Loi Euthanasie et Tartuffes subventionnés : le désastre cognitif incarné par un « philosophe officiel du régime ».

Nous nous risquons à répondre, point par point, aux arguties de Raphaël Enthoven – l’essayiste de plateau – sur ce qu’il nomme « l’aide à mourir » et que nos aïeux nommaient, plus rigoureusement, euthanasie.

Je précise au passage que ce philosophe qui bat toutes les IA, craignant d’être contredit, m’a placé dans la case infamante du troll en me bloquant.

Faites-vous une idée de ses élucubrations péremptoires : voici le lien vers la publication qui nous interpelle – que je cite aussi sous forme de saisie d’écran (puisqu’une fois bloqué, on ne peut plus même « citer » un tweet) :

https://x.com/Enthoven_R/status/2071939403321143748

Avec ce propagandiste servile, tous les sophismes y sont passés (homme de paille, faux dilemme, équivoque sur la notion de « dignité », ad populum, sophisme génétique, faux appel à l’Antiquité…).

Mais indépendamment de la phraséologie faiblarde, l’insuffisance de fond est catastrophique puisqu’un philosophe sérieux n’ergoterait pas ici comme s’il ne s’agissait que d’une querelle législative.

Il s’agit d’une rupture anthropologique, le passage d’une société qui reçoit la vie à une société qui l’audite – et s’apprête à factoriser la mort.

Il me semble d’autant plus essentiel de répondre à ce remarquable suce-boules des gagnants du moment, qu’avec son faux compte il est venu me déposer un « calme-toi connard » sous mon tweet d’hier à propos de cette loi.

On va donc calmement rétablir un peu de bon sens en toute courtoisie 😃

Car il fallait bien qu’un jour la mort administrée trouvât son bonimenteur.

Le voici donc : un homme qui, ayant fait profession de dialecticien, a fini par bloquer ceux dont il craignait la contradiction. Geste minuscule qui en dit long, car on ne censure jamais que ce qu’on ne sait pas réfuter.

Le même vient nous expliquer, du haut d’une fréquence hertzienne, que l’opposition à l’euthanasie relève du « dogme » et de « l’âge théologique ».

L’ironie, ici, atteint une pureté presque dantesque.

Car ce défenseur de la libre pensée doit sa tribune à un curieux hasard : c’est devant l’ARCOM qu’il a plaidé, en 2024, le projet « RéelsTV » du milliardaire Daniel Kretinsky, chaîne à qui l’on a octroyé l’une des quinze fréquences de la TNT dans le même mouvement où l’on retirait la sienne à une autre (C8) jugée trop indocile et débranchée le 1ᵉʳ mars 2025.

Sa promesse d’audition : « remplacer le combat par le débat ».

On admirera la constance du petit bonimenteur : bloquer les gêneurs sur les réseaux, les insulter pour se calmer les nerf avec de faux comptes, obtenir un canal quand d’autres perdent le leur, puis sermonner le pays sur le « pluralisme » et la « raison ».

Il y a des libertés qui ne se conçoivent qu’assorties d’un privilège.

Passons donc à ses arguments, si poisseux qu’on pourrait tout au plus les qualifier d’arguties. Ils ont ceci de commode qu’ils s’effondrent presque tous selon le même mécanisme : on caricature l’adversaire, on réfute la caricature, et l’on décrète la cause entendue. C’est de la prestidigitation de rue, pas de la pensée.

Si nous allons nous efforcer de les reprendre un à un, outre le fait que cela confirme la justesse de la loi de Brandolini (qui dit qu’on passe 10 fois plus de temps à réfuter une bêtise u’à la proférer), ce n’est pas vraiment par goût de la polémique, mais parce que ce qui se joue là dépasse une loi :

C’est une délicate idée de l’homme qu’on est en train de liquider, avec la complicité des « penseurs autorisés ».

1. « on va obliger les soignants à tuer » : le paravent de la clause de conscience

Ici, l’essayiste de plateau rétrécit l’objection à sa version la plus grossière (on « contraindra » tel médecin, individuellement, un scalpel dans le dos), puis on brandit la clause de conscience comme un absolu protecteur.

Faux dilemme sur toute la ligne.

Nul n’a jamais prétendu qu’on traînerait les infirmières à la seringue ; on dit que le soin, comme institution, change de nature dès l’instant où donner la mort entre dans la trousse du soignant.

Ce n’est pas l’individu qu’on force, c’est la médecine qu’on retourne.

Et l’argument oublie pudiquement ce que le texte français prévoit :

👉 un délit d’entrave, assorti de sanctions, pour qui chercherait à dissuader.

La conscience est libre, à condition de se taire putain !

On appelle cela une liberté ; c’est une assignation à résidence.

Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, François Arnault, l’a dit lors de son audition à l’Assemblée :

👉 donner la mort « ne fait pas partie du soin ».

La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) le martèle depuis le premier jour :

👉 ce texte « menace la nature même du soin ».

Voilà des gens qui, eux, tiennent la main des mourants.

Enthoven, lui, tient un micro.

2. « on va éliminer les vieux » : au Benelux, « toujours pas de charniers »

L’homme de paille dans toute sa splendeur. Un bel argument d’enculé de première.

Personne, sinon dans sa reconstitution, n’a parlé de charniers.

On n’extermine pas les vieillards : on les persuade.

Toute la nuance est là.

La barbarie du XXᵉ siècle empilait les corps ; celle du XXIᵉ, plus raffinée, obtient des consentements.

Tocqueville avait décrit d’avance ce « despotisme doux » qui « ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve » : un pouvoir tutélaire qui ne tue pas, qui arrange, qui adoucit, qui vous fait signer votre propre superfluité. Pas besoin de fosse commune quand on a réussi à installer un climat.

Et ce climat, on le mesure.

Aux Pays-Bas, une enquête auprès des généralistes rapporte que près de 43% d’entre eux ont ressenti la pression de l’entourage dans des demandes d’euthanasie pour démence.

Au Canada (l’exemple que notre philosophe-bourrin se garde bien de citer) le premier rapport fédéral sur l’aide médicale à mourir indique que plus d’un tiers des demandeurs invoquent, parmi leurs motifs, le fait d’être un fardeau pour leurs proches.

Le directeur parlementaire du budget canadien a même chiffré les « économies » permises par le dispositif bon sang !!

On ne pousse personne : on laisse simplement entendre, partout, qu’il serait délicat de coûter si cher et si longtemps.

Le vieillard finit par comprendre.

Même ma mère a le cœur brisé en discutant avec mes oncles et tantes, amis, proches – quand elle évoque cette loi scélérate déguisé en humanisme.

C’est cela, le glissement : non un massacre, mais une pédagogie perverse.

3. « on a euthanasié des ados mal dans leur peau » : la belle mécanique des « garde-fous »

Ici, concédons : car concéder, c’est encore la meilleure façon de porter le fer.

Sur la lettre, Enthoven a raison de corriger Bayrou :

en Belgique, l’extension aux mineurs (2014) est en effet cernée de conditions, et les cas sont rarissimes.

Fort bien.

Mais la question n’a jamais été le nombre ; elle est le principe franchi (pas vrai, pseudo philosophe ? le PRINCIPE) :

👉 qu’un enfant puisse désormais figurer sur la liste des candidats à la mort.

Et le seul rempart qu’on nous oppose (le « discernement confirmé par un expert ») est précisément ce dont l’expérience montre la porosité.

Veut-on voir ce que valent les « experts » et les « souffrances incurables » ?

Regardons chez les adultes, où le cadre est censé être plus solide encore.

Shanti De Corte, rescapée des attentats de Bruxelles, euthanasiée à 23 ans pour souffrance psychique, après qu’un neurologue eut affirmé que d’autres soins existaient.

Tine Nys, 38 ans, euthanasiée pour un autisme diagnostiqué deux mois avant sa mort ; diagnostic providentiel, produit à point nommé pour justifier l’injection.

Si l’« encadrement » craque déjà pour des adultes, invoquer le « discernement » d’un adolescent en détresse relève, non de la prudence, mais de la foi.

La foi de ceux qui croient qu’un formulaire arrête le vertige et valide le mal-être.

Je ne suis qu’à sa 3ème argutie et je mesure déjà avec vous la profondeur de raisonnement de ce philosophe de plateau.

4. « trahison du serment d’Hippocrate » — l’argument du « on l’a déjà modifié »

Sophisme génétique à l’état pur.

Que le serment ait été remanié maintes fois ne prouve rien sur la légitimité de cette modification-ci, Ducon !

Qu’une chose ait changé n’autorise pas tout changement : c’est le raisonnement de l’ivrogne qui, ayant déjà glissé, conclut qu’il peut bien tomber.

Et lorsqu’il affirme que la déclaration de Genève, promettant le « plus grand respect de la vie humaine », serait « parfaitement compatible » avec la mort donnée, il n’argumente pas : il décrète.

Exactement, à peine plus poliment, ce que son faux compte de commentaire a fait quand il m’a simplement dit « calme-toi connard » 🤡. Du grand art philosophique.

Une pétition de principe déguisée en évidence.

L’essence même de l’esprit propagandiste des fayots du Pouvoir en place.

On aimerait qu’il nous explique par quelle acrobatie « respecter la vie » et « l’interrompre sur demande » cohabitent sans se contredire.

Il ne l’explique pas.

Il l’assène.

Rappelons que le serment originel (celui qu’on invoque pour mieux le congédier) disait :

👉 je ne remettrai à personne un poison mortel si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion.

Toute la modernité tient dans ce renversement : hier l’interdit fondait le métier ; aujourd’hui on le présente comme un vestige théologique.

Mais ce n’est pas Dieu qui parlait là.

C’était la simple lucidité d’un art qui savait qu’on ne soigne pas en tuant. On pourrait éventuellement contester la rationalité de la chose, mais ça reste un choix de dimension civilisationnelle que notre « philosophe » ne sait pas interroger en tant que tel.

5. « si quelqu’un veut mourir, c’est que je ne l’aime pas assez » : « FAUX, et fou » nous dit-il

La technique : réduire Houellebecq à une caricature possessive (mon amour te confisquerait ta liberté), puis, l’affaire étant caricaturée, la clore de deuyx mot : « FAUX, et fou ». Comme si, soit dit en passant, les majuscules ajoutaient une sorte de conviction intimidante dans la réponse.

Épouvantail + empoisonnement du puits : on disqualifie sans réfuter.

Or l’objection, prise dans sa version forte, est d’une tout autre profondeur – qu’il appartiendrait ici, je le concède volontiers, à des psychologques bien plus chevronnés que je ne le serais jamais, d’en disserter. Mais cela n’empêche pas de conserver la débat ouvert, plutôt que de le clore avec arrogance.

Un simple effort de bon sens et d’humanité nous ouvre les yeux sur cette possibilité : que désir de mourir soit souvent, et presque toujours, un désir d’être retenu (les gens qui, entrant en soins palliatifs, demandent à mourir, changent souvent d’avis après les premiers jours de soin, de présence humaine).

C’est en tout cas souvent un appel, non un programme.

Et une civilisation qui répond à l’appel par une seringue, plutôt que par une présence, n’a pas respecté une liberté : elle a redéfini un amour normatif, compatible avec la vision étriquée d’un Enthoven, comme non-ingérence.

« Je te laisse partir » : la formule des lâches qui se donnent des airs de sages.

Le paradoxe qu’Enthoven ne voit pas, c’est qu’il fait de l’abstention la forme suprême de la tendresse.

Aimer deviendrait : ne pas déranger.

On n’a jamais mieux décrit le degré zéro d’un lien.

Le mourant qui demande la mort demande souvent qu’on lui donne une raison de ne pas mourir ; et l’on s’empresse de lui donner raison de le faire.

Je suis à décortiquer sa 5ème argutie et je me dis vraiment que ce mec n’est pas juste un philosophe raté qui au lieu de nous aider à interroger le réel et notre civilisation, nos aspirations éthique et notre humanité, nous inflige son solutionnisme dogmatique et sans appel : je me dis que c’est un remarquable fumiste.

6. « mourir dans la dignité ne veut rien dire » — le tour de passe-passe sur le mot « dignité »

Observons le glissement, car il est magistralement crapuleux.

Enthoven concède d’abord la dignité ontologique : nul ne la perd, quel que soit l’état du corps.

Puis, dans la même phrase, il introduit en contrebande une seconde dignité, fonctionnelle celle-là (« ne pas vivre impotent, inconscient ou méconnaissable »).

Équivoque.

Il réfute Houellebecq en faisant glisser le mot d’un sens à l’autre : la dignité qu’on « garde toujours » n’est pas celle qu’on réclamerait de « préserver ».

De deux choses l’une : ou la dignité est inconditionnelle, et alors l’état du corps n’y touche pas ; ou elle dépend de la conscience et de l’apparence, et alors elle n’était jamais inconditionnelle.

On ne peut pas jouer sur les deux tableaux dans une seule respiration.

Et que dit, au fond, ce mot : « méconnaissable » ?

Il dit la honte.

Peut-être s’agit-il de la honte prométhéenne dont parlait Günther Anders ? – cette honte de l’homme devant sa propre finitude, devant le corps qui ne performe plus, qui bave, qui oublie, qui dépend.

Ce n’est pas la dignité du mourant qui est ici en cause : c’est notre incapacité, à nous les bien-portants, à soutenir le spectacle de la vulnérabilité.

On appelle « indigne » ce qui nous dérange.

Puis on propose de le supprimer.

7. « de meilleurs soins palliatifs n’empêcheraient pas de vouloir mourir »

C’est son point le plus honnête — reconnaissons-le, car un adversaire loyal signale les rares endroits où l’autre touche juste.

Oui : « la douleur d’être prisonnier de son corps n’est pas soluble dans la morphine ».

Il a raison sur la phrase.

Il a tort sur la conclusion.

Car de ce résidu irréductible de détresse (qui existe) il tire un droit général, une loi pour tous.

C’est faire de l’exception la règle, du cas-limite le principe (essence même du sophisme).

Faux dilemme encore : entre l’acharnement et la seringue, il y a tout l’espace de l’accompagnement, que ce raisonnement escamote.

Et surtout, il triche sur la liberté du « choix ».

En France, la Cour des comptes constate que l’offre palliative ne couvre que la moitié des besoins ; le Comité consultatif national d’éthique lui-même (avis n°139) juge qu’il ne serait pas éthique de légiférer tant que les soins palliatifs restent aussi indigents : plus de vingt départements sans la moindre unité.

Quel « choix » libre offre-t-on à qui n’a jamais eu accès à l’alternative ?

Le désir de mourir, là où l’on meurt seul et mal soigné, n’est pas l’exercice d’une souveraineté : c’est le symptôme d’un abandon.

Quant au « désespoir d’être enfermé dans son corps » qu’il invoque si joliment : c’est le mot exact de Kierkegaard, désespoir, catégorie spirituelle.

Enthoven la diagnostique en la médicalisant, puis prescrit le poison.

On ne guérit pas une question métaphysique par une injection.

Un vrai philosophe le saurait.

8. « trois médecins sur quatre y sont favorables, à l’unisson de 85 % des Français »

Alors là… Mesdames et Messieurs : Deux sophismes empilés en une phrase ! Record de densité !

D’abord « l’ad populum » : 85 % des Français ? Et alors ?

La vérité éthique ne se tranche pas au sondage, sauf à penser que l’esclavage fut juste tant qu’il fut majoritaire.

(précisons bien entendu que ces chiffres sont par ailleurs plus sue contestables, car les sondés ne parlaient peut-être pas de la même « aide à mourir » que celle qui a été votée… Mais admettons pour le moment.)

Ensuite le faux appel à l’autorité : ce « trois médecins sur quatre » agrège des réponses individuelles à une enquête, mais tait soigneusement la position des corps qui, eux, exercent au chevet des mourants.

La SFAP (société savante des soins palliatifs) s’y oppose fermement et rappelle que ce texte confère aux médecins « un pouvoir démesuré » dont, écrit-elle, « l’immense majorité ne veut pas ».

L’Ordre a donc exprimé ses réserves.

On nous vend un consensus médical qui n’existe pas chez ceux qui pratiquent réellement l’accompagnement.

Tocqueville, encore lui, nommait cela la « tyrannie de la majorité » : le nombre pris pour la norme, l’opinion pour la vérité.

Et revenons maintenant à ce fameux « 85 % » : il n’est pas un fait brut : il est fabriqué, sondage après sondage, éditorial après éditorial, par cette médiacratie quasi cléricale dont notre philosophe est, précisément, l’un des curés subventionnés ; péremptoire, condescendant, bien plus dogmatique que les dogmes qu’il prétend dénoncer eu égard à l’indigence de ses démonstrations bâclées.

On appelle cela « l’opinion publique ».

C’est avec ces gens, juste leur opinion qu’on a rendue publique.

9. « pas de rupture anthropologique : les Stoïciens (…) célébraient déjà la mort volontaire (…) culture de la liberté, non de la mort »

Voici le sommet, et l’endroit où tout se dévoile.

L’argument stoïcien est un faux appel à l’Antiquité, cueilli avec la désinvolture de qui n’a lu que les fiches.

La « mors voluntaria » du stoïcien présuppose exactement ce qu’Enthoven méprise ailleurs : un ordre cosmique, le logos, la raison souveraine sur les passions, le geste rare et lucide du sage.

Elle n’a rien à voir avec un droit codifié, administratif, extensible au dépressif, au dément, à l’autiste, au pauvre.

Sénèque loue la « porte ouverte » : il ne réclame pas un guichet. Confondre l’ascèse d’un sage et un dispositif d’État, c’est confondre le duel et l’abattoir.

Quant au ricanement contre le christianisme et sa « manie de sacraliser la vie », il se retourne contre son auteur avec une cruauté parfaite :

Car cette « égale dignité de chacun » qu’il invoquait au point 6, d’où croit-il qu’elle vienne ?

Habermas, qui n’est pas suspect de cléricalisme, l’a reconnu : l’idée d’une dignité inconditionnelle de la personne est l’héritage sécularisé de la matrice judéo-chrétienne.

En scie la branche théologique, et l’on scie aussi celle sur laquelle repose son propre humanisme.

La « culture de la liberté » qu’il célèbre est en vérité une nouvelle économie du biopouvoir : l’État qui, hier, « laissait mourir », entreprend désormais d’organiser le mourir, de l’inscrire au Code de la santé, de le tracer, de le financer.

(Merde, Enthoven, Foucault l’aurait reconnue au premier regard – change d’appli IA, tu es resté sur la version 2.0 de chatGPT ?)

Rupture anthropologique, donc : le mot n’est pas trop fort, il est trop faible.

Nous passons d’une société qui reçoit la vie à une société qui l’audite : qui calcule son rendement, mesure son coût, et propose la sortie à qui n’est plus rentable.

Chantal Delsol y voit la fin d’un monde, l’inversion normative d’une civilisation qui, ayant cessé de croire que la vie lui était donnée, se persuade qu’elle lui appartient, au point d’en disposer comme d’un bien.

Et Camus, que ni Dieu ni l’Église n’encombraient, avait pourtant tranché contre la belle mort stoïcienne : à l’absurde, la seule réponse lucide n’est pas le suicide, c’est la révolte :

c’est-à-dire vivre.

Le vrai courage, au XXIᵉ siècle, ce n’est pas de mourir « dans la dignité ».

C’est de tenir la main de celui qui ne performe plus, et de refuser qu’on nous le présente comme un problème à résoudre.

Mais ça aussi, il faudra avoir une âme de philosophe pour ne serait-ce qu’aspirer à l’explorer par une pensée ouverte et curieuse.

« Pourquoi leurs arguments sont-ils si nuls ?”

On est d’autant plus proche du petit con que du philosophe dans la mesure où le morveux ose conclure en nous assenant fièrement :

« Pourquoi leurs arguments sont-ils si nuls ? Parce que l’opposition à l’aide active à mourir est d’abord une position de principe. Ce n’est pas le raisonnement qui porte à refuser un tel droit, mais une certitude, un impensé qui se passe de conditions, bref un dogme. C’est de cette façon que l’âge théologique fait de la résistance au XXIe siècle. »

Le progressisme pathologique ici dévoilé dans sa pensée binaire (l’autre est forcément dogmatique) est en soi un dogme quasi religieux, et c’est là que le pauvre Enthoven se vautre le plus lamentablemnt, au fond.

Alors… Oui… « Pourquoi ses arguments sont-ils si nuls ? »

Il pose la question à propos de ses adversaires ; retournons-la vers lui.

Ils sont nuls parce qu’ils tiennent tous du même geste : caricaturer, puis triompher ; euphémiser (« aide », « accompagnement », « dignité »…) pour ne pas nommer la chose ; invoquer la liberté pour couvrir une organisation de la mort.

Ce n’est pas le raisonnement qui porte cet homme à réclamer un tel droit, c’est une certitude, un “impensé” (justement) qui se passe de conditions : bref, un dogme.

Il croyait décrire ses ennemis.

Il a fait son autoportrait.

Le nôtre, de dogme, s’il en faut un, tient en une phrase que ce siècle a désapprise : aucune vie ne doit avoir à justifier dans un cadre juridique qu’elle mériterait ou non encore d’être vécue.

Voilà ce qu’on assassine, sous les applaudissements, dans le confort feutré du clergé médiatique, pendant qu’un philosophe de plateau, récompensé d’une fréquence pour prix de sa docilité, nous explique que c’est là un progrès.

 

: : : : : 

À retrouver aussi sur X ici.

Frédéric Bascuñana
Frédéric Bascuñanahttps://politoscope.fr
Entrepreneur, citoyen engagé. J’observe avec tristesse mon pays perdre son honneur sous les exactions d’une caste cynique. Retrouvons notre dignité collective.

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