parlementaire et que tu infiltres le Conseil constitutionnel. Les contre-pouvoirs sont verrouillés.
Frédéric Bascuñana : Nous en sommes parfaitement conscients, Pascal. C’est un défi colossal, mais j’ai une confiance absolue dans la puissance de la raison partagée dès lors qu’elle est bien orchestrée. Nous ne parlons que de souveraineté. C’est le mot que j’ai martelé tout au long de cette soirée. Le peuple français, comme le peuple suisse ou californien, doit redevenir le seul juge du bien commun.
Je vous donne rendez-vous jeudi prochain à 21h15. Je passerai cet échange à la moulinette de nos outils pour en extraire une synthèse chapitrée, car nous avons produit ici une matière précieuse. Je n’ai pas pu traiter l’exemple du budget participatif romain ni répondre à toutes les questions d’Émilie et Patricia, mais ce n’est que partie remise. Nous sommes engagés dans un marathon, pas dans un sprint. La France peut redevenir ce phare de l’humanité, à condition de cesser d’être des administrés pour redevenir des architectes. Merci à tous pour votre énergie. Nous ne lâcherons rien. La souveraineté n’est pas un titre de propriété, c’est un flux de vie, et ce flux, c’est nous.
Mots-clés stratégiques : Souveraineté populaire, Intelligence collective, PIC (Pari de l’Intelligence Collective), Système 7×7, Démocratie délibérative, Agonisme, Ingénierie sociale, Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), Transition institutionnelle, Giorgio Agamben, Jürgen Habermas, James Surowiecki, 2005 Referendum, Souveraineté numérique, Castration cognitive.